Le Forum Catholique
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( 701422 )
de la Liberté Religieuse avec Mgr Athanasius Schneider par jejomau (2013-01-19 18:24:45)
Mgr Athanasius Schneider fait des distinctions dans la Liberté religieuse qu'il nous fait partager sur
Rorate Caeli et que j'essaie de retranscrire au mieux ci-dessus. Point de vue particulièrement éclairant . Voici :
"La discussion sur la Liberté Religieuse comme la conséquence du document Dignitatis Humanae du Concile, je pense qu'il est vrai de faire une différence dans la compréhension de la Liberté Religieuse entre le XIX° siècle et celui du mouvement athée ou la Révolution Française dans des pays catholiques comme la France ou l'Italie ... et ceux qui ne sont pas catholiques et dont les papes voulaient rejeter cette forme de liberté religieuse. La Liberté religieuse au XX° siècle dans l'ancienne Union Soviétique était une autre situation car la société - toute la société - n'était pas catholique et même, elle était - je dirai - athée, sans Dieu... Et pire, la religion était interdite. Et dans ce contexte nous devons comprendre la Liberté Religieuse du point de vue (de la façon) dont je peux dialoguer avec un gouvernement qui est athée et qui ne croit pas en Dieu. Ainsi je dois discuter avec eux au niveau de la raison seulement, ou philosophiquement je dirai sur le plan naturel. Ainsi, je ne peux leur dire : "Oh! vous devez accepter la Foi catholique car la Foi catholique est la seule Vraie". Bien sûr qu'elle est Vraie, mais ils ne comprendraient pas ceci. Aussi je dois argumenter : "Donnez nous une religion car c'est une demande requise par la dignité humaine" Et ainsi, ce que nous avons en commun avec un athée, c'est au moins que nous sauvons la Dignité Humaine. Au minimum. Et même si l'athéisme détruira la Dignité Humaine nous devons parler avec eux. Au moins sur ce plan. Et donc je comprends l'intention du Concile, des documents"

( 701462 )
Oui par Aigle (2013-01-19 22:13:31)
[en réponse à 701422]
J'ai souvent lu que la liberté religieuse avait été défendue par certains Pères Conciliaires par anticommunisme - par exemple les évêques américains, allemands ou polonais.

( 701468 )
C'était aussi le cas... par Candidus (2013-01-19 23:15:10)
[en réponse à 701462]
...des évêques issus de pays à majorité musulmane, comme par exemple les évêques des Eglises orientales.
Toute cette question est un sac de noeuds que le magistère devra tôt ou tard clarifier.

( 701485 )
Je vous recommande à nouveau un ouvrage important. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 09:11:09)
[en réponse à 701462]
Bonjour et bon dimanche, Aigle.
Voici l'ouvrage que je vous recommande à nouveau :
Ici.
A ne pas y rater : les pages 357 à 367, et notamment la page 367, dans laquelle JC MURRAY reconnaît, mais après coup, et d'une manière discrète, que toute son entreprise suscite deux interrogations fondamentales face auxquelles il ne dispose d'aucune réponse certaine.
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.

( 701484 )
Provocation dominicale : c'est à peu près le contraire. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 09:02:48)
[en réponse à 701422]
Bonjour et bon dimanche, jejomau.
1. Plus l'Eglise s'auto-censure, et tait en elle, et autour d'elle, le fait
- que Dieu, Père, Fils, Esprit, est le seul vrai Dieu,
- que le christianisme est la seule vraie religion,
- que l'Eglise catholique est la seule véritable Eglise,
dans l'espoir de se faire comprendre et de se faire accepter, le mieux et le plus possible, par les individus et les institutions non catholiques, et moins elle fait comprendre et accepter, Y COMPRIS EN SON SEIN, la densité surnaturelle, la dimension théologale, de sa mission.
2. Par ailleurs, la mission de l'Eglise
- n'est pas avant tout ni seulement une exhortation au respect d'un "devoir d'acceptation" de la "Foi catholique", bien que celle-ci soit en effet "la seule vraie",
- mais est bel et bien une exhortation à la prise de conscience, à la remise en cause, et à la mise en oeuvre, dans le cadre de l'apprentissage et de l'accomplissement d'une vocation à la conversion qui est présente dans l'âme de tout être humain.
3. La phrase : " ce que nous avons en commun avec un athée, c'est au moins que nous sauvons la Dignité Humaine " est complètement fausse :
- un athée, non un athée pratique, mais un athée militant, ne met pas en avant pas la dignité humaine, mais sa conception, matérialiste, réductrice ou restrictive, anti-chrétienne ou anti-croyante, de la dignité humaine : pour un athée militant un tant soit peu cohérent, il est indigne de l'homme de croire en un dieu, puisque ce qui fait la dignité de l'homme, c'est précisément qu'il peut se passer d'un dieu.
- un chrétien, un chrétien convaincu, qui s'efforce d'être convaincant, ne met pas en avant la dignité humaine, ni sa conception, spiritualiste, plus englobante et plus exigeante, de la dignité humaine, mais il met en avant l'ENJEU central, crucial, nodal, vital, de la Foi et de la vie chrétienne, à savoir la vocation à la conversion, sous la conduite et en direction du Christ lui-même.
4. Quand des catholiques parlent d'athéisme, il est assez extraordinaire qu'il ne recourent jamais à un jugement de valeur négatif, non contre les personnes athées, mais contre le principe même de l'athéisme : ainsi, il est de plus en plus difficile de lire que l'athéisme, militant ou pratique, repose notamment sur de l'orgueil ou de la paresse à l'égard de Dieu, du mépris ou de l'oubli vis-à-vis de Dieu, de l'ignorance volontaire envers Dieu ou de l'indulgence volontaire envers soi-même.
5. Des athées, notamment des athées pratiques, j'en connais, j'en connais dans ma propre famille, et certains d'entre eux sont tout à fait respectueux de la dignité de la personne humaine et de la liberté de la conscience humaine, y compris dans l'acception catholique consensuelle de ces termes.
6. Cette conception n'est pas déplaisante ni dérangeante pour des athées, bien au contraire, elle conforte même certains d'entre eux dans l'impression ou l'opinion selon laquelle, être athée, ce n'est pas grave, c'est même christique, sinon chrétien, dès lors que l'on respecte, précisément, la dignité de la personne humaine et de la liberté de la conscience humaine.
" Donnez nous une religion car c'est une demande requise par la dignité humaine. Non : c'est une demande requise par la Parole divine !
Je suis presque en colère contre cette persévérance dans l'aveuglement volontaire, à moins qu'il ne s'agisse de persistance d'un aveuglement involontaire.
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.

( 701487 )
pour reprendre cette phrase par jejomau (2013-01-20 09:24:17)
[en réponse à 701484]
" ce que nous avons en commun avec un athée, c'est au moins que nous sauvons la Dignité Humaine "
Je crois comprendre de mon côté que Mgr Athanasius (il s'agit de propos "prononcés" devant un micro et non de propos réfléchis puis écrits) veut dire que le révolutionnaire (athée) défend la notion de "dignité humaine"; met même celle-ci en avant pour promouvoir sa Révolution; la revendique donc comme par exemple la révolution Française est allé jusqu'à revendiquer les Droits de l'Homme pour pouvoir faire la révolution.
Par conséquent, comme l'Eglise, pour l'évêque, se doit d'utiliser un moyen pour entrer en dialogue avec les athées... Alors, sur le plan de la raison l'Eglise essaye d'utiliser les mots "Dignité Humaine" pour avoir une base commune de dialogue.
L'évêque souligne d'ailleurs que la "dignité humaine" chez le révolutionnaire ne mène à rien d'autre qu'à la "destruction de l'humanité". Donc il est conscient que le contenu des mots n'est pas le même pour eux. Ce qu'il veut donc dire enfin - à mon avis - c'est qu'il reconnait que l'Eglise n'a pas le même concept sur la Liberté Humaine suivant qu'on se place dans un pays chrétien ou dans un pays fortement athée avec lequel il faut essayer de dialoguer quand même et par conséquent, avec lequel il faut essayer de trouver une base commune, ne serait-ce que dans les mots, pour seulement essayer de dialoguer
Voilà ce que je crois comprendre des propos de l'évêque ...

( 701492 )
Quand en utilise les catégories de son adversaire.... par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 10:34:25)
[en réponse à 701487]
Rebonjour et merci.
Quand on utilise les catégories de son adversaire, pour "les humaniser dans le Christ", donc pour leur faire dire, non ce qu'elles disent, mais ce que l'on voudrait qu'elles disent, en prenant ses désirs pour des réalités, dans l'ordre sémantique et dans l'ordre thématique, on s'expose au risque de se soumettre, ne serait-ce qu'en partie, à ces catégories elles-mêmes.
Le Christ n'est pas venu parmi nous, il n'a pas calibré son langage, formaté son message, dans l'espoir de trouver un terrain d'entente avec ses contemporains ; bien au contraire, son indépendance, son intransigeance, son irrévérence, son sens de l'humour et du paradoxe, l'ont rendu absolument déconcertant, y compris pour ses disciples.
Je comprends bien votre message, et ce n'est pas au contact de votre compréhension de ce dont il est question ici que je suis quasiment en colère ; mais je formule devant vous cette remarque :
- le caractère exigeant, mais aussi déplaisant, dérangeant, de la Parole de Dieu, impulsée et incarnée par Jésus-Christ, saute vraiment aux yeux, pour qui lit l'Evangile en le prenant vraiment au sérieux.
- le caractère exigeant, mais aussi déplaisant, dérangeant, des propos de Mgr Athanasius, ne saute pas vraiment aux yeux, pour qui lit ce qu'il dit le prenant vraiment au sérieux.
Certes, le christianisme ne se limite pas à sa dimension dissensuelle, mais je me demande si, depuis au moins 50 ans, il n'y a pas eu amputation ou occultation de cette même dimension dissensuelle.
A bientôt.
Scrutator.

( 701495 )
Deux remarques suscitées par votre intéressant message par le torrentiel (2013-01-20 11:38:28)
[en réponse à 701484]
Concernant votre point n° 2., le rappel de cette Parole du christ:
"Je Suis Venu pour une remise en question."
et votre point n° 4 : Vous m'obligez à penser contre moi-même, contre la nostalgie que j'éprouve parfois de mon athéisme passé, en rappelant entre les lignes que le péché que Jésus dénonce de façon très virulante en saint-Marc ("Celui qui croit sera sauvé, celui qui ne croit pas est déjà condamné") -et le péché dont Jean-Paul II n'est pas loin de faire le péché contre l'esprit dans son encyclique dominum et vivificantem, que je dois à Meneau d'avoir découverte- est le péché d'incrédulité, donc d'athéisme.
Maintenant, comment devient-on athée ? Vous dites que c'est par mépris ou paresse de chercher dieu. Il se peut aussi que ce soit parce que le Lien que l'on se sent avoir avec dieu nous paraît pesant, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Pour ma part, je suis devenu athée parce que j'avais la sensation que dieu etait la cause de l'injustice et qu'Il me rendait malheureux. Et je dois dire que ma période d'athéisme a été l'une des plus heureuses de ma vie. Comment j'ai recouvré la foi ? Mystère de la grâce, en percevant dans un transport, avec tremblement de joie, que le bonheur etait en dieu. Pourtant, je ne pourrais pas le démontrer rationnellement, voire ce sentiment s'est ensuite affaibli dans mon être émotionnel. Mais si ce sentiment s'est affaibli, la cause n'en est pas essentiellement que la foi doit mûrir en se détachant du sensible et en se "sevrant du lait des premières consolations divines", comme le dit Saint Jean de la croix, que je découvre en ce moment. Si ce sentiment s'est affaibli, c'est parce que je ne suis pas assez bon chrétien.

( 701513 )
Merci beaucoup + quelques éléments très rapides. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 15:11:01)
[en réponse à 701495]
Bonjour et bon dimanche, le torrentiel,
Tout d'abord, évidemment, merci beaucoup pour votre message.
1. Il me semble que le fondement de la relation à Dieu ne réside ni avant tout dans la réflexion, ce serait de l'intellectualisme, ni dans la sensation, ce serait du sentimentalisme, mais dans la relation elle-même, dès lors, évidemment, qu'elle puisse sans cesse aux sources sacramentelles, spirituelles, surnaturelles, qui la vivifient en permanence.
2. Je pense ici à un cantique, dont le refrain, extrêmement simple, disait ceci :
" Dieu est Amour
Dieu est Lumière
Dieu, notre Père. "
Or,
- l'Amour, cet Amour là, c'est autre chose que l'amour, ou le bonheur, aux yeux du monde ;
- la Lumière, cette Lumière là, c'est autre chose que la lumière, ou les Lumières, aux yeux du monde ;
- la Paternité, cette paternité là, c'est autre chose que la paternité, aux yeux du monde.
3. C'est la moindre des choses que l'on puisse avoir l'impression que la relation à Dieu est plus asservissante que libératrice ; pendant longtemps, on a cru que Dieu était avant tout, voire seulement, un législateur et un Juge, alors que Dieu est avant tout un inspirateur et un Père.
4. C'est également la moindre des choses que l'on puisse succomber à la tentation de l'indifférence envers Dieu : celui-ci ne semble t'il pas indifférent, bien qu'il ait connaissance de tant d'iniquités, d'injustices, de douleurs et de malheurs ?
5. Je me souviens être tombé un jour, chez mes parents, sur un exemplaire du magazine Sélection du Reader's Digest ; dans cet exemplaire, il y avait le témoignage d'une femme qui avait travaillé, en tant que personnel soignant, dans un service hospitalier, dans lequel il n'y avait que des enfants en fin de vie, et je n'oublierai jamais le titre de cet article : " Devant l'agonie des enfants : pourquoi eux, Seigneur ? "
6. Je pense que ce qui compte,
- ce n'est pas que la vie humaine soit dépourvue de souffrance : de la souffrance, il y en aura toujours, et plus on s'éloigne de la volonté de Dieu, plus on élargit "l'espace d'expression" de la souffrance, dans la profondeur des âmes et à la surface du monde ;
- ce n'est pas davantage que la vie chrétienne soit dépourvue de non sens : du non sens dans la vie chrétienne, du point de vue des non chrétiens, ou même du point de vue des chrétiens, au contact de certaines épreuves, il y en aura toujours.
Ce qui compte, me semble-t-il, c'est que le non sens, du point de vue des uns ou des autres, fasse sens, sous le regard de Dieu, y compris en présence de la souffrance ressentie par les uns ou les autres.
7. Je me trompe peut-être, mais l'incrédulité et l'incroyance, ce n'est pas tout à fait la même chose ; pour ma part, j'ai déjà rencontré des incroyants qui étaient crédules, mais pas, il est vrai, sur les choses de Dieu, ...et des croyants qui étaient incrédules, y compris, c'est ainsi, sur la présence active du surnaturel dans les choses de Dieu.
8. Vous le savez, aucun d'entre nous n'est assez bon chrétien ; Dieu ne nous demande pas avant tout de nous juger nous-mêmes ni de juger les autres, même si la lucidité sur soi-même, toujours, sur les autres, parfois, est une précieuse qualité, mais Il nous demande avant tout de le laisser nous aimer, de le laisser agir en nous pour que, mais en accord avec Lui, et avec l'aide de Sa Grâce, nous l'aimions, Lui, nous nous aimions nous-mêmes, ce qui n'est pas illégitime, et nous aimions nos frères.
9. Enfin, je ne résiste pas à la volonté de vous remercier comme il se doit, puisque vous êtes allusion à l'une des lettres encycliques de Jean-Paul II que j'apprécie le plus :
" 5. Le sang qui purifie la conscience
42. Nous avons dit qu'au point culminant du mystère pascal, l'Esprit Saint est définitivement révélé et rendu présent d'une façon nouvelle. Le Christ ressuscité dit aux Apôtres: «Recevez l'Esprit Saint». Ainsi est révélé l'Esprit Saint, car les paroles du Christ constituent la confirmation des promesses et des annonces du discours du Cénacle. Et par là même, le Paraclet est rendu présent d'une manière nouvelle. En réalité, il agissait depuis le commencement dans le mystère de la création et tout au long de l'histoire de l'Ancienne Alliance de Dieu avec l'homme. Son action a été pleinement confirmée par la mission du Fils de l'homme, le Messie venu dans la puissance de l'Esprit Saint. Au sommet de la mission messianique de Jésus, l'Esprit Saint se rend présent au sein du mystère pascal dans sa qualité de sujet divin: il est celui qui doit maintenant continuer l'œuvre salvifique enracinée dans le sacrifice de la Croix. Cette œuvre, bien sûr, est confiée par Jésus à des hommes: aux Apôtres, à l'Eglise. Toutefois, en ces hommes et par eux, l'Esprit Saint demeure le sujet transcendant de la réalisation de cette œuvre dans l'esprit de l'homme et dans l'histoire du monde: lui, le Paraclet invisible tout en étant omniprésent! L'Esprit qui «souffle où il veut» 159.
Les paroles prononcées par le Christ ressuscité le «premier jour après le sabbat» mettent particulièrement en relief la présence du Paraclet-Consolateur, celui qui «établit la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement». C'est seulement dans ce rapport, en effet, que s'expliquent les paroles que Jésus met en relation directe avec le «don» de l'Esprit Saint aux Apôtres. Il dit: «Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus»160. Jésus confère aux Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, pour qu'ils le transmettent à leurs successeurs dans l'Eglise. Toutefois, ce pouvoir, accordé aux hommes, présuppose et inclut l'action salvifique de l'Esprit Saint. En devenant la «lumière des cœurs»161, c'est-à-dire des consciences, l'Esprit Saint «manifeste le péché», c'est-à-dire fait connaître à l'homme son mal et en même temps l'oriente vers le bien. Grâce à la multiplicité de ses dons - on l'invoque comme le «Porteur des sept dons» -, la puissance salvifique de Dieu peut atteindre tout péché, de quelque genre qu'il soit. En réalité, comme le dit saint Bonaventure, «en vertu des sept dons de l'Esprit Saint, tous les maux sont détruits tandis que sont réalisés tous les biens»162.
Sous l'influence du Paraclet s'accomplit donc cette conversion du cœur humain qui est la condition indispensable du pardon des péchés. Sans une vraie conversion, qui suppose une contrition intérieure, et en l'absence d'une résolution ferme et sincère de changement, les péchés restent «non remis», comme le dit Jésus, et avec lui la Tradition de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance. En effet, les premières paroles prononcées par Jésus au début de son ministère, selon l'Evangile de Marc, sont les suivantes: «Convertissez-vous et croyez à l'Evangile»163. Nous avons une confirmation de cette exhortation dans la «mise en lumière du péché» que l'Esprit Saint entreprend d'une manière nouvelle en vertu de la Rédemption opérée par le Sang du Fils de l'homme. C'est pourquoi la Lettre aux Hébreux dit que ce «sang purifie la conscience»164. Et donc celui-ci, pour ainsi dire, ouvre à l'Esprit Saint la route qui conduit au cœur de l'homme, c'est-à-dire au sanctuaire des consciences humaines.
43. Le Concile Vatican II a rappelé l'enseignement catholique sur la conscience, en parlant de la vocation de l'homme et en particulier de la dignité de la personne humaine. C'est précisément la conscience qui détermine d'une manière spécifique cette dignité. Elle est en effet «le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre». C'est clairement qu'elle «dit dans l'intimité de son cœur: "Fais ceci, évite cela"». Cette capacité de commander le bien et d'interdire le mal, inscrite dans l'homme par le Créateur, est la propriété caractéristique du sujet personnel. Mais en même temps, au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir»165. La conscience n'est donc pas une source autonome et exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais; au contraire, en elle est profondément inscrit un principe d'obéissance à l'égard de la norme objective qui fonde et conditionne la conformité de ses décisions aux commandements et aux interdits qui sont à la base du comportement humain, comme il apparaît dès la page du Livre de la Genèse déjà évoquée166. En ce sens précis, la conscience est le «sanctuaire secret» où «la voix de Dieu se fait entendre». Et c'est la «voix de Dieu», même quand l'homme reconnaît exclusivement en elle le principe de l'ordre moral dont on ne peut douter humainement, fût-ce sans référence directe au Créateur: la conscience trouve toujours son fondement et sa justification dans cette référence.
La «mise en lumière du péché» sous l'influence de l'Esprit de vérité, dont parle l'Evangile, ne peut se réaliser dans l'homme autrement que par le chemin de la conscience. Si la conscience est droite, elle sert à trouver «selon la vérité la solution de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale»; et alors, «les personnes et les groupes s'éloignent d'une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité»167.
Le premier fruit d'une conscience droite est d'appeler par leur nom le bien et le mal, comme le fait, par exemple, la même Constitution pastorale de Vatican II: «Tout ce qui s'oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d'homicide, le génocide, l'avortement, l'euthanasie et même le suicide délibéré; tout ce qui constitue une violation de l'intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques; tout ce qui est offense à la dignité de l'homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations; l'esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable»; et, après avoir appelé par leur nom les multiples péchés si fréquents et si répandus en notre temps, la Constitution ajoute: «Toutes ces pratiques et d'autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu'elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s'y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l'honneur du Créateur»168.
En appelant par leur nom les péchés les plus déshonorants pour l'homme, et en démontrant qu'ils sont un mal moral qui s'inscrit au passif de tout bilan du progrès de l'humanité, le Concile caractérise tout cela comme une étape «de la lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres», qui caractérise «toute la vie des hommes, individuelle et collective»169. L'assemblée du Synode des Evêques de 1983 sur la réconciliation et la pénitence a précisé davantage encore la signification personnelle et sociale du péché de l'homme170.
44. Au Cénacle, la veille de sa Passion puis le soir de Pâques, Jésus Christ a fait appel à l'Esprit Saint comme à celui qui témoigne que, dans l'histoire de l'humanité, le péché continue à exister. Toutefois, le péché est soumis à la puissance salvifique de la Rédemption. La «manifestation du péché du monde» ne s'arrête pas au simple fait d'appeler celui-ci par son nom et de l'identifier pour ce qu'il est dans toute l'étendue de sa nature. Dans la manifestation du péché du monde, l'Esprit de vérité rencontre la voix des consciences humaines.
De cette façon, on en arrive à mettre en évidence les racines du péché, qui se trouvent au cœur de l'homme, comme le souligne la même Constitution pastorale: «En vérité, les déséquilibres qui travaillent le monde moderne sont liés à un déséquilibre plus fondamental, qui prend racine dans le cœur de l'homme. C'est en l'homme lui-même, en effet, que de nombreux éléments se combattent. D'une part, comme créature, il fait l'expérience de ses multiples limites; d'autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. Sollicité de tant de façons, il est sans cesse contraint de choisir et de renoncer. Pire: faible et pécheur, il accomplit souvent ce qu'il ne veut pas et n'accomplit point ce qu'il voudrait»171. Le texte conciliaire se réfère ici aux paroles bien connues de saint Paul172.
La «mise en lumière du péché», qui accompagne la conscience humaine chaque fois qu'elle réfléchit en profondeur sur elle-même, conduit donc à la découverte des racines du péché dans l'homme, et aussi des conditionnements de la conscience elle-même au cours de l'histoire. Nous retrouvons de cette façon la réalité originelle du péché dont nous avons déjà parlé. L'Esprit Saint «met en lumière le péché» par rapport au mystère du commencement, en indiquant le fait que l'homme est un être créé et qu'il est donc en totale dépendance ontologique et éthique du Créateur, tout en rappelant la condition pécheresse héréditaire de la nature humaine. Mais c'est toujours en relation avec la Croix du Christ que l'Esprit Saint-Paraclet «met en lumière le péché». Dans cette relation, le christianisme exclut toute «fatalité» du péché. «Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l'histoire des hommes; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l'a dit, jusqu'au dernier jour», ainsi s'exprime le Concile173. «Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l'homme dans sa liberté et sa force»174. Loin de se laisser prendre au piège de sa condition de pécheur, l'homme, s'appuyant sur la voix de sa propre conscience, doit donc «sans cesse combattre pour s'attacher au bien; et ce n'est qu'au prix de grands efforts, avec la grâce de Dieu, qu'il parvient à réaliser son unité intérieure»175. A juste titre, le Concile voit dans le péché le responsable de la rupture qui pèse sur la vie personnelle comme sur la vie sociale de l'homme; mais en même temps il rappelle inlassablement la possibilité de la victoire.
45. L'Esprit de vérité, qui «met en évidence le péché du monde», rencontre les efforts de la conscience humaine, dont les textes conciliaires parlent d'une manière très suggestive. Ces efforts de la conscience déterminent aussi les voies de la conversion humaine: tourner le dos au péché pour rebâtir la vérité et l'amour au cœur même de l'homme. On sait que parfois il en coûte beaucoup de reconnaître le mal en soi-même. On sait que non seulement la conscience commande ou interdit, mais qu'elle juge à la lumière des ordres et des défenses intérieurs. Elle est aussi la source des remords: l'homme souffre intérieurement à cause du mal qu'il a commis. Cette souffrance n'est-elle pas comme un écho lointain de ce «regret d'avoir créé l'homme» que le Livre saint, dans un langage anthropomorphique, attribue à Dieu, de cette «réprobation» qui, s'inscrivant au «cœur» de la Trinité, se traduit par la douleur de la Croix, par l'obéissance du Christ jusqu'à la mort en vertu de l'amour éternel? Quand l'Esprit de vérité permet à la conscience humaine de participer à cette douleur, la souffrance de la conscience devient particulièrement profonde, mais aussi particulièrement salvifique. Par un acte de contrition parfaite s'opère alors la conversion authentique du cœur: c'est la «metanoia» évangélique.
Les efforts du cœur humain, les efforts de la conscience, grâce auxquels s'opère cette «metanoia» ou conversion, sont le reflet du processus par lequel la réprobation est transformée en amour salvifique qui accepte de souffrir. L'auteur caché de cette force salvatrice est l'Esprit Saint: Lui qui est appelé par l'Eglise «lumière des consciences» pénètre et remplit «jusqu'à l'intime les cœurs» humains176. Par une telle conversion dans l'Esprit Saint, l'homme s'ouvre au pardon, à la rémission des péchés. Et tout cet admirable dynamisme de la conversion-rémission confirme la vérité de ce qu'écrit saint Augustin sur le mystère de l'homme en commentant les paroles du psaume: «L'abîme appelle l'abîme»177. C'est précisément à l'égard de cette «profondeur abyssale» de l'homme, de la conscience humaine, que s'accomplit la mission du Fils et de l'Esprit Saint. L'Esprit Saint «vient» en vertu du «départ» du Christ dans le mystère pascal: il vient dans tout cas concret de conversion-rémission, en vertu du sacrifice de la Croix: en lui, en effet, «le sang du Christ ... purifie notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant»178. Ainsi s'accomplissent continuellement les paroles sur l'Esprit Saint présenté comme «un autre Paraclet», paroles qui, au Cénacle, furent adressées aux Apôtres et indirectement à tous: «Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il sera en vous»179.
6. Le péché contre l'Esprit Saint
46. Compte tenu de ce que nous avons dit jusqu'à maintenant, certaines autres paroles impressionnantes et saisissantes de Jésus deviennent plus compréhensibles. On pourrait les appeler les paroles du «non-pardon». Elles nous sont rapportées par les synoptiques, à propos d'un péché particulier qui est appelé «blasphème contre l'Esprit Saint». Voici comment elles ont été rapportées dans les trois rédactions:
Matthieu: «Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre»180.
Marc: «Tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proférés; mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission: il est coupable d'une faute éternelle»181.
Luc: «Quiconque dira une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis, mais à qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, cela ne sera pas remis»182.
Pourquoi le blasphème contre l'Esprit Saint est-il impardonnable? En quel sens entendre ce blasphème? Saint Thomas d'Aquin répond qu'il s'agit d'un péché «irrémissible de par sa nature, parce qu'il exclut les éléments grâce auxquels est accordée la rémission des péchés»183.
Selon une telle exégèse, le «blasphème» ne consiste pas à proprement parler à offenser en paroles l'Esprit Saint; mais il consiste à refuser de recevoir le salut que Dieu offre à l'homme par l'Esprit Saint agissant en vertu du sacrifice de la Croix. Si l'homme refuse la «manifestation du péché», qui vient de l'Esprit Saint et qui a un caractère salvifique, il refuse en même temps la «venue» du Paraclet, cette «venue» qui s'est effectuée dans le mystère de Pâques, en union avec la puissance rédemptrice du Sang du Christ, le Sang qui «purifie la conscience des œuvres mortes».
Nous savons que le fruit d'une telle purification est la rémission des péchés. En conséquence, celui qui refuse l'Esprit et le Sang demeure dans les «œuvres mortes», dans le péché. Et le blasphème contre l'Esprit Saint consiste précisément dans le refus radical de cette rémission dont Il est le dispensateur intime et qui présuppose la conversion véritable qu'il opère dans la conscience. Si Jésus dit que le péché contre l'Esprit Saint ne peut être remis ni en ce monde ni dans l'autre, c'est parce que cette «non-rémission» est liée, comme à sa cause, à la «non-pénitence», c'est-à-dire au refus radical de se convertir. Cela signifie le refus de se tourner vers les sources de la Rédemption, qui restent cependant «toujours» ouvertes dans l'économie du salut, dans laquelle s'accomplit la mission de l'Esprit Saint. Celui-ci a le pouvoir infini de puiser à ces sources: «C'est de mon bien qu'il reçoit», a dit Jésus. Il complète ainsi dans les âmes humaines l'œuvre de la Rédemption accomplie par le Christ, en leur partageant ses fruits. Or le blasphème contre l'Esprit Saint est le péché commis par l'homme qui présume et revendique le «droit» de persévérer dans le mal - dans le péché quel qu'il soit - et refuse par là même la Rédemption. L'homme reste enfermé dans le péché, rendant donc impossible, pour sa part, sa conversion et aussi, par conséquent, la rémission des péchés, qu'il ne juge pas essentielle ni importante pour sa vie. Il y a là une situation de ruine spirituelle, car le blasphème contre l'Esprit Saint ne permet pas à l'homme de sortir de la prison où il s'est lui-même enfermé et de s'ouvrir aux sources divines de la purification des consciences et de la rémission des péchés.
47. L'action de l'Esprit de vérité, qui tend à la «mise en lumière du péché» pour le salut, se heurte, dans l'homme qui se trouve en une telle situation, à une résistance intérieure, presque une impénétrabilité de la conscience, un état d'âme que l'on dirait durci en raison d'un libre choix: c'est ce que la Sainte Ecriture appelle «l'endurcissement du cœur»184. De nos jours, à cette attitude de l'esprit et du cœur fait peut-être écho la perte du sens du péché, à laquelle l'Exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia a consacré de nombreuses pages185. Déjà, le Pape Pie XII avait affirmé que «le péché de ce siècle est la perte du sens du péché»186, et cela va de pair avec la «perte du sens de Dieu». Dans l'Exhortation mentionnée ci-dessus, nous lisons: «En réalité, Dieu est l'origine et la fin suprême de l'homme, et celui-ci porte en lui un germe divin. C'est pourquoi, c'est le mystère de Dieu qui dévoile et éclaire le mystère de l'homme. Il est donc vain d'espérer qu'un sens du péché puisse prendre consistance par rapport à l'homme et aux valeurs humaines si fait défaut le sens de l'offense commise contre Dieu, c'est-à-dire le véritable sens du péché»187.
C'est pourquoi l'Eglise ne cesse de demander à Dieu que la rectitude ne fasse jamais défaut dans les consciences humaines, et que ne s'atténue pas leur saine sensibilité face au bien et au mal. Cette rectitude et cette sensibilité sont intimement liées à l'action de l'Esprit de vérité. Cet éclairage rend particulièrement éloquentes les exhortations de l'Apôtre: «N'éteignez pas l'Esprit»; «ne contristez pas l'Esprit Saint»188. Mais surtout, l'Eglise ne cesse de prier intensément pour que n'augmente pas dans le monde le péché appelé par l'Evangile «blasphème contre l'Esprit Saint», et, plus encore, pour qu'il régresse dans les âmes - et par contrecoup dans les divers milieux et les différentes formes de la société -, cédant la place à l'ouverture des consciences indispensable à l'action salvifique de l'Esprit Saint. L'Eglise demande que le dangereux péché contre l'Esprit laisse la place à une sainte disponibilité à accepter sa mission de Paraclet, lorsqu'il vient «manifester la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement».
48. Dans son discours d'adieu, Jésus a lié ces trois domaines de «la manifestation», qui sont les composantes de la mission du Paraclet: le péché, la justice et le jugement. Ils indiquent la place de ce mysterium pietatis qui, dans l'histoire de l'homme, s'oppose au péché, au mysterium iniquitatis189. D'un côté, comme le dit saint Augustin, il y a l'«amour de soi jusqu'au mépris de Dieu», et de l'autre, il y a l'«amour de Dieu jusqu'au mépris de soi»190. L'Eglise fait continuellement monter sa prière et accomplit sa tâche pour que l'histoire des consciences et l'histoire des sociétés, dans la grande famille humaine, ne s'abaissent pas vers le pôle du péché par le refus des commandements de Dieu «jusqu'au mépris de Dieu», mais bien plutôt s'élèvent vers l'amour dans lequel se révèle l'Esprit qui donne la vie.
Ceux qui acceptent la «mise en évidence du péché» par l'Esprit Saint l'acceptent également pour «la justice et le jugement». L'Esprit de vérité, qui aide les hommes, les consciences humaines, à connaître la vérité du péché, fait en sorte, par là même, qu'ils connaissent la vérité de la justice qui est entrée dans l'histoire de l'homme avec la venue de Jésus Christ. Ainsi, ceux qui, convaincus qu'ils sont pécheurs, se convertissent sous l'action du Paraclet, sont en un sens conduits hors du cercle du «jugement», de ce «jugement» par lequel «le Prince de ce monde est déjà jugé»191. La conversion, dans la profondeur de son mystère divin et humain, signifie la rupture de tout lien par lequel le péché unit l'homme à l'ensemble du mysterium iniquitatis. Donc, ceux qui se convertissent sont conduits par l'Esprit Saint hors du cercle du «jugement» et introduits dans la justice qui se trouve dans le Christ Jésus, et qui s'y trouve parce qu'il la reçoit du Père192, comme un reflet de la sainteté trinitaire. Telle est la justice de l'Evangile et de la Rédemption, la justice du Discours sur la montagne et de la Croix, qui opère la purification de la conscience par le sang de l'Agneau. C'est la justice que le Père rend au Fils et à tous ceux qui lui sont unis dans la vérité et dans l'amour.
Dans cette justice, l'Esprit Saint, Esprit du Père et du Fils, qui «manifeste le péché du monde», se révèle et se rend présent dans l'homme comme Esprit de vie éternelle. "
Bon après-midi et à bientôt.
Scrutator.

( 701539 )
Brève réponse à vos points 2 et 7, les béatitudes et l'incrédulité... par le torrentiel (2013-01-20 18:30:36)
[en réponse à 701513]
Cher scrutator et merci pour la profondeur de votre message, en particulier de vos remarques surle non sens de l'épreuve qui doit faire sens (comment en trouver le chemin spirituel, comment réfléchir sur le malheur ? Questions difficiles, mais qu'on ne saurait évacuer d'un:
"Le scandale du mal est inexplicable", car cette réponse est de la paresse intellectuelle et métaphysique, telle qu'il en existe dans un certain athéisme, pour reprendre vos propos de tout à l'heure),
2. La différence entre cet amour-là, cette Lumière-làet cette Paternité-là par rapport à l'amour ou l'amitié purement sensuels, les lumières philosophiques, libertines ou mondaines, et la paternité humaine, si faillible, me paraît se ramener à la différence entre le bonheur ressenti et les béatitudes, qui assument l'absence de sentiment du bonheur en étant placées dans un accompli qui relève du futur, et en faisant culminer cette différence dans les paroles de Marie à Sainte bernadeth de Lourdes -sainte dont les réparties personnelles et inspirées sont à l'égal de celles de Jeanne d'arc ("Esprit-saint, quand vous parlez")-:
"Je ne vous promets pas le bonheur en ce monde, mais dans l'autre".
7. Je suis séduit par votre distinction entre l'incrédulité et l'incroyance, mais je vous ferai tout de même observer:
1. que c'est Jean-Paul II qui parle d'un "péché d'incrédulité", qu'il rapproche et identifie quasiment au péché contre le Saint-esprit;
2. qu'à mon sens, l'incroyance demeure une relation, contrairement à l'incrédulité, qui ne veut pas se rendre à ce que l'abbé de tanoüarn appelle "l'évidence de dieu";
3. cette évidence est double:
a) elle est réceptivité à "Dieu, sensible au coeur";
b) mais elle est également observation des clins d'yeux de la Providence, du merveilleux dans notre vie, des merveilles de dieu qui confirment la foi, dispersées partout comme des semences de révélation, interprétables, y compris par la science, pour que l'homme puisse retrouver le chemin de la foi.
La Foi demande donc une aptitude émotionnelle et un sens de l'observation capables de s'émerveiller.
J'étais réticent à la lecture de votre tryptique: "réflexion-émotion-relation. Je suis un peu fâché avec ce dernier terme, car il noie souvent le poisson quand on ne trouve plus rien à dire. Mais si on place, paradoxalement, la relation dans le champ de la science, compte tenu que la science est une relation de l'observateur à ce qu'il voit, et qu'il peut observer avec émerveillement pour en donner une interprétation croyante, je pense que ce terme de relation acquiert une signification beaucoup plus solide, dans le même sens où l'esprit-saint consolide l'amour que se vouent le Père et le fils en hypostases divines, où, pour ainsi dire, Il personnifie le Père et le fils tout en donnant à la création d'être animée, en complément de la Pensée du Père et de la Parole du fils, qui l'ont mise en désir et Lumière.
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion d'approfondir ces quelques points luminescents
Le torrentiel

( 701639 )
Très rapidement : c'est moi qui vous remercie. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-21 00:09:14)
[en réponse à 701539]
Bonsoir et merci, le torrentiel.
Très rapidement, c'est promis, je précise que je déplore surtout, avant tout en moi-même, mais aussi chez la majorité de nos contemporains, une plus ou moins grande incuriosité, vis-à-vis de Dieu, Père, Fils, Esprit.
Nous sommes, ou ils sont, curieux de savoir, désireux de connaître, le nom du futur vainqueur de telle ou telle compétition sportive, de telle ou telle consultation électorale, de telle ou telle cérémonie de remise de prix, en matière de cinéma, de littérature, ou de musique.
Nous sommes, ou ils sont, curieux de savoir, désireux de connaître, le temps qu'il fera demain, non seulement dans le ciel, mais aussi sur les marchés.
C'est aussi à cette incuriosité là que je pense, quand je parle de l'orgueil ou de la paresse, du mépris ou de l'oubli, de l'indulgence envers soi-même ou de la négligence envers Dieu.
A ce propos, je recommande à nouveau ceci, qui constitue, me semble-t-il, un excellent point d'appui, pour avoir ou pour donner le désir et un moyen d'aller plus loin :
"Le catéchisme expliqué", de Mgr Raymond CENTENE, aux éditions Artège.
Il s'agit d'un catéchisme par questions-réponses, vraiment bien écrit.
Je vous souhaite une bonne nuit.
Scrutator.

( 701586 )
Vers un Synode sur la liberté religieuse ? par Paterculus (2013-01-20 21:26:49)
[en réponse à 701422]
J'aimerais que le Pape convoque un synode des évêques sur la liberté religieuse.
Car le texte de Vatican II est mal ficelé, si je peux me permettre de m'exprimer ainsi.
Premièrement, il se subdivise en deux parties :
I - la liberté religieuse en général
II - la liberté religieuse selon la révélation
(pardon si je ne cite pas exactement, je n'ai pas le temps ce soir d'aller relire Dignitatis Humanae)
Or il saute aux yeux qu'il aurait été plus judicieux de parler de la liberté religieuse selon la raison naturelle, puis le la liberté religieuse selon la révélation.
En conséquence, comme le fait remarquer Scrutator dans ce fil, la liberté religieuse fondée sur la dignité humaine ne dit rien à un athée militant de l'époque, ou à un écolo qui préfère les baleines aux hommes, etc.
Et de là on découvre l'autre faiblesse du document, pour ne pas dire plus : c'est le fait qu'il soit entièrement basé sur la dignité humaine, comme si elle était un absolu.
Or elle ne l'est ni pour une grande partie de nos interlocuteurs, ni pour nous mêmes !
La dignité humaine vient de l'ouverture de l'homme à Dieu, de sa capacité à l'égard de Dieu, comme on disait (homo capax Dei). Cette ouverture à Dieu est constitutive de la nature humaine, donc effectivement la dignité de l'homme a quand même un caractère absolu.
Cependant les droits ouverts par cette capacité sont liés à l'usage que chacun fait de cette capacité.
Je n'aime pas la phrase "Seule la vérité a des droits, l'erreur n'en a aucun", parce que seules les personnes ou les communautés sont sujets de droits. Mais justement les personnes ou les communautés ouvertes à Dieu n'ont pas les mêmes droits que celles qui n'usent pas de leur ouverture à Dieu.
Votre dévoué Paterculus
qui vous remercie d'avance de toutes les remarques que vous voudrez bien faire à ces propos.

( 701631 )
Très rapidement : deux dimensions du problème. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 23:24:12)
[en réponse à 701586]
Bonsoir Paterculus.
1. Les deux composantes de la liberté religieuse, à mon sens, "devraient pouvoir être" :
- d'une part, une composante "juridico-politique" : la liberté religieuse, c'est notamment l'exemption de contrainte étatique en matière religieuse ; en ce sens, c'est un ensemble de libertés publiques, les libertés d'association, d'information, d'expression, de réunion, encadrées par les pouvoirs publics, et activées par les différentes communautés confessionnelles, en matière religieuse ;
- d'autre part, une composante "pneumatico-religieuse" : la liberté religieuse, non plus en ce qu'elle est permise par l'Etat, mais en ce qu'elle est permise à l'homme, n'a de sens, dans une optique catholique, que si l'homme ne perd pas de vue le fait qu'il a vocation à faire bon usage de sa liberté religieuse, et non aucun usage, ni mauvais usage, de sa liberté religieuse, car celle-ci est ordonnée à la vérité révélée en matière religieuse.
2. La liberté religieuse devrait donc pouvoir être présentée aux Etats et aux hommes comme un droit et une valeur tout à fait exigeants, extrêmement responsabilisants, pour les institutions comme pour les individus, un droit et une valeur qui n'exonèrent en rien l'individu de son obligation de chercher la vérité objective, en matière religieuse, et d'y adhérer, une fois qu'il l'a trouvée.
3. Or, dans les faits, ce n'est pas du tout comme cela que c'est pensé et vécu par les uns et par les autres, et le mode de rédaction de la première partie de DH a sûrement une part de responsabilité :
- les Etats, sauf, notamment, les Etats musulmans, ont tendance à considérer que l'espace public doit pouvoir être librement ouvert à tous les vents, en matière religieuse, y compris à des groupuscules à tendance sectaire qui se font passer pour des religions ;
et surtout
- les individus ont tendance à croire que l'on est également libre, en matière religieuse, quelle que soit l'inspiration religieuse vers laquelle on s'oriente, ce qui est vrai, d'un point de vue "juridique", mais certainement pas vrai, d'un point de vue "pneumatique".
4. Au Concile, dans DH, et bien sûr par la suite, on aurait donc dû pouvoir parler davantage de liberté responsable, en matière religieuse, car il y a plusieurs manières tout à fait irresponsables, de considérer la liberté religieuse, dans son principe, ou de la réaliser, dans la pratique.
5. Je pense que si, au Concile, l'Eglise avait dit clairement qu'elle passait de la doctrine de la tolérance à la doctrine de la liberté responsable, en matière religieuse, la notion même de liberté religieuse aurait été perçue comme moins attractive, comme moins "affranchissante", comme moins "libératrice", par les individus, mais au moins il n'y aurait pas eu tous les malentendus qu'il y a eu, et qu'il y a toujours, en la matière, depuis bientôt cinquante ans.
6. Et le malentendu fondamental est celui-ci : pour beaucoup, depuis DH, l'Eglise reconnaît le droit à la liberté religieuse, donc, dorénavant, chacun croit en ce qu'il veut, chacun fait ce qu'il lui plaît, en matière religieuse, avec l'autorisation, sinon avec la bénédiction, de l'Eglise elle-même.
7. Ce malentendu fondamental, le texte même de DH en est grandement responsable : dans l'ensemble, l'anthropologie philosophique qui s'exprime dans la première partie de DH est d'inspiration kantienne.
8. Par ailleurs, combien de clercs se comportent exactement comme si DH autorisait chacun à croire ce qu'il veut, non seulement dans l'ordre juridico-politique, mais aussi dans l'ordre pneumatico-religieux ?
9. Comme il est exclu de réécrire DH, je ne vois qu'une solution : qu'un document officiel en précise le sens, non seulement sous l'angle adressé et destiné aux institutions étatiques, mais aussi et surtout sous l'angle adressé et destiné aux individus chrétiens ou non, croyants ou non, afin que les uns et les autres comprennent que ce qui leur est à la fois accordé et demandé par l'Eglise, c'est un usage responsable, en matière religieuse, du droit dont ils disposent, qui leur est reconnu, en matière religieuse.
10. Et un usage responsable de la liberté religieuse suppose un éclairage préalable de la conscience et de la personne, notamment sur la différence entre liberté en matière religieuse et licence en matière religieuse, car quand on confond liberté et licence, au point de se dire : "je suis libre en matière religieuse, donc je suis libre d'adhérer à n'importe quelle religion ou tradition", on n'est pas plus libre, mais en revanche, on est moins responsable, sous l'angle pneumatico-religieux, en matière religieuse.
Ce qui précède est écrit dans la continuité de l'action, je ne préjuge pas de la cohérence ni de la pertinence de mon propos, mais j'ai essayé de préciser ou de rappeler, en définitive, que ce que j'appelle la liberté responsable en matière religieuse n'est vraiment libératrice, dans ses deux dimensions, que si elle est présentée en permanence, par l'Eglise elle-même, à l'attention des Etats et des hommes, comme explicitement responsabilisante, et non comme implicitement déresponsabilisante, vis-à-vis de la liberté subjective humaine ET vis-à-vis de la vérité objective divine.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.