Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 702190 )« Les musulmans doivent entendre cet avertissement » par Scrutator Sapientiæ (2013-01-26 08:24:59) 

Bonjour à tous,

Voici : vu sur le site du Monde, le 24 janvier 2013.

" 74 % des Français jugent l’islam intolérant : « Les musulmans doivent entendre cet avertissement »

Le philosophe Abdennour Bidar, spécialiste de l'islam et de la laïcité, réagit au sondage réalisé par Ipsos pour Le Monde, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et la Fondation Jean-Jaurès sur les nouvelles fractures de la société française ; sondage qui livre des résultats sans appel sur la perception qu'ont les Français de l'islam. 74 % des personnes interrogées estiment en effet que l’islam est une religion « intolérante » et qu’il n’est pas compatible avec les valeurs de la société française. Chiffre plus radical encore, huit sondés sur dix jugent que la religion musulmane cherche « à imposer son mode de fonctionnement aux autres ». Enfin, plus de la moitié des personnes interrogées pensent que les musulmans sont « en majorité » (10 %) ou « en partie » (44 %) « intégristes », sans que l’on sache ce qu’elles entendent par ce qualificatif.

Ces proportions varient certes en fonction de l’âge et de l’appartenance politique des sondés, mais, signe de leur enracinement dans l’imaginaire collectif, elles restent largement majoritaires dans toutes les catégories. Ainsi 65 % des gens de gauche et 68 % des moins de 35 ans partagent l’idée que l’islam n’est pas une religion tolérante, tandis que 61 % des premiers, et 66 % des seconds pensent qu’il n’est pas compatible avec les valeurs de la société française.

Par ailleurs, il apparaît que cette vision négative est clairement réservée à l’islam car, en dépit de ce qu’en pensent certains croyants catholiques ou juifs, leur religion respective conserve plutôt une bonne image dans l’opinion publique. 72% des sondés pensent en effet que la religion catholique est tolérante, tandis que 66% partagent cette opinion en ce qui concerne le judaïsme.

Que vous inspirent les résultats du sondage ?

Il faut se demander ce qu'il reste de la gravité de ces résultats quand on en soustrait des éléments de contexte et une part d'irrationnel : la crise économique qui suscite une angoisse diffuse, n'attendant qu'un sujet pour se cristalliser, un fond d'intolérance ou de racisme ordinaire irréductible, la part des fantasmes face à un "grand méchant" dont on aurait besoin, la surinterprétation du religieux, un certain populisme.

Une fois admis tous ces éléments, j'entends quand même derrière ces réponses une inquiétude objective, qu'il ne faut pas ignorer. C'est un avertissement à l'islam ; l'idée que l'islam a un problème avec lui-même et qu'il a du mal à se régénérer. Il est urgent que les musulmans s'interrogent de façon critique sur leur religion et sur leur communication. Qu'ils se demandent clairement : "Comment se fait-il que, même en faisant la part des choses, les gens soient aussi réactifs par rapport à ce qu'on est ?"

Les réflexes de défense vis-à-vis de ces appréhensions quasi-consensuelles sont complètement périmées. Si, face à ces nouveaux chiffres, les musulmans une fois de plus parlent de stigmatisation, et invitent à ne pas faire d'amalgame entre une certaine radicalité minoritaire et l'islam modéré, il s'agira une nouvelle fois d'une réaction de déni et d'auto-déresponsabilisation.

Sur quels ressorts pourraient travailler les musulmans ?

Les principaux problèmes que l'islam a avec lui-même sont ceux de l'indiscutabilité de ses textes et de la place des femmes. On a le sentiment que cette réflexion est indéfiniment ajournée. Or cette incapacité à se remettre en question est dangereuse et coûteuse pour l'islam. Les responsables musulmans devraient inviter à une critique de la raison islamique.

Prenons l'exemple du voile : la doctrine du "c'est mon choix" me semble un peu court comme interrogation critique de la part des musulmanes. Même si dans une certaine mesure je l'accepte, car il peut être un moyen d'exprimer son individualité, un signe d'identité (qui ne touche pas que l'islam), face à l'atomisation sociale ou dans une République qui ne sait plus promouvoir ses valeurs fondamentales, il n'empêche, le voile a un passif fort par rapport à la condition féminine. Et je suis persuadé que si les femmes menaient de véritables interrogations critiques, elles se rendraient compte que cela pose problème par rapport à leur propre tradition, par rapport au regard d'autrui, par rapport à la possibilité de nouer des contacts.

Ce phénomène de défiance face à l'islam a-t-il d'autres sources ?

Il y a aussi dans les résultats de ce sondage une responsabilité des médias, des politiques et des intellectuels : on a laissé à l'extrême droite, portée par de mauvaises intentions, le monopole du "courage" sur ces questions. On aurait dû avoir davantage de courage, notamment face à la doxa multiculturaliste, qui dit qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre l'islam intégriste, minoritaire, et l'islam modéré. Mais, aujourd'hui, les gens se demandent où est "l'islam modéré", quand ils côtoient des musulmans qui sont dans une logique de revendications, qu'ils ressentent comme intransigeante ; ces comportements ne sont certes pas l'apanage de l'islam, mais les musulmans le font massivement.

Or la gauche et la droite républicaine peuvent tout à fait être dans une position d'équilibre entre le refus de la stigmatisation des musulmans et la capacité à demander des comptes à l'islam par rapport à sa tradition, à la tradition républicaine et à lui imposer un certain nombre de limites.

Par ailleurs, face à la situation géopolitique, les musulmans vivent en quelque sorte une mondialisation subie. Néanmoins, on ne peut pas totalement déconnecter AQMI [Al-Qaida au Maghreb islamique] de l'islam. AQMI est une pathologie de l'islam. Les dignitaires musulmans devraient n'avoir de cesse de se désolidariser de ces groupes. Et, contrairement à ce que pense M. Moussaoui [le président du Conseil français du culte musulman a demandé que ne soit plus employé le terme "islamistes" dans le discours public pour désigner les "terroristes" qui se réclament de l'islam à travers le monde], il est ubuesque et faux de vouloir totalement déconnecter les revendications de ces gens-là de la religion musulmane.

Certains responsables musulmans jugent que la période actuelle est certes critique pour l'islam dans les sociétés occidentales mais qu'elle va se normaliser. D'autres mettent au contraire en avant la montée de l'islamophobie. Qu'en pensez-vous ?

Il n'y a pas de fatalité du pire. On peut considérer en effet qu'il y a un mauvais moment à passer ; on est à une période de tournant, la société est en voie de multiculturalisme, marquée par des religions et des idéologies désenchantées. En ce qui concerne l'islamophobie, il y a des causes imaginaires et des causes objectives. On peut effectivement considérer que notre société est un peu archaïque et a besoin d'ennemis, d'un "grand autre". L'islam est instrumentalisé à cette fin. Mais si cette religion est instrumentalisée, c'est qu'elle est instrumentalisable ; en s'acharnant à montrer d'elle-même une position jusqu'au-boutiste, elle s'expose à être le meilleur candidat dans le rôle du "grand méchant".

Dans le même temps, il est bien beau de dire aux gens qu'il faut sortir de la religion, des rites, du sacré, mais tant que le monde occidental, où règne le relativisme des valeurs, n'a pas de proposition de sens, les gens ne vont pas sortir de leur noyau de valeurs pour se retrouver dans le même désarroi relativiste que tout le monde. Face à cela, l'Occident est un peu démuni.

L'islam ne produit-il pas aussi des initiatives, portées par des musulmans marqués par une volonté d'ouverture ?

C'est vrai, ces initiatives sont réelles. Comme si à son insu l'islam était beaucoup plus soluble dans la modernité qu'il ne le croit. Ainsi, on voit chez des musulmans des aspirations typiques de la modernité. Ils sont dans le civiquement responsable, le souci de soi, la fraternité au-delà des différences, l'œcuménisme, le vivre-ensemble. Mais cette modernité est trop rarement assumée.

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars "

Ici.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/hein.gif  ( 702223 )Ca me vient sans prévenir, une idée comme ça : par megnace (2013-01-26 12:01:04) 
[en réponse à 702190]

on dirait que l'islam connaît, avec des symptômes différents, une grande crise après 14 ou 15 siècles de développement, comme le christianisme avec la Réforme.
On a entendu récemment des politologues diagnostiquer que derrière toute l'agitation du monde musulman, il y a une " guerre de religion " entre sunnites et chiites qui serait la clef de bien des problèmes à l'échelle mondiale.
Bon, nous avons connu le grand schisme d'Occident , le schisme d'orient etc... mais est-ce seulement une coïncidence que ces 15 siècles avant la Grande Crise pour eux comme pour nous ?
Je ne vois pas où pister une réponse.
Mais les liseurs érudits du FC le savent, à coup sûr.
images/icones/fleche2.gif  ( 702424 )Comparaison n'est pas toujours raison. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-27 22:35:43) 
[en réponse à 702223]

Bonsoir et bon dimanche, megnace.

1. Renseignez-vous, informez-vous, documentez-vous, comme je me suis documenté, et vous comprendrez que l'on ne puisse pas exactement procéder au raisonnement par analogie qui semble bien être le vôtre.

2. Le schisme, et ses suites, entre les chiites et les sunnites, n'a ni le même fondement, ni la même nature, ni les mêmes origines, ni les mêmes conséquences, que le schisme entre les catholiques et les orthodoxes ou le schisme entre les catholiques et les protestants.

Chiisme

Sunnisme

3. L'Islam a certainement connu des crises, en amont de la crise actuelle, de même que le christianisme, dont on peut dire qu'il est "sous tensions", externes et internes, depuis son apparition, a certainement connu des crises, en amont du XVI° siècle, le schisme d'Orient étant la conséquence officielle d'une situation effective antérieure, et le schisme d'Occident ayant un mouvement qui lui est propre, dans un contexte qui lui est propre, c'est le moins que l'on puisse dire :

Schisme d'Orient.

Schisme d'Occident.

4. Au surplus, il me semble que le schisme entre chiisme et sunnisme est intervenu assez tôt, peu de décennies après les débuts de l'Islam, tandis que les schismes qui ont à la fois abîmé et façonné le christianisme sont intervenus, pour le premier d'entre eux, au bout de quelques siècles.

5. "Ils se tapent dessus, entre chiites et sunnites, comme nous nous sommes tapés dessus, entre catholiques et protestants ; donc, de même que, quand nous nous sommes tapés dessus, hier, entre chrétiens, nous étions à un certain stade, dans l'évolution de notre religion, de même, quand eux-mêmes se tapent dessus, aujourd'hui, entre musulmans, ils sont à un certain stade, voire au même type de stade, dans l'évolution de leur propre religion..." : je n'adhère pas à ce type de raisonnement, j'ai peut-être tort de le faire, mais je n'y adhère pas.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/macos.gif  ( 702294 )Recalcul par Semetipsum (2013-01-26 19:04:07) 
[en réponse à 702190]

Si l'on considère que 10% des français sont musulmans et pensent donc que l'Islam n'est pas intolérant (car ce serait négatif à l'égard de leur propre religion), cela fait, en fait, 83% des francais non musulmans qui pensent que l'Islam est intolérant
ETC.. pour le reste!
images/icones/fleche2.gif  ( 702433 )Vous avez demandé le CFCM, ne quittez-pas. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-27 23:03:39) 
[en réponse à 702294]

Bonsoir et bon dimanche, Semetipsum

Voici :

" Le CFCM s’élève contre l’usage abusive des termes “islamiste” et “islamisme”

Le Conseil Français du Culte Musulman tient à souligner que le Président de la République, M. François Hollande a évité à juste titre, dans son allocution consacrée au soutien de la France aux forces armées maliennes, de qualifier d’islamistes les éléments terroristes visés par l’intervention.

Le CFCM salue cette précaution utile et nécessaire du Président de la République dans le choix des mots, écartant ainsi tout amalgame et toute confusion entre islam et terrorisme.

Le CFCM a relevé que, malheureusement, ce principe de précaution n’est pas toujours respecté par certains hommes politiques et médias de notre pays.

Le CFCM tient à rappeler que plus de 90% des victimes du terrorisme international, sont de confession musulmane. Dès lors, l’usage abusif des termes « islamiste » ou « islamisme » qui nourrit l’amalgame entre le terrorisme et l’islam, religion de paix qui sacralise la vie, porte atteinte à l’image de la foi musulmane.

Fait à Paris le 14 janvier 2013, Mohammed MOUSSAOUI, Président du CFCM "

CFCM.

Remarque 1 : si "plus de 90% des victimes du terrorisme international sont de confession musulmane" (mais quelle est donc la confession d'une assez grande partie des personnes coupables ?), il n'en découle absolument pas, d'une manière qui serait mécanique ou nécessaire, que l'usage des termes islamiste ou islamisme

a) soit abusif, arbitraire, injurieux ou irrespectueux, infamant ou offensant, à l'égard de l'Islam ou vis-à-vis des musulmans ;

b) nourrisse l'amalgame entre le terrorisme et l'islam : l'usage de ces termes constate une proximité circonstancielle entre religion islamique et terrorisme islamiste, mais proximité circonstancielle peut ne pas être, notamment dans ce cas, identité fondamentale ;

c) porte atteinte au fait que l'Islam peut être aussi, en puissance, une religion de paix qui sacralise la vie, ou à l'image de l'Islam.

Remarque 2 : Dans la Grande Encyclopédie LAROUSSE (1971-1976), on trouve la phrase suivante :

"Dans l’histoire des religions qui possèdent des livres saints, et en particulier dans l’histoire du christianisme et de l’islamisme, la plupart des conflits apparus entre les sectes ont été provoqués par l’opposition ou par les divergences entre les interprétations ésotériques ou exotériques."

Pourquoi donc le terme islamisme a-t-il cessé d'être employé dans cette acception là, à partir de la fin des années 1970 ou du début des années 1980 ; et qui en a donné l'ordre, si un ordre a été donné ?

G E Larousse.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.