Le Forum Catholique

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images/icones/fleche2.gif  ( 704088 )Sans quoi le germe s’étiole et meurt par Jean Madiran par Diafoirus (2013-02-07 16:25:44) 

Sans quoi le germe s’étiole et meurt


• Le débat autour des conséquences directes ou indirectes de Vatican II semble continuer à ignorer le comment et le pourquoi de la longue disparition du catéchisme catholique.

Ici comme ailleurs avait joué la rumeur, rapidement devenue opinion dominante, que ce qui était antérieur au Concile devait désormais être tenu pour périmé. Tous les catéchismes existants furent disqualifiés.

Pendant vingt-sept années, de 1965 à 1992, l’Eglise s’est trouvée sans catéchisme officiel. L’espace d’une génération, il y eut une vacatio catechismi. Et de 1965 à aujourd’hui, l’absence de petit catéchisme pour enfants baptisés est une vacatio de quarante-huit ans dont on n’aperçoit pas la fin.

-Le plus grand nombre des catholiques le sont parce que leurs parents les ont fait baptiser à leur naissance et ont veillé sur leur éducation catholique romaine :

« Une âme de petit enfant baptisé, écrivait Henri Charlier, a besoin d’un enseignement chrétien constant pour nourrir le germe que le baptême a déposé dans son âme. Sans quoi le germe s’étiole et meurt.

• En France, la vacatio catechismi, où le germe s’étiole et meurt, a son histoire particulière. Le noyau dirigeant de l’épiscopat avait adopté dès les années 1945-1950 les idées du « catéchisme progressif » inventé par le chanoine sulpicien Joseph Colomb. Il fut bloqué par Pie XII en 1957. Mais les idées catéchétiques du chanoine Collomb sont restées totalement celles du noyau dirigeant au moins jusqu’en 1970, et encore très largement par la suite. Il a ainsi fabriqué une succession de documents impérieux, le « fonds obligatoire » en 1967-1968, initiateur d’une sorte de nouvelle religion, le « texte de référence » en 1980, « pierres vivantes » et « parcours » en 1982, toujours « nouveaux » par rapport aux précédents, toujours « mieux adaptés » à ses deux sources trompeuses : l’évolution du monde et les supposés progrès des pédagogies profanes. Cet intense foisonnement n’a nullement atténué la vacatio catechismi, car ce n’étaient pas des catéchismes : le cardinal Ratzinger, donnant en 1985 l’autorisation d’imprimer Pierres vivantes, tenait à préciser que ce n’était pas une « approbation canonique puisque ce n’est pas un catéchisme ».

• Pour l’instruction religieuse des enfants, les prêtres réfractaires à l’idéologie dominante utilisèrent surtout le Catéchisme à l’usage des diocèses de France (1947), très médiocre mais ayant l’avantage d’avoir été épiscopalement interdit après 1965 comme antérieur au Concile, cette interdiction lui donnant en quelque sorte une garantie d’authenticité.

De leur côté les laïcs réfractaires rééditaient en 1967, au titre d’« antidote », le Petit et le Grand catéchisme de saint Pie X, en 1969 le Catéchisme du concile de Trente, en 1977 le Catéchisme de la famille chrétienne du P. Emmanuel. Ces publications furent, à grands renforts de grimaces et d’insultes, dénoncées comme « intégristes ». Elles sont utilisées encore aujourd’hui, souvent discrètement, dans les paroisses…

• En 1985, après vingt années de vacatio catechismi, Jean-Paul II convoqua un synode des évêques afin de conclure à la nécessité de rédiger « un catéchisme de toute la doctrine catholique » pour l’Eglise universelle. La réalisation en fut devancée en 1991 par le Catéchisme pour adultes de l’épiscopat français qui, depuis 1937 et 1947, tient à avoir « son » catéchisme. Et c’est seulement le 11 octobre 1992 que le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) fut promulgué par Jean-Paul II. Son « édition typique » en latin parut en 1997, et en 1998 sa traduction française. Suivirent en 2005 son résumé, le Compendium, et en 2011 le Youcat « pour les jeunes ».

Mais maintenant cela fait près d’un demi-siècle qu’officiellement, dans l’Eglise catholique, n’existe plus de petit catéchisme pour enfants baptisés.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 7788 de Présent
du Vendredi 8 février 2013

images/icones/fleche2.gif  ( 704161 )Quelques questions très simples, au contact de ce texte. par Scrutator Sapientiæ (2013-02-07 22:33:01) 
[en réponse à 704088]

Bonsoir et merci, Diafoirus.

Je me pose quelques questions extrêmement simples, au contact de ce texte.

Voici :

1. " Le noyau dirigeant de l’épiscopat avait adopté dès les années 1945-1950 les idées du « catéchisme progressif » "

a) : quels évêques faisaient alors partie de ce "noyau dirigeant", et comment sait-on qu'il s'agissait bien de ces évêques là ?

b) quelles étaient les idées de ce "catéchisme progressif", et en quoi se distinguaient-elles, ou s'opposaient-elles, aux idées présentes dans les catéchismes antérieurs, au point d'être soupçonnables, d'une manière légitime et objective, d'approximation ou d'hétérodoxie ?

2. " Les prêtres réfractaires à l’idéologie dominante utilisèrent surtout le Catéchisme à l’usage des diocèses de France (1947). "

Quelle était alors, et quelle est toujours, cette idéologie dominante ? Pourquoi ne pas essayer de la caractériser, au point de lui trouver une dénomination qui ne serait ni infamante, ni offensante, mais qui aurait le mérite de nommer cette idéologie dominante, afin que l'on puisse la reconnaître immédiatement ?

J'ai déjà proposé, il y a quelques années, l'expression suivante : à mes yeux, cette idéologie dominante n'est autre que du catholicisme humanitariste, qui repose sur une "gnoséologie" horizontaliste, et qui assimile le christianisme catholique à l'une des religions de l'humanité, provenant du sentiment religieux de l'humanité, et destinée au service, fraternitariste et universaliste, de l'humanité.

De mon point de vue, la dénomination la plus problématique est celle-ci : catholicisme libéral, notamment parce que, dans le contexte français,

- certains catholiques humanitaristes ne sont libéraux ni en philosophie, ni en économie, ni en morale, ni en religion, si l'on veut bien considérer que le libéralisme (et non le libertarisme actuel) porte en lui une exigence de responsabilité individuelle,

- les mêmes catholiques humanitaristes se disent plus volontiers, à tort ou à raison, "de gauche", ou "socialistes", que "libéraux" ; or, on est bien obligé de prendre en considération l'identité explicitée par ceux là même qui se l'attribuent, même s'ils se trompent un peu.

Je vous remercie de me dire ce que vous pensez de cette suggestion de dénomination de ce positionnement là, suggestion qui se veut, dans mon esprit, une tentative de réponse à la question suivante, que je me suis souvent posée : pourquoi avons-nous, apparemment, tant de mal à nommer, à identifier, à localiser, cette idéologie, en un minimum de termes, suffisamment évocateurs, pour que chacun comprenne presque immédiatement de quoi il s'agit ?

Je pense aussi, bien sûr, à la notion de "progressisme", mais il me semble que, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Eglise, cette notion a moins de succès qu'entre le début des années 1950 et la fin des années 1980, compte tenu de l'état de santé des "forces de progrès", dans l'acception "communisante" de ce terme.

Je vous remercie par avance pour toute réponse, et je vous souhaite une bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/barbu2.gif  ( 704177 )Suggestion de dénomination par Alonié de Lestre (2013-02-08 00:57:20) 
[en réponse à 704161]

Ces « catholiques humanitaristes » n'ont de catholiques que le nom. Quant à leur « pleine » communion avec le Saint-Père, elle vient plus du fait que le Pape n'a pas le courage d'officialiser leur excommunication officieuse. Ces gens sont comme les fidèles de la United Church of Christ de Barack Obama ou ces anglicans qui veulent des évêquesses lesbiennes mariées. Ce sont des réformés.
images/icones/fleche2.gif  ( 704195 )Les Papes auront-ils le courage de leur résister demain ? par Scrutator Sapientiæ (2013-02-08 08:01:20) 
[en réponse à 704177]

Bonjour et merci, Alonié de Lestre.

Si c'est seulement une question d'affirmation de l'autorité, d'exercice de la discipline, et puisque les derniers Papes n'ont pas eu le courage de leur résister hier, à tout le moins depuis le début du pontificat de Jean XXIII, je ne vois pas pourquoi ils auraient celui de leur résister demain.

Par ailleurs, j'en suis désolé, mais il n'y a pas, par exemple,

- d'un côté, des catholiques conservateurs ou traditionalistes, qui seraient en pleine communion avec le Saint Père, spécialement de par leur opposition ou leur réticence, à l'égard du dialogue interreligieux,

- de l'autre côté, des catholiques rénovateurs ou humanitaristes, qui seraient en moindre communion avec le Saint Père, spécialement de par leur approbation ou leur "militance", en faveur du dialogue interreligieux.

S'il s'agissait uniquement de protestants ou de réformés, occupant l'Eglise, et occupés à la subvertir, pourquoi quelqu'un comme Jean MADIRAN, qui est évidemment tout à fait libre de choisir lui-même le vocabulaire auquel il décide de recourir, ne les appelle-t-il pas comme cela ?

Merci beaucoup pour toute réponse, et bien sûr bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 704287 )C'est vrai par Alonié de Lestre (2013-02-08 18:12:25) 
[en réponse à 704195]

Ça ne peut pas être seulement une question d'autorité mais, il me semble qu'autrefois les papes étaient plus prompts à dénoncer clairement les hérésies et à excommunier ceux qui persistaient dans le mauvais chemin.

Ensuite, je répondrais à votre dernière question par deux autres questions : peut-on être catholique tout en niant plusieurs dogmes de l'Église et en contestant des dizaines de règles disciplinaires ? Doit-on attendre qu'une personne, dite catholique mais professant ouvertement des hérésies, soit officiellement excommuniée pour affirmer que de facto cette personne n'est pas catholique ?

Merci à vous Scrutator pour cet échange intéressant.