Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=653383
images/icones/neutre.gif  ( 653383 )Le récent discours de Benoît XVI devant la CTI. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-09 06:27:24) 

Bonjour et bon dimanche à tous,

Voici (la traduction officielle n'étant pas encore disponible sur le site internet du Vatican)

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI - Commission théologique internationale - session annuelle - Salle des Papes - Jeudi 7 Décembre 2012

" Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames et Messieurs les Professeurs et chers collaborateurs,

C'est avec une grande joie que je vous accueille à la fin des travaux de votre Assemblée plénière annuelle. Je salue cordialement votre nouveau président, l'évêque Gerhard Ludwig Müller, que je remercie pour les paroles qu'il m'a adressées au nom de tous, ainsi que le nouveau Secrétaire Général, le Père Serge-Thomas Bonino.

Votre session plénière a eu lieu dans le contexte de l'Année de la Foi, et je suis profondément heureux que la Commission théologique internationale ait voulu montrer son soutien à cet événement ecclésial, à travers un pèlerinage à la Basilique de Santa Maria Maggiore, dans le but de confier à la Vierge Marie, Praesidium fidei, le travail de votre Commission, et de prier pour tous ceux qui, in medio Ecclesiae, sont dédiés à mener à bien la compréhension de la foi, pour le bénéfice et la jouissance de tous les croyants spirituels. Je vous remercie pour ce geste extraordinaire. Je tiens à exprimer ma gratitude pour le message que vous avez rédigé en cette Année de la Foi. Il illustre bien la manière spécifique dont les théologiens, servant fidèlement la vérité de la foi, peuvent participer à l'effort missionnaire de l'Eglise.

Ce message reprend les thèmes qui sont développés plus en détail dans le document « La théologie d'aujourd'hui. Perspectives, principes et critères », publié plus tôt cette année. Prenant note de la vitalité et de la diversité de la théologie après le Concile Vatican II, le présent document se propose de présenter, pour ainsi dire, le code génétique de la théologie catholique, c'est-à-dire les principes qui définissent son identité et, par conséquent, garantissent son unité, dans la diversité de ses réalisations. Pour ce faire, le texte clarifie les critères d'une théologie vraiment catholique, et donc en mesure de contribuer à la mission de l'Eglise qui est d'annoncer l'Évangile à tous les hommes. Dans un contexte culturel où certains sont tentés, ou de priver la théologie de statut académique, en raison de son lien intrinsèque avec la foi, ou, quelle que soit la taille de la théologie croyante et confessionnelle, de la confondre et de la réduire aux sciences religieuses, le document rappelle à juste titre que la théologie est inextricablement confessionnelle et rationnelle, et que sa présence au sein de l'établissement d'enseignement fournit ou doit fournir une vision large et complète de la raison humaine.

Parmi les critères de la théologie catholique, le document mentionne l'attention que les théologiens doivent accorder au sensus fidelium. Il est très utile que votre Commission ait également mis l'accent sur ​​cette question, qui revêt une importance particulière pour la réflexion sur la foi et la vie de l'Église. Le Concile Vatican II, qui confirme le rôle spécifique et irremplaçable du Magistère, a souligné, toutefois, que tout le Peuple de Dieu participe à la fonction prophétique du Christ, accomplissant ainsi la volonté exprimée par Moïse inspiré, « Puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit ! »(Nm 11:29). La Constitution dogmatique Lumen gentium enseigne sur le sujet : « L'ensemble des fidèles, ayant l'onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2,20.27), ne peut se tromper en matière de foi et l'exprime, dans le sens surnaturel de la foi de toutes les personnes, lorsque, des évêques jusqu'au dernier des fidèles, ils montrent un accord universel en matière de foi et de morale »(n. 12). Ce don est le sensus fidei, et le croyant a une sorte d'instinct surnaturel qui a une durée de connaturalité avec l'objet même de la foi. Nous notons que de simples fidèles portent en eux cette assurance, cette assurance de la signification de la foi. Le sensus fidei est un critère pour discerner si, oui ou non, une vérité appartient au dépôt de la tradition vivante apostolique. Il a également une valeur propositionnelle, parce que l'Esprit Saint ne cesse de parler dans les églises, et de les conduire à la vérité tout entière. Aujourd'hui, cependant, il est particulièrement important de clarifier les critères qui distinguent le sensus fidelium authentique de ses contrefaçons. En fait, ce n'est pas une sorte d'opinion publique de l'Église, et il est impensable de parler d'être en mesure de contester les enseignements du Magistère ; de même, le sensus fidei ne peut pas croître dans le croyant authentique, sauf dans la mesure où il participe pleinement à la vie de l'Eglise, ce qui nécessite une adhésion responsable à son magistère et au dépôt de la foi.

Aujourd'hui, ce même sens surnaturel de la foi des croyants conduit à réagir avec vigueur, même contre l'idée que les religions, en particulier les religions monothéistes, sont intrinsèquement porteuses de violence, principalement en raison de l'affirmation selon laquelle elles avancent l'existence d'un vérité universelle. Certains croient que seul le « polythéisme des valeurs » peut garantir la tolérance et la paix civile, dans l'esprit d'une société démocratique et pluraliste. En ce sens, votre étude sur « le Dieu Un et Trine et l'unité des hommes. Le christianisme et la religion monothéiste » renvoie à la réalité vivante. D'une part, il est essentiel de se rappeler que la foi en un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, répond aux besoins de la réflexion métaphysique rationnelle, qui n'est pas affaiblie, mais renforcée et approfondie, par la révélation du mystère de Dieu Un et Trine. D'autre part, il convient de noter que la forme de la révélation finale du mystère de Dieu se manifeste dans la vie et la mort de Jésus-Christ, qui répond à la Croix comme « un agneau conduit à l'abattoir » (Is 53:7). Le Seigneur est venu pour rejeter, d'une manière radicale, toute forme de haine et de violence, en faveur de la primauté absolue de l'agapè. Si donc, dans l'histoire, il y a eu des formes de violence faite au nom de Dieu, celles-ci ne doivent pas être attribuées au monothéisme, mais à des causes historiques, principalement en raison d'erreurs humaines. C'est plutôt l'oubli de Dieu, pour immerger les sociétés humaines dans une forme de relativisme, qui engendre inévitablement la violence. Lorsque vous refusez l'occasion pour chacun de se référer à une vérité objective, le dialogue est rendu impossible et la violence, qu'elle soit déclarée ou cachée, devient la règle des relations humaines. Sans ouverture sur la transcendance, qui lui permet de trouver des réponses à des questions sur le sens de la vie et la manière de vivre d'une façon morale, sans cette ouverture, l'homme devient incapable d'agir conformément à la justice et pour la paix.

Si l'échec de la relation entre l'homme et Dieu apporte avec lui un profond déséquilibre dans la relation entre les hommes eux-mêmes, la réconciliation avec Dieu, faite par la Croix du Christ « notre paix » (Ep 2:14) est la source fondamentale de l'unité et de la fraternité. Dans cette perspective, elle renvoie également à votre réflexion sur le troisième thème, celui de la Doctrine sociale de l'Église dans la Doctrine de la Foi. Il confirme que la doctrine sociale n'est pas une addition extrinsèque, mais sans pour autant négliger la contribution d'une philosophie sociale, tire ses principes sous-jacents aux sources mêmes de la foi. Cette doctrine vise à rendre effectif, dans la grande diversité des situations sociales, le nouveau commandement que le Seigneur Jésus nous a laissé : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez uns les autres » (Jn 13:34).

Nous prions pour que la Vierge, modèle de l'Immaculée pour l'auditeur qui médite la Parole de Dieu, vous obtienne la grâce de servir toujours avec joie la compréhension de la foi pour le bénéfice de toute l'Église. Renouvelant l'expression de ma profonde gratitude pour votre service à l'Eglise, je vous assure de ma proximité constante dans la prière et donne de tout coeur à vous tous ma Bénédiction apostolique. "

Bonne journée à tous.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 653384 )Rappel sur le code génétique de la théologie catholique. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-09 06:36:38) 
[en réponse à 653383]

Rebonjour,

Voici :

Le code génétique de la théologie catholique - R. P. Serge-Thomas Bonino, O.P., Secrétaire général de la Commission théologique internationale

" Pressée par l’Esprit, l’Eglise mobilise aujourd’hui toutes ses énergies en vue de la « nouvelle évangélisation ». La théologie catholique ne peut rester en marge de ce mouvement de fond. Toutefois, pour jouer au mieux son rôle irremplaçable dans la mission de l’Eglise, elle se doit d’être fidèle à sa nature spécifique. Or, dans le contexte actuel, différents facteurs, tant internes qu’externes, viennent troubler la juste perception de cette nature. A l’intérieur, la théologie catholique est menacée de fragmentation. D’une part, en raison d’une légitime spécialisation qui découle de leur exigence même de scientificité, les diverses disciplines théologiques tendent à s’éloigner les unes des autres et en viennent parfois à s’ignorer. Biblistes, dogmaticiens ou moralistes vivent trop souvent sur des planètes différentes. D’autre part, la non moins légitime revendication de pluralisme à l’intérieur de la théologie catholique sert parfois à justifier l’idée fausse selon laquelle les diverses théologies seraient « incommensurables » les unes aux autres : la diversité extrêmes des contextes culturels et des points de vue méthodologiques rendrait impossible tout dialogue et interdirait toute évaluation critique mutuelle. En effet tout dialogue suppose la référence commune à une vérité objective et universelle. A l’extérieur, en vertu d’une légitime différenciation des savoirs, la théologie n’a plus le monopole des questions religieuses. Bien plus, elle doit désormais défendre son droit à l’existence face à la philosophie de la religion ou aux sciences religieuses. La préjugé rationaliste selon lequel la nature « confessante » de la théologie nuirait à son objectivité conduit ainsi à une marginalisation progressive de la théologie dans le monde universitaire.

Il est donc vital pour la théologie catholique de se redire à elle-même ce qu’elle est et doit être et de le signifier à ceux avec qui elle est amenée à collaborer dans le concert des sciences. Dans cette perspective, les théologiens de la Commission théologique internationale (CTI) viennent de publier à l’intention de leurs collègues un document intitulé : « La théologie aujourd’hui : perspectives, principes et critères ». Ce document se propose « d’identifier les traits communs qui distinguent la théologie catholique. Il examine les perspectives et les principes de base qui sont caractéristiques de la théologie catholique, et il présente des critères en fonction desquels des théologies diverses et variées peuvent néanmoins être reconnues comme authentiquement catholiques et comme prenant part à la mission de l’Église catholique, qui est d’annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes de toutes les nations, races, peuples et langues » (n° 3). Bref, le document rappelle le code génétique de la théologie catholique, c’est-à-dire les principes qui définissent son identité et, par conséquent, garantissent son unité dans la diversité même de ses réalisations concrètes. A partir de ces principes de base, le document déduit de façon systématique un certain nombre de critères qui permettent de déterminer si un enseignement ou une œuvre se conforment ou non à la méthodologie propre à la théologie catholique.

Pour ce faire, le document procède en trois étapes qui correspondent à trois chapitres. Dans le ch. 1, la CTI situe l’entreprise théologique à l’intérieur du dialogue entre Dieu et l’homme. En lui adressant la Parole, Dieu prend l’initiative de se faire connaître de l’homme et d’entrer en relation avec lui. L’homme répond à cette initiative par la foi et accueille ainsi le don de Dieu dans sa vie. Comme la Parole de Dieu a un contenu intelligible et qu’elle est nourriture et lumière pour l’intelligence, la foi fait naître spontanément dans l’esprit du croyant le désir de comprendre ce qu’il croit. Telle est la source et la motivation de la démarche théologique. Fides quaerens intellectum.

Parce qu’elle est intrinsèquement dépendante de la foi, la théologie ne peut s’exercer qu’in medio Ecclesiae, au cœur même de l’Eglise. Le théologien catholique se place sous la Parole de Dieu transmise dans l’Eglise par la Tradition apostolique. La foi de l’Eglise est donc, pour lui, « sa source, son contexte et sa norme » (n° 15). Le chapitre 2 – « Demeurer dans la communion de l’Eglise » - dégage quelques conséquences de cette relation constitutive de la théologie à la foi et à la vie de l’Eglise. Le théologien se doit d’être attentif au sensus fidelium du peuple chrétien et il adhère de façon responsable aux enseignements du Magistère puisque celui-ci a compétence pour « donner une interprétation authentique de la Parole de Dieu transmise par l’Écriture et la Tradition » (n° 44). Il se doit aussi d’être à l’écoute de ce que l’Esprit dit aux Eglises à travers les « signes des temps ». Une section originale du document souligne combien il est important que le théologien s’insère dans cette communauté fraternelle de foi, de vie chrétienne et de recherche intellectuelle que forment l’ensemble des théologiens.

Le chapitre 3 envisage plusieurs problématiques qui sont liées à la dimension proprement scientifique de la théologie. A travers un bref parcours historique, la CTI rappelle que l’exigence de vérité et de scientificité a toujours habité la théologie et qu’elle explique son compagnonnage, à la fois fructueux et tumultueux, avec la philosophie. Face aux risques d’éclatement ou de dilution qui menacent aujourd’hui la théologie catholique, elle met en valeur sa spécificité épistémologique et son principe fondamental d’unité : la théologie envisage toutes choses sub ratione Dei, à la lumière du mystère de Dieu révélé dans sa Parole. Enfin, elle attire l’attention sur la dimension sapientielle de la théologie et sur ses conséquences.

Le document « La théologie aujourd’hui » n’a pas la prétention de renouveler l’auto-compréhension de la théologie catholique. Il est donc logique qu’il se réfère abondamment aux textes déjà existants qui posent les bases de la théologie ou mettent en lumière la vocation ecclésiale du théologien. Toutefois, il prend acte de certaines perspectives actuelles (comme la participation accrue des laïcs à la vie théologique) et de certaines problématiques liées à l’évolution culturelle récente (comme, par exemple, la marginalisation de la théologie dans le monde universitaire).

Une des caractéristiques majeures de ce document est de mettre fortement l’accent sur ce qui peut sembler un paradoxe de la théologie catholique : elle est à la fois, par sa nature même, pleinement « confessante » et pleinement scientifique. Loin de se contredire, ces deux dimensions se confortent.

Pleinement « confessant », le métier de théologien est une authentique vocation dans l’Eglise et, s’il est vécu selon toutes ses exigences, il constitue un chemin de sainteté. La pratique de la théologie appelle de soi une vie théologale intense et elle suscite une spiritualité originale : « l’amour de la vérité, la disponibilité à la conversion du cœur et de l’esprit, l’effort pour tendre vers la sainteté et l’engagement en faveur de la communion et de la mission de l’Église » (n° 93).

Cette forte implication spirituelle et ecclésiale du théologien ne nuit en rien à la dimension objective et scientifique de la théologie. Au contraire, elle place le théologien dans les meilleures conditions qui soient pour aborder son sujet – le mystère de Dieu révélé - pour ce qu’il est vraiment. Il est en effet tout à fait réducteur au plan épistémologique de réserver le monopole de la rationalité aux sciences qui se prétendent « neutres » ou « extérieures ». La raison n’est pas moins raison lorsqu’elle s’exerce et se déploie à partir d’un donné qu’elle reçoit que lorsqu’elle tire ce donné de son propre fonds. C’est la vérité qui importe à l’intelligence et non d’abord la manière dont elle entre en possession de cette vérité. Authentique opus rationis à l’intérieur de la foi, la théologie a donc toute sa place dans le concert des sciences. La présence, humble et forte, de la théologie au cœur des institutions universitaires garantit la pleine ouverture de l’intelligence humaine à la vérité comme telle et elle constitue une invitation à la vocation ultime de la vie intellectuelle : la sagesse. Comme le déclarait en 2006 Benoît XVI dans son célèbre discours à l’université de Ratisbonne : il est urgent de « surmonter la limitation autodécrétée de la raison à ce qui est susceptible de falsification dans l’expérience et d’ouvrir de nouveau à la raison tout son espace. Dans ce sens, la théologie, non seulement comme discipline d’histoire et de science humaine, mais spécifiquement comme théologie, comme questionnement sur la raison de la foi, doit avoir sa place dans l’Université et dans son large dialogue des sciences. » "

A bientôt.

Scrutator.