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images/icones/neutre.gif  ( 700037 )Le pape Saint Libère, l’arianisme, et Saint Athanase - I par Meneau (2013-01-09 12:01:32) 

A toutes fins utiles, et vu que les archives du FC ne sont pas encore de nouveau disponibles, je republie in extenso. Eh oui désolé XA, comme le FC était fermé, j'ai été lire des discussions ailleurs

Peut-on laisser dire que Saint Libère fut acquis à l’arianisme ? Excommunia-t-il Saint Athanase ? Petit résumé de l’histoire apologétique de la papauté de Mgr Fèvre, (1878), complété de quelques autres analyses et témoignages.

1/ Chronologie :

325 : Condamnation de l'arianisme au concile de Nicée
334 : Le conciliabule arien de Tyr condamne St Athanase et le bannit
338 : St Athanase est rappelé sur ordre de l'empereur Constantin
342 : Le concile de Rome déclare St Athanase innocent
347 : Le concile de Sardique déclare de même.
349 : Le 1er concile de Sirmium dépose Pothin.
…… Il est composé quasi uniquement d'évêques d'occident.
351 : Le 2ème concile de Sirmium dépose également Pothin.
…… Il est composé quasi uniquement d'évêques d'orient.
…… Elaboration de la 1ère formule de Sirmium.
352 : mort de Jules Ier et avènement de Libère
354 : le concile d'Arles sous la pression de l'empereur Constance condamne St Athanase
355 : Libère obtient de Constance la tenue d'un nouveau concile à Milan en vue de réhabiliter Athanase.
…… Sous une identique pression, St Athanase est à nouveau condamné ;
…… Constance convoque Libère à Milan, lui ordonnant de condamner St Athanase
…… et de souscrire aux thèses ariennes.
…… Il refuse et est exilé à Bérée en Thrace.
356 : Le 3ème concile de Sirmium et celui d'Aucyre condamnent les anoméens.
…… Elaboration de la 2ème formule de Sirmium
358 : Constance se laisse fléchir, et Libère peut rentrer à Rome.
…… On l'accuse d'avoir signé quelque chose pour obtenir ce retour, nous verrons qu'il n'en est rien.
…… Nouvelle réunion de Sirmium, pour préparer les conciles de Rimini et de Sélencie.
…… Elaboration de la 3ème formule de Sirmium.
366 : mort de Libère et 3ème persécution arienne



2/ Les formules de Sirmium

1ère formule : voir en annexe les formules in extenso.


Un seul Dieu tout-puissant...Il n’y a pas deux dieux... Jésus-Christ est Dieu, Fils de Dieu, Dieu de Dieu... Né avant tous les siècles... Il n’y a jamais eu de temps ni de siècle où il n’était pas... Son règne n’aura pas de fin... Fils unique de Dieu, engendré par le Père... Sa divinité n’a souffert dans l’incarnation, ni diminution, ni dommage, ni changement... Par qui tout a été fait... A été fait homme pour nous...




Cette formule ne contient pas le terme "consubstantiel". C'est la seule différence par rapport à ce qui est affirmé dans le Symbole de Nicée. Mais la chose reste exprimée par des expressions équivalentes. Il est clairement réaffirmé la divinité du Fils de Dieu. La consubstantialité résulte nécessaire du fait qu'on admet que le Père et le Fils sont Dieu, et qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Saint Athanase et Saint Hilaire reconnaissaient l'orthodoxie de cette formule.

2ème formule : celle-ci est clairement hérétique. Elle affirme que Jésus-Christ est Fils de Dieu, mais ne dit pas qu'il est Dieu. Elle déclare qu'on ne doit pas prêcher deux Dieux, mais insinue que ce Dieu est également le Dieu des hommes et le Dieu de Jésus-Christ (Pour les ariens, Jésus-Christ n'est que le plus parfait des hommes). Elle condamne consubstantialité et même similitude de substance. Jésus-Christ est dit inférieur au Père.

Cette formule fut anathémisée par Basile d'Ancyre, fut désavouée par ses auteurs ariens mis en face des contradictions flagrantes et autres imprécisions, et l'empereur Constance fut contraint par décret d'en faire rapporter toutes les copies à son palais.

3ème formule : cette-ci est hérétique, mais bien déguisé sous couvert d'orthodoxie au point que Mgr Fèvre en dit qu'elle pourrait être signée par un catholique.


Jésus-Christ a été engendré du Père avant tous les siècles ; il est Fils unique de Dieu, Dieu de Dieu, semblable à son Père, et semblable en tout




Mais cette formule rejette les mots "consubstantiel" et "substance".

Elle fut refusée par St Athanase, et par St Libère qui anathémisa cette déclaration :


Les termes d' "hypostase" et de "consubstantiel" sont comme un fort inexpugnable, qui défiera toujours les efforts des ariens. C'est en vain qu'à Rimini ils ont eu l'adresse de réunir les évêques pour les contraindre par ruses ou par menaces à condamner des mots insérés prudemment dans le symbole, cet artifice n'a servi de rien. Nous recevons à notre communion les évêques trompés à Rimini, pourvu qu'ils renoncent publiquement à leurs erreurs et condamnent Arius.






3/ Le pape Saint Libère professa-t-il l'arianisme ?


Souscrit-il la 3ème formule de Sirmium ?

Non. Aucun auteur ancien d'ailleurs ne le suppose. Chronologiquement, cela n'a pas de sens : si Libère avait souscrit cette formule pour revenir d'exil, il est clair que cette approbation aurait été rapportée au concile de Rimini qui aurait eu du mal à la rejeter. De plus, il n'est pas possible que la signature de Libère figurât sur cette déclaration : quand aurait-il signé ? Avant la réunion préparatoire du concile de Rimini, la formule n'existait pas. A cette réunion préparatoire, aucun défenseur du consubstantiel n'était invité : ni Libère, ni Athanase en particulier. Et il ne signa pas non plus après car c'est à cause du rejet au concile de Rimini qu'eut lieu la 3ème persécution arienne. Et on a vu comment le refus de cette formule fut le fait de St Libère plutôt que de celui du concile.


Souscrit-il la 2ème formule de Sirmium ?

Non.
Preuve n°1 : St Hilaire écrit :


« La perfidie arienne à laquelle Libère a apposé sa signature, est celle qui avait été souscrite par 22 évêques, savoir : Narcisse, Théodote, Basile, etc ».




Or ces évêques n’ont signé que la 1ère déclaration de Sirmium. Les signataires cités étaient soit morts avant la rédaction de la 2ème, soit pas à Sirmium en 357, soit tellement évidents défenseurs de l’orthodoxie en la matière qu’ils n’auraient pu souscrire à la 2ème.

Preuve n°2 : Après l'élaboration de la 2ème formule, Libère ne fut pas autorisé à revenir à Rome tout de suite, et l'exil de Libère fut prolongé par Constance.

Preuve n°3 : Après qu'Osius eût signé, les évêques de Sirmium en annoncèrent la bonne nouvelle en Orient. L'historien Sozomène écrit :


« Eudoxe et Aétius répandirent le bruit que Libère avait aussi rejeté le consubstantiel et adopté le mot dissemblable ».




Si Libère avait signé, ce n'est pas un bruit que l'on aurait fait courir, mais les ariens se seraient revendiqués à haute voix de l'approbation du pape.

Preuve n°4 : le mauvais accueil qui fut fait à cette formule. L'empereur dut, par décret, demander la disparition des copies. La formule fut mort-née, et désavouée par ses propres auteurs. Si elle avait recueilli l'approbation du pape, cela aurait été nettement différent ! Et Constance aurait-il pu exiger du pape une signature au bas d’une formule qu’il désapprouvait lui-même ?

Preuve n°5 : une lettre de l'évêque Eudoxe pour féliciter Ursace et Valens de la chute d'Osius. Si Eudoxe fait tant de publicité pour la chute d'un évêque dans l'arianisme, comment se serait-il abstenu de faire encore plus de publicité à la chute du pape ?

Preuve n°6 : si Libère a signé quelque chose, c'est à Bérée où il était exilé, ou à Sirmium. Si c'est à Bérée, c'est à l'instigation de Fortunatien d'Aquilée si l'on en croit St Jérôme. Si c'est à Sirmium, c'est à l'instigation de Basile d'Ancyre. Or ni l'un ni l'autre n'ont été accusés d'hérésie. Fortunatien n'a jamais souscrit à qqch de contre la foi, et Basile était globalement d'accord avec St Athanase.


Souscrit-il la 1ère formule de Sirmium ?

Peut-être. Même ce point est discuté par nombre d'historiens. Mais de toute façon, comme nous l'avons vu, cette 1ère formule n'était pas hérétique et l'évêque de Rome avait en tant que Souverain Pontife le droit de juger des circonstances qui permettaient d'employer tel ou tel langage, du moment que le dogme était clairement exprimé. Ajoutons que jusqu'au Concile de Nicée, le terme "consubstantiel" n'existait pas, et que même par la suite il n'était pas systématiquement employé.



4/ Le pape Saint Libère excommunia-t-il Saint Athanase ?

Il semble que oui. Mais le fait reste douteux. Examinons un peu plus précisément la question.

On considère que St Libère excommunia St Athanase au travers du témoignage de certaines de ses lettres qui nous sont parvenues, et notamment trois d'entre elles : « Studens paci », « Pro deifico », et « Quia scio ».

La lettre « Studens paci » est manifestement un faux, forgé par les ariens. On y relate la mission de trois prêtres auprès d'Athanase, la sommation faite à celui-ci de se rendre à Rome, le refus d'Athanase d'obéir aux légats du Pape et l'excommunication qui en fut la suite :


mais ledit Athanase est exclu de la communion avec moi, c’est-à-dire de la communion avec l’Église romaine, et de l’échange des lettres ecclésiastiques




Or en 352, à l'avènement de Libère, deux délégation, l'une opposée à Athanase, l'autre favorable, furent reçues à Rome. Aussitôt Libère fit convoquer un concile pour examiner les dires des uns et des autres, et blanchit complètement Athanase. En 354, alors que le concile d'Arles a condamné Athanase avec le consentement du légat du pape, il écrivit :


Pour moi, j'ai résolu de mourir pour Dieu plutôt que d'être le dernier délateur d'Athanase




et s'empressa de convoquer un nouveau concile pour tenter de blanchir Athanase. Ce concile ayant lui aussi cédé à la pression, il écrivit immédiatement une lettre réprouvant les conclusions de ce concile, et louer la bravoure des évêques qui s'opposaient à l'hérésie. Cette lettre lui valut d'être convoqué à Milan puis exilé. En 355 , Libère répondit à Constance :


Comment, je vous prie, en user ainsi envers Athanase ? Comment pouvons-nous condamner celui que deux conciles assemblés de toute la terre ont déclaré innocent ? Celui qu'un concile de Rome a renvoyé en paix ?




La seconde lettre, « Pro deifico timore » est tout aussi douteuse. L'auteur parle de la condamnation d'Athanase par les évêques d'Orient, la ratifie, et demande, pour récompense, la cessation de son exil. Le style de l'oeuvre n'est pas du tout celui habituel à Libère, plat, syntaxiquement mal construit. De plus on voit mal Libère sollicitant directement l'intervention des orientaux.

La troisième lettre, « Quia scio », tout comme la première, est contradictoire sur plusieurs points (en plus d'être, dans la version qui nous est parvenue, inintelligible). Libère aurait obéit aux orientaux, aurait excommunié Athanase devant tout le clergé de Rome. C'est manifestement inexact comme nous l'avons vu. De plus, cette lettre porte des traces de contrainte : il aurait écrit "très librement", un peu plus loin, il aurait agi par amour de la paix plus que par amour du martyre.

De plus, même en admettant l'authenticité de ces lettres, il ne s'ensuit pas que Libère ait défendu des positions contraires à la Foi. En effet, la condamnation d'Athanase a pu également intervenir pour des problèmes autres que doctrinaux. C'est ainsi que le Dictionnaire de Théologie Catholique écrit :


La première concession [faite par le pape], l’abandon d’Athanase, ne tirerait pas de soi à conséquence. Dans le procès fait à l’évêque d’Alexandrie, les griefs d’ordre personnel et administratif étaient, à première vue, la chose essentielle. Que Libère, sur ce point, se soit déjugé, cela pourrait n’avoir, en soi, rien de bien compromettant. Le seul reproche qu’on soit en droit de faire au pape, c’est d’avoir abandonné Athanase après s’être bien rendu compte, comme il l’avait reconnu lui-même, que les ennemis de l’évêque d’Alexandrie ne cherchaient à abattre en lui que le défenseur du consubstantiel nicéen. Ainsi, l’excommunication de l’Alexandrin avait comme contrepartie la reconnaissance de toute la faction qui, depuis vingt ans, poursuivait par tous les moyens la révision du symbole de Nicée. Et cela était infiniment plus grave.




Il aurait donc éventuellement failli en excommuniant Athanase, en ce que cela laissait ouverte une porte à l'hérésie, qu'Athanase contribuait à maintenir bien fermée. Mais il n'a jamais enseigné l'erreur. De plus il aurait condamné Athanase non pas pour motifs doctrinaux mais disciplinaires.

Bossuet dut reconnaître après plusieurs années d'études que ces lettres ne pouvaient servir à sa thèse, qu'elles étaient, selon ses propres termes, misérables, et "ne prouvant pas bien ce qu'il voulait établir". Stilting qui a retrouvé de nombreuses copies de ces lettres dans différentes bibliothèques d'Europe a relevé dans chacune des additions et des lacunes considérables, ces lettres étant par ailleurs sans indication de date et de lieu, de style pitoyable, abjectes de sentiments et opposées au courage et à l'énergie dont Libère a donné la preuve notamment par son exil. Elles sont de plus pleines de faussetés matérielles, d'inexactitudes et de contradictions. Enfin, sur la quinzaine de lettres qui nous sont parvenues et qui seraient de Libérius, au moins quatre sont unanimement reconnues comme étant des faux. Pourquoi pas les autres ?

Enfin, comme nous l'avons dit, eût-il souscrit ces lettres ou autres formule hérétique, il l'aurait fait sous la contrainte, ce qui ôte toute portée doctrinale à ce type de déclaration.
images/icones/neutre.gif  ( 700038 )Le pape Saint Libère, l’arianisme, et Saint Athanase - II par Meneau (2013-01-09 12:07:35) 
[en réponse à 700037]

5/ Témoignages


Témoignages à décharge

Théodoret (386 - 458), évêque de Cyr, historien de l'Eglise , Hist. eccl. livre 2 chap XIV :


Celui-ci [l'empereur] se laissa fléchi; il ordonna de rappeler l'illustre et digne exilé, ajoutant qu'il gouvernerait l'Eglise de Rome conjointement avec Félix. Le rescrit impérial ainsi formulé fut lu devant tout le peuple assemblé dans le cirque. Une clameur ironique s'éleva de tous les rangs. Bravo ! disait-on, il y aura un Pape pour chaque couleur. Chaque faction aura son cheval favori ! - Après cette première explosion de sarcasmes, la foule se mit à crier d'une seule voix : Un Dieu ! Un Christ ! Un Evêque ! - J'ai cru devoir reproduire fidèlement ces expressions, parce qu'elles attestent la piété, la justice, la foi des Romains. Après cette manifestation digne d'un peuple chrétien, l'admirable Libérius revint dans sa ville épiscopale et Félix alla habiter dans une autre cité.




Pas de trace de défaillance de Libère.

Saint Athanase (parlant de Libère et Osius dans Apologie contre les ariens, chap XC) :


Ces deux grands hommes apprendront à nos arrière-neveux comment il faut combattre jusqu'à la mort pour la défense de la vérité ».




Rufin d'Aquilée, (vers 345 - 410) Hist eccl, livre 1, chap XXII et XXIV :


« Quant à Libérius, il revint à Rome du vivant de Constance. Comment son rappel eut-il lieu ? Le Pape souscrivit-il quelque formule au gré de l'empereur, ou celui-ci ne fit-il que céder aux instances du peuple romain, qui l'avait supplié de rappeler ce Pontife ? C'est une question que je n'ai pu encore parfaitement élucider. »



Socrate de Constantinople (vers 380 - 450) Hist eccl. livre 2 chap XXXVII :


Libère fut rappelé bientôt après et rétabli sur son siège par le peuple mutiné, à la fureur duquel Constance ne voulut pas s'opposer.




Socrate, pourtant hostile aux pontifes romains, ne fait pas d'allusion à l'hérésie.

Sozomène (375-vers 450) Hist. eccl. livre 4 chap XIII :


Quelques jours après, l'empereur quitta la capitale de l'Italie pour se rendre à Sirmium. Dans cette dernière ville, une députation des évêques d'Occident vint le trouver et l'entretenir de la situation faite à l'Eglise. Il profita de leur présence pour rappeler Libérius de Bérée, ville de Thrace, où le Pontife avait été exilé. A son arrivée, Libérius fut pressé par l'empereur de déclarer que le Fils n'est pas consubstantiel au Père. Constance était dirigé, dans cette voie d'oppression, par les prélats Basile d'Ancyre, Eustachius de Sébaste et Eleusius de Cyzique, lesquels étaient alors les plus en crédit à la cour. Ils réunirent dans une seule formule les diverses définitions de foi rédigées à Antioche et à Sirmium contre les erreurs de Paul de Samosate et de Pothin, prétendant que le terme de consubstantiel servait de prétexte à de nouvelles erreurs. En conséquence, ils le supprimaient, et voulaient que Libérius, Athanase, Alexandre, Sévérien et Crescent fissent de même. (...) Mais Libérius leur remit une autre confession de foi par laquelle il anathémisait quiconque soutiendrait que le Fils n'est pas de même substance que le Père. (...) Mais les Romains professaient pour l'illustre et grand Libérius une vénération profonde. Ils l'aimaient d'autant plus qu'il avait résisté plus énergiquement, en matière de foi, aux volontés de l'empereur.




Sulpice-Sévère (363 - vers 425) Chronic. livre 2 §39 raconte lui aussi le retour de Libère, mais ne dit pas un mot d'une quelconque souscription à une formule.

Prosper d'Aquitaine (390 - 463) Chron. integr., Patrol. lat. LI, col 578 :


Sous le consulat de Philippe et de Solia, Libère fut ordonné trente-quatrième évêque de Rome. Condamné à l'exil pour la foi, la neuvième année de son pontificat, tous les ecclésiastiques de Rome jurèrent de ne jamais rennaître d'autre évêque que lui. Mais, lorsque Félix eût été mis à sa place par les ariens, plusieurs se parjurèrent, et, un an après, au retour de Libère, ils furent chassés de Rome avec Félix




L'expulsion des ariens au retour de Libère ne milite pas en faveur de l'hérésie de Libère.

Saint Ambroise (Père de l'Eglise) qui l'avait connu personnellement l'appelle "le saint Pontife".
Saint Basile le nomme "le très Bienheureux évêque Libérius"

Le Ménologe de Basile dit :


Le bienheureux Libérius, intrépide défenseur de la vérité, était évêque de Rome sous le règne de l'empereur Constance. Embrasé d'amour et de zèle pour la foi catholique, il accueillit comme un héros de Jésus-Christ Athanase le Grand, persécuté par les hérétiques et chassé de son siège patriarcal. (...) Libérius s'opposa avec énergie à l'envahissement de l'erreur et fut, pour ce motif, déporté dans la petite ville de Bérée, en Thrace. Mais les Romains, dans leur invincible attachement pour le Saint Pontife, allèrent le redemander à l'empereur. Leur requête fut accueillie; Libérius revint à son troupeau, le gouverna saintement, et mourut.




Nicéphore Calliste (vers 1350) :


Le pape fut donc ramené du lieu de son exil et parut devant l'empereur. Dans une conférence publique, Constance lui demanda de déclarer que le Fils n'est pas consubstantiel au Père. Basile d'Ancyre, Ursace, Valens, Germinius de Sirmium joignirent leurs sollicitations à celles de l'empereur. Tous leurs efforts furent inutiles. Au lieu de souscrire la formule qu'ils présentaient, Libérius rédigea une profession de foi solennelle, dans laquelle il déclarait séparer de la communion catholique toutes les Eglises qui ne confesseraient pas que le Fils est de la même substance que son Père. Il se détermina à cet acte pour couper court aux calomnies que les ariens cherchaient déjà à répandre, disant partout que Libérius consentait enfin à répudier le consubstantiel. La même manoeuvre avait déjà été employée pour flétrir le grand Osius de Cordoue. Malgré cette énergique résistance, les évêques d'Occident obtinrent de ramener vers eux le saint Pontife de Rome




Saint Athanase, Apologie pour sa fuite :


Libère, Paulin, Denys, Lucifer, Eusèbe, ces évêques irréprochables, ces hérauts de la vérité, ont été condamnés à l'exil : quel est leur crime ? D’avoir combattu l'hérésie arienne, d'avoir refusé de souscrire à notre condamnation




L'authenticité de cet ouvrage est reconnue, ce qui n'est pas le cas de différents autres écrits de Saint Athanase qui semblent être à charge pour Libère – nous y reviendrons.

Dans un autre écrit à l’authenticité douteuse, Saint Athanase aurait admis que Libère avait par la suite cédé à la contrainte concernant son excommunication :


Libère, vaincu par les souffrances d'un exil de deux ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin la condamnation qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait, et l'aversion de Libère pour l'hérésie n'est pas plus douteuse que son sentiment favorable à Athanase : c'est le sentiment qu'il aurait manifesté s'il eût été libre. (...) La violence prouve bien la volonté de celui qui fait trembler, mais nullement celle de celui qui tremble




Dom Guéranger, De la monarchie pontificale, à propos du livre de Mgr l’Evêque de Sura, éd. Palmé, 1870, p116 :


De la prétendue chute de Libère, il dit assez peu de chose, bien qu'il partage à ce sujet les préjugés un peu surannés des gallicans- Cette question a fait un grand pas dans la seconde moitié du siècle dernier, grâce aux travaux de la critique. On en peut juger par l'excellent article du P. Stilting sur saint Libère, dans les Acta Sandorum, au 23 Septembre, sans parler des monographies qui ont été publiées depuis.
Il résulte de-ces savantes recherches qu'il n'y a pas eu de chute de Libère. Avant que la question eût été éclaircie complètement, le plus grand nombre des critiques s'accordait à reconnaître que Libère ne jouissait pas de sa liberté lorsqu'il eut souscrit la formule de Sirmium, et que cette formule d'ailleurs, bien que le terme de Consubstantiel en fût absent, n'avait rien que de conforme à la foi de l'Église.
(…)
Au. rapport de Sozomène, Libère adresse une lettre solennelle aux évêques de l'Orient, pour les amener à confesser avec les Occidentaux la Trinité consubstantielle. L'historien ajoute : « Après cette lettre, la controverse étant terminée par « le jugement de l'Église romaine, tous se tinrent en
« repos, et l'affaire semblait avoir pris fin (1). »




Benoît XV, encyclique Principi Apostolorum, 1920 :


« Et ces Pontifes, qui osera dire qu’ils aient failli, même sur un point, à la mission, qu’ils tenaient du Christ, de confirmer leurs frères ? Loin de là ; pour rester fidèles à ce devoir, les uns prennent sans faiblir le chemin de l’exil, tels les Libère, les Silvère, les Martin ; d’autres prennent courageusement en main la cause de la foi orthodoxe et de ses défenseurs qui en avaient appelé au Pape, et vengent la mémoire de ceux-ci même après leur mort. »




Théodoret encore, cité par Mgr Paul Guérin, Les petits Bollandistes


L’EMPEREUR Comme vous êtes chrétien et évêque de notre ville, nous avons jugé à propos de vous faire venir pour vous exhorter à renoncer à cette maudite extravagance, à la communion de l’impie Athanase. Toute la terre l’a jugé ainsi, et il a été retranché de la communion de l’Église par le jugement du concile de Milan. — LIBERE. Seigneur, les jugements ecclésiastiques se doivent faire avec une grande justice. Ordonnez donc que l’on établisse un tribunal, et si Athanase est trouvé coupable, sa sentence sera prononcée selon la procédure ecclésiastique ; car nous ne pouvons condamner un homme que nous n’avons pas jugé.—L’EMPEREUR Toute
la terre a condamné son impiété ; il ne cherche qu’a gagner du temps, comme il l’a toujours fait. — LIBERE. Tous ceux qui ont souscrit à sa condamnation n’ont point vu de leurs yeux tout ce qui s’est passé ; ils ont été touchés du désir de la gloire que vous leur promettiez, ou de la
crainte de l’infamie dont vous les menaciez.—L’EMPEREUR Que voulez-vous dire par la gloire, la crainte et l’infamie ? — LIBERE. Tous ceux qui n’aiment pas la gloire de Dieu, préférant vos bienfaits, ont condamné sans le juger celui qu’ils n’ont point vu ; cela ne convient pas à des chrétiens. —L’EMPEREUR Il a été jugé au concile de Tyr, où il était présent, et dans ce concile tous les évêques l’ont condamné. — LIBERE. Jamais il n’a été jugé en sa présence ; à Tyr, on l’a condamné sans raison, après qu’il se fut retiré. — L’EMPEREUR Pour combien donc vous comptez-vous dans le monde, de vous élever seul avec un impie pour troubler l’univers ? —
LIBERE. Quand je serais seul, la cause de la foi ne succomberait pas pour cela. — L’EMPEREUR Ce qui a été une fois réglé ne peut être renversé ; le jugement de la plupart des évêques doit l’emporter, vous êtes le seul qui vous attachiez à l’amitié de cet impie. — LIBERE. Seigneur, nous n’avons jamais entendu dire qu’un accusé n’étant pas présent, un juge le traitât
d’impie comme étant son ennemi particulier.—L’EMPEREUR Il a offensé généralement tout le monde, et moi plus que personne. Je m’applaudis plus d’avoir éloigné ce scélérat des a5aires de l’Église que d’avoir vaincu Magnence .—LIBERE. Seigneur, ne vous servez pas des évêques pour vous venger de vos ennemis ; les mains des ecclésiastiques doivent être occupées à sanctifier. — L’EMPEREUR. Il n’est question que d’une chose : je veux vous envoyer à Rome quand vous aurez embrassé la communion des Églises. Cédez au bien de la paix, souscrivez, et retournez à Rome. —LIBERE .J’ai déjà pris congé des frères de Rome, car les liens de l’Église
sont préférables au séjour de Rome.— L’EMPEREUR. Vous avez trois jours pour délibérer si vous voulez souscrire ou retourner à Rome ; or, voyez en quel lieu vous voulez être mené. — LIBERE.L’espace de trois jours ou de trois mois ne change point ma résolution ; envoyez-moi donc où il vous plaira.
Deux jours après, Constance envoya chercher Libère, et, comme il n’avait pas changé de sentiment, il le fit reléguer à Bérée, en Thrace.




Mgr Paul Guérin, Les petits Bollandistes


Tout le monde connaît le fameux mensonge historique qui se trouve même dans le Liber Pontificalis, et qui consiste à placer à l’époque du retour de Libère, de Bérée à Rome (359), un double acte de faiblesse de ce pape : la souscription à la condamnation de saint Athanase, et la souscription à une formule de foi arienne. Que faut-il penser de cette chute, qui a été admise par des auteurs graves, et qu’on appuie du témoignage de saint Jérôme, de saint Hilaire, de saint Athanase, et de Libère lui-même ? C’est ce que nous allons examiner.
Les témoignages que l’on cite de saint Athanase, de saint Jérôme, de saint Hilaire, de Libère lui-même, et qui seraient accablants, s’ils étaient authentiques, perdent toute leur force devant une saine critique historique. [Suit toute l’explication].[…]
Après tous ces témoignages, on peut hardiment conclure que la chute de Libère est un mensonge historique. Si ce courageux pontife a signé une formule de foi autre que celle de Nicée, il n’a certainement signé qu’une formule de foi orthodoxe, exprimant la consubstantialité du Verbe, et tous les actes authentiques du saint Pape le montrent le défenseur intrépide et constant de la religion catholique.
Nous avons tiré la vie de ce saint pape, que nous tenions à réhabiliter dans l’opinion des fidèles, de l’Histoire générale de l’Église, par M. l’abbé Darras ; et de l’Histoire populaire des Papes, par Chantrel, deux auteurs de l’école de la saine critique. — Cf. Revue des questions historiques ; et l’Histoire et Infaillibilité des Papes, par M. l’abbé Constant. La question de la chute de Libère y est étudiée sous toutes ses faces, et le résultat de cette étude est la justification complète du saint Pontife.




Edouard Dumont, Revue des questions historiques :


les Ariens ont inventé une défection du pape saint Libérius ; il y a déjà longtemps que cette fable méprisable a été réfutée à plusieurs reprises ; et l’on n’en a pas tenu compte. C’est presque une hardiesse aujourd’hui de réviser sa cause. Il y a encore une critique hautaine, qui conteste, qui se retranche dans l’opinion faite par l’hérésie, comme dans un jugement sans appel. Ce n’est pas seulement une erreur, c’est une indignité, qu’on pouvait s’épargner, même sans toutle labeur de la démonstration, qu’on va lire.
(…)
Voici donc ce qui se serait passé à Sirmium vers la fin de l’année 357, lorsque Constance y fut revenu. Les meneurs du parti arien auraient contraint le vénérable Osius, vieillard centenaire, de signer une formule hérétique, sans obtenir qu’il condamnât saint Athanase. Ensuite sous la même pression et la menace de mort, le pape captif, amené de Bérée, aurait au contraire abandonné Athanase, en ne consentant qu’à signer une formule orthodoxe. C’est là ce qu’on appelle la chute du pape Libérius.
(…)
Non-seulement Libérius a sa place au 23 septembre dans les Acta sanctorum, mais toutes les prétendues preuves de sa chute y sont réfutées. (…) Ainsi aucune formule n’a été signée par Libérius (…) Il est donc clair que le pape Libérius n’a point failli





Témoignages à charge.

On cite en général à charge de Saint Libère les auteurs suivants : Saint Athanase, Saint Hilaire, Saint Jérôme et Libère lui-même. Nous avons vu ce qu’il en était des écrits de Libère, reproduits pour une part en Annexe et n’en traiterons donc pas plus avant ici.

Saint Athanase aurait écrit dans « Apologie contre les ariens » :


Si Libère n'a pu supporter jusqu'à la fin les ennuis de l'exil, il a au moins montré pendant deux ans qu'il connaissait la conspiration tramée contre moi




Saint Athanase encore, dans « Histoire aux moines » :


Or Libère, ayant été exilé, fut vaincu par les ennuis de l'exil et les menaces de mort qu'on lui fit ; il souscrivit




Or, l’Apologie contre les ariens a été écrite, suivant les uns en 350, et suivant d’autres en 353. Saint Athanase n’a écrit dans cet ouvrage que la préface et la conclusion. Le corps de l’ouvrage est un recueil des pièces du procès d’Athanase, toutes antérieures au concile de Sirmium, à la déposition de Pothin, et au retour d’Ursace et Valens. Or la prétendue chute de Libère (358) n’aurait eu lieu qu’après ces dates, 350 ou 353. Les passages qui parlent de la chute de Libère ne peuvent donc être que des interpolations, des rajouts postérieurs à l’œuvre. De plus si ces rajouts postérieurs étaient de la main de Saint Athanase, comment n’aurait-il pas effacé quelques lignes plus bas le phrase « Ces deux grands hommes apprendront à nos arrière-neveux comment il faut combattre jusqu’à la mort pour la défense de la vérité » ?

L’Histoire de l’arianisme aux moines, pour sa part, a été composée avant la mort de Léonce, patriarche d’Antioche, puisque Saint Athanase l’évoque plusieurs fois comme étant vivant (« qui nunc Antiochiae episcopus est »); or Léonce est mort un an ou deux avant la prétendue chute du pape Libère. Saint Athanase n’aurait pu du vivant de Léonce écrire sur la prétendue chute de Libère, pas plus que de la chute et de la mort d’Osius. Ces passages sont donc forcément apocryphes. De plus, le passage complet dont est tiré l’extrait ci-dessus serait en lui-même contradictoire : le paragraphe commence par relater les nobles combats et l’exil de Libère, ajoute que les ariens ont tenté d’impliquer l’Eglise dans l’impiété, relaterait à ce moment-là la chute, puis reprendrait en faisant à nouveau la louange de Libère. Double contradiction en un seul paragraphe, qui fait dire à Stilting que ce passage est d’un copiste qui a voulu faire l’entendu sans se rendre compte qu’il prêtait à St Athanase une sotte parenthèse. Cette même « Histoire aux moines » comprend par ailleurs au sujet d’Osius une foule d’inexactitudes, de contradictions et d’appréciations injustes, alors que St Athanase passe pour être un des écrivains les plus logiques et justes de son temps. Enfin, dans tous ses autres ouvrages, St Athanase loue toujours le pape Libère comme un homme apostolique, d’une grande droiture et d’une parfaite pureté de doctrine. St Athanase se contredirait donc d’un ouvrage à l’autre !

Saint Hilaire pour sa part, dans les « Fragments » qui nous sont parvenus :


Ce qu'il avait fait et permis, Libère annule tout en écrivant aux impies ariens, qui avaient condamné saint Athanase, évêque orthodoxe. »
— « Libère, je te dis anathème à toi et à tes pareils; anathème une seconde fois, Libère, anathème trois fois, prévaricateur. »
« J'ai dit anathème aux prévaricateurs et aux arien »




Ces fameux fragments, publiés par Nicolas Faber (Nicolas Le Fèbvre) qui avait retrouvé un vieux parchemin manuscrit dans la bibliothèque à lui léguée par Pithou, sont eux aussi plus que douteux. D’après Faber, ces fragments auraient fait partie d’un ouvrage inachevé de Saint Hilaire sur l’histoire de l’arianisme, que Saint Jérôme recense en ces mots : « Livre contre Valens et Ursace, contenant l’histoire des conciles de Rimini et de Séleucie ». Pétau et Baronius regardent comme une calomnie d’attribuer à saint Hilaire cette méprisable compilation, pleines d’injures, et d’anathèmes arrogants alors même qu’à l’époque où auraient été écrits ces fragments (après 360), Libère avait de toute façon largement repris la lutte contre l’arianisme. Stilting, Bouix et Dumont, ainsi que Sévestre et Ruffin, pensent que même en admettant l’authenticité des Fragments, on ne peut admettre leur intégrité et leur véracité. Tout le monde avoue qu’ils sont très corrompus et que la plupart des pièces de ce recueil sont supposées. Ruffin écrit :


« Les livres si instructifs composés par Saint Hilaire, pour contribuer à la conversion des signataires de Rimini, ont été, dans la suite, tellement falsifiés par les hérétiques, qu’Hilaire lui-même ne les reconnaîtrait pas ».




Les interruptions du récit, qui lancent les anathèmes, ne sont pas du tout du style habituel de Saint Hilaire. De plus, ces fragments comportent de nombreuses contradictions avec une autre œuvre de Saint Hilaire qui nous est parvenue : « De synodis ».

Venons-en à St Jérôme (« Le monde gémit et s’étonna d’être arien »). Dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques :


Fortunatien s'est rendu détestable en venant à bout, à force de sollicitations, de faire approuver l'hérésie à Libère, évêque de Rome.




Et le même Saint Jérôme dans sa « Chronique »


Libère, cédant aux ennuis de l'exil, souscrivit une formule hérétique, et rentra comme un triomphateur dans Rome




Déjà pour commencer, les deux écrits se contredisent car l’un place la chute de Libère à son départ de Milan, et l’autre après un an d’exil. Ensuite, il faut se souvenir que Saint Jérôme écrivit ses ouvrages en Orient, trente ans après les événements, là où les ariens avaient amplement fait courir le bruit de la chute de Libère, que Saint Jérôme a par ailleurs dans ses œuvres commis de fréquentes erreurs historiques. Par exemple dans la chronique il place l’exil de Libère sept ans après son élection au lieu de trois. Et enfin, Saint Jérôme parlerait de la chute de Libère, mais jamais à cet endroit de la condamnation d’Athanase alors qu’il ne l’ignorait pas puisque quelques articles plus loin il reconnaît que Libère fut exilé à cause de la condamnation d’Athanase.

Par ailleurs le texte de la Chronique nous est parvenu très corrompu. Scaliger et Tillemont disent qu’il n’y a pas de livre plus plein de fautes. Dans les manuscrits les plus anciens de cette œuvre, on ne trouve pas le passage en question. Ménochius écrit : « il n’y a pas de trace de la chute de Libère dans le manuscrit des Chroniques de saint Jérôme, que l’on conserve au Vatican, et qui fut donné au Pape par la reine de Suède ; manuscrit qu’Holsténius soutient être d’une très grande antiquité, et que les savants croient avoir été écrit au VIe ou au VIIe siècle ».

De plus, ce qui est dit de Fortunatien est invraisemblable : il n’était ni arien ni semi arien et a toujours refusé de signer quoi que ce soit.

Il paraît donc que les passages seraient apocryphes. D’autant que St Jérôme, dix ans après le retour de Libère, proclamait les évêques de Rome « seuls juges et héritiers intègres de la Foi » et inscrit Libère au catalogue des saints.



6/ Conclusion

Le pape Libère n'a éventuellement souscrit que la 1ère formule de Sirmium, qui n'est pas hérétique, et dans laquelle, à l'époque, l'omission du terme "consubstantiel", notion par ailleurs exprimée par d'autres mots dans la formule, est tout à fait explicable. De plus s'il l'a éventuellement souscrite, c'est sous la contrainte.

Le pape Libère a éventuellement excommunié Saint Athanase, mais les lettres qui le montrent semblent douteuses, et par ailleurs, le même Libère a explicitement et souvent défendu le même Saint Athanase. De plus l'excommunication, si elle a eu lieu, n'était probablement pas prononcée pour motifs doctrinaux. Elle a pu enfin être elle aussi extorquée sous la contrainte.

La vision selon laquelle Libère (par ailleurs canonisé : bel exemple d'héroïsme de la vertu de Foi s'il avait pu faillir à ce point) serait "l'excommunicateur de Saint Athanase, acquis à l'arianisme" est assurément fausse quant à la deuxième partie (hérésie) et hautement douteuse quant à la première (excommunication).
images/icones/neutre.gif  ( 700040 )Le pape Saint Libère, l’arianisme, et Saint Athanase - III par Meneau (2013-01-09 12:10:56) 
[en réponse à 700038]

Bibliographie


Mgr Fèvre, Pronotaire Apostolique : "Histoire apologétique de la papauté, de Saint Pierre jusqu'à Pie IX", Louis Vivès, 1878, T3, pp 138-182. Disponible en ligne Bibliothèque Saint Libère.

Le Sel de la Terre (Avrillé), n° 18, p190 sq.

Denzinger DS (Denzinger-Schönmetzer) 138 à 143. La lettre Studens paci est curieusement absente du DB (Denzinger-Bannwart).

Dom Guéranger, De la monarchie pontificale, à propos du livre de Mgr l’Evêque de Sura, éd. Palmé, 1870, p116 sq

Mgr Paul Guérin, Les petits Bollandistes, 7ème édition, tome 11, pp 339-344

Edouard Dumont, Revue des questions historiques, 1ère année, Tome 1, p125-167 Paris : Librairie de Victor Palmé, éditeur, 1866

(on peut lire ces deux derniers documents sur http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=8 )
Les Martyrs, Tome 3 du Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle TRADUITES ET PUBLIÉES Par le R. P. Dom H. LECLERCQ Moine bénédictin de Saint-Michel de Farnborough, 1921, DEUXIÈME ÉDITION

Abbé A. BOULENGER, Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. On peut le trouver en ligne ici : http://www.salve-regina.com/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm, le sujet du pape Libère est traité au n°338.

Abbé L.N Béguin, La primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, ed. Huot, 1873, pp146 sq



ANNEXES


Formules de Sirmium

1ère formule :

Nous croyons un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes choses, principe et chef de tout ce qui est dans le ciel et sur la terre, et Jésus-Christ son Fils unique, Notre Seigneur, né de son Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, par qui toutes les choses visibles et invisibles ont été faites, qui est Verbe, sagesse et vérité, lumière et vie, qui dans les derniers temps a été fait homme pour nous, est né de la Vierge Marie, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, est monté au ciel, est assis à la droite du Père, d’où il viendra pour juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres. Son règne durera tous les siècles, et n’aura jamais de fin ; car ce ne sera pas seulement dans ce siècle-ci, mais aussi durant les siècles à venir, qu’il sera assis à la droite de son Père. Et le Saint-Esprit, Paraclet que Notre-Seigneur a promis à ses apôtres, et qu’il leur a envoyé après son ascension, afin de les enseigner et de les avertir de tout ce qui sanctifie les âmes de ceux qui croient en lui.
1° La Sainte Eglise catholique rejette de son sein ceux qui disent que le Fils de Dieu est de ce qui n’était pas auparavant, qu’il est d’une autre substance et non point de Dieu, qu’il y a eu un temps ou un siècle auquel il n’était pas.
2° Si quelqu’un dit que le Père et le Fils sont deux Dieux, qu’il soit anathème.
3° Si quelqu’un, avouant que Jésus-Christ est Fils de Dieu avant tous les siècles, n’avoue pas qu’il a concouru avec son Père à la création du monde, qu’il soit anathème.
4° Si quelqu’un ose dire que Dieu innascible ou une partie de lui-même est né de la Vierge Marie, qu’il soit anathème
5° Si quelqu’un dit que le Fils est avant Marie selon la prescience seulement et la prédestination, qu’il n’était pas Dieu né du Père avant les siècles, et que tout n’a pas été fait par lui, qu’il soit anathème.
6° Si quelqu’un dit que la substance de Dieu s’étend ou se raccourcit, qu’il soit anathème.
7° Si quelqu’un dit que l’extension de la substance fait le Fils, ou qu’il appelle Fils cette extension de substance, qu’il soit anathème.
8° Si quelqu’un dit que le Verbe interne ou le Verbe prononcé est le Fils de Dieu, qu’il soit anathème
9° Si quelqu’un dit que le Fils de Marie n’est qu’un homme, qu’il soit anathème.
10° Si quelqu’un, en disant qu’un Dieu-Homme est né de Marie, entend parler de Dieu innascible, qu’il soit anathème.
11° Si quelqu’un dit, entendant prononcer ces paroles : Et le Verbe s’est fait chair, croit que le Verbe a été changé en chair, ou que, prenant chair, il a souffert quelque changement, qu’il soit anathème.
12° Si quelqu’un, entendant dire que le Fils de Dieu a été crucifié, dit que sa divinité a été sujette au changement, à la corruption, aux souffrances, et qu’elle a souffert quelque diminution ou quelque dommage, qu’il soit anathème.
13° Si quelqu’un dit que Dieu le Père prononçant ces paroles : Faisons l’homme, ne les a pas adressées à son Fils, mais à lui-même, qu’il soit anathème.
14° Si quelqu’un dit que ce n’est point le Fils de Dieu qui a été vu par Abraham, mais Dieu le Père ou une partie de lui-même, qu’il soit anathème.
15° Si quelqu’un dit que ce n’est point le Fils de Dieu qui a lutté contre un homme, contre Jacob, mais le Père ou une partie du Père, qu’il soit anathème.
16° Si quelqu’un, au lieu d’entendre du Père et du Fils ces paroles : Le Seigneur a répandu la pluie de la part du Seigneur, dit que le Fils a répandu la pluie de la part de lui-même, qu’il soit anathème.
17° Si quelqu'un, entendant dire : Le Seigneur Père, le Seigneur Fils, le Seigneur Père et Fils, le Seigneur du Seigneur, dit qu'il y a deux dieux, qu'il soit anathème : car nous n'égalons point le Fils au Père, mais nous le concevons soumis ; et il n'est pas descendu dans Sodome sans que le Père l'ait voulu, et il n'a pas répandu la pluie de lui-même, mais de la part du Seigneur, c'est-à-dire par autorité du l'ère, et il ne s'assied pas de lui-même à sa droite, mais après avoir entendu ses paroles : Asseyez-vous à ma droite.
18° Si quelqu'un dit que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une seule personne, qu'il soit anathème.
19° Si quelqu'un, confessant un Saint-Esprit consolateur, dit que c'est ce Dieu innascible, qu'il soit anathème.
20° Si quelqu'un dit que le Consolateur n'est point autre que le Fils, contrairement à ces paroles du Fils lui-même : Le Père que je prierai vous enverra un autre Consolateur, qu'il soit anathème.
21° Si quelqu'un dit que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois dieux, qu'il soit anathème.
22° Si quelqu'un dit que le Saint-Esprit est une partie du Père ou du Fils, qu'il soit anathème.
23° Si quelqu'un, entendant ces paroles de la sainte Ecriture : Je suis le premier Dieu et le dernier Dieu, et il n'y a point d'autres dieux que moi, paroles prononcées pour détruire les idoles et les faux dieux, les entend à la façon des Juifs, comme si elles étaient dites pour renier le Fils unique de Dieu, qui est avant tous les siècles, qu'il soit anathème.
24° Si quelqu'un dit que le Fils a été fait par la volonté de Dieu comme une autre créature, qu'il soit anathème.
25° Si quelqu'un dit que le Fils est né du Père sans sa volonté, qu'il soit anathème : car c'est librement, volontairement et sans nécessité actuelle que le Père a montré son Fils engendré de lui-même, sans aucun temps et sans souffrir aucune chose.
26° Si quelqu'un dit que le Fils est innascible et qu'il n'a point de principe, admettant ainsi deux êtres exempts de principes, deux innascibles, deux non-engendrés et, par conséquent, deux dieux, qu'il soit anathème ; car le Fils est le chef qui est principe de toutes choses, mais Dieu est le chef qui est principe de Jésus-Christ. C'est ainsi que nous rapportons toute chose par le Fils à un seul, qui est sans principe, principe de tout.
27° Nous répétons encore, pour plus grand éclaircissement et confirmation de la doctrine chrétienne : Si quelqu'un ne confesse point un Christ Dieu, Fils de Dieu, qui subsiste avant les siècles et a servi son Père dans la création du monde, mais dit que c'est depuis qu'il est né de Marie qu'il a été appelé Christ et Fils et a commencé d'être Dieu, qu'il soit anathème.
Cette formule de foi, dictée par Marc d'Arélhuse, fut adoptée et souscrite par tous les évêques présents, savoir :
Basile , évêque d'Ancyre, Hypacien, Marc d'Aréthuse, Evagrius, Narcisse de Néroniade, Théodore, Démophile de Dérée, Hyrénius, Cécrops de .Nicomédie, Térence, Silvain de Tarse, Bassus, Macédonius de Mopsueste. Marthus, Théodote d'Héraclée, Actique, Eudoxe de Germanice, Jules, Ursace de Singidon, Surinus, Valens de Mursa, Simplice, Exupérance de Tortone, Junior, Gaudentius de Naisse, etc.


2ème formule :

[Désolé pour les termes grecs, n’étant pas helléniste, je ne suis pas sûr qu’ils soient correctement retranscrits]

Plusieurs difficultés se sont élevées de notre temps sur des matières de foi. Nous les avons toutes examinées avec soin à Sirmium, en présence do nos frères, les saints évêques Valens, Ursace, Germinius et les autres. Il n'y a qu'un seul Dieu Père tout-puissant, comme le croit tout l'univers, et Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur et notre Sauveur, engendré du Père avant tous les siècles. Il est certain aussi qu'on ne peut et qu'on ne doit pas prêcher qu'il y a deux dieux, sous prétexte que Notre-Seigneur a dit : J'irai à mon Père et à votre Père, à mon Dieu et à votre Dieu. Dieu est le Dieu de tous les hommes, comme l'enseigne l'Apôtre : Dieu n'est-il Dieu que des Juifs ? Ne l'est-il pas aussi des gentils, car il n'y a qu'un seul Dieu qui justifie par la foi ceux qui sont circoncis comme ceux qui ne le sont pas. On est aussi demeuré d'accord sur les points suivants, sans aucune difficulté. Un sujet de trouble pour quelques-uns est le mot substance, appelé en grec ούσία, et pour le marquer plus précisément, όμουσίον ou όμοιουσίον. Il faut absolument n'en pas parler sous quelque couleur ou prétexte que ce soit, puisque ces expressions ne se trouvent pas dans la Sainte Ecriture, et qu'elles sont au-dessus de la science des hommes. Nul ne peut raconter la naissance du Fils. C'est de lui qu'il est écrit : Qui expliquera sa génération? Il est clair qu'il n'y a que le Père qui sache comment il a engendré le Fils, et le Fils qui sache comment il a été engendré par Le Père. Il n'y a point de doute que le Père est plus grand que le Fils, et qu'il le surpasse en honneur, en dignité, en clarté et en qualité de Père, comme le Fils le témoigne lui-même quand il dit : Celui qui m'a envoyé est plus grand que moi. Personne n'ignore que la loi catholique enseigne que le Père est plus grand que le Fils et que le Fils est sujet au Père avec toutes les choses que le Père lui a assujetties ; que le Père n'a point eu de commencement, qu'il est invisible, immortel et impassible; que le Fils est né du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, qu'il n'y a que le Père qui connaisse la manière dont le Fils a été engendré, que le Fils de Dieu, qui est Notre-Seigneur et notre Dieu, a pris une chair et un corps, c'est-à-dire une nature humaine dans le sein de la vierge Marie, selon la prédiction de l'ange ; que dans cette nature humaine prise de la Vierge Marie, il a souffert, comme l'Ecriture l'enseigne, principalement le Docteur des gentils. La foi veut que nous confessions encore la Trinité, selon les paroles de l'Evangile : Allez baptiser tous les peuples, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le nombre de la Trinité est un nombre entier et parfait. L'Esprit Paraclet a été envoyé par le Fils, selon qu'il l'avait promis, pour instruire, enseigner, sanctifier tous les apôtres et tous les fidèles.
Souscrivirent: Ursace de Singidon, Valens de Mursa, Germinius de Sirmium, Potame de Lisbonne, Osius de Cordoue.


3ème formule :

Exposition de la foi faite à Sirmium en présence de notre seigneur le très-pieux et victorieux empereur Constance, auguste, éternel, sous le consulat de Flavius Eusèbe et d'Hypatius, le onzième des calendes de juin. Nous croyons un seul et vrai Dieu, Père tout-puissant, auteur de toutes choses, et son Fils unique, qui est né de lui sans passion avant tous les siècles, avant tout principe et avant toute idée ou terme de temps que l'Esprit peut concevoir. Les siècles et les choses ont été faits par lui ; il a été seul engendré par le Père seul de seul Dieu de Dieu, semblable à son Père, qui l'a engendré, selon la sainte Ecriture, dont la génération n'est connue que du Père. Nous savons que ce Fils unique de Dieu est descendu du ciel sur la terre pour abolir le péché, qu'il est né de la Vierge Marie, a conversé avec ses disciples, a accompli les mystères selon la volonté de son Père, a été crucifié, est mort, est descendu aux enfers pour y disposer de tout ce qui était nécessaire; que les portes de l'enfer ont tremblé en sa présence, qu'il est ressuscité le troisième jour, a conversé avec ses disciples, est monté au ciel quarante jours après, est assis à la droite de son l'ère, d'où il viendra au dernier jour dans la gloire de son l'ère, pour rendre à chacun selon ses oeuvres. Nous croyons aussi le Saint-Esprit, que Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, a promis d'envoyer aux hommes pour les consoler et pour leur servir d'avocat, selon qu'il est écrit : Je m'en vais à mon Père et je le prierai, et il vous enverra un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité ; il prendra de ce qui est à moi et il vous le donnera. Quant au terme de substance, dont les Pères se sont servis par simplicité, et qui, n'ayant pas été compris par le peuple, est devenu une cause de chute pour plusieurs, nous avons jugé à propos de le rejeter, puisqu'il ne se trouve point dans l'Ecriture, qui n'a jamais parlé de substance du Père ou du Fils.
Nous disons que le Fils est en tout semblable au Père, comme la sainte Ecriture le dit et l'enseigne.
Cette formule fut souscrite par : Marc d'Aréthuse, Basile d'Ancyre, Germinius de Sirmium, Valens de Mursa, Ursace de Singidon, Georges d'Alexandrie, Pancrace de Péluse, Acace de Césarée, Eudoche d'Antioche, etc.


Lettres attribuées au Pape Saint Libère

1ère lettre : Studens paci

» Copie de la lettre de Libère, évêque de Rome, aux évêques d'Orient. — A nos très-chers frères les évêques d'Orient, Libère, évêque de la ville de Rome, salut.
» Lorsque j'eus reçu les lettres que votre charité avait adressées à Jules, de sainte mémoire, sur la condamnation d'Athanase et des autres, désireux de faire régner la paix et la concorde entre les Eglises, et marchant sur les traces des anciens, j'envoyai à Alexandrie, au susdit Athanase, les prêtres de Rome Lucius, Paul et Hélion, en qualité de légats, pour l'inviter à se rendre à Rome, afin qu'en ces circonstances il fût statué à son égard, selon la discipline de l'Eglise. Ces susdits prêtres portaient au même Athanase une lettre de ma part, dans laquelle je lui disais que, s'il ne se rendait pas à mon invitation, il était retranché de la communion de l'Eglise romaine. De retour, mes envoyés déclarèrent qu'il avait refusé de venir. Enfin, je me suis conformé aux lettres que votre charité nous avait écrites sur la cause dudit Athanase. Je vous préviens aujourd'hui que je suis uni avec vous tous et avec tous les évêques de l'Eglise catholique. Quant au susdit Athanase, il est séparé de la communion de l'Eglise romaine, et aucun échange de lettres n'a lieu entre nous.
» Qu'y a-t-il dans ces lettres d'opposé à la sainteté? Tout n'est-il pas inspiré par la crainte de Dieu? Mais Potame et Epictète, qui, au concile de Rimini, condamnèrent l'Evêque de Rome avec tant d'empressement et de joie, ne voulurent rien entendre. Bien plus, Fortunatien, qui envoya, à deux reprises, cette lettre à divers évêques, n'eut aucun succès. »

2ème lettre : Pro deifico

« Libère a rendu vaines ses paroles et ses actions en écrivant la lettre suivante aux ariens ; ces hérétiques avaient injustement condamné saint Athanase, évêque orthodoxe.
» A nos très-chers frères les prêtres et les évêques d'Orient, Libère.
» La sainteté de notre foi est connue de Dieu et des hommes, conformément aux paroles du Psalmiste : « Que vos jugements soient justes, enfants « des hommes. » Je n'ai point défendu Athanase; seulement comme Jules, mon prédécesseur, d'heureuse mémoire, l'avait reçu, je craignais d'être estimé prévaricateur; mais quand il a plu à Dieu que j'aie connu que vous l'aviez condamné justement, j'y ai consenti aussitôt, et j'ai chargé noire frère Fortunatien des lettres que j'en ai écrites à l'empereur. Ainsi, rejetant de notre communion Athanase, dont je ne prétends pas même recevoir les lettres, je déclare que je veux avoir la paix et l'union avec vous et avec tous les évêques orientaux, par toutes les provinces ; et afin que vous connaissiez clairement la sincérité avec laquelle je vous parle, notre frère Démophile ayant bien voulu me proposer la foi véritable et catholique (perfidie arienne! cette réflexion est de moi et non de l'apostat; ce qui suit est de Libère), que plusieurs de mes frères les évêques ont proposée, discutée et adoptée à Sirmium, je l'ai reçue volontiers (je dis anathème à Libère et à ses pareils !) sans y rien trouver à redire (anathème à Libère ! anathème trois fois au prévaricateur !) Au reste, je vous prie que, puisque vous me voyez d'accord avec vous en toutes choses, vous vouliez bien travailler en commun afin que je sois rappelé de mon exil et que je retourne au siège que Dieu m'a confié.
» Cette profession perfide de Sirmich, que Libère appelle catholique, fut proposée par Démophile et souscrite par Narcisse, Théodore, Basile, Eudoxe, Démophile, Cécrops, Sylvain, Ursace, Valens, Evagrius, Hyrenius, Exupérance, Cérentien, Bassus, Gaudentius, Macédonius, Marc, Aétius, Jules, Séverin, Simplice et Junior (à chercher), tous hérétiques. »

3ème lettre : Quia scia vos

« Libère exilé, à Ursace, Valens et Germinius :
Parce que je vous sais fils de la paix, amis aussi de la concorde et unité de l’Église catholique, pour cela et non poussé par quelque contrainte, je le dis devant Dieu, mais pour le bien de la paix et concorde, qui vaut mieux que le martyre, je vous adresse cette lettre, très-chers seigneurs. Sache donc votre prudence que Athanase, qui a été évêque d’Alexandrie, avant que je sois venu à la cour du saint empereur, selon les lettres des évêques d’Orient, a été séparé de la communion de l’église romaine, comme tout le clergé de l’Église romaine en est témoin. Mais la cause pour laquelle j’ai paru tarder à écrire sur son sujet à nos frères d’Orient, a été à ce que les légats, que j’avais dirigés de Rome à la cour, de même les évêques qui avaient été exilés, ceux-ci eux-mêmes avec eux, s’il était possible, fussent rappelés. J’ai demandé à notre frère Fortunatien de porter au très-clément empereur la lettre que j’ai faite aux évêques d’Orient, afin qu’ils sachent que je suis avec eux ensemble séparé de la communion d’Athanase ; ce que sa piété recevra, je crois, avec satisfaction pour le bien de la paix ; j’en ai envoyé aussi une copie par le fidèle Hilaire, secrétaire de l’empereur. Que votre charité voie que j’ai fait tout cela en simplicité et douceur. C’est pourquoi je vous adjure dans la présente lettre par le Dieu tout-puissant, et par Jésus-Christ son Fils, notre Dieu et Seigneur, de vouloir bien vous rendre auprès du très-clément empereur Constance Auguste et lui demander que pour le bien de la paix et concorde, en laquelle sa piété se réjouit toujours, il ordonne que je retourne à l’Église qui m’a été divinement confiée, afin que sous son règne l’Église romaine n’ait point à souffrir de tribulation. Vous devez savoir par cette présente lettre, frères très-chers, d’un esprit calme et simple que je suis en paix avec vous tous évêques de l’Église catholique. Vous acquerrez une grande consolation en effet au jour de la rétribution, si par vous la paix a été rendue à l’Église romaine. Je veux aussi vous faire savoir que nos frères et co-évêques Épictète et Auxentius, je suis en communion ecclésiastique avec eux ; ce qu’ils recevront, je pense, volontiers. Au reste, quiconque contredira à la paix et concorde, qui a été déclarée dans toute la terre par la volonté de Dieu, saura qu’il est séparé de notre communion. »


Discours du pape Libère à la prise de voile d’une sœur de St Ambroise.

On admirera ici un modèle d’orthodoxie anti – arienne.
« C'est après un saint mariage, ma fille, que vous avez soupiré. Voyez-vous quelle foule de peuple est venue célébrer la naissance de votre époux, et personne ne s'en est retourné à jeun. C'est lui qui, invité aux noces de Cana, changea l'eau en vin. IL saura aussi opérer en vous les changements nécessaires pour permettre à ce corps matériel de porter des fruits de virginité. C'est lui qui, dans le désert, avec cinq pains et deux poissons, nourrit quatre mille hommes, et d'autres en plus grand nombre eussent été rassasiés s'ils eussent été présents. Aujourd'hui, pour célébrer vos noces, il avait appelé de nombreux convives ; il les a nourris, non de pain d'orge ou de froment, mais de son corps descendu du ciel.
» C'est en ce jour qu'en tant qu'homme il est né de la Vierge, lui engendré de son Père, Fils unique sur la terre. Fils unique dans les cieux.
» Dieu de Dieu, enfanté par une Vierge, égal en tout à son Père qui l'a engendré, le Verbe a la même justice, la même puissance, la même splendeur que lui, sans aucun degré d'infériorité, sans extension, sans confusion; il lui est uni sans être confondu, il en est distrait sans en être séparé. Sans lui, rien n'existe sur la terre, dans les mers ou aux cieux. Ce Verbe rempli de bonté était au. commencement, voilà son éternité. Il était dans le Père, voilà tout à la fois son union et sa distinction. El le Verbe était Dieu, voilà sa divinité. Nous ne pouvons que vous indiquer brièvement les motifs de votre foi. Eh bien ! ma fille, ce Dieu est votre livre.
» Oh! aimez-le, il est si bon! Qui donc est bon, si ce n'est Dieu seul? Il n'y a pas de doute que le Fils ne soit Dieu, et comme Dieu est infiniment bon, il est donc certain que le Fils est plein de bonté, .le vous Je répète, aimez-le : c'est lui que le Père a engendré avant la lumière comme étant éternel, de son essence divine comme son Fils, de son intelligence comme son Verbe.
» Il est l'objet des complaisances de son Père; il est le bras , la force du Créateur toutl-puissant, la sagesse qui procède de la bouche de Dieu. En lui la divinité habite corporellement dans sa plénitude, son Père ne peut s'en séparer; il le porte dans son sein, il le place à sa droite, il fallait bien vous apprendre à
connaître la sagesse, vous montrer la vertu.
» Si donc le Christ est la force et la vertu de Dieu, il existe éternellement : son Père pourrait-il être sans son Fils? Si l'un est éternel, l'autre l'est aussi; si le Père est parfait, le Fils l'est pareillement; ôter aux perfections de l'un, c'est diminuer les perfections de l'autre. Il n'y a pas d'inégalité dans la perfection d'un Dieu. Aimez donc, ma fille, ce Dieu aimé de son Père ; honorez celui que Dieu le Père honore; qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père; qui nie le Fils ne possédera pas le Père : voilà pour votre foi. Mais je sais qu'elle est sûre et éclairée.
» Quant à votre jeunesse, ma fille, elle m'inspire bien quelque crainte. Vous userez d'un peu de vin, afin de ne pas affaiblir votre santé ; mais que ce ne soit pas par sensualité : à votre âge, on ne saurait être trop prudent. Vous observerez aussi les jeûnes prescrits, avec un saint courage : la mortification est efficace pour éloigner les tentations. Que la raison vous éclaire, que l'espérance vous fortifie , que la crainte vous stimule. Ne pas savoir maîtriser ses convoitises, c'est ressembler à un cheval mal dressé, qui s'emporte, court, tombe dans le précipice et périt.(…)

Je m'arrête ici.
Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 700157 )Ben.... par Jipé (2013-01-10 08:42:37) 
[en réponse à 700040]

...c'est très bien argumenté tout ça...! Je ne vois rein à y ajouter...!