Le Forum Catholique
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( 707010 )
Mea Culpa par Mbolo (2013-02-22 17:41:41)
Cathos et migrants, Janvier/février 2013
Mea Culpa par Mbolo.
Mû par la curieuse idée d'assister au colloque « Les catholiques et les migrations » qui se tenait un de ces derniers week-end aux Bernardins, organisé par des organismes bien connus, comme le CCFD, ou moins connu, comme le CIEM, au moins ai-je pu préciser l'idée que je me faisais des « catholiques de gauche ».
Et bien, ils sont comme nous - catholiques tout court, ou de droite, ou « tradis » - à ceci près que si nous sommes en permanence occupés à chercher, à comprendre et à suivre la vérité, eux la possèdent, avec toutefois cette particularité qu'il la tressent avec un large choix de mensonges et d'erreurs empruntés le plus souvent à nos pires ennemis, je veux dire aux pires ennemis de la chrétienté...
Il me paraît inutile aujourd’hui de préciser l'identité de ceux-ci tant ils donnent de la voix chaque fois qu'ils croient en avoir l'occasion !
J'ai pu aussi définir, dans ma tête, la place de ces fameux « cathos de gauche » grâce à la précision donnée par l'un de leurs orateurs, un des plus enthousiastes : elle est « à la gauche du Christ. » J'ai alors tenté de rassembler mes souvenirs, revivifiés par l'un des derniers ouvrages de Max Gallo abondamment et magnifiquement illustré. J'en suis arrivé à la constatation que si, sur les tableaux les plus célèbres de la Cène en particulier, et d'autres, on compte le plus souvent cinq apôtres à Sa gauche tout aussi attentifs, enthousiastes ou recueillis que les six qui sont peints à Sa droite, Judas figure en effet le plus souvent (quand il figure) à la gauche du Christ...
De ces demi-vérités, ou de ces mensonges, je ne donnerais que deux exemples.
N'ayant rien de plus pressé que d'attaquer ces chrétiens qui ne sont pas de leur bord un des mensonges qu'il m'a été donné d'entendre concerne la condamnation de l'Action française, rappelée avec délectation par ce même talentueux orateur à propos des « migrations » ! Or, sans insister sur son rapport trop évident au sujet traité, il savait pertinemment qu'elle avait été rapportée comme non fondée, dès avant la guerre, cette condamnation – mais il n'a pas pu s'empêcher de faire agir une fois encore le venin de la calomnie...
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...
Dans le genre des fausses vérités le président du CIEM, orateur agité, nous a plutôt assuré de l'importance primordiale de l'engagement dans la Résistance tant des Rouges espagnols que des Juifs polonais : sans eux, que serions-nous devenus. Je ne doute pas un seul instant qu'il y en ait eu, des Rouges, et des Juifs, de là à en faire le gros des bataillons...
Il y eut, après des interventions fort brillantes, deux périodes de questions qui suscitèrent les réponses les plus convenues, de celles que l'on peut lire à loisir dans toute la presse « bien pensante », du Monde à La Croix. Et j'avais le sentiment d'écouter, d'entendre plutôt, un dialogue décalé, où les mots ne portaient pas, pour avoir perdu leur signification. Et il m 'est apparu soudain que le problème était dramatiquement mal posé.
Il n' y aurait en effet nul migrant, ou du moins des migrations parfaitement contrôlées si nous avions continué à administrer nos possessions africaines. Il n' y aurait pas de migrations parce que ces pays auraient encore, et de plus en plus, un avenir. Ils se développeraient dans l'ordre colonial – oui, colonial, puisque nous y étions, et que nous aurions dû nous acquitter de nos devoirs là-bas et n'en partir qu'une fois notre tâche achevée. Notez bien que je ne dis pas que nous aurions dû y aller, mais que nous aurions dû y rester jusqu'à l'achèvement de notre tâche en effet !
Et comme ils s'enfermaient dans le lac des opinions conformistes, mille fois rabâchées, dénonçant pêle-mêle le « colonialisme », la France-Afrique, et la cupidité des intérêts apatrides – pardon, des compagnies coloniales – il m'est venu à l'idée de témoigner, de ma vie, de mon expérience, et surtout, surtout de restituer ces témoignages que j'ai reçu, là-bas, dans différents coins d'Afrique, par trois fois - oui, par trois fois.
De quoi s'agit-il ? De témoignages d'Africains, en tête-à-tête, et sans les chercher, parce que si telle avait été ma démarche j'en aurai trouvé par centaines...
Voilà dans quelles circonstances je les ai encaissés ces témoignages :
Première expérience : M 'étant porté aux avant-postes d'une de nos courses d'orientation, dans la brousse des environs de Dakar, je tombe soudain sur un villageois rentrant de ses plantations de manioc. Comme il se fige en me saluant à la romaine, je m'arrête, trempé de sueur. Il me tend alors la main, puis se saisit de mon bras qu'il sert comme dans un étau. Il sait parfaitement d'où je viens, qui je suis : un membre des forces françaises dont les locaux sont à quelques kilomètres du lieu de notre rencontre. Et, après l'habituel échange des salutations, en wolof, il me dit en me fixant droit dans les yeux : « Pourquoi vous êtes partis ? »
Il a à peu près mon âge, lui comme moi avons connu « l'avant », et je n'ai pas besoin d' explications supplémentaires pour comprendre ce qu'il veut me dire, il parle évidemment de leur indépendance bâclée, octroyée comme à des gosses encombrants, pour s'en débarrasser. « Pourquoi vous êtes partis ? » me répète-t-il.
Hébété, dépassé, profondément ému pour l'avoir trop bien compris, je ne peux que lui souffler un « Je ne sais pas » qui exprime une impuissance irresponsable.
Débouche alors dans la clairière le premier de mes poursuivants. Mon Wolof, lui aussi, comprend au quart de tour et, me lâchant le bras, me crie : « Va, et défends-toi ! » et je reprends ma course pour défendre en effet un classement bien futile... Mais cette question éructée d'une voix rauque me hante : « Pourquoi vous êtes partis ? »
Deuxième expérience, l'Afrique de la forêt cette fois : Avec quelques amis nous passons un long week-end dans l'une de ces vastes missions de l'Afrique de Tintin au Congo désertées après Vatican II suivant les principes de Nostra Aetate. Quelques paillotes en ont été transformées en sorte de chambres d'hôtes, au bord de la lagune...
Au cours de la veillée que nous organisons quelques villageois du voisinage sont venus partager nos agapes et nous bercer de leurs chants. Sur la place principale de la mission abandonnée nous vivons entre nous ce moment de convivialité autour du feu. L'un des plus anciens, peut-être le chef de village, est venu se placer à côté de moi. Nous parlons de choses et d'autres quand, en fin de soirée, les chants se sont tus. Me désignant alors d'un geste large l'ensemble de la mission désertée, et vrillant ses yeux dans les miens, mon interlocuteur m'ébranle encore jusqu'au fond du cœur, reprenant comme en écho de son lointain frère sénégalais cette question lancinante : « Pourquoi vous êtes partis ? Pourquoi ? » Et, dérobant mon regard déjà humide, je ne puis que lui murmurer : « Je ne sais pas », et répéter encore « Je ne sais pas . »
Voilà ce que je voulais dire, ce que j'aurais dû dire, en conclusion de leur sacré colloque, sans craindre de lever un « buzz », de susciter une « bronca »...
Et alors ?
Je leur devais la vérité, je leur devais cette vérité, autant à mes « témoins » qu'à ces cathos de gauche !
Jamais les saints ne se sont tus...
Mea culpa, mea maxima culpa.
PS : La troisième expérience, je la garderai pour moi ...

( 707036 )
D'accord avec vous sur à peu près tout mais pas sur l'Action Française ! par Candidus (2013-02-22 21:00:56)
[en réponse à 707010]
Le thème de l'Action Française sur ce forum est un serpent de mer.
Une énième fois je rappellerai que contrairement à ce que vous semblez affirmer, l'Action Française a été condamnée par l'Eglise et cette condamnation n'a jamais été remise en question par quelque pape que ce soit.
L'Action Française a été condamnée sous St Pie X qui a cependant jugé qu'il n'était pas opportun de rendre la condamnation publique. Pie XI en a jugé autrement.
Quant à la levée de la condamnation, elle est intervenue à la suite d'un processus qui a débuté sous Pie XI et que Pie XII n'a fait qu'entériner.
Il est faut d'écrire que Pie XII aurait déjugé Pie XI. La condamnation des écrits de Charles Maurras n'a jamais été levée. Ce n'est que la condamnation du journal qui a été levée aprés que les erreurs et faits pour lesquels il avait été condamné eurent été rejetés par les responsables du journal.
Quelques documents attestent de cela :
Le décret du St Siège du 10 juillet 1939 :
Levée d'interdiction du journal L'Action Française :
Par décret de cette Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office en date du 29 décembre 1926, le journal L'Action Française, tel qu'il était alors publié, fut condamné et mis à l'Index des livres prohibés, attendu ce qui s'écrivait dans ledit journal, surtout à cette époque-là, contre le Siège apostolique et contre le Souverain Pontife lui-même.
Or, par une lettre adressée à la date du 20 novembre 1938 au Souverain Pontife Pie XI, de sainte mémoire, le comité directeur de ce journal fit sa soumission et présenta, pour obtenir que fût levée la prohibition du journal, une pétition qui fut soumise à l'examen de cette Sacrée Congrégation.
De plus, récemment, ce même comité, réitérant la pétition, fit une profession ouverte et louable de vénération envers le Saint-Siège, réprouva ses erreurs et donna des garanties sur le respect du magistère de l'Eglise par une lettre adressée le 19 juin 1939 au Pape Pie XII, glorieusement régnant, lettre dont le texte est rapporté ci-après à l'annexe N° I.
C'est pourquoi, dans la séance plénière de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office tenue le mercredi 5 juillet 1939, les éminentissimes cardinaux préposés à la sauvegarde de la foi et des moeurs, après avoir consulté les éminentissimes et révérendissimes cardinaux de France, ont décrété :
A dater du jour de la promulgation du présent décret, la défense de lire et de conserver le journal L'Action Française est levée, restant prohibés les numéros mis jusqu'à ce jour à l'Index des livres prohibés, sans toutefois que cette Suprême Sacrée Congrégation entende porter aucun jugement sur ce qui regarde les choses purement politiques et sur les buts poursuivis par le journal dans ce domaine — pourvu, bien entendu, qu'ils ne soient pas contre la morale — et ad mentem à savoir : conformément à ce qui a été, à maintes reprises, inculqué par le Saint-Siège, concernant soit la distinction entre les choses religieuses et les choses purement politiques, soit la dépendance de la politique par rapport à la loi morale, soit les principes et les devoirs établis en vue de promouvoir et de défendre l'Action catholique, cette Suprême Sacrée Congrégation recommande instamment aux Ordinaires de France la vigilance en vue d'assurer l'observation de ce qui a été déjà statué en la matière par l'assemblée des cardinaux et archevêques de France en l'année 1936 et qui est rapporté dans l'annexe N° II ci-après.
Annexe N° I
Lettre du comité directeur de L'Action Française adressée à S. S. le Pape Pie XII le 19 juin 1939 :
Très Saint-Père,
Nous soussignés, membres du comité directeur du journal L'Action Française unis dans les sentiments de la plus profonde vénération pour Votre Sainteté.
Mettons à Ses pieds, au début de Son pontificat, marqué déjà des signes universellement reconnus de la justice et de la paix, la sincère et loyale déclaration de nos intentions et des assurances par lesquelles nous voulons renouveler l'expression des sentiments que nous avons déjà soumis au très regretté et vénéré Pontife Pie XI, de sainte mémoire, dans notre lettre du 20 novembre 1938, pour obtenir le retrait de la mise à l'Index, prononcée par la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office contre le journal L'Action Française.
1. Pour ce qui concerne le passé, nous exprimons la plus sincère tristesse de ce qui, dans les polémiques et controverses antérieures et postérieures au décret de condamnation du Saint-Office, le 29 décembre 1926, a paru et a été de notre part irrespectueux, injurieux et même injuste envers la personne du Pape, envers le Saint-Siège et la hiérarchie ecclésiastique, et contraire au respect que tous doivent avoir pour toute autorité dans l'Eglise.
2. Pour tout ce qui regarde en particulier la doctrine, tous ceux d'entre nous qui sont catholiques, en réprouvant tout ce qu'ils ont pu écrire d'erroné, rejettent complètement tout principe et toute théorie qui soient contraires aux enseignements de l'Eglise catholique, enseignements pour lesquels nous professons unanimement le plus profond respect.
3. Nous déclarons et assurons en outre que nous voulons être très attentifs à rédiger le journal, de telle manière que, ni les collaborateurs, ni les lecteurs n'y trouvent rien qui, directement ou indirectement, trouble leur conscience et qui s'oppose à l'adhésion due aux enseignements et aux directives d'ordre religieux et moral de l'Eglise.
Annexe N°2
Nous affirmons formellement notre volonté unanime de développer notre activité de journalistes, même dans le domaine social et politique, de façon à ne jamais manquer, pour ce qui est des catholiques, à la soumission et, pour nous tous, au respect dû aux directives de l'autorité ecclésiastique dans les problèmes qui, en ce domaine social et politique, intéressent l'Eglise par leurs rapports avec sa fin surnaturelle.
Depuis longtemps, Très Saint-Père, les violences, attaques et toute autre attitude du journal qui ont motivé la condamnation de 1926, ont cessé et sont désavouées.
C'est pourquoi nous osons demander au Père qui tient les clefs de la miséricorde et de la justice, de daigner considérer, en terminant l'examen déjà commencé par Sa Sainteté Pie XI, si, selon Son jugement souverain, les JUSTES MOTIFS DE PROHIBITION ayant, ce nous semble, cessé d'exister, celle-ci ne pourrait légitimement tomber à son tour.
Et nous mettons aux pieds de Votre Sainteté, avec l'hommage de notre profonde vénération, celui de notre dévouement inaltérable, en sollicitant de tout coeur les bénédictions du Père commun sur chacune de nos personnes et, par-delà, sur toute notre France, fille aînée de l'Eglise, à laquelle nous avons dévoué notre vie.
Paris, le 19 juin 1939.
Léon Daudet, co-directeur de « L'Action Française » ; Ch. Mauras, co-directeur de « L'Action Française » ; Maurice Pujo, rédacteur en chef de « L'Action Française » ; Paul Robain ; Jacques Delebecque ; F. de Lassus ; Robert de Boisfleury, administrateur délégué de L'Action Française » ; Général de Partouneaux, président du Conseil d'administration ; M. de Roux, avocat, leur défenseur et conseil.

( 707040 )
Certes, sur la forme, mais dans le fond ... par Lamy (2013-02-22 21:34:10)
[en réponse à 707036]
Sur la forme : vous avez raison : d'ailleurs : on ne peut pas affirmer que le pape de 1938 contredit le pape de 1926, sans convenir aussi que dans ce cas Pie XI contredit St Pie X.
Dans le fond : c'est bel et bien St Pie X qui avait raison : le mouvement était condamnable (certains écrits de jeunesse de Maurras l'étaient, certains propos du journal aussi.)mais il n'était pas opportun de la rendre publique. Pie XI aurait rendu un grand service à l'Eglise en s'en tenant à cette vision prudente, car 1926 a vu se lever un scission dans le clergé français et a permit aux pires d'entre eux de relever la tête : après la condamnation su Sillon en 1914, la condamnation de l'AF a été vécue comme une réhabilitation, ce qu'elle n'était pas.
Il ne faut pas se leurrer : l'AF contrecarrait par son discours les illusions pacifistes de Pie XI, suite à sa condamnation, sa perte d'influence sur les catholiques l'empêchera de réveiller les consciences et de mener efficacement son devoir d'alerte contre le réveil allemand.
Sans beaucoup se tromper on peut estimer que c'est depuis 1926 que les catholiques se sentent un peu honteux et politiquement perdants, tandis qu'ils se sentent aussi trompés par leurs élites ecclésiales ...
Bref : politiquement les papes ne sont pas infaillibles et 1926 a été une belle boulette à laquelle st Pie X n'est s'etait pas risqué !

( 707041 )
Merci par Romanus (2013-02-22 21:36:00)
[en réponse à 707036]
Je rejoins totalement votre avis sur ce sujet.
Je crois néanmoins savoir que saint Pie X n'a pas condamné ce mouvement. Il aurait juste dit "l'Action française est condamnable, mais ne doit pas être condamnée".
Et l'on sait que son successeur aurait été inspiré en reprenant cette analyse pleine de prudence. Il a simplement craint de voir l'intelligence française s'enticher d'un agnostique.
Il reste néanmoins peu intelligent et peu poli chez certains de reprocher à un agnostique d'avoir monopolisé le combat royaliste pendant ces années alors que les catholique avaient totalement déserté le combat depuis un moment, à l'exception des ralliés au système en place.
Cordialement

( 707053 )
Savoir quand et quoi... par Glycéra (2013-02-22 22:02:17)
[en réponse à 707010]
parler ou se taire.
Dieu sait.
Il gère le monde avec nos faiblesses ou nos coups de génie.
Il a besoin de tout.
Vous m'avez fait penser à une analyse qui est peu connue :
Pierre Nord : l'Eurafrique
sans oublier son très bon Charles de Foucauld, Français d'Afrique.
Avec mes bonnes salutations
Glycéra

( 707065 )
je suppose que c'était un trait "d'humour" par Luc Perrin (2013-02-22 23:04:57)
[en réponse à 707010]
Vous me faîtes penser à ces Russes qui se sont mis à regretter le "bon temps" de Staline et du Goulag c'est sûr, et des restrictions de toutes sortes oh oui, mais c'était le "bon temps", les rues étaient propres, "l'ordre" était assuré, le prestige de l'URSS était grand etc.
Ce que j'ai vu le mois dernier au Rwanda est bien différent : une Église débordante de vitalité, "conciliaire" mais sacrale y compris pour la liturgie, avec un taux de vocations 2,2/2,5 fois plus élevé que le nôtre, avec un présence catholique massive, avec des religieuses en veux-tu en voilà (en habit bien sûr), un clergé jeune et dynamique, une multitude d'organismes laïcs ...
Personne ne m'a dit regretter le temps des Belges et notre petit groupe de Français a été fort bien accueilli pour autant.
Surtout comme je l'ai rappelé dans un fil précédent à l'occasion du futur conclave : en 2033, il y aura PLUS de catholiques africains que de catholiques européens.
Aujourd'hui les prêtres Fidei donum - imaginés par Pie XII et dit-on Mgr Lefebvre en 1957 - pour que des Européens et Américains viennent aider les "jeunes" Églises d'Afrique et d'Asie ou moins jeunes d'Amérique latine, ces prêtres sont surtout ... africains et asiatiques en Europe. Deo gratias pour leur indispensable présence.
Alors la nostalgie pour un "ordre colonial" - avec ses Père Brottier et pasteur Schweitzer comme avec ses horreurs sans nom du Congo belge, du chemin de fer Congo-Océan, des massacres à Madagascar aussi à ne pas oublier dans le tableau - me semble complètement dépassée.
L'Eurafrique n'est pas dans un retour à un passé mythifié ou démonisé à outrance mais une construction à opérer devant nous en ce XXIe siècle. Pour cela la France (et la Grande-Bretagne dans une moindre mesure) est plus clairvoyante que le reste des Européens - spécialement Mme Merkel et quelques autres - et les catholiques de part et d'autre ont sûrement un rôle à jouer dans ce sens.
J'ajoute que mes étudiants clercs africains sont très respectueux des missionnaires qui sont venus leur apporter la foi chrétienne : c'est à leur tour maintenant de porter le flambeau.
Je ne regrette, pour ma part, ni "l'ordre colonial" ni l'Union soviétique et je ne pleurerai pas quand le régime nord-coréen s'effondrera.

( 707077 )
“horreurs sans nom du Congo belge” par Vianney (2013-02-23 00:01:46)
[en réponse à 707065]
Pouvez-vous être plus précis ? Je ne suis ni un inconditionnel du roi Léopold II, ni de la Belgique issue de la constitution de 1830, mais concernant ces horreurs sans nom j’avoue mon ignorance...
Il me paraît en tout cas difficilement contestable qu’au Rwanda tout comme au Congo ex-belge, des horreurs sans nom se sont produites après que ces pays aient accédé à “l’indépendance”.
V.

( 707081 )
quelques références par Luc Perrin (2013-02-23 00:45:42)
[en réponse à 707077]
je pensais que pour la tragédie de "l'Etat indépendant du Congo", c'était assez connu mais visiblement non.
Adam Hochschild, Les Fantômes du roi Léopold : Le terreur coloniale dans l'Etat du Congo, 1884-1908 publié en 2007.
Il y a bien d'autres travaux là dessus. La population aurait été saignée de 50% pense-t-on ... les déportations, les camps où les familles des travailleurs sont retenues en otages et affreusement maltraitées, les mutilations d'enfants par milliers - oui comme les islamistes de Gao et Tombouctou mais à une échelle industrielle.
Témoignages tirées des rapports de 1905 :
"Mais ce tour de passe-passe ne pouvait rien changer aux propos défavorables de la commission. Par contre, pas de traces des témoignages des Africains qu’avait recueillis la commission. On peut malgré tout les trouver dans les archives de l’état belge, à Bruxelles. Ils sont à la disposition du public depuis 1980.
En voici quelques extraits: Témoin: Llange Kunda de M’Bongo : "J’ai connu Malu-Malu[Charles Massart]. Il était très mauvais; il nous forçait à apporter du caoutchouc. Un jour, je l’ai de mes yeux vu tué un indigène nommé Bongiyangwa, uniquement parce que, parmi les 50 paniers de caoutchouc qu’on avait apportés, il s’en trouvait un qui n’était pas suffisamment rempli. Malu-Malu a ordonné au soldat Tshumpade de saisir l’indigène qui était en défaut et de l’attacher à un palmier. Il y avait 3 liens, un a la hauteur des genoux, un second à la hauteur du ventre, et le troisième qui enserrait les bras. Malu-Malu avait sa cartouchière à la ceinture; il a pris son fusil, a tiré d’une distance d’environ vingt mètres, et d’une seule cartouche il a tué Bongiyangwa. La balle a frappé l’indigène en pleine poitrine, au milieu du sternum, et est sortie par le dos: j’ai vu la blessure. Le malheureux a poussé un cri et est mort. Témoin : M’Putila de Yembe: "Comme vous le voyez, j’ai la main droite coupée. C’est Boula Matari qui m’a mutilé ainsi. Quand j’étais tout petit, les soldats sont venus faire la guerre dans mon village à cause du caoutchouc. Ils ont tiré des coups de fusils et comme je fuyais, une balle m’a rasé la nuque et m’a fait la blessure dont vous voyez encore la cicatrice.
Je suis tombé et j’ai fait semblant d’être mort. Un soldat à l’aide d’un couteau m’a coupé la main droite et l’a emportée. J’ai vu qu’il était porteur d’autres mains coupées.…Le même jour, mon père et ma mère ont été tués, et je sais qu’ils ont eu les mains coupées."
Pour la partie française, plus modeste en victimes certes, la construction du Chemin de fer Congo-Océan par le travail forcé et les réquisitions aurait fait de l'ordre de 17 000 victimes.
André Gide, Voyage au Congo, 1927.
Albert Londres, Terre d'ébène (la traite des Noirs), Albin Michel 1929
Les atrocités des compagnies avaient été dénoncées par Savorgnan de Brazza et des hauts fonctionnaires du Ministère des Colonies avaient fait une enquête vers 1898-1900 très fouillée et sans complaisance. Elle fut enterrée. Catherine Coquery-Vidrovitch va publier ce rapport cette année.

( 707096 )
C’est déjà plus précis... par Vianney (2013-02-23 09:16:32)
[en réponse à 707081]
Il est question de l’
État indépendant du Congo, qui n’est pas encore le Congo belge : à ce moment-là, c’est la responsabilité du seul Léopold II qui se trouve engagée, sauf erreur, pas celle de l’État belge, qui en a seulement hérité.
En consultant une biographie de Léopold II que mon épouse m’a offerte récemment... et que je n’ai pas encore trouvé le temps de lire (
Léopold II. Entre génie et gêne. Politique étrangère et colonisation, ouvrage collectif paru aux éditions Racine en 2009), je m’aperçois qu’Hochschild y est cité en effet à plusieurs reprises, de même que Jules Marchal dont les travaux l’ont manifestement influencé. Merci en tout cas pour ces références !
V.

( 707099 )
Lorgnette... par quel bout l'employez-vous donc ? par Glycéra (2013-02-23 10:16:13)
[en réponse à 707065]
Parce que le Rwanda va mieux... après avoir été si mal, mal, comme le Burundi, comme... comme...,
vous arrivez à Cessez d'être nostalgique et voyez comme c'était mal avant ici ou là...
Pourquoi ces "OU" qui cassent les questions et les renvoient dans la case insolubles ?
C'est un ET qu'il faut faire.
ET il y eut du tellement ici ou là,
ET il y en a maintenant par ce coin ou dans celui-ci,
ET ce fut vilain, atrocement, avant la colonisation, pendant et après...
ET ce fut le fait d'Africains entre eux, ou d'Européens profiteurs...
Pas de tous les Africains, pas de tous les Européens.
Votre vue me semble attraper la lorgnette par le mauvais bout, et en plus en la coupant en deux...
Oui, il est temps que les exploitations et les mépris cessent.
Oui, il est temps que les respects viennent...
ET ils ne sont pas venus avec l'islam copnquérant, ni avec le marxiste bousculant et... profiteur.
Reconnaissez ces faits, tout de même.
Lisez la différence entre Maroc et Congo... pas la même gestion !
Prenez-en d'autres, et lisez leur histoire...
Glycéra
qui vous imaginait plus réaliste...

( 707208 )
comme quelquefois ... par Luc Perrin (2013-02-23 20:31:20)
[en réponse à 707099]
je ne comprends rien (ou pas grand chose) à votre post.
Le Maroc et le Congo ? Le lien m'échappe. Il est sûr que Lyautey n'a pas voulu christianiser le Maroc, protectorat. Mais c'était hors sujet.
Enfin si vous trouvez "réaliste" de vouloir revenir à "l'ordre colonial" et rétablir les empires coloniaux ... là ????
Car enfin c'est bien de cela qu'il était question dans le post initial auquel je répondais et que, semble-t-il, vous n'avez pas lu.
Avec ou sans lorgnette.
Mes lunettes, qui ne sont pas roses, me suffisent.

( 707220 )
Ne pas nier les faits par Paterculus (2013-02-23 22:02:01)
[en réponse à 707065]
On ne peut pas nier que le développement matériel de l'Afrique a été énorme durant la période coloniale, et que ce développement a été cassé par les indépendances. A cette époque on a introduit la roue et l'écriture, pour ne parler que de cela.
Le drame est que les colonisateurs étaient des athées (je parle des dirigeants) et qu'ils n'ont pas pensé en termes de développement intégral. Ils n'ont pas respecté les souverainetés légitimes.
Mais en même temps on ne doit pas sous-estimer la misère morale de certains peuples. Le cannibalisme était une atrocité et une réalité dans plusieurs peuples. Les comptes-rendus des missionnaires sont horribles.
Ce que vous soulignez du rôle des compagnies montre que, puisque la présence européenne en Afrique était inévitable, ce fut une chance pour les populations africaines que cette présence se fasse dans le cadre juridique de la colonie.
Par exemple, sans ce cadre, l'assassin du bienheureux Isidore Bakanja n'aurait pas été puni.
Et avec les écoles, précisément, les colonisateurs donnaient aux colonisés les moyens intellectuels d'empêcher que les exactions perdurent. Les écrivains du Dahomey (le "Qaurtier Latin de l'Afrique"), par exemple, ne se privaient pas de mettre en scène des administrateurs coloniaux abusant de leurs pouvoirs.
Il n'est pas question de nier les atrocités commises en plus d'un endroit dans les débuts de la colonisation. Et à celle du Congo belge on peut ajouter celles des colonies allemandes, où l'on a vu jusqu'à un "ordre d'anéantissement" (Vernichtungsbefehl) à l'encontre d'un peuple qui s'était soulevé.
Mais pour être juste, il faut aussi dire les bienfaits dans d'autres endroits. Au Dahomey, les troupes françaises sont intervenues pour soutenir le royaume de Porto-Novo agressé par celui d'Abomey.
Et pour les évaluations chiffrées, il faut être extrêmement prudent : les estimations de la population avant la colonie sont, précisément, des estimations. Or ceux qui les ont faites, les explorateurs, ont pu les exagérer pour deux raisons au moins. D'abord, ils progressaient en suivant les axes peuplés, et risquaient d'extrapoler la densité des zones traversées aux zones non explorées parce que dépourvues d'axes de pénétration. Ensuite, tout simplement parce qu'on a naturellement tendance à exagérer l'importance de ce qu'on découvre ; dans ce cas, on ne peut oublier que les explorateurs avaient besoin du soutien financier de généreux donateurs européens.
Ceci dit, je peux moi aussi témoigner de ce que j'ai vu et entendu. Quand je suis arrivé à Bukavu en 1983, mon recteur, un prêtre africain qui avait été vicaire général, me dit que quand dans les années cinquante on a commencé à parler à Léopoldville d'indépendance, à Bukavu on ignorait ce que cela voulait dire - et on désapprouvait toute cette agitation d'arrivistes - la suite a montré qu'on n'avait pas tort ! Mon interlocuteur continua en me citant la répartie d'un maraîcher qui livrait ses produits tous les jours à la résidence du gouverneur : en entendant qu'on y pilait le manioc au lendemain de l'indépendance, il déclara : "Cela ne marchera jamais" Et de fait cela ne marche pas encore vraiment de ce côté-là ! Bref, mon interlocuteur n'était toujours pas un partisan de l'indépendance, plus de vingt ans après.
En arrivant, donc, je n'ai vu qu'un seul confrère qui avait mal vécu la période coloniale, tous les autres l'avaient bien vécue. Ce sont les jeunes, à qui la prétendue éducation civique d'influence marxiste et l'histoire déformée (j'ai vu des manuels...) avaient donné des complexes, qui avaient une appréciation négative de cette période.
Je veux citer un autre fait. Vers 2010, à Cotonou, j'ai rencontré un congolais exilé qui fuyait le régime actuel. Il a été très ému quand je lui ai dit que je connaissais sa région et que je lui ai récité le Pater en swahili. Il m'a expliqué qu'à ses yeux, l'erreur de Mobutu - celle qui avait précipité son pays dans la ruine - était d'avoir rompu avec l'ancienne puissance coloniale : "Il y avait là, disait-il, des gens qui nous aimaient."
On ne doit pas sous-estimer cette amitié qui était née entre bien des Européens et des Africains durant la période coloniale.
Bref, je ne vois pas de raison de comparer les colonies européennes d'Afrique à l'ex-URSS.
Votre dévoué Paterculus