Le Forum Catholique
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( 707116 )
Un cardinal non électeur par Paterculus (2013-02-23 12:10:00)
... et cette fois ce n'est pas de 2005 !
Le cardinal Lubomyr Husar, ancien archevêque majeur de Kiev des gréco-catholiques, fêtera ses 80 ans le 26 février, deux jours avant le départ de Benoît XVI. Il ne participera donc pas au Conclave destiné à élire le successeur du pape allemand.
Apic
Votre dévoué Paterculus

( 707176 )
Il est malheureux par Don Henri (2013-02-23 17:50:50)
[en réponse à 707116]
Que la plus grande des Eglises Catholiques orientales n'ait pas voix au chapitre.
+ pax et bonum

( 707177 )
Je ne suis pas d'accord. par Yves Daoudal (2013-02-23 18:02:26)
[en réponse à 707116]
Je ne vois pas pour quelle raison des chefs d'Eglises orientales auraient à interférer dans l'élection de l'évêque de Rome, qui est le chef d'une autre Eglise.
Je suis tout à fait d'accord avec les patriarches grecs-catholiques, qui refusent d'être cardinaux. (Mais je constate qu'ils sont les seuls... Les autres préfèrent les honneurs à leur propre ecclésiologie.)

( 707184 )
une autre Église ? What ? par Luc Perrin (2013-02-23 18:55:38)
[en réponse à 707177]
Je me suis étranglé en vous lisant, comme tout catholique "romain" devrait le faire.
Quoi les Églises orientales catholiques ne seraient plus en communion avec Rome ? Le pape, évêque de Rome certes mais bien pape, n'aurait plus aucun droit sur les Églises orientales qui se disent en communion avec lui et par conséquent professent la même foi catholique, foi qui implique l'adhésion à tous les conciles oecuméniques et toutes les proclamations dogmatiques.
Non la thèse des patriarcats - la vieille Pentarchie opposée au Primat effectif de Rome - ne tient pas et d'ailleurs, Benoît XVI l'a enterrée discrètement mais sûrement en supprimant son titre de "Patriarche d'Occident".
Il est en outre proprement absurde de vouloir que les voix des catholiques orientaux soient automatiquement étouffées : c'est contraire au décret Orientalum Ecclesiarum (1964) de Vatican II, à l'enseignement des papes de Léon XIII à Jean-Paul II ... les deux poumons, vous vous souvenez ?
Benoît XV avait pourtant fermement repoussé l'assimilation du catholicisme "romain" à la seule latinité. Comme chef de l'Église universelle, le pape doit prendre en compte Latins et Orientaux, en respectant certes l'autonomie de ces derniers : mais autonomie n'est pas indépendance !
Ceci posé, la question est d'ordinaire : les patriarches devraient-ils être soit cardinaux de droit, soit assimilés aux cardinaux en tout point sans le titre ?
On pourrait comprendre la 2è solution à ce problème.
Pour le moment, Rome a biaisé en créant des patriarches cardinaux, ce qui est une réponse pragmatique mais pas forcément satisfaisante pour l'esprit. Sur ce point, je vous suivrais.
De là à vouloir que les Églises orientales soient coupées de l'Église latine, il y a un saut que je ne ferai pas du tout et une direction qui serait tout sauf traditionnelle. Carrément dangereuse.

( 707210 )
Je vous rejoins par Paterculus (2013-02-23 20:48:41)
[en réponse à 707184]
Je pense qu'il est bon que les Orientaux participent à l'élection du Pape.
N'est-ce pas un Pape qui a promulgué le code de droit des Eglises Orientales ?
N'est-ce pas un autre Pape qui pourrait le changer ?
Le Pape n'est-il pas le garant ultime de la fidélité doctrinale des Eglises Orientales ?
Quelle que soit la solution canonique retenue, je pense que des Orientaux doivent être présents au conclave.
Votre dévoué Paterculus

( 707213 )
L'élection du premier des "patriarches" n'a peut-être pas la même importance pour les orientaux par le torrentiel (2013-02-23 21:02:06)
[en réponse à 707210]
même si on a vu que celui-ci avait renoncé à ce titre et si la pratique de l'élection remonte à une origine apostolique, mais davantage pour statuer sur des décisions que pour élire un représentant. Il n'était pas rare que l'on tirât au sort, et Pierre ne fut pas élu par ses pairs, mais nommé "chef de l'Eglise" par le Christ en personne.

( 707187 )
D'une autre Eglise? par le torrentiel (2013-02-23 19:04:27)
[en réponse à 707177]
D'un autrepatriarcat, vous voulez dire?
Et est-ce que le mélange entre noblesse mondaine et ancienneté dans l'eglise ne décourage pas ces orientaux de devenir cardinaux, qui ont rang de princes de l'eglise?
Mais d'un autre côté, si le patriarche de Rome est le premier des patriarches, pourquoi les catholiques orientaux n'entrent-ils pas dans l'universel catholique en ne faisant qu'en reconnaître la primauté sans participer à son élection?
Cela s'expliquerait-t-il par une différence que nous aurions, entre orientaux et occidentaux, dans la compréhension de l'universalité de l'Eglise?

( 707194 )
[réponse] par Yves Daoudal (2013-02-23 19:41:44)
[en réponse à 707187]
D'un autre patriarcat, vous voulez dire?
Non, je dis bien d'une autre Eglise. Depuis Léon XIII, timidement, et depuis Vatican II, très clairement et ouvertement, Rome reconnaît qu'il y a des
Eglises catholiques patriarcales, régies par leur droit propre. Des Eglises dont le patriarche n'est pas nommé par Rome mais élu par un synode, qui a autorité sur la vie de cette Eglise, sur la liturgie, sur la nomination des évêques... Ce patriarche demande ensuite au pape la "communion ecclésiastique", et le pape la lui accorde.
Rome n'est pas "un autre patriarcat", comme Benoît XVI l'a montré en supprimant des titres du pape celui de "patriarche d'Occident".
reconnaître la primauté sans participer à son élection
C'est précisément ce que font les patriarches grecs-catholiques melkites, et ce que devraient faire, à mon avis, tous les chefs d'Eglises orientales. Ce serait un bon signal oecuménique envers les orthodoxes.
est-ce que le mélange entre noblesse mondaine et ancienneté dans l'eglise ne décourage pas ces orientaux de devenir cardinaux, qui ont rang de princes de l'eglise?
Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, mais peut-être ceci y répond en partie: le patriarche grec melkite catholique Maximos IV avait refusé de participer à la première réunion du concile, parce que les patriarches venaient après les cardinaux, ce qui était pour lui inacceptable, puisque les cardinaux sont des évêques et que les évêques viennent après les patriarches. La raison invoquée par Rome était que les cardinaux faisaient en quelque sorte partie du pape, étaient une extension du pape, et c'est pourquoi ils passaient avant les patriarches. Mais comme Maximos IV était décidé à ne pas plier, c'est le pape qui a plié. Lors des réunions suivantes, la table des patriarches fut placée devant celle des cardinaux. Maximos IV ne faisait pas cela par orgueil, mais parce qu'il considérait qu'il représentait au concile l'ensemble des Eglises byzantines.
Cela s'expliquerait-t-il par une différence que nous aurions, entre orientaux et occidentaux, dans la compréhension de l'universalité de l'Eglise?
Il y a une différence dans la conception de l'Eglise, qui s'est accentuée et durcie au cours du second millénaire: en Occident, la vision est devenue de plus en plus celle d'une monarchie et d'une société hiérarchique régie par un code juridique, et en Orient elle est restée en gros celle d'une communion eucharistique autour de l'évêque. C'est l'immmense apport de la constitution Lumen gentium de Vatican II d'avoir fait la synthèse et d'avoir rappelé que l'Eglise est à la fois une réalité mystique et le peuple de Dieu.

( 707212 )
Mais cette pluralité d'eglises ne présente-t-elle pas un danger congréganiste? par le torrentiel (2013-02-23 20:56:56)
[en réponse à 707194]
Cher Yves daoudal,
Merci de votre réponse, très complète. Par ordre d'importance :
concernant la "noblesse de robe"des cardinaux (si j'ose dire, cum grano salis), vous avez bien cerné ma question, et je dirais que le patriarche a fait, mais pour le bien de l'eglise, ce que les ducs et pairs passaient leur temps à faire à la cour de Louis XIV, au témoignage du duc de saint-simon, qui raconte en y entrant d'interminables querelles de préséance, mais pour le bien de leur rang et de l'étiquette. Les cardinaux, un prolongement du pape, mais ont-ils rang de princes de l'Eglise? et de même, jusqu'à quel point, l'Eglise, "monarchie de monarchies", assume-t-elle une assimilation du pape avec la fonction royale? elle parle de Siège pétrinien, à ma connaissance pas de Trône. Par contre, elle parle de pape régnant. C'est l'éternel problème de la collusion entre "papes et Empereurs", la noblesse pontificale se calquant sur la noblesse impériale. Mais cela s'étend-il juridiquement aux cardinaux, ou le titre de "princes de l'eglise" ne leur est-il donné que par analogie?
Plus important: si l'eglise reconnaît une pluralité d'eglises au sein de l'unique eglise, ne risque-t-elle pas de se rapprocher de la logique "congréganiste" (ou d'assemblée) des protestants, dont le principe fédérateur est lâche et finit par être purement associatif dans la république française par exemple ? J'entends bien que le rapprochement le plus pertinent, surtout quand il s'agit d'orientaux, n'est pas à faire avec les protestants, mais avec les orthodoxes, mais cette "logique d'assemblées" ne risque-t-elle pas d'atomiser l'eglise?
D'autant plus que votre dernière remarque peut légitimer cette crainte : la conception d'une eglise vivant une "communion eucharistique" sous la conduite de l'évêque, c'est-à-dire de l'ancien et du gardien, mais qui n'est, en définitive, que le chef d'une Assemblée, d'une eglise locale pouvant, par cette "logique d'assemblée" se croire plus facilement autocéphale qu'une "Eglise locale" de forme diocésaine, où^l'ordinaire du lieu est maître chez lui et seul juge de la manière de dispenser le catéchisme, mais un peu comme un fermier général du pape, pour filer la métaphore royale. Au contraire, l'organisation des catholiques orientaux en petites Eglises, où le patriarcat donne une autorité plus grande que l'épiscopat soumis plus directement à l'évêque de Rome, me semble contenir un germe d'atomisation de la grande eglise en petites Eglises. Vous me direz que la tradition gallicane atomise elle aussi à sa façon l'eglise latine, et les conférences episcopales nationales multiplient les gallicanismes, mais le lien avec la romanité est assez fort pour que la logique supranationale demeure inentamée dans l'eglise universelle. (Au passage, j'ai toujours trouvé que le qualificatif de "district" employé par la FSSPX pour désigner sa représentation au sein des différents pays ravalait les nations à une logique cantonale fort helvétique, mais ne rallumons pas un nouveau feu contre la FSSPX).
La décision de benoît XVI de rendre invalide le titre de "patriarche d'Occident" éloigne le spectre de l'atomisation congréganiste, en soulignant la juridiction universelle du Siège de Pierre, mais cette décision accentue le flou, dans la mesure où, se reconnaissant patriarche, il assumait la conception d'une eglise non pyramidale, mais constituée de petites eglises emboîtées dans la grande eglise; et, étant le premier des patriarches, il confirmait aux patriarches d'Orient qu'il était, pour eux aussi, un "primus inter pares". Ne se voulant plus "patriarche d'Occident", Benoît XVI renoue avec une pensée pyramidale, dans laquelle on voit mal comment la logique patriarcale peut encore s'emboîter, et comment le droit de cité de ce mode d'organisation éclésial bénéficie de beaucoup plus d'estime de la part de l'eglise latine que celle du respect de l'histoire, sans que demeure un lien organique et clair avec ces patriarcats, à la fois de nature hiérarchique et de collégialité (un gros mot pour beaucoup de liseurs de ce forum)
Je vous prie de m'excuser si je traduis en un langage approximatif des réalités qui me sont relativement étrangères, quoiqu'elles m'intéressent, comme tout ce qui concerne la vie de l'eglise.

( 707230 )
Bon vent ! par jl d'André (2013-02-23 23:46:04)
[en réponse à 707116]
Le cardinal Husar alors patriarche de Lviv avait prononcé la grande excommunication contre le père Wasil supérieur de la fraternité saint Josaphat parce qu'il avait fait ordonner les prêtres de sa fraternité par un évêque de la FSSPX. Le père Wasil a fait appel et Rome a bien évidemment annulé une condamnation aussi inique.
Plus tard, pensant avoir suffisamment de complicités à Rome, le cardinal Husar excommunie de nouveau et pour le même motif le père Wasil qui fait appel à Rome qui annule cette sanction injuste et infondée.
C'est alors que le cardinal Husar transfère son siège patriarcal de Lviv à Kiev (Kiev est la capitale politique de l'Ukraine mais c'est Lviv qui en est la capitale religieuse). Ensuite, il fait excommunier le père Wasil par le nouvel archevêque de Lviv. Le père Wasil fait appel et le cardinal Husar s'arrange pour être désigné comme la juridiction d'appel afin de pouvoir confirmer en appel l'injuste condamnation qu'il avait lui-même initié en première instance.
Il est heureux qu'un cardinal capable d'avoir perpétré une telle forfaiture ne puisse participer à l'élection du souverain pontife.