Le Forum Catholique
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( 705845 )
Tout un mois de prière et aussi de réflexion (Jean Madiran) par XA (2013-02-16 10:32:35)
Tout un mois de prière et aussi de réflexion
L’explosion médiatique d’une multitude de bavardages ne doit pas nous entraîner à croire, comme on nous le propose artificieusement, que la renonciation de Benoît XVI « soulève une multitude de questions sur les raisons de sa décision ».
Il faut, je crois, prendre dans sa simplicité directe et tranchante, quoique discrète, la raison qu’il donne de son départ : la situation d’une « vie de la foi » engloutie dans « le monde d’aujourd’hui » réclame de l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, une vigueur du corps et de l’esprit que l’« avancement de son âge » a diminuée chez lui « au cours des derniers mois ».
Pour cette raison, Benoît XVI vient d’accomplir un acte qui en contient deux : il quitte sa charge, mais aussi il allonge de dix-sept jours le délai minimum prévu pour la réunion du conclave qui choisira son successeur. Ce sage délai est d’au moins quinze jours après la vacance du siège apostolique : deux semaines de prières et de réflexion avant que les cardinaux enfin réunis entrent dans l’obligation de voter quatre fois par jour. La situation du monde et de l’Eglise exige ou du moins conseille, selon Benoît XVI, de porter à un mois entier le délai de réflexion et de prières.
Le Pape qui, le 07.07.07, a pleinement rendu à la messe traditionnelle son droit de cité dans l’Eglise, le Pape qui a rétabli le principe d’interpréter le Concile à la lumière de la Tradition, et non l’inverse, le Pape qui a dénoncé l’apostasie silencieuse de l’exégèse actuellement dominante a rencontré l’opposition d’une grande partie de la catholicité, trop souvent conférences épiscopales en tête. Sans avoir à entrer dans le détail des contradictions doctrinales ou pastorales que des évêques, que des cardinaux lui ont publiquement manifestées d’une manière implicite ou même explicite, il suffit de s’arrêter à ce que tout le monde peut constater. Car tout le monde a pu constater que malgré son enseignement et son exemple, il n’a réussi ni à supprimer la communion dans la main, ni à retourner vers Dieu le célébrant de la forme « ordinaire » du rite romain, ni à faire cesser la suppression de tous les agenouillements. Il a rencontré dans l’Eglise la puissance perverse d’autorités anonymes et de leurs réseaux contraires à la structure hiérarchique de l’Eglise : le pape et les évêques, non pas les comités et les commissions. Il a pu mesurer combien ces autorités parallèles résistaient à la reconnaissance du droit de cité qu’il avait rendu à la messe traditionnelle. Et cette Eglise-là, cette Eglise qui se veut intellectuellement ingouvernable, est immergée dans un « monde d’aujourd’hui » où les nations qui furent chrétiennes rejettent Dieu et sa loi hors de la cité politique, tandis que les autres nations adorent un Dieu qui n’est pas la Sainte-Trinité.
Tout cela appelle, selon Benoît XVI, que soit renouvelée la vigueur physique et mentale, naturelle et surnaturelle, du ministère pétrinien. En effet !
Sur l’état de l’Eglise et sur l’état du monde, nous avons donc, avant l’ouverture du conclave, un mois de réflexion. Il se trouve qu’elle peut être alimentée par deux ouvrages qui viennent de paraître en même temps, deux ouvrages très différents de sujet et de contenu, et cependant très convergents. L’un, présenté par les Editions Clovis, c’est 670 pages, pas moins, d’une biographie détaillée, celle du P. Roger-Thomas Calmel (1914-1975), par le P. Jean-Dominique Fabre. L’autre, présenté par les Editions de l’Homme nouveau, s’intitule La révolution chrétienne, c’est le P. Michel Viot, venu « de Luther à Benoît XVI », qui répond aux questions de l’abbé Guillaume de Tanoüarn. Nous allons prendre le temps de les consulter.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7794 de
Présent du Samedi 16 février 2013

( 705859 )
Prendre le temps de les consulter..... par Anne Charlotte Lundi (2013-02-16 11:06:34)
[en réponse à 705845]

( 705864 )
Très bien vu ! Et d'ailleurs... par Paterculus (2013-02-16 11:22:14)
[en réponse à 705845]
Je suis très heureux, cher XA, que vous nous ayez fait part de ces réflexions de Jean Madiran, auxquelles j'adhère.
De plus, si je reste sur ma faim quant au pontificat de Benoît XVI dans la situation actuelle de l'Eglise, c'est qu'il n'a pas usé de sa juridiction universelle pour libérer les énergies de ceux qui sont d'accord pour soutenir ses efforts de redressement.
Cela, après tout, vient peut-être justement de son âge au moment de son élection.
Espérons qu'un Pape plus jeune saura faire passer le message dans les faits.
Votre dévoué Paterculus

( 705923 )
il n'est de richesse que d'hommes par Luc Perrin (2013-02-16 15:18:55)
[en réponse à 705864]
selon une vieille devise du XVIe ...
Le "vaticanologue" italien Marco Politi disait sur France Culture ce midi ce que d'autres ont déjà dit : le prochain pape devra "gouverner" l'Église, qualité qui a manqué le plus au pape démissionnaire. [ce qui est amusant car ce sont les catholiques néo-libéraux qui en appellent le plus à un pape très actif et "autoritaire" - à la renverse de leur doctrine - quand les traditionalistes et les néo-conservateurs se disent satisfaits de la non gouvernance romaine bénédictine, là aussi à contre-pied de leur philosophie]
Enseigner il l'a fait, c'est ce que rappelle J. Madiran, et avec maestria. Le 7/7/7 et l'allocution du 22 décembre 2005, éléments majeurs de sa fonction enseignante : nombre d'allocutions aussi sur tel ou tel aspect, les encycliques étant paradoxalement moins marquantes que celles de Jean-Paul II ou même Paul VI.
Mais gouverner ? La "Führerwächte", terme bien connu de la culture politique allemande, a marqué les non-choix du pape.
Les nominations illisibles - sans cohérence doctrinalo-pastorale - ont montré une difficulté, une incapacité à trouver - simplement à chercher ? - un ensemble d'hommes (de femmes) d'Église pour mettre en oeuvre cet enseignement.
Ou quand il les trouvait - cf. Mgr Ranjith -, il ne les soutenait pas et s'en séparait au bout de 3 ans.
On peut aussi se poser beaucoup de questions sur le choix du cardinal Bertone comme bras droit après un an : c'était compréhensible mais cela s'est révélé une erreur. A moins de considérer que nommer des Salésiens en grand nombre partout soit un but en soi.
De même les choix des évêques ont montré une absence de politique claire : le cas français est hautement significatif jusqu'à la dernière (?) nomination. Le tableau des évêques français "bénédictins" est d'une totale bigarrure : toutes les couleurs, toutes les écoles, avec toutefois une dominante pour la continuité avec la tendance dominante, mélange instable de tardo-wojtylien et de montinien mollement recentré.
[on peut distinguer les choix primo-wojtyliens années 1980 (type cardinal Mahoney) et tardo-wojtyliens 1990-2000 plus accentués (type Mgr Rey)]
Cela vaut ailleurs : on s'est borné à suivre la pente existante dans chaque pays. Là où un redressement sérieux avait été assuré sous Jean-Paul II (ex. les USA, le Canada, l'Australie) les nominations ont été souvent excellentes, là où la voie des combinazione avait perduré, elle a été poursuivie (Europe de l'Ouest, Amérique latine). On se souvient de la désastreuse affaire autrichienne avec l'abandon en rase campagne de l'évêque élu et de l'inaction face au manifeste fébronien des évêques de ce pays au catholicisme en pleine déroute.
En bref, Benoît XVI s'est refusé, je crois de propos délibéré, à donner une impulsion personnelle claire aux choix des personnes, trop confiant dans la puissance de son seul verbe et trop attaché à la vertu de la "collégialité" épiscopale - héritage de son engagement à Vatican II - sans en voir les travers, travers que Paul VI et Jean-Paul II avaient bien vu et tenté de corriger.
Ce faisant, il minait lui-même l'ensemble de son pontificat et ne pouvait qu'aboutir à la conclusion d'une certaine impuissance pratique à traduire en actes son enseignement.
Les dossiers liturgiques, de l'interminable et inaboutie visite canonique des religieuses américaines, de l'accueil des anglo-catholiques volontaires et de la réconciliation avec la F.S.S.P.X ont chacun à leur manière démontré que sans la richesse des hommes (ou femmes) qui sont impliqués dans le succès d'une politique, celle-ci ne peut qu'échouer ou s'ensabler.
Le cardinal Levada et Mgr Pozzo, par ex., étaient-ils les mieux à même de réussir ? Pour le premier, il était assez facile de répondre "non" dès 2005. Ce fut pourtant le 1er choix personnel et crucial fait par le nouveau pape, choix qui avait "étonné" - understatement - le signataire de ce post et pas que lui ... comme on a pu voir que Mgr di Noia n'était pas un partisan de la réforme à la Congrégation du culte divin (choix de 2009) comme on sait que Mgr Roche (choix de 2012) son successeur est un ardent bugniniste, ennemi affiché de la messe romaine traditionnelle.

( 705931 )
[réponse] par jbbourgoin (2013-02-16 15:48:01)
[en réponse à 705923]
Les nominations, les évêques, le choix des "courants" à favoriser ou défavoriser, les interdictions, les documents, les élections, la "politique" en somme, tout cela est important.
Mais si vous laisser de côté tout ce que Benoît XVI a apporté concrètement à toute une génération de jeunes catholiques et de jeunes prêtres, pas ses écrits et ses exemples, vous passerez totalement à côté de ce qui fait l'importance de ce pontificat.
L'importance de son pontificat n'est pas à étudier dans le passé, mais dans le présent et l'avenir de toute une génération.
Je parle d'expérience. Je parle de ce que je vois autour de moi, mais je parle aussi de ma propre expérience "personnelle".
Je dois beaucoup à Ratzinger, et je ne suis pas le seul. Voyez le New Liturgical Movement par exemple, toute l'émulation autour de la nouvelle traduction du missel anglais, la musique ...
Dans les pays anglo-saxons quelque chose se lève qui est d'importance.
Et je ne prétend pas à l'exhaustivité.
Certes son pontificat n'est pas "parfait", mais lequel le sera à part celui du Christ Lui-même à son Retour ?
Vous semblez dire qu'il y a peu de fruits, et que l'ensemble est décevant.
Je pense l'inverse.
Mais les fruits de Benoît XVI sont discrets. Ils ont quelque chose de du caractère de leur auteur.
Soyez patient.

( 705942 )
je suis particulièrement las de ce discours par Luc Perrin (2013-02-16 16:45:42)
[en réponse à 705931]
du wait and see pour l'avoir lu depuis 2005 en français et en anglais. Un million de fois.
Nous avons attendu oh oui et ... nous n'avons pratiquement rien vu sur nombre de sujets vitaux.
Relisez-vous :
"Voyez le New Liturgical Movement par exemple, toute l'émulation autour de la nouvelle traduction du missel anglais, la musique ...
Dans les pays anglo-saxons quelque chose se lève qui est d'importance."
C'est tout ? Il en faudra plus pour me convaincre que ce pontificat a été au-delà de la gestion des affaires courantes. Et je ne suis pas le seul ! dans un sens ou dans l'autre.
Passons en revue vos faits d'armes :
- le New Liturgical Movement : c'est du Jean-Paul II/Ratzinger déjà et pas né en 2005. En quoi a-t-il progressé de façon décisive depuis 8 ans ? Je regarde aussi autour de moi, voyez-vous, et je n'en vois guère les effets dans les diocèses français. Allez voir au Brésil et Asie et chez les jésuites ...
Quelle traduction Benoît XVI lui a-t-il donné dans les textes ? quasiment aucune.
- le réveil catholique américain : merci de me l'apprendre moi qui connaît assez ce pays, sa culture et sa langue. Yes indeed mais à qui le doit-on ? A Jean-Paul II d'abord : give credit to whom credit is due. Benoît XVI n'a fait que continuer dans la ligne durement imposée par son prédécesseur. C'est bien certes mais j'attendais que lui le fasse pour l'Europe de l'Ouest ce que le Bienheureux pape polonais avait fait pour l'Amérique du Nord, en prenant des coups et en faisant preuve d'une grande constance.
- la traduction du missel : oui achevée, péniblement, en zone anglophone plus une autre langue je crois. Mais ailleurs ??? Et là encore c'est une prescription de Jean-Paul II de 2001 ! En 2013, soit 12 ans après, cette simple réforme, simplissime, n'est pas même achevée. On en est même très loin. Pire le pape allemand n'a pu l'obtenir des évêques germanophones : un comble.
- la musique ? ah bon ... je ne savais pas que quelque chose avait bougé en la matière ni que le pape avait produit des instructions nouvelles sur le sujet. "Autour de moi", je ne vois pas de différence en Forme ordinaire en tout cas, peut-être parfois un chant pris du Kyriale, un petit peu plus qu'avant 2005 oui ; mais Paul VI le réclamait en 1974 et avec un document.
Je suis sans doute un vieux grincheux mais il m'en faut plus pour m'émouvoir et objectivement, même en s'en tenant à vos exemples, la moisson est famélique. Disons que la taupinière est certes une éminence mais ne saurait rivaliser avec l'Himalaya ou même le Crêt de la Neige de mon cher Jura.
Quant au "vous verrez ce que vous allez voir" dans 150 ans ... d'une part, je serai mort et d'autre part je doute que mes successeurs historiens en donneront aussi légèrement que vous tout le crédit à ce pontificat bien maigre qui s'achève.
Il ne prendra de sens et ne fera date que si ce qui n'a été que virtualité et velléités sous Benoît XVI ne prend vraiment forme, en actes, dans le pontificat qui suit. Là oui les historiens, moi avec eux, reliront les années 2005-2013 comme une transition douce vers (de mon point de vue) une amélioration.
A ce jour, il est impossible de le dire en se basant sur ce que nous savons des 8 dernières années.

( 705948 )
En vous faisant ici ... par Ion (2013-02-16 17:54:11)
[en réponse à 705942]
... le principal chantre de la désillusion sur le pontificat qui s'achève (et je m'empresse de vous reconnaître là une réelle constance dans votre positionnement, vous qui avez très souvent comparé les actes de Jean-Paul II à ceux de Benoît XVI à l'avantage du premier), ne jugez-vous finalement pas les résultats de ce pontificat qu'à l'aune de vos seuls attentes, selon les critères que vous vous étiez fixés vous-mêmes, et selon votre propre calendrier ?
Or, vos critères de mesures ne sont sans doute pas ceux de l'Eglise, ni dans le temps ni dans l'espace.
Ne soyez donc pas las d'un discours qui vous demande seulement de prendre du recul (surtout vous, un historien) et de faire confiance.
Ce ne sont pas les décrets d'un Pape qui, par exemple, redonneront un meilleur sens du sacré à la liturgie, mais la conversion intérieure de tous les baptisés qui reçoivent et font la liturgie ! Et cette conversion là, vous ne pouvez la mesurer.
Ion

( 705972 )
Question par Meneau (2013-02-16 20:35:08)
[en réponse à 705948]
Ce ne sont pas les décrets d'un Pape qui, par exemple, redonneront un meilleur sens du sacré à la liturgie, mais la conversion intérieure de tous les baptisés qui reçoivent et font la liturgie !
Comment fait-on pour amener lesdits batpisés à la conversion intérieure qui leur permettra de recouvrer un meilleur sens du sacré dans la liturgie ?
Cordialement
Meneau

( 705980 )
New Liturgical Movement par jbbourgoin (2013-02-16 21:25:04)
[en réponse à 705942]
Quand je parlais du New Liturgical Movement, je faisais référence à :
http://www.newliturgicalmovement.org/
http://www.chantcafe.com/
http://www.ccwatershed.org/blog/categories/loft/
Il y a là toute une génération de "nouveau" "liturgistes", actifs en paroisse (pas seulement des "intellectuels" qui ne se préoccupent que de leurs publications), qui se revendiquent clairement de Ratzinger.
Vous ne verrez sans doute pas tous les fruits de ce qui est en train de germer, quand bien même vous y seriez sensible (car des fruits du pontificat de Benoit XVI il y en a déjà, quand bien même ils seraient "maigres").
Je ne vous parle pas d'après-demain. Je ne suis ni prophète, ni devin, je suis incapable de savoir si les historiens dans 100 ans considéreront Benoît XVI comme un petit pape, ou comme un grand.
Pour tout vous dire, je m'en moque.
Ce que je vois moi, un peu égoïstement, c'est déjà ce que cet homme m'a apporté. Ratzinger m'a beaucoup apporté, et rien que pour cela je n'ai pas le cœur à le condamner mais bien plutôt à le remercier.
Ce que je vois, ensuite, ce sont tous ceux qui témoignent de ce qu'il leur a apporté. Et ils ne sont pas rares.
Alors, certes, "historiquement parlant" cela n'apporte pas la preuve de la "grandeur" d'un pape. Certainement. Mais cela importe-t-il vraiment ?
On peut toujours dresser des listes de ce qui n'a pas été fait ou de ce que l'on aurait voulu voir faire.
Je préfère me contenter de remercier le Seigneur pour ce que son vicaire a fait. Quand bien-même cela serait peu de chose.
De toute manière, comparativement à ce que le Christ a fait et continue de faire en nous, par nous et pour nous, tout ce que nous faisons est bien peu de chose. Nous sommes bien des "serviteurs inutiles" finalement, n'est-ce pas ?

( 705986 )
On pourrait même se demander par AVV-VVK (2013-02-16 21:41:39)
[en réponse à 705942]
s'il nous faut encore un pape... (Une pensée simpliste, j'admets)

( 706003 )
La continuité pastorale ne génère pas de fécondité spirituelle. par Scrutator Sapientiæ (2013-02-16 23:30:46)
[en réponse à 705942]
Rebonsoir à Luc Perrin.
1. La relative continuité pastorale "bénédictine", par rapport au pontificat précédent, et, par delà celui-là, vis-à-vis du Concile Vatican II, ne semble pas encore générer une remarquable fécondité spirituelle, en tout cas, pas dans le contexte européen occidental.
2. Une fois n'est pas coutume, je serai assez vif :
- le coup des fruits du Concile, qui sont, certes, encore discrets, mais qui seront, demain, vraiment nombreux, et qui se font attendre ou se font désirer, mais qui seront d'autant plus abondants qu'ils auront été prometteurs, cela fait déjà "un certain nombre d'années" qu'on nous le fait ;
- le coup du Concile,
a) qui ne commence vraiment à être pris en compte et mis en oeuvre que depuis l'automne 2012, ce qui, entre parenthèses, n'est pas très sympathique, vis-à-vis de Paul VI, de Jean-Paul II, et de leurs évêques respectifs,
b) que l'on ne pourra juger à sa juste valeur que dans cinquante ans, parce que seulement cinquante ans après, vous comprenez, il est encore beaucoup trop tôt, pour pouvoir prendre la mesure de l'ampleur de sa réussite,
cela fait déjà "un certain nombre de mois" qu'on nous le fait.
3. Le 14 février, Benoît XVI a dit ceci : "Nous savons combien ce concile des media était accessible à tous. Il a donc été dominant, plus efficace, et il a apporté de nombreuses catastrophes, de nombreux problèmes, vraiment beaucoup de misère : les séminaires fermés, les couvents fermés, la liturgie banalisée… et le vrai concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser ; le concile virtuel a été plus fort que le concile réel."
4. Oui, ce "Concile des média" a vraiment existé, au sein et autour de l'Eglise catholique ; même si elle n'est pas à l'origine de tout,
- cette ambiance externe a vraiment été plus "dominante" et plus "efficace",
- et surtout, cette ambiance externe s'est manifestée dès le début de la première session du Concile.
5. Mais alors, qu'est-ce qui a empêché les Pères du Concile, qui avaient bien conscience de l'existence de cette ambiance externe, sinon de sa nocivité, d'introduire, si j'ose dire, dans la doctrine interne du Concile, plusieurs "anticorps", afin de transformer cette même doctrine interne en une "antidote", qui aurait été des plus propice à la résistance pacifique, mais certainement pas pacifiste, de toute l'Eglise catholique, face à certaines séductions ou tentations, inspirées ou instillées par cette même ambiance externe, par ce même "Concile des média" ?
6. Le Saint-Esprit était certainement présent au Concile, mais les hommes d'Eglise, qui étaient également présents au Concile, l'ont-ils vraiment laissé souffler, dans leur esprit et dans leur coeur, dans la direction la plus conforme aux besoins des brebis, ou dans la direction la plus conforme aux désirs des pasteurs, à commencer par le désir de parer de presque toutes les vertus presque tout ce qui n'est pas catholique ?
Le message que je viens de rédiger ne constitue pas, à proprement parler, une réponse au vôtre, mais se veut un billet d'humeur, à la fois une manifestation d'interrogations et une manifestation d'exaspération, face au refus apparemment tenace des plus hautes autorités de l'Eglise d'accepter que l'on puisse enfin mettre vraiment à jour et en lumière le fait que le Concile n'est pas totalement innocent du fait que la ligne de pensée et d'action pastorale qu'il inaugure ne se traduit pas assez, ou pas vraiment, par une consolidation de l'Eglise et de la Foi catholiques, face à la relation aux valeurs et au système de valeurs valorisés et véhiculés par les média audio-visuels.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 705991 )
Cher ami par Vassilissa (2013-02-16 22:29:39)
[en réponse à 705923]
Merci pour vos éclaircissements, dont je partage hélas le point de vue sévère et mélancolique.
Mais je me pose une question : votre ordinateur est-il dressé à ajouter automatiquement une parenthèse "(ou femmes") dès que vous avez écrit le mot "hommes" ??!! Est-ce l'influence de l'Allemagne et de la Suisse voisines ?
Vassilissa - peu suspecte de machisme !

( 705994 )
Je crois que vous avez raison. par Scrutator Sapientiæ (2013-02-16 22:45:30)
[en réponse à 705923]
Bonsoir et merci, Luc Perrin.
1. Je crois que vous avez raison, vos constatations sont tout à fait objectives, bien mises en perspective, et ne sont pas celle d'un sentimental, ce qui ne signifie pas, je m'empresse de le préciser, que quelqu'un qui accorderait aux même constatations, tout aussi objectives que les vôtres, une mise en perspective différente, serait nécessairement, avant tout, ou seulement, un admirateur inconditionnel ou papolâtre de Benoît XVI.
2. On dirait que l'instrument de pensée, appelons-le : le ratzingérisme, a été en partie oublié par celui-là même qui l'avait forgé, et qui aurait dû pouvoir s'en saisir, au moment de se donner des objectifs, puis s'n servir, au moment de passer à l'action.
3. Je me demande parfois si le Pape n'a pas voulu donner le temps au temps, en comptant sur la disparition naturelle et progressive de toute une génération de post-conciliaires humanitaristes, et en espérant ainsi que certaines oppositions à sa volonté de recentrage, exprimée par son herméneutique, disparaîtraient d'elles-mêmes, par vieillissement des opposants.
4. Le contradictions et fragilités internes causées par le Concile, là est le problème essentiel, ne sont pas celles d'une ou de deux générations, mais celles d'une Eglise qui affiche un certain nombre d'innovations ou d'orientations stratégiques, ad extra, innovations ou orientations dont elle a bien du mal à assumer toutes les répercussions confessionnelles, dans la pratique, ad intra.
5. De même qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de résumer le pontificat de Jean-Paul II en le limitant à Assise 1986, de même, il ne me viendrait pas à l'esprit de résumer celui de Benoît XVI en le limitant à Assise 2011 ; pour autant, je suis en droit de me poser quelques questions, sur la cohérence et la fécondité de cette initiative.
6. L'impression que cela donne est pour moi la suivante : nous sommes, me semble-t-il, en présence d'un Pape qui n'a pas été capable, ou qui n'a pas été désireux, d'imprimer pleinement sa marque, parce que cela l'aurait contraint à se démarquer davantage, avec une autorité tout à fait dissensuelle, vis-à-vis d'une partie de ces innovations ou orientations stratégiques.
7. Il y a en outre quelque chose que je trouve extrêmement dommageable, dans ce qui arrive à présent : l'Année de la Foi est, je le crois, quelque peu perdue de vue, d'autant plus qu'a priori elle ne sera pas marquée par une lettre encyclique donnée par le Pape Benoît XVI ; il est toujours navrant que la concrétisation d'une initiative appropriée donne l'impression de ne pas pouvoir aller jusqu'à son aboutissement.
8. Il y a enfin quelque chose, dans votre message, qui m'inspire la métaphore cinématographique suivante : la distribution des rôles a été équivoque ou incertaine, parce que le scénario a été ambigu ou hésitant.
Bonne nuit, à bientôt, et vraiment merci beaucoup, car vous nous amenez à regarder des aspects et des enjeux que nous ne connaissons pas aussi bien que vous, ou que nous ne voulons pas, spontanément, examiner, peut-être bien
- parce que cet examen nécessite probablement votre type de clairvoyance,
mais aussi, et tout aussi probablement,
- parce que cet examen se conclut par votre type de désappointement,
au contact et au terme de ces huit années.
Scrutator.