Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 701211 )la fin de l'Eglise démocrate chrétienne par Aigle (2013-01-18 08:38:50) 

A la suite du succès de dimanche dernier, je voudrais vous faire partager ma modeste reflexion - peut-être un peu sommaire mais que je voudrais approfondir avec vous.

Voilà : je crois que depuis longtemps (la guerre de 14 ?) l'Eglise de France - ou du moins une fraction substantielle du clergé (rejointe après 1945 par la quasi-totalité de l'episcopat) est devenue démocrate-chrétienne. J'entends par là qu'ele a accepté de placer son action dans le cadre légal et républicain reposant sur élections au suffrage universel et sur la souveraineté de la majorité.

Dès lors le clergé et l'épiscopat ont constaté que l'Eglise (avec 25% de Français pratiquants réguliers vers 1960 - et 5% aujourd'hui) était électoralement minoritaire face à une majorité de non pratiquants. Dès lors elle devait sinon se taire du moins agir dans la discrétion - comme lors des réformes morales des années 1960/1970.

L'affaire du pseudo-"mariage pour tous" devrait faire l'effet d'un réveil : elle montre qu'une minorité de 1% de la population peut imposer ses désirs à un parti politique qui représente en gros un quart/un tiers des Français, lequel à son tour l'impose à tous !

Le clergé comprends alors que les mécanismes démocratiques sont plus subtils qu'il ne le croyait - et peuvent même se retourner contre la majorité. La loi du nombre n'est plus l'unique règle de la démocratie en 2013 !

Qu'en conclure :
- qu'être minoritaire ne dispense de défendre nos idées et d'affirmer la Vérité (ce que le pape Benoit XVI nous engage à faire depuis longtemps)
- que des "mouvements d'opinion" - pour ne pas dire des lobbies ultra minoritaires ont souvent plus de poids sur le pouvoir politique que les électeurs consultés une fois tous les 5 ans !
- que notre mouvement d'opinion devrait s'organiser pour lui aussi influer en faveur de la vérité - et contrer les forces hostiles par les mêmes moyens.

Qu'en pensez vous ?
images/icones/1n.gif  ( 701216 )la fin du Catholicisme ? par Diafoirus (2013-01-18 09:47:25) 
[en réponse à 701211]

Votre réflexion m'a évoqué un article du Dr Jean Pierre DICKES paru en 2010 dont je n'avais pas saisi toute la portée.Aujourd'hui il peut nous aider à comprendre la situation.
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En novembre 1975 est voté par le Parlement britannique le Sex Discrimination Act ayant pour but de protéger les homosexuels des discriminations et des harcèlements. Le 5 décembre 2005, le mariage homosexuel est légalisé.

Angleterre : la fin du Catholicisme ?par le Dr Jean-Pierre Dickès

L'affaire commence en 2007 quand le gouvernement fait voter une nouvelle loi appelée Discrimination Law Review, qui se veut un retoquage de la loi de 1975. Il s'agit de réprimer toute "discrimination fondée sur le changement de sexe". Indirect discrimination on grounds of gender reassignment. Notons l'usage du mot de gender. Ce texte concerne essentiellement les transsexuels. C'est-à-dire les personnes qui ont changé de sexe à la suite de bricolages chirurgicaux ou hormonaux par des médecins peu, scrupuleux des conséquences de leurs actes. L'idée est que les transsexuels se voient désavantagés par leur état-civil, voire l'objet de discriminations ou de quolibets. Cette loi est en réalité la toute petite mèche qui va mettre le feu aux poudres. Car le nombre de transsexuels est, en pratique, quasiment insignifiant dans ce pays.
Dès le mois de septembre 2007, la hiérarchie catholique s'inquiète pour des raisons de nature très pratiques. Car cette situation crée toute une série de problèmes.
• Que peut faire un prêtre auquel un transsexuel demande un jour un certificat de baptême pour une personne qui se présente avec un prénom différent de celui qui est mentionné sur les registres. Et que ce changement de prénom révèle un changement de sexe ?
• Du jour au lendemain un prêtre peut être obligé de préparer au mariage, de marier un transsexuel ou un homosexuel. S'il refuse, il risque de se retrouver devant les tribunaux.
• Un ordre religieux est obligé d'accueillir en son sein un transsexuel. Et n'a d'ailleurs même pas le droit de demander des renseignements d'une telle nature au nom de la discrimination. Ce qui permet des provocations et des infiltrations d'ennemis du christianisme (comme on l'a connu du temps du communisme).
• De facto les prêtres sont obligés déjà de changer les registres de mariage et de baptême en mettant un prénom afférent au nouveau sexe choisi. Actuellement déjà de banales associations culturelles ou sportives ont été condamnées pour des refus à de telles demandes.
• Que faire face à des demandes de mariage de transsexuels ? Compte tenu du fait que la destination première du mariage est la procréation qui est rendue impossible non pas par la nature mais par les hommes.
Un mariage ne pouvant d'ailleurs se conclure qu'entre un homme et une femme.

Le début d'une persécution

L'opposition à cette loi est totale tant chez les catholiques que les juifs ou les musulmans. Le gouvernement n'en n'a cure et ne propose pas de solution. Et la répression commence à partir de cette date. Un pasteur est emprisonné parce qu'il dénonce en chaire l'iniquité des lois rompant avec la morale chrétienne.
Entre 2005 et 2007, des discussions s'engagent entre le gouvernement et les maisons d'adoption catholiques qui refusent de faire adopter des enfants par des couples homosexuels. C'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
Toujours en septembre 2007, le gouvernement de Tony Blair donne jusqu'à la fin de l'année à ces œuvres pour se mettre en accord avec la législation et leur coupe toute subvention. Alors qu'elles assurent l'immense majorité des adoptions, les deux tiers d'entre elles sont obligés de fermer, le troisième tiers décide de renoncer à la référence au catholicisme. Et les conseillers psychologiques et pédiatres qui refusent de conseiller de telles adoptions sont du jour au lendemain congédiés, y compris les plus capables. Les homosexuels demandent à la justice de sévir contre les prêtres refusant de leur donner la communion.
La persécution est là. Elle commence à s'étendre. Mais le pire reste à venir.

La fin de l'Eglise catholique en Angleterre

15 décembre 2009. Est arrivée en 2007 une femme anticléricale du nom de Harriet Hartsman. Elle est précisément "garde du sceau privé, ministre de la femme, des droits humains et de l'égalité." Elle veut ni plus ni moins arriver à détruire le célibat des prêtres. Il faut que l'Eglise catholique ne puisse rien faire pour s'opposer au mariage des prêtres avec des femmes ou des hommes de même sexe. Le biais qui est donné est qu'actuellement rien ne peut empêcher un prêtre de changer de sexe grâce aux interventions chirurgicales. Ce qui de facto permet à des prêtres devenus transsexuels (car ayant changé de sexe) de continuer leur ministère.


Elle prépare donc un projet de loi dont l'Episcopat dénonce les conséquences.
- L'Eglise n'a aucune raison de ne pas ordonner des femmes parce que cela tient de la discrimination liée au gender.
• L'Eglise n'a pas à intervenir dans le style de vie de ses prêtres. Ceux-ci sont considérés comme de simples employés et à ce titre bénéficient des lois afférentes à l'ensemble des citoyens. Notamment ils ont le droit de se marier ou de concubines.
• De même elle n'a pas à interférer ni à porter de jugement sur le com- portement de ses employés quel que soit leur état (divorcés, homosexuels, transsexuels, polygames, etc.)
• Les prêtres qui veulent changer de sexe exercent cette possibilité de plein droit. Autrement dit tout prêtre peut changer de sexe.
• Les homosexuels peuvent tout à fait accéder à la prêtrise au nom de la non-discrimination.
• La clôture des Ordres religieux n'a plus lieu d'être. Empêcher les femmes d'entrer dans les couvents d'hommes par exemple est une discrimination et inversement.

Dans un premier temps, le gouvernement affirme que l'Episcopat s'inquiète pour rien. En précisant que la loi ne s'appliquerait pas aux prêtres à condition que la liturgie et les prédications occupent plus de 51 % du temps de ceux-ci. Ce à quoi l'Episcopat répond que les prêtres ont de multiples tâches pastorales, leurs propres prières comme le bréviaire, parfois des besognes, comme maintenir leur presbytère en état. Et arguent que ce projet de loi n'est ni plus ni moins que la suppression du culte divin, des fêtes religieuses comme Noël. Et les écoles et les maisons catholiques obligées de retirer les crucifix et les images pieuses de tous les bâtiments donnant accès au public (maisons de retraite, orphelinats, couvents, etc.) Ces témoignages de foi constituant une forme de harcèlement moral notamment sur les employés travaillant dans ces établissements.
Un amendement visant à protéger les droits des organisations religieuses est alors repoussé au Parlement par 314 voix contre 170.

Nous voici 15 jours plus tard. Cette fois-ci c'est un membre du Parlement qui parle. Son nom est Michael Foster. Il est lui, secrétaire d'état dans ce même ministère de l'égalité qui par parenthèse ne compte pas moins d'une centaine d'employés. Il déclare sans ambages que le projet de loi va amener une quantité de procès diligentés par les athées contre l'Eglise afin de la détruire. Avec, à terme, des séries d'amendes qui aboutiront tôt ou tard à la séquestration des biens de l'Eglise et à des emprisonnements.
Il appartiendra finalement aux tribunaux de trancher au cas par cas. Il ajoute aussi que les chrétiens seraient bien inspirés de dépenser autant d'énergie pour défendre leur religion que leurs ennemis en mettent pour la détruire. Le terme utilisé par le ministre est de "squeeze" qui signifie "écraser", "écrabouiller". Les journaux catholiques parlent de véritable persécution.

Un retournement inattendu

Les évêques évoquent alors la quasi-certitude pour l'Eglise d'Angleterre de devoir faire face à un "torrent" d'amendes, la disparition des biens d'Eglise, l'exil. Il n'est en effet pas question d'ordonner des femmes ou des prêtres homosexuels ou concubinaires.
Le miracle tient à la réaction inattendue de la Chambre des Lords, laquelle repoussera la "loi d'égalité" de Harriet Harman. Plusieurs "baronesses", s'élevèrent contre le projet de loi, faisant considérer que ce dernier était une atteinte intolérable à la liberté de religion dans son exercice. Apparemment, cinq amendements visèrent à réécrire la loi tout en en atténuant les effets. Mais finalement, c'est tout le projet que la Chambre des Lords finira par rejeter, mais avec seulement une majorité de trois voix. Le boulet n'était pas passé loin. Cuisante défaite du gouvernement.

Le 2 février 2010, le pape reçoit les évêques d'Angleterre et du Pays de Galles pour la visite dite ad limina. Il déclare alors : "Votre pays est bien connu pour son engagement résolu en faveur de l'égalité des chances pour tous... Cependant certaines lois destinées à réaliser cet objectif imposent des restrictions injustes à la liberté des communautés religieuses d'agir en accord avec leurs consciences ... A certains égards, cela enfreint la loi naturelle sur laquelle l'égalité de tous les êtres humains est basée et par laquelle elle est garantie". Habileté du Saint Père qui au nom de la liberté et de l'égalité prend le contre-pied d'une loi se prétendant pour l'égalité et la liberté.


La fin du projet de loi

Quoi qu'il en soit, Margaret Harman décidait de renoncer à son projet de loi. En ajoutant que cette décision n'avait rien à voir avec le "speech" du pape ci-dessus. En réalité on n'en sait rien. En revanche, on est certain que le pape a félicité les évêques de s'être battus. Ce qui prouve bien que le catholicisme devenu très minoritaire, a toujours un poids sur les décisions de l'Etat. Encore faut-il que les évêques aient envie de se battre.[...]

Ce qui s'est passé en Grande-Bretagne n'a pas eu l'écho qu'il aurait dû avoir dans notre pays. Il montre où mène l'idéologie "séculariste" ; ce dernier mot étant utilisé par le pape pour dénoncer en réalité ce qui n’est, que de l'anti cléricalisme. Tous les moyens sont bons pour détruire l'Eglise Catholique. Et la presse catholique et protestante dénonce une nouvelle tyrannie apprise chez les Soviets. Nous voyons qu'en France notamment par le matraquage qui est fait pour développer l'homosexualité, le transsexualisme et peut-être demain la pédophilie, des méthodes équivalentes se mettent en place. Critiquer par exemple l'homosexualité devient un délit. Et ceci contre la liberté de parole et d'écrit affirmée par la Constitution. Cette nouvelle tyrannie crée en réalité un délit d'opinion. Le moindre écrit "suspect" (comme les lois révolutionnaires de 1792 du même nom) voit se déchaîner la meute hurlante des Mrap, Licra, Halde, LDH qui ne rate personne créant de fait une police de la pensée. Le nouveau statut du transsexualisme en France sonne comme une alerte. Les religieux seraient bien avisés de méditer cette histoire qui est un avertissement. Telle est l'épée de Damoclès, qui leur pend au-dessus de la tête. A méditer avant qu'il ne soit trop tard. Et comme en Angleterre, se mobiliser. Le nouveau statut du trans¬sexualisme en France pourrait bien faire sonner le glas du sacerdoce catholique ainsi que des grâces qu'il apporte par les sacrements(...)

Et les athées militants comme Onfray ou Brown (Da Vinci Code, Anges et démons) se trouvent en tête de toutes les ventes de livres.
L'idéologie du gender est en train de s'en prendre au cœur de l'Eglise qui est représenté par les prêtres eux-mêmes.
Car c'est par le sacerdoce que cheminent à la fois les sacrements et la grâce. Et les tentatives des évêques pour défendre le catholicisme arrivent bien tard, bien trop tard.
Du haut en bas du catholicisme, chacun courbe la tête ou reste dans sa tour d'ivoire. Prétexte : "On n’y peut rien !"
Le pape et les évêques anglais nous montrent que le silence et l'inaction sont de monstrueuses fautes par omission.

Et si en France tant les évêques que les prêtres, et les catholiques ne se réveillent pas, en une génération l'idéologie du gender aura détruit toute la partie visible de l'Eglise qui ne "subsistera" - bizarrement ce mot est utilisé par le concile à propos de l'Eglise - qu'au cœur de quelques familles. 

Dr Jean-Pierre Dickès. Cahiers St Raphael n°98 mars 2010

http://www.acimps.org/content/view/177/5/
Cahiers Saint Raphael
images/icones/1h.gif  ( 701221 )Une chose est sûre Aigle par Jean-Paul PARFU (2013-01-18 10:59:50) 
[en réponse à 701211]

C'est qu'on ne peut légiférer contre la loi morale naturelle ! Légiférer contre la loi morale naturelle, c'est commettre un abus de pouvoir, un abus d'autorité.

Une autre chose est sûre, c'est que l'avenir n'est pas forcément radieux et que progrès matériel ou scientifique ne signifie pas automatiquement progrès moral !

Je pense que ça l'épiscopat français, ou du moins une partie de cet épiscopat, l'a compris.

Quant à la démocratie chrétienne, j'ai déjà expliqué qu'il y avait, en France, un malentendu sur le mot, puisque pour Madiran par exemple et une grande partie de la famille de pensée qu'il représente, démocratie-chrétienne = Sillon = Modernisme, alors qu'en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Bénélux ou en Italie, démocratie-chrétienne = partis conservateurs !
images/icones/fleche2.gif  ( 701222 )La fin du mythe de la convergence programmatique. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-18 11:03:53) 
[en réponse à 701211]

Bonjour Aigle,

1. C'est peut-être la fin, sous nos yeux, du mythe de la convergence programmatique entre christianisme catholique et démocratie libérale.

2. Ce mythe a une réalité et est une réalité ; je veux dire par là que ce n'est pas moi qui suis en train d'en imaginer l'existence, cette croyance ecclésiale officielle en la convergence entre christianisme catholique et démocratie libérale figurant quasiment en toutes lettres dans Gaudium et Spes.

" 73. La vie publique aujourd’hui

1. De profondes transformations se remarquent aussi de nos jours dans les structures et dans les institutions des peuples ; elles accompagnent leur évolution culturelle, économique et sociale. Ces changements exercent une grande influence sur la vie de la communauté politique, notamment en ce qui concerne les droits et les devoirs de chacun dans l’exercice de la liberté civique et dans la poursuite du bien commun, comme pour ce qui regarde l’organisation des relations des citoyens entre eux et avec les pouvoirs publics.

2. La conscience de la dignité humaine est devenue plus vive. D’où, en diverses régions du monde, l’effort pour instaurer un ordre politico-juridique dans lequel les droits de la personne au sein de la vie publique soient mieux protégés : par exemple, les droits de libre réunion et d’association, le droit d’exprimer ses opinions personnelles et de professer sa religion en privé et en public. La garantie des droits de la personne est en effet une condition indispensable pour que les citoyens, individuellement ou en groupe, puissent participer activement à la vie et à la gestion des affaires publiques.

3. En étroite liaison avec le progrès culturel, économique et social, le désir s’affirme chez un grand nombre d’hommes de prendre davantage part à l’organisation de la communauté politique. Dans la conscience de beaucoup s’intensifie le souci de préserver les droits des minorités à l’intérieur d’une nation, sans négliger pour autant leurs obligations à l’égard de la communauté politique. De plus, le respect de ceux qui professent une opinion ou une religion différentes grandit de jour en jour. En même temps, une plus large collaboration s’établit, capable d’assurer à tous les citoyens, et non seulement à quelques privilégiés, la jouissance effective des droits attachés à la personne.

4. On rejette au contraire toutes les formes politiques, telles qu’elles existent en certaines régions, qui font obstacle à la liberté civile ou religieuse, multiplient les victimes des passions et des crimes politiques et détournent au profit de quelque faction ou des gouvernants eux-mêmes l’action de l’autorité au lieu de la faire servir au bien commun.

5. Pour instaurer une vie politique vraiment humaine, rien n’est plus important que de développer le sens intérieur de la justice, de la bonté, le dévouement au bien commun, et de renforcer les convictions fondamentales sur la nature véritable de la communauté politique, comme sur la fin, le bon exercice et les limites de l’autorité publique.

74. Nature et fin de la communauté politique

1. Individus, familles, groupements divers, tous ceux qui constituent la communauté civile, ont conscience de leur impuissance à réaliser seuls une vie pleinement humaine et perçoivent la nécessité d’une communauté plus vaste à l’intérieur de laquelle tous conjuguent quotidiennement leurs forces en vue d’une réalisation toujours plus parfaite du bien commun [154]. C’est pourquoi ils forment une communauté politique selon des types institutionnels variés. Celle-ci existe donc pour le bien commun ; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification et c’est de lui qu’elle tire l’origine de son droit propre. Quant au bien commun, il comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement [155].

2. Mais les hommes qui se retrouvent dans la communauté politique sont nombreux, différents, et ils peuvent à bon droit incliner vers des opinions diverses. Aussi, pour empêcher que, chacun opinant dans son sens, la communauté politique ne se disloque, une autorité s’impose qui soit capable d’orienter vers le bien commun les énergies de tous, non d’une manière mécanique ou despotique, mais en agissant avant tout comme une force morale qui prend appui sur la liberté et le sens de la responsabilité.

3. De toute évidence, la communauté politique et l’autorité publique trouvent donc leur fondement dans la nature humaine et relèvent par là d’un ordre fixé par Dieu, encore que la détermination des régimes politiques, comme la désignation des dirigeants, soient laissées à la libre volonté des citoyens [156].

4. Il s’ensuit également que l’exercice de l’autorité politique, soit à l’intérieur de la communauté comme telle, soit dans les organismes qui représentent l’État, doit toujours se déployer dans les limites de l’ordre moral, en vue du bien commun (mais conçu d’une manière dynamique), conformément à un ordre juridique légitimement établi ou à établir. Alors les citoyens sont en conscience tenus à l’obéissance [157]. D’où, assurément, la responsabilité, la dignité et l’importance du rôle de ceux qui gouvernent.

5. Si l’autorité publique, débordant sa compétence, opprime les citoyens, que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement requis par le bien commun ; mais qu’il leur soit cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique.

6. Quant aux modalités concrètes par lesquelles une communauté politique se donne sa structure et organise le bon équilibre des pouvoirs publics, elles peuvent être diverses, selon le génie propre de chaque peuple et la marche de l’histoire. Mais elles doivent toujours servir à la formation d’un homme cultivé, pacifique, bienveillant à l’égard de tous, pour l’avantage de toute la famille humaine. "

3. Notamment dans les chapitres 2 et 4 de la deuxième partie de GS, on a déradicalisé et désubstantialisé le vocabulaire et les argumentaires, qui auraient dû être beaucoup plus d'inspiration intrinsèquement chrétienne, et on s'est approprié, puis on a utilisé, un vocabulaire et des argumentaires "venus d'ailleurs", en espérant que cela contribuerait ainsi à la constitution d'un amalgame.

4. Ce que l'on a emprunté à la démocratie libérale, à la conception libérale de l'esprit public et des pouvoirs publics, on l'a emprunté, non à taux fixe, mais à taux variable, je dirais même à taux ascendant, et aujourd'hui, le remboursement est devenu impossible.

5. Voici une autre manière de dire la même chose : on a entendu recourir à un certain nombre de notions : la conscience, la construction, la dignité, la liberté, la communauté, la personne, peut-être aussi la destinée et le devenir, d'une manière, c'est le moins que l'on puisse dire, non seulement non controversiste ou post-controversiste, mais aussi anti-controversiste.

6. Ce positionnement anti-controversiste a été gravé dans le marbre du Concile, dans le cadre d'une acceptation englobante ayant valeur d'approbation générale

- de la civilisation et de la dynamisation de l'esprit public, dans l'acception libérale de l'esprit public,

- de l'organisation des pouvoirs publics et de la participation aux pouvoirs publics, dans l'acception libérale des pouvoirs publics.

7. Or, sur quoi repose cette acception libérale, sinon sur une dynamique d'accélération, d'actualisation, d'amplification permanentes, de la soumission de l'esprit public et des pouvoirs publics à l'évolutionnisme et à l'opportunitarisme, à l'individualisme et à l'utilitarisme ?

8. C'est exactement comme si on avait entendu trouver un point d'équilibre évolutif entre la loi naturelle, celle dont le respect édifie les coeurs et les moeurs, et une loi historique, celle dont les respect émancipe les individus et les communautés...y compris vis-à-vis de ce qui les édifie.

9. A un moment donné, il y a un conflit frontal entre les valeurs modernes et les vertus chrétiennes, parce que, à un moment donné, il est agréable et profitable aux concepteurs, aux prescripteurs, aux promoteurs et aux diffuseurs de l'actualisation et de la valorisation contemporaines des valeurs modernes (y compris par intérêt financier), de proclamer clairement et fermement que les vertus chrétiennes constituent un obstacle potentiel à la mise en forme puis en oeuvre de cette actualisation et de cette valorisation, car cette actualisation et cette valorisation sont l'incarnation d'un "bien mieux" ou d'un "très bien", dynamiquement orienté vers l'Avenir, alors que les vertus chrétiennes sont la survivance d'un "moins bien" ou d'un "pas bien", statiquement adossé au passé.

10. Et surtout, que l'on n'aille pas raconter qu'il était impossible, dans les années 1960, de pressentir ce qu'allait devenir la soumission de l'esprit public et des pouvoirs publics à l'acception libérale dont je viens de parler, alors que cette soumission à cette acception libérale est apparue, dès le début des années 1950, dans le monde occidental, dans le cadre de ce que j'ai déjà appelé "le cinquantisme".

Faute de temps, je ne développe pas davantage, mais je suis évidemment demandeur et preneur de toute remarque et suggestion, à propos du présent message.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 701481 )Démocratie libérale et falsification généralisée. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-20 07:55:28) 
[en réponse à 701211]

Rebonjour et bon dimanche à Aigle,

1. A ce que j'ai déjà écrit, j'ajoute la remarque suivante : apparemment, en tout cas, nous en avons l'expérience concrète depuis un certain nombre de décennies, il n'y a pas de contradictions

- entre l'organisation et le fonctionnement d'un régime juridico-politique officiellement placé sous le signe de la démocratie libérale,

- et l'organisation et le fonctionnement d'un système culturel et spirituel effectivement placé sous celui de la falsification généralisée.

2. Considérez les discours tenus qui ont été ou sont mis en avant, pour légitimer avant-hier, la contraception, hier, l'avortement, aujourd'hui, le pseudo mariage pour presque tous, demain, l'euthanasie : à chaque fois, il y a brouillage des repères cognitifs et normatifs concernant l'être humain et l'agir humain, par recours à une entreprise médiatico-politique et juridico-politique de falsification généralisée, y compris sur des données factuelles, sur des données chiffrées, ou sur les conséquences la mise en oeuvre de telle ou telle autorisation, de telle ou telle légalisation, en termes de santé publique.

3. Il y a ainsi des éléments de langage : le droit de disposer de son corps dans la "liberté", le droit de disposer de sa vie dans la "dignité", etc...mais aussi au moins un objectif, dans tous ces messages. Dans l'ensemble, cet objectif est à peu près le suivant : il nous est prescrit d'adhérer à la position de principe selon laquelle la servitude volontaire est l'antichambre de la liberté effective.

4. En réalité, le droit à l'avortement et le droit à l'euthanasie pourraient aussi bien être explicités, mais, évidemment, pas légitimés, comme étant, respectivement, le droit de (faire) tuer dans la "liberté" et le droit de (faire) mourir dans la dignité.

5. Sur un tout autre terrain, je remarque par ailleurs que dans une démocratie libérale, il peut très bien y avoir à la fois

- une respiration démocratique apparente, un grand respect des institutions et des procédures démocratiques, au sein et autour des pouvoirs publics,

et

- une structuration programmatique effective, une certaine manière d'organiser et de faire fonctionner le débat public, pour censurer et fabriquer ou façonner l'esprit public.

6. Il faut ainsi savoir que les statistiques officielles, les plus fréquemment affichées par les responsables politiques et les plus fréquemment commentées par les responsables médiatiques, notamment en matière de chômage et d'inflation, sont fausses, notamment, dans la quasi totalité des économies occidentales.

7. En ce qui concerne le chômage comme pour ce qui a trait à l'inflation, il suffit, c'est le cocasse de la chose, de consulter d'autres statistique officielles, parfois extraites des mêmes publications, mais qui sont le moins fréquemment affichées et le moins fréquemment commentées, pour savoir et pour comprendre que les statistiques les plus fréquemment mises en avant le sont d'une manière partiale et partielle, biaisée et viciée.

8. Par ailleurs, vous pouvez écouter ou regarder chaque semaine plusieurs débats, apparemment contradictoires, ou bien entre économistes, ou bien entre responsables politiques, plusieurs débats au cours desquels les protagonistes des deux camps en présence ne prendront presque jamais appui sur autre chose que sur les statistiques officielles les plus conformes à la doxa ambiante, en matière de chômage ou d'inflation, pour approuver ou critiquer telle ou telle évolution de la situation et telle ou telle loi déjà ou bientôt mise en oeuvre.

9. Comment une démocratie libérale peut-elle être, comment dire, en apparence, le régime politique le plus proche possible de la doctrine sociale de l'Eglise, si, en réalité, et avec la complicité ou la duplicité des pouvoirs publics, le système médiatique qui y règne passe son temps à y propager des mensonges, par omission, partiale et partielle, de plusieurs composantes de la réalité qui est mesurée ?

10. J'irai plus loin, au terme de ce message :

- non seulement nous sommes en présence d'une "bonne entente" qui, à ce point là, est tout à fait inédite, d'une complaisance dans la connivence, entre une culture politique officiellement placée sous le signe de la liberté d'expression et une culture médiatique effectivement placée sous le signe du mensonge par omission, comme vous pouvez vous en rendre en compte en regardant le fim "les nouveaux chiens de garde", disponible, depuis peu, sur internet,

- mais en outre, nous sommes en présence d'une entreprise de falsification généralisée génératrice d'une forme de violence mentale et sociale tout à fait insidieuse, puisqu'il y a un plafond de verre entre ceux qui sont autorisés à mentir par omission, voire rémunérés pour mentir par omission, et ceux qui sont autorisés à les écouter et à les regarder, à subir les conséquences ou les contreparties de ces mensonges par omission, mais pas à dénoncer ces mensonges, ni à rappeler la vérité.

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.