Le Forum Catholique
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( 701722 )
Abbé Celier : la FSSPX à N.-D. de Consolation (Paris) par Ennemond (2013-01-21 22:34:52)
La Fraternité Saint-Pie X s'implante dans le VIIIe arrondissement, à Notre-Dame-de-Consolation.
Trois questions à l'abbé Grégoire Celier, prieur de Sainte-Germaine
Source : La Porte latine
La Porte Latine -
Monsieur l'abbé, la chapelle Sainte-Germaine, lieu historique de la Tradition catholique à Paris, fondée par Mgr Ducaud-Bourget, s'apprête à connaître une étape décisive de son histoire ?
Abbé Grégoire Celier : La chapelle Sainte-Germaine a été créée en 1974 à côté de la salle Wagram, en des temps très difficiles. C'était un local de fortune, comme beaucoup de chapelles traditionnelles ouvertes à cette époque. Depuis maintenant des années, la communauté de Sainte-Germaine cherchait un lieu plus digne du Seigneur Jésus-Christ et plus commode pour la vie paroissiale. Mais les contraintes énormes de l'immobilier parisien rendaient cette recherche très difficile. Or, la Providence vient de répondre avec magnificence à nos prières et à nos efforts. L'Association Mémorial du Bazar de la Charité, propriétaire de la chapelle Notre-Dame de Consolation, sise au 23 rue Jean Goujon dans le VIIIe arrondissement, chapelle qui commémore le tragique incendie du 4 mai 1897, vient de nous confier la charge et la responsabilité de ce monument de mémoire, d'art et d'histoire, pour que nous l'entretenions, que nous le fassions vivre conformément à son identité propre, et que nous en usions pour tous nos besoins religieux et liturgiques. Nous allons donc très prochainement déménager notre communauté en ce lieu.
La Porte Latine -
Ne s'agit-il pas d'une rupture avec le passé, tant pour la chapelle Notre-Dame de Consolation que pour la chapelle Sainte-Germaine ?
Absolument pas ! Dans l'acte de fondation de la chapelle Notre-Dame de Consolation, daté du mois d'août 1897, il était prévu que cette chapelle pourrait être confiée soit à des prêtres chargés de la desservir, soit à des religieuses ayant la mission de prier pour les morts. De 1900 à 1953, la chapelle Notre-Dame de Consolation a effectivement été confiée aux sœurs Auxiliatrices du Purgatoire ; de 1953 à 2012, elle a été confiée aux prêtres de la Mission catholique italienne de Paris ; désormais, elle est confiée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Nous nous inscrirons dans l'esprit de la fondation de 1897, et nous suivrons les traces de nos prédécesseurs, assurant à cette chapelle la vie religieuse et liturgique qui lui convient, par des messes, des exercices de piété, des prédications, des catéchismes, des conférences spirituelles, des œuvres caritatives, etc. Il se trouve simplement que la liturgie que nous y célébrerons sera celle qu'ont connue les Auxiliatrices du Purgatoire, ainsi que les missionnaires italiens pendant une partie de leur implantation, une liturgie qui entre en particulière résonance avec ce lieu puisque c'est en vue de cette liturgie et selon ses règles que cette chapelle fut construite. Concernant la chapelle Sainte-Germaine, elle va évidemment perdurer par sa communauté paroissiale, qui ne fait que changer de lieu. Par ailleurs, le nom n'en disparaîtra pas complètement, puisque certains offices seront célébrés en un endroit du bâtiment de la rue Jean Goujon qui sera baptisé du nom de « Crypte Sainte-Germaine ».
La Porte Latine -
Quel est le calendrier de ce changement ?
Nous profitons du temps nécessaire au déménagement de la chapelle Sainte-Germaine (ce n'est évidemment pas rien, après quarante ans de vie paroissiale au 19 avenue des Ternes) pour réaliser à la chapelle Notre-Dame de Consolation certains travaux de mise aux normes. La reprise du culte dans cette chapelle est actuellement prévue pour le dimanche de la Passion, le 17 mars prochain, mais nous donnerons à ce sujet de plus amples informations dans quelques semaines. Par ailleurs, dans les deux ou trois ans à venir, nous allons réaliser une série de travaux pour rendre à ce bijou architectural sa splendeur originelle, notamment par des opérations de ravalement et de nettoyage, et en même temps aménager quelques parties annexes pour rendre la vie paroissiale plus facile et plus agréable. Pour cela, nous avons évidemment besoin des prières de tous les catholiques, mais aussi de leur aide financière. Nous faisons donc appel à la générosité du public, qui peut envoyer des dons à l'adresse et à l'ordre suivants : « Chapelle Notre-Dame de Consolation, 23 rue Jean Goujon, 75008 Paris » (reçu fiscal en retour). Bien sûr, nos remerciements, en des circonstances si émouvantes, vont à l'Association Mémorial du Bazar de la Charité, qui nous a confié ce précieux monument : nous nous engageons à justifier leur confiance. Enfin et surtout, nous appelons tous les fidèles catholiques à adresser au Ciel les plus vives actions de grâces pour cette étape capitale de l'apostolat de la Tradition catholique à Paris.
La Porte Latine remercie M. l'abbé Grégoire Celier de cet entretien qui sera bientôt suivi d'un tract explicatif et d'une vidéo
Comment situer Notre-Dame de Consolation : un plan vaut mieux qu'un long discours
Quelques photos de ce magnifique endroit
Source : La Porte latine

( 701723 )
Oubliée par Ennemond (2013-01-21 22:37:17)
[en réponse à 701722]
J'ai oublié une des photos du lien :
L'abbé Celier devant Notre-Dame-de-Consolation

( 701758 )
Malmener et toujours des bonnes nouvelles! par Miserere (2013-01-22 11:55:41)
[en réponse à 701722]
Comme la nature, la Tradition reprend ses droits.
A l'heure où la machine infernale du libéralisme de Rome commence à s'enrayer.
La rouille aura raison de sa destruction.
Un petit pas pour la Tradition, mais un grand pas pour le Ciel.
Merci Ennemond, la FSSPX tout doucement dépose sa grâce sous l'oeil vigilant du Bon Dieu.
Priez et veillez!
Miserere

( 701764 )
La liste des victimes de la tragédie par CMdelaRocca (2013-01-22 13:49:06)
[en réponse à 701722]
du 4 mai 1897 est inscrite en lettres d'or sur six plaques de marbre noir. La chapelle est due à l’architecte Albert Guilbert, lequel a obtenu la médaille d’or à l’exposition universelle de 1900 pour sa réalisation . La décoration est de Hiolin, les verrières d' Henri Carrot et les peintures d' Albert Maignan.
Des cénotaphes commémorent la souffrance des familles unies à celle du Christ au Calvaire, et accompagnent en le ponctuant le Chemin de Croix.
L'installation de la FSSPX en ces lieux est providentielle. C'est une bénédiction ! J'imagine que, parmi les travaux envisagés, dès le début sera réalisée la remise en place des grilles de la table de communion en ferronnerie, un véritable travail d'orfèvre, qui sont déposées dans un passage latéral.
La liste des victimes:
Hélène Barassé (1874-1897)
Son Altesse Royale Sophie-Charlotte de Bavière, duchesse d’Alençon (1847-1897)
Hélène Bernard-Dutreil (1878-1897)
Antonie de Bésiade d’ Avaray,Comtesse Audéric de Moustier (1825-1897)
Claire Beucher de Saint Ange,Générale Eugène Chevals (1829-1897)
Laure Beucher de Saint Ange (1827- 1897)
Elise Blonska (1835-1897)
Louise Boissié, Madame Eugène Chalmel (1835-1897)
Edmée Braun, Madame Etienne Moreau-Nélaton (1864-1897)
Clémence Capitaine, Marquise d’Isle (1847-1897)
Cécile Carrière, Madame Edmond Cuvillier 1847- 1897)
Pauline Carrière, Madame Frédéric Dillaye (1855-1897)
Jeanne Carteron (1862-1897)
Camille Chabot (1874-1897)
Madeleine de Clerq (1887-1897)
Marie de Commeau (1838-1897)
Dona Adélaïda Corradi y Anduga, Madame Florez (1847-1897)
Marguerite de Cossart d’Espiès (1847-1897)
Caroline Cosseron de Villenoisy (1828-1897)
Laure de Crussol d’Uzès, Comtesse d’Unolstein (1838-1897)
Ester Cuvillier (1892-1897)
Louise Dagneau, Madame Alphonse Gosse (1846-1897)
Amélie Daireaux, Madame Hugues de Carbonnel (1853-1897)
Claire Dalloyau, Madame Auguste Bouvyer (1838-1897)
Flore Damiens dit Fortin, Madame Paul Hauducoeur 1845- 1897)
Alfred David (1892-1897)
Lucie Dehondt, Soeur Vincent des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul (1871-1897)
Hélène Delaune (1876-1897)
Suzanne Dephieu, Madame Alexandre Rabèry (1849-1897)
Berthe Deschamps, Madame Alfred Gohin (1862-1897)
Valérie Demazières, Madame Léopold Germain (1841-1897)
Thérèse Donon, Baronne Maurice de Saint Didier (1857-1897)
Joseph Donon (1883-1897)
Marie du Quesne, Vicomtesse de Bonneval 1857-1897)
Germaine Feulard (1887-1897)
Docteur Henri Feulard (1858-1897)
Alphonsine Fortin, Madame Eugène Vimont (1829-1897)
Jeanne Frémyn, Madame Léon Le Normand (1858-1897)
Annette Gabiot, Madame Firmin Goupil (1851-1897)
Eulalie Gariel, Madame Ferdinand Jauffred (1847-1897)
Juilie Garivet, Soeur Marie-Madeleine, des Soeurs Aveugles de Saint Paul (1853-1897)
Louise Gérondeau 1870-1897)
Marie Gillet, Madame Louis Borne (1863-1897)
Anna Ginoux Defermon, Soeur Marie, des filles de la Charité de Saint Vincent de Paul (1863-1897)
Marie Glandaz, Madame Gustave Laneyrie (1854-1897)
Angèle Gosse (1877-1897)
Zoë Gosse (1878-1897)
Agnès de Gosselin, Comtesse Mimmerel 1874-1897)
Elisabeth Grenn de Saint Marsault, Baronne Carruel de saint Martin 1836-1897)
Marguerite Gros, Madame Gaston de Clermont (1850-1897)
Blanche Grossier, Madame Achille Chouippe (1852-1897)
Hélène Guérard, Madame Fernand Duclos de Varanval (1873-1897)
Marie Guérin, Madame Benjamin Delaune (1853-1897)
Elizabeth de Guillebon (1873-1897)
Léonie Guillemain (1868-1897)
Amélie Guyard-Delalain, Madame Alfred Carteron (1829-1897)
Hélène de Haber, Comtesse de Horn (1831-1897)
Jenny Hartmann, Madame Nicolas Schlumberger (1828-1897)
Marie Louise Hatte de Chevilly (1876-1897)
Yvonne Hatte de Chevilly (1879-1897)
Madeleine Hauducoeur (1870-1897)
Henriette d’Hinnisdal (1874-1897)
Marie Hoskier, Madame Eugène Roland-Gosselin (1858-1897)
Emma Hubert, Madame Eugène Legrand (1833-1897)
Hélène d’Isle (1875-1897)
Alice Jacqmin (1880-1897)
Emma Jaume, Générale Warnet (1830-1897)
Cécile Jullian, Madame François Buchillet (1845-1897)
Jeanne de Kergorlay, Vicomtesse de Saint Perrier (1849-1897)
Angélique de la Briffe, Madame Eugène Huzar (1833-1897)
Isabelle de Lassus, Madame Joseph de Carayon La Tour (1834-1897)
Mathilde Leclerc de Juigné, Vicomtesse de Damas (1828-1897)
Lina Lefèvre-finucane (1873-1897)
Laure Lejeune, Madame Abel Brasier de Thuy (1828-1897)
Marie Le Royer de la Tournerie, Vicomtesse de Malézieu (1869-1897)
Suzanne Le Sourd, Madame Pierre Cordoën (1869- 1897)
Alix Loubaresse, Madame Adolphe Rivière (1848-1897)
Louise Lourmand (1868-1897)
Isabelle Maison, Madame Albert Lefèvre de Vatimesnil (1845-1897)
Antoinette de Mandat de Grancet (1876-1897)
Marie de Marbot, Madame Victor de Valence (1848-1897)
Eugénie Marlé, Madame Louis Chapuis (1853-1897)
Albert Masure (1832-1897)
Christianne Meilhac 1882-1897)
Laura Meinell, Vicomtesse d’Avenel (1855-1897)
Mathilde Michel, Madame Jules Pierre (1866-1897)
Claire Moisson (1855-1897)
Ernestine Moreau (1862-1897)
Général Munier (1827-1897)
Camille Nélaton, Madame Adolphe Moreau (1840-1897)
Suzanne Nitot (1855-1897)
Jeanne Odart de Rilly, Comtesse Haward de la Blotterie (1850-1897)
Lydie Panon Desbassayns de Richemont, Madame Léon de Gosselin (1841-1897)
Louise Pedra, Baronne de Saint Didier (1816-1897)
Amélie Pellerin de Lastelle, Comtesse Sérrurier (1839-1897)
Marguerite Peretti, Madame Léon Valentin (1856-1897)
Pénélope Pétrocochino, Madame Vlasto (1836-1897)
Marie Louise Picqué (1863-1897)
Hélène de Poggenpohl, Madame Jacques Haussmann (1854-1897)
Victor Potdevin (1825-1897)
Berthe Rabéry, Madame Louis Gentil (1873-1897)
Aline Ramboug, Madame Anatole Le Brun de Sesseval (1826-1897)
Marguerite Rémond, Soeur Sainte Claire ,des soeurs aveugles de Saint Paul (1835-1897)
Louise de Rivière, Comtesse Louis de Luppé (1844-1897)
Docteur Ernest Rochet (1830-1897)
Marie Roubaud de Cournand, Madame Maurice Lafitte de Canson (1844-1897)
Adèle Sabatier, Soeur Joseph, des filles de la Charité de saint Vincent de Paul (1830-1897)
Josephine Saintin, Madame Charles Monti (1851-1897)
Antoinette Senez, Madame Auguste du Verdier de Suze 1842-1897)
Marie Thérèse Simon (1874-1897)
Emilie Stiebel, Madame Louis Kann (1849-1897)
Louise Terre (1849-1897)
Virginie Thomazeau, Soeur Electa des Filles de la Croix Saint André (1826-1897)
Lucy Touttain, Madame Emile Nitot (1863-1897)
Valèrie Tuquet de La Boisserie, Vicomtesse de Beauchamp (1867-1897)
Antoinette de Valence de Minardière (1877-1897)
Marguerite de Valence de Minardière (1880-1897)
Sabine de Vallin (1838-1897)
Elodie Van Biervelet (1877-1897)
Valérie Verhasselt (1876-1897)
Julia de Villiers de La Noue, Marquise de Bouthillier Chavigny (1844-1897)
Justine Waller, Comtesse Jules Couret de Villeneuve (1857-1897)
Mathilde de Weisweiller, Madame Théodore Porgès (1854-1897)
Elise Weyer, Baronne Emile Hoskier (1836-1897)
Germaine d’Yrenne de Lalanne, Comtesse d’Isoard Vauvenargues (1867-1897)

( 701767 )
Léon Bloy par Justin Petipeu (2013-01-22 14:24:22)
[en réponse à 701764]
A mon ami André R. :
*Pour exaspérer les Imbéciles*
Vous me demandez « quelques mots » sur la récente catastrophe. J'y consens d'autant plus volontiers que je souffre de ne pouvoir crier ce que je pense.
J'espère, mon cher André, ne pas vous scandaliser en vous disant qu'à la lecture des premières nouvelles de cet événement épouvantable, j'ai eu la sensation nette et délicieuse, d'un poids immense dont on aurait délivré mon cœur. Le petit nombre des victimes, il est vrai, limitait ma joie.
Enfin, me disais-je tout de même, enfin ! ENFIN ! voilà donc un commencement de justice.
Ce mot de Bazar accolé à celui de CHARITE ! Le Nom terrible et brûlant de Dieu réduit à la condition de génitif de cet immonde vocable ! ! !
Dans ce bazar donc, des enseignes empruntées à des caboulots, à des bordels, A la Truie qui file, par exemple ; des prêtres, des religieuses circulant dans ce pince-cul aristocratique et y traînant de pauvres êtres innocents !
Et le Nonce du Pape venant bénir tout ça !
Ah ! mon ami, quelle brochure à écrire ! L'incendiaire du Bazar de Charité.
Tant que le Nonce du Pape n'avait pas donné sa bénédiction aux belles toilettes, les délicates et voluptueuses carcasses que couvraient ces belles toilettes ne pouvaient pas prendre la forme noire et horrible de leurs âmes. Jusqu'à ce moment, il n'y avait aucun danger.
Mais la bénédiction, la Bénédiction, indiciblement sacrilège de celui qui représentait le Vicaire de Jésus-Christ et par conséquent Jésus-Christ lui-même, a été où elle va toujours, c'est-à-dire au FEU, qui est l'habitacle rugissant et vagabond de l'Esprit-Saint.
Alors, immédiatement, le Feu a été déchaîné, et TOUT EST RENTRE DANS L'ORDRE.
Te autem faciente eleemosynam, nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua : Ut sit eleemosyna tua IN ABSCONDITO (Matth., VI, 3 et 4). (1)
-Vous vous êtes joliment fichue de cette Parole, n'est-ce pas ? belle Madame, et vous avez voulu exactement le contraire. Eh ! bien, voilà. Il y avait justement un pauvre qui avait très-faim, à qui nul ne donnait et qui était le plus affamé des pauvres. Ce pauvre c'était le Feu. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ en a eu pitié, il lui a envoyé sa bénédiction par le domestique de son Vicaire et, alors vous lui avez fait l'aumône somptueuse et tout à fait manifeste de vos savoureuses entrailles. Pour ce qui est de votre « droite » et de votre «gauche », soyez tranquille. La Parole s'accomplira au point que même vos larbins superbes et damasquinés ne parviendront pas à les distinguer l'une de l'autre et qu'il faudra attendre pour cela jusqu'à la Résurrection des Morts.
_Cum facis eleemosynam, noli tuba canere ante te, sicut hypocritæ faciunt in synagogis, et in vicis, ut honorificentur ab hominibus. Amen dico vobis, receperunt mercedem suam_ (Matth., VI, 2). (2)
-- Elle n'est pas non plus pour toi cette Parole, n'est-ce pas, marquise ? Tout le monde sait que l'Evangile fut écrit pour la canaille, et tu aurais joliment reçu Celui qui aurait osé te conseiller de vendre _in abscondito_ tes « trompettes » et tes falbalas pour le soulagement des malheureux ! Mais, tout de même, tu recevras « ta récompense » et, demain matin, ô vicomtesse, on vous ramassera à la pelle, avec vos bijoux et votre or fondus, dans les immondices. Ce qu'il y a d'affolant, de détraquant, de désespérant, ce n'est pas la catastrophe elle-même, qui est en réalité peu de chose auprès de la catastrophe arménienne, par exemple, dont nul, parmi ce beau monde, ne songeait à s'affliger. Non, c'est le spectacle véritablement monstrueux de l'hypocrisie universelle. C'est de voir tout ce qui tient une plume mentir effrontément aux autres et à soi-même. Enfin, et surtout, c'est le mépris immense et tranquille de tous à peu près sans exception, pour ce que Dieu dit et ce que Dieu fait.
Le caractère spécial et les circonstances de cet événement, sa promptitude foudroyante, presque inconcevable, qui a rendu impossible tout secours et dont il y a peu d'exemples depuis de Feu du Ciel, l'aspect uniforme des cadavres sur qui le Symbole de la Charité s'est acharné avec une sorte de rage divine, comme s'il s'agissait de venger une prévarication sans nom, tout cela pourtant était assez clair.
Tout cela avait la marque bien indéniable d'un châtiment et d'autant plus que des innocents étaient frappés avec des coupables, ce qui est l'empreinte biblique des Cinq Doigts de la Main Divine.
Cette pensée si naturelle : Dieu frappe, donc il frappe avec justice, ne s'est présentée à l'esprit de personne, ou, si elle s'est présentée, elle a été écartée immédiatement avec horreur. Ah ! s'il s'était agi d'une population de mineurs, gens aux mains sales, on aurait peut-être vu plus clair, les yeux étant beaucoup moins remplis de larmes. Mais, des duchesses ou des banquières qui « s'étaient réunies pour faire le bien », comme l'a positivement dit le généreux gaga François Coppée, songez donc, chère Madame !
De son autorité plénière, le journal La Croix a canonisé les victimes. Rappelant Jeanne d'Arc (!!!) dont c'était à peu près l'anniversaire, l'excellent eunuque des antichambres désirables, le P. Bailly, a parlé de ce « bûcher où les lys de la pureté ont été mêlés aux roses de la charité »
J'imagine que les chastes lys et les tendres roses auraient bien voulu pouvoir ficher le camp, fût-ce au prix de n'importe quel genre de prostitution ou de cruauté, et je me suis laissé dire que les plus vigoureuses d'entre ces fleurs ne dédaignèrent pas d'assommer les plus faibles qui faisaient obstacle à leur fuite.
« Chacun pour soi, Madame ! » Ce mot a été entendu. C'était peut-être la _Truie qui filait_.
Pour revenir à La Croix, ne vous semble-t-il pas, André, que ce genre de blasphème, cette sentimentalité démoniaque appelle une nouvelle catastrophe, comme certaines substances attirent la foudre ? On ne fait pas joujou avec les formes saintes, et c'est à faire peur de galvauder ainsi le nom de Charité, qui est le Nom même de la Troisième Personne Divine.
Voilà, cher ami, tout ce que je peux vous dire de cet incendie. Je vous remercie de m'avoir donné ainsi l'occasion de me dégonfler un peu. J'en avais besoin.
Attendez-vous, d'ailleurs, et préparez-vous à de bien autres catastrophes auprès desquelles celle du Bazar infâme semblera bénigne. La fin du siècle est proche, et je sais que le monde est menacé comme jamais il ne le fut. Je dois vous l'avoir déjà dit, puisque je le dis à qui veut l'entendre ; mais, en ce moment, je vous le dis avec plus de force et vous prie de vous en souvenir.
Erit enim tunc tribulatio magna, qualis non fuit ab initio mundi usque modo, neque fiet Orate_(Matth., XXIV, 21). (3)
Je vous embrasse en attendant.

( 701776 )
A propos des victimes par Ennemond (2013-01-22 17:59:42)
[en réponse à 701767]
Sur les cent-vingt cinq victimes, une bonne cinquantaine n'appartient pas à la noblesse ni à la haute bourgeoisie. Contrairement aux idées reçues, il y a même des personnes issues de milieux très simples dont les obsèques ont été offertes par la ville de Paris. Des familles touchées par la mort d'un proche ont été démunies et ont pu subvenir à leurs besoins grâce à une souscription lancée à leur profit après la catastrophe. Faut-il conclure que le Ciel les punissaient pour leur opulence ou leur oisiveté ?
Par ailleurs, les victimes vendaient ce jour-là pour des oeuvres (orphelinats qu'elles avaient fondés, oeuvres paroissiales, société de secours pour veuves et orphelins). A une époque où la sécurité sociale n'existait pas, ces personnes subvenaient aux besoins des plus démunis. L'une des victimes payait par exemple le loyer et le salaire de cent vingt-cinq foyers dans une ville de province. Mais il est vrai que certains, à l'époque, conspuaient déjà un tel exercice de la charité dans la mesure où il apparaissait condescendant.
La réalité de cette catastrophe est marquée par de réels élans de courage de sauveteurs où de personnes qui n'ont en général pas considéré les différences de milieux et ont péri en cherchant à secourir d'abord les autres.

( 701788 )
Injuste et révoltant par Candidus (2013-01-22 20:06:29)
[en réponse à 701767]
Mais en même temps, on n'arrive pas à lui en vouloir.
Il transparaît derrière ce fatras un feu (c'est le cas de le dire) qui confond tous les tièdes que nous sommes.

( 701826 )
cette horrible catastrophe eut par blamont (2013-01-23 10:25:34)
[en réponse à 701788]
un effet bénéfique:
depuis les portes établissements ouverts au public s'ouvrent vers l'extérieur.
Comme avec les naufrages du Titanic et du Lusitania, le nombre des canots de sauvetage devrait contenir le double des passagers.

( 701907 )
Autre développement par Ennemond (2013-01-23 20:48:10)
[en réponse à 701826]
C'est à partir de cette catastrophe que se développe l'odontologie légale, la science permettant de reconnaître les corps à partir de la connaissance des chirurgiens dentistes.

( 701829 )
Léon Bloy: Votre message aura eu le mérite par CMdelaRocca (2013-01-23 10:48:58)
[en réponse à 701767]
de me faire connaitre un peu mieux cet étrange personnage, que je connaissais déjà mais d'assez loin.
Ce qu'on en dit sur wikipedia: "
fréquente les milieux du socialisme révolutionnaire et de l'anticléricalisme... En décembre 1868, il fait la rencontre de Jules Barbey d'Aurevilly, l'occasion d'une profonde conversion intellectuelle, qui le ramène à la religion catholique, et le rapproche des courants traditionalistes. Bloy sera associé à certaines influences qui s'exprimeront dans les mouvements les plus extrêmes du traditionalisme catholique. De son œuvre, on retient surtout la violence polémique, qui explique en grande partie son insuccès, mais qui donne à son style un éclat, une force et une drôlerie uniques.
Pour autant, l'inspiration de Bloy est avant tout religieuse, marquée par la recherche d'un absolu caché au-delà des apparences historiques."
Sa tombe à Bourg-la-Reine...
