Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 707502 )Si le Conclave m'était conté par LouisL (2013-02-25 17:53:00) 


2013-02-25 Radio Vatican



Le mot « conclave » (du latin cum clavis « [fermé] à clé ») fait référence à l'isolement complet des cardinaux électeurs pendant toute la durée de l'élection du pape, isolement requis depuis le XIIIe siècle. Ce mot désigne à la fois les opérations de vote et le lieu où elles se déroulent.

La constitution apostolique sur la vacance du siège apostolique et l'élection du pontife romain Universi Dominici Gregis (le pasteur de tout le troupeau du seigneur) a été publiée par Jean-Paul II le 22 février 1996. Elle a apporté quelques modifications au conclave.

Son périmètre a été étendu à une partie importante de la Cité du Vatican, améliorant ainsi les conditions de vie des cardinaux électeurs, autrefois très austères. La maison « Sainte-Marthe », aménagée à cet effet à l'intérieur de la Cité du Vatican, permettra pour la première fois aux cardinaux de se retirer dans une chambre individuelle entre les scrutins, qui continuent de se dérouler à huis clos dans la chapelle Sixtine.

L'obligation du secret absolu

Jean-Paul II a maintenu la règle du secret absolu. Universi Dominici Gregis prend en compte les avancées technologiques pour garantir l'isolement des cardinaux. Entre autres choses, il est prévu que le Camerlingue fasse vérifier qu'aucun moyen d'espionnage n'ait été dissimulé dans la chapelle Sixtine. Les cardinaux électeurs sont tenus de vivre dans l'isolement le plus complet : ils ne peuvent pas utiliser le téléphone, ils renoncent à toute correspondance écrite, ils ne peuvent pas lire les journaux, ni regarder la télévision, ni recourir à aucun autre moyen de communication ou d'information. De nombreux observateurs se permettent cependant de douter que toutes ces contraintes soient respectées scrupuleusement.

Mais la constitution apostolique confie en tout cas au Camerlingue l'inviolabilité du périmètre dévolu au conclave. Il est aidé, à l'extérieur de ce périmètre, par le Substitut de la Secrétairerie d'Etat. Cette collaboration a pour but de prévoir que les cardinaux électeurs ne puissent être approchés par personne, notamment pendant leurs déplacements entre la maison Sainte-Marthe et la chapelle Sixtine.

Aux côtés des Cardinaux, dans la Casa Santa Marta sont logés également : le Secrétaire du Collège cardinalice actuellement Manuel Monteiro de Castro, le Maître des célébrations liturgiques pontificales actuellement Mgr Guido Marini (avec deux cérémoniaires et deux autres religieux), un ecclésiastique choisi par le Doyen du Collège pour l’assister, plus des religieux de différentes langues pour les confessions. Présent également le personnel requis pour le service d’entretien et la préparation des repas et les agents de sécurité.

Tous doivent prêter serment de garder le secret sur tout ce qui se passera dans ces lieux dans les prochains jours.

Une autre modification apportée par Universi Dominici Gregis concerne le mode de scrutin, limité par Jean-Paul II au vote à bulletin secret. La constitution apostolique, par certaines dispositions, s'efforce d'organiser le vote et d'empêcher qu'un conclave ne dure excessivement.

Le commencement du conclave

Le collège des cardinaux fixe, lors des Congrégations générales, la date du commencement du conclave. La constitution apostolique Universi Dominci Gregis impose néanmoins que les opérations de vote débutent entre le 15e et le 20e jour après la mort du pape ou au moment de la renonciation effective au Siège apostolique. Ce sera pour Benoît XVI le 28 février à 20 heures.

Reste que ce délai de 15 à 20 jours pourrait dans ce cas se réduire. Il est prévu pour qu’à la mort d’un Pape les cardinaux aient le temps de rejoindre Rome d’où qu’ils soient dans le monde. Mais cette fois, avec l’annonce faite par Benoît XVI le lundi 11 février de sa renonciation, les cardinaux ont eu le temps de pouvoir organiser cette arrivée à Rome.

Ainsi le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi n’a pas exclu que le début du Conclave puisse être anticipé. Les cardinaux seront en effet sur place le 28 février pour une cérémonie d'adieu, au cours de laquelle le pape pourrait délivrer ses ultimes recommandations. Avancer de quelques jours la date du conclave, et donc l'installation du successeur de Benoît XVI, permettrait en outre au nouveau pape de préparer les cérémonies de la semaine sainte, à partir du 24 mars. Mais tous les cardinaux seront-ils arrivés pour le 20 mars ? Et surtout, durant les Congrégations générales qui chaque jour se tiendront durant la Sede Vacante, les cardinaux vont-ils décidé cette anticipation ?

Si cette hypothèse, portée par la curie et des prélats italiens, est en discussion, elle ne fait pas l'unanimité. Certains cardinaux souhaiteraient disposer de davantage de temps pour "faire connaissance", discuter de manière informelle et affiner leur choix, alors que cette élection apparaît très ouverte. Si une demi-douzaine de noms revient régulièrement dans les conversations romaines, pas moins de 41 papabili, sur 117 cardinaux électeurs, auraient été évoqués ces derniers jours dans la presse internationale.

Qui sont les électeurs du pape ?

Ce sont les cardinaux âgés de moins de 80 ans au moment du décès du pape ou au moment de sa renonciation. Ainsi, très bel exemple, le Cardinal Walter Kasper, qui fêtera ses 80 ans le 5 mars, aura donc toujours 79 ans le 28 février à 20 heures. Il participera donc au Conclave. Même situation pour le Cardinal Severino Poletti qui fêtera ses 80 ans 18 mars. Par contre, le Cardinal Lubomyr Husar qui fête ses 80 ans le 26 février, ne participera pas au conclave. En d’autres mots donc, la date déterminante pour la question est celle du début de la vacance du siège pontifical, et non pas celle du début du conclave.

Le nombre maximum de cardinaux électeurs est fixé à 120. Ils seront cette fois 117.

Le déroulement du Conclave

Avant l'ouverture du conclave, les cardinaux sont donc appelés à évoquer le futur de l'Église lors de Congrégations générales, pour préparer l'élection du nouveau Pape qui sera élu durant le conclave lorsqu'il aura recueilli les deux tiers des votes. Le conclave est présidé par le doyen du Collège des cardinaux, ou par le vice-doyen. Mais autant le Cardinal Angelo Sodano que le Cardinal Roger Etchegaray ont plus de 80 ans. Ce sera donc le plus âgé des cardinaux électeurs, et selon le plus élevé des trois rangs des cardinaux, le cardinal évêque Gianbattista Re.

Le matin du premier jour du conclave est réservé à la célébration de la messe. L'après-midi est consacré à l'entrée en conclave. Lors de l’entrée solennelle des cardinaux électeurs dans la chapelle, après le retrait de tous les membres de la procession, seuls demeurent avec les cardinaux, le Maître des célébrations liturgiques pontificales et l’ecclésiastique chargé de lire la seconde méditation. Une fois la seconde méditation lue, cet ecclésiastique et le Maître des célébrations sortent à leur tour.

Dès le premier jour un premier scrutin peut être organisé, mais il peut être remis au lendemain. Les jours suivants, on organise une session de vote le matin et une l'après-midi. Lors de chaque session, si les résultats d'un premier scrutin ne sont pas concluants, on procède immédiatement à un second scrutin, ce qui peut porter le nombre de scrutins quotidiens à 4.

Les bulletins dépouillés sont à chaque session brûlés dans un poêle. Au bout de trois jours, et de sept scrutins, si aucune majorité ne s’est dégagée, un jour de repos et de prière est observé. Ensuite, on recommence toute la procédure. A nouveau sept scrutins au maximum. Si, de nouveau, personne ne recueille les deux tiers des suffrages, alors un nouveau jour de repos est accordé et un nouveau cycle commence.

Comment se déroule le vote ?

Le vote se déroule en trois phases : le pré-scrutin, le scrutin proprement dit, et le post-scrutin.

Le pré-scrutin : deux ou trois bulletins sont distribués à chaque cardinal. Ils sont rectangulaires et possèdent l’inscription en latin : Eligo in Summum Pontificem. Ensuite, on tire au sort trois cardinaux qui seront scrutateurs, trois autres qui seront infirmarii (chargés d’aller recueillir le vote des cardinaux malades qui ne pourraient pas se rendre dans la chapelle Sixtine) et trois autres encore qui seront réviseurs.

Le scrutin : chaque cardinal écrit visiblement le nom de son candidat et dépose son bulletin sur un plateau pour le verser dans une urne. Une fois que tous les cardinaux ont voté, le premier scrutateur mélange le contenu de l’urne. Le dernier scrutateur compte les bulletins. Le premier scrutateur prend un bulletin, le regarde et le passe au second scrutateur qui le passe au troisième qui le lit à haute voix. Ce dernier écrit le nom sur une feuille. Les cardinaux font de même. Il prend ensuite le bulletin et l’enfile sur un fil à l’aide d’une aiguille qui le perce au niveau du mot Eligo. Une fois que tous les bulletins sont enfilés, le fil est noué.

Le post-scrutin : les réviseurs vérifient le scrutin en contrôlant les bulletins. Après la vérification et le vote validé, les bulletins sont brûlés. En cas de deuxième scrutin, on recommence toute la procédure. Si un candidat a recueilli les deux tiers, il est élu pape.

Après le scrutin, on appelle le Secrétaire du collège des cardinaux, le Maître des célébrations liturgiques pontificales. Le Doyen demande alors le consentement à l’élu. Si l’élu n’est pas évêque, il doit être ordonné aussitôt. Le nouveau pape reçoit ensuite l’hommage de tous les électeurs.

Le conclave ne prend fin que lorsque le pape a répondu favorablement à la question du cardinal doyen « Acceptez-vous votre élection canonique comme souverain pontife ? » (en latin Acceptasne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem ?) puis à « De quel nom voulez-vous être appelé ? » (en latin Quo nomine vis vocari ?, le premier pape à changer de nom étant Jean II au VIe siècle), le Pape étant finalement proclamé.

Comment le monde est-il informé ?

Après chaque scrutin, les cardinaux communiquent les résultats au reste du monde par l'intermédiaire d'une cheminée, un conduit étant spécialement installé lors du conclave. Le résultat du vote est annoncé par une fumée noire (vote non concluant) ou blanche (vote concluant).

Depuis le conclave de 2005, des fumigènes colorants fabriqués par un « poêle électronique » sont utilisés pour éviter les confusions sur les fumées qui s’échappent de la cheminée. De plus, on a décidé cette année-là de faire sonner les cloches de Saint-Pierre en accompagnement de la fumée blanche afin d'éviter les hésitations des observateur sur la couleur des volutes s’échappant de la cheminée.

Ensuite, le cardinal protodiacre, dans ce cas le Cardinal français Jean-Louis Tauran prononcera l’Habemus papam depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre. Plus tard, le Pape élu vient saluer la foule sur le balcon. Et le monde découvre alors le nouveau successeur de Saint Pierre.

images/icones/neutre.gif  ( 707536 )très utile merci par Luc Perrin (2013-02-25 20:25:25) 
[en réponse à 707502]

Je ne savais pas que le conclave serait présidé effectivement par le cardinal Re : personne ne le disait.
Présidence ne veut pas dire influence prépondérante mais dans un conclave qui est annoncé comme très "ouvert", le président peut avoir un rôle accru de facto.

Le cardinal Re est un peu le gardien de la mémoire et de l'action du pape Paul VI qui n'a aucune sympathie pour les tradis tout en n'étant pas du tout "réformiste".

Il manque, à mon avis, la disposition nouvelle introduite par Jean-Paul II : au bout d'un certain nombre de scrutins négatifs, assez important toutefois, la majorité simple (et non plus les 2/3) suffit.

S'il y a un éparpillement des votes on pourrait voir ce cas de figure, à mon sens dangereux. L'élu à une courte majorité serait fragile dès le 1er jour. Prions qu'un consensus large se dégage.
images/icones/neutre.gif  ( 707538 )Mais Benoît XVI était revenu sur cette réforme : il faut bien les deux tiers par Lux (2013-02-25 20:39:58) 
[en réponse à 707536]

Fort heureusement !

La règle traditionnelle a été réintroduite par un motu proprio du 11 juin 2007 :


En conséquence, après avoir mûrement réfléchi à la question, Nous établissons et décrétons que les normes prescrites au paragraphe 75 de la Constitution apostolique Universi Dominici gregis de Jean-Paul II sont abrogées, et sont remplacées par les normes qui suivent : Si les scrutins indiqués aux paragraphes 72, 73 et 74 de la Constitution citée n’ont pas donné de résultat, qu’il y ait une journée consacrée à la prière, à la réflexion et au dialogue ; puis, dans les scrutins qui suivent, en conservant les dispositions fixées dans le paragraphe 74 de la même constitution , auront voix passive [a] seuls les deux cardinaux qui ont obtenu le plus grand nombre de suffrages dans le scrutin précédent ; et l’on ne s’écartera pas de la règle selon laquelle, même pour ces scrutins, est exigée pour la validité de l’élection la majorité qualifiée [b] des suffrages des cardinaux présents. Dans ces scrutins, les deux noms qui peuvent être élus n’ont pas le droit de vote.

images/icones/neutre.gif  ( 707541 )Oui, et... par Père M. Mallet (2013-02-25 20:58:42) 
[en réponse à 707538]

...la limitation aux deux cardinaux les mieux "placés", cela aussi peut constituer un blocage : dans le système ancien, si on avait deux noms en vue, un hyper-progressiste et un hyper-traditionaliste, par exemple et pour caricaturer un peu, les cardinaux pouvaient faire émerger un "centriste" pour mettre tout le monde d'accord. Là, ce ne sera plus possible : avec ces deux seuls candidats restant, on risque (risque théorique mais on ne sait jamais...) d'avoir une crispation, chaque camp se disant qu'il faut absolument et coûte que coûte faire barrage au camp adverse.

Cela dit, cette situation ne pourrait arriver qu'après un nombre assez important de scrutins : les cardinaux ont le temps de voir se dessiner l'évolution de la situation.
Du moins espérons-le...

Voir aussi mon autre post ici :
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=707485


images/icones/neutre.gif  ( 707544 )merci j'avais oublié ... par Luc Perrin (2013-02-25 21:30:44) 
[en réponse à 707538]

ce très bref mais utile motu proprio avec la réserve du P. Mallet.

Toutefois la règle des 2/3 pousse par elle-même à la recherche du "3è homme" en cas de blocage : le fait qu'elle ait été rétablie dans toute sa force par Benoît XVI, grâce lui en soit rendu, jouera ainsi pleinement sans attendre un nombre très élevé de scrutins. A priori maintenant ...
images/icones/vatican.gif  ( 707574 )Un calendrier possible par PEB (2013-02-26 00:26:07) 
[en réponse à 707502]

Je ne crois pas à un Conclave anticipé. De toute façon, les quatre ou cinq électeurs renonçant à ce jour conservent techniquement le droit de se présenter à Rome jusqu'au 15 mars qui est un vendredi.

Mon scénario le plus probable est donc:
- vendredi 15 mars 9 h 30 min: congrégation générale pour faire l'appel des Cardinaux électeurs présents et présenter l'organisation spirituelle et matérielle du Conclave ainsi que dans quel état d'esprit que le Sacré-Collège doit prendre ses responsabilités dans les heures qui viennent. A la marge, pourront être évoqués une dernière fois les problèmes individuels de chacun (médicaux notamment).

- samedi 16 mars: dernière journée libre des Pères Cardinaux dans leur palais (une piaule dans un séminaire, une cellule d'une congrégation amie, un appartement romain prêté, une collocation avec des prélats de la curie ou, à défaut, une chambre d'hôtel pour la plupart des pèlerins de passage) et, en tous cas, hors de la Cité.
- dimanche 17 mars au matin: messes des Cardinaux dans leurs paroisses titulaires respectives pour le 5ème dimanche de Carême en général et pour leurs adieux au monde en particulier (au moins, en ce qui concerne le futur élu). A l'occasion du précédent Conclave, ce moment fut un moment de communion et de prière important avec le Peuple Romain.
- soir du dimanche 17 mars: installation définitive de la communauté à la Maison Sainte-Marthe et perception du paquetage (habits de chœur neufs notamment). D'ultimes échanges avec l’extérieur seront encore possibles (recommandations aux proches, aux curies épiscopales et nationales, aux médecins &c.) Un premier repas en commun (un buffet?) pourra être servi pour renforcer les liens d'amitiés des uns avec les autres. Pour un temps, l'ambiance est, comme au Jeudi Saint, à la détente festive et à l'échange spirituel.

- lundi 18 mars 10 h: messe pro eligendo Papa à Saint-Pierre
- lundi 18 mars à 14 h: entrée en Conclave et saut dans l'inconnu à la grâce de Dieu.