Le Forum Catholique
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( 652529 )
herméneutique et Wikipédia par jejomau (2012-12-02 21:58:03)
Sur
wikipédia, il y a article assez fourni portant sur l'herméneutique.
Cependant dans
la section : "
Religion et théologie[modifier]", il est
indiqué que : "
cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue."
Il me semblait interessant de placer quelques lignes sur l"
herméneutique de la continuité" prôné par Benoît XVI (
lien)
Quelqu'un aurait-il des idées pour mettre un article assez synthétique et complet toutefois sur ce sujet ?

( 652539 )
Je me permets de vous guider vers ces articles. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-02 23:51:28)
[en réponse à 652529]
Bonsoir jejomau,
A ma connaissance, c'est le dominicain Claude GEFFRE qui est le théologien contemporain en langue française qui est allé le plus loin, en direction de la rencontre entre herméneutique et théologie, voire de la soumission, à l'herméneutique, de la théologie.
1. Voici d'abord ses principaux ouvrages dans ce domaine, aux éditions du Cerf :
Un nouvel âge de la théologie.
Le christianisme au risque de l'interprétation.
Croire et interpréter.
2. Voici ensuite quelques textes du Père GEFFRE ou sur le Père GEFFRE, qui permettent de comprendre le sens de toute cette entreprise intellectuelle.
Le christianisme au risque de l'interprétation, dans Erudit.
Croire et interpréter, dans Erudit.
Croire et interpréter, dans Esprit et Vie.
Le tournant herméneutique de la théologie.
3. Tout ceci devrait vous permettre de comprendre encore mieux quelle est la signification du passage
- d'une théologie "classique" adossée à la question de l'être, à la raison métaphysique,
- à une théologie adossée à la question du sens, à la raison herméneutique.
4. Le Père GEFFRE s'exprime, le plus souvent, d'une manière extrêmement claire, je dirais même agréable à lire ; pour autant, j'espère que l'on peut ne pas être d'accord avec la place que sa vision de l'évolution de la théologie contemporaine occupe dans le paysage intellectuel catholique.
5. De même qu'il n'est pas normal, ou pas raisonnable, que l'exégèse historico-critique ait occupé hier, ou occupe peut-être encore aujourd'hui, une position presque hégémonique, de même, il n'est pas plus normal, ou pas plus raisonnable, que la théologie herméneutique occupe la place prépondérante qui semble vraiment être la sienne aujourd'hui.
6. L'exégèse historico-critique, comme son nom l'indique, est historico-critique ; eh bien, je n'hésite pas à dire que la théologie herméneutique, comme son nom ne l'indique pas, amène, ou en tout cas peut amener, ceux qui ne jurent que par elle, à avoir à la fois
- une relation adogmatique à la religion chrétienne,
- une religion acritique aux religions non chrétiennes.
7. C'est de nature à expliquer pourquoi la théologie herméneutique a été l'antichambre, ou l'une des antichambres, de la théologie du pluralisme religieux, ce qui a aboutit, dans le cadre du développement de la réflexion du Père GEFFRE, à l'ouvrage suivant :
De Babel à Pentecôte.
8. J'ai la chance de disposer de quelques-uns de ces ouvrages à la maison, je les recommande sans hésiter, tout en "sollicitant l'autorisation", si je puis m'exprimer ainsi, de ne pas être d'accord avec ce "nouvel âge" ou ce "tournant herméneutique" de la théologie, car l'un et l'autre peuvent vraiment donner la tentation de faire l'impasse, non sur la dimension interrogative, ni sur la dimension interprétative, de la théologie, mais sur les dimensions d'interpellation et d'interposition qui sont également propres, je le crois, à toute théologie chrétienne un tant soit peu confessante, et pas avant tout ni seulement dialoguante,
- d'une part, pour interpeller le destinataire de tout discours théologique chrétien, dans une logique d'exhortation à la conversion,
- d'autre part, pour interposer tout discours théologique, entre la vérité et les erreurs, dans une optique d'annonce ou d'exposition de l'une, et de confrontation ou de dénonciation des autres.
Il se fait tard, je viens d'écrire ce qui précède à toute vitesse, donc je vous remercie par avance pour votre compréhension, si ce n'est pas très clair, mais j'ai fait ce que j'ai pu, et je vous souhaite une bonne nuit.
Scrutator.

( 652541 )
Vous voulez parler de "l'herméneutique de la réforme". par Scrutator Sapientiæ (2012-12-03 00:14:44)
[en réponse à 652529]
Rebonsoir,
Ceci est un petit clin d'oeil : dans votre message, vous parlez de "l'herméneutique de la continuité" prônée par Benoît XVI.
Or, je viens de relire les passages les plus importants, sur cette question, du fameux discours du 22 décembre 2005.
Il n'y est pas question d'une "herméneutique de la continuité", mais il y est question d'une "herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Eglise."
Ce n'est pas parce que Benoît XVI s'oppose à l'herméneutique de la "discontinuité" ou de la "rupture" qu'il le fait en mettant en avant une "herméneutique de la continuité", si l'on considère la formule à laquelle il recourt dans toute son exactitude.
Cette précision me semble importante ; cela ne veut pas dire que Benoît XVI n'est pas, à sa manière, "continuiste", mais cela veut dire que dans son discours, et au moins à deux endroits, on trouve bien l'expression : "herméneutique de la réforme", et non l'expression : "herméneutique de la continuité".
Bonne nuit.
Scrutator.

( 652547 )
herméneutique de la réforme par jejomau (2012-12-03 07:16:13)
[en réponse à 652541]
Exact. C'est ce que je voulais dire.
Merci par ailleurs pour les références concernant le Père Greffe. La théologie herméneutique, dites vous, peut amener à "une relation adogmatique à la religion chrétienne", (ou)(et) à une "religion acritique aux religions non chrétiennes"( = relativisme).
Ces effets ne sont-ils pas évidents à partir du moment où le travail de cette science n'est plus fondé sur la Tradition autorisée dont est dépositaire l'Eglise ?
Il me semble que le rapport des sciences nouvelles (au sein de l'Eglise) qui se sont dévelloppées depuis un ou deux siècles trouve souvent son point de rupture dans un éloignement ou une négligence par rapport au dépôt de la Tradition qui est constitutive au Magistère de l'Eglise. C'est vrai en d'aurtres domaines, non ?

( 652548 )
Merci beaucoup + Précisions très rapides. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-03 08:05:51)
[en réponse à 652547]
Bonjour jejomau, et merci beaucoup pour votre message.
Avec d'autres bien sûr, je dirai même avec vous tous, vous exercez une véritable mission de service public, sur le Forum catholique.
1. Dans la phrase que vous reproduisez dans votre message, il fallait lire, bien entendu, que la théologie herméneutique peut amener
- à une relation adogmatique à la religion chrétienne,
et / ou
à une RELATION acritique aux religions non chrétiennes.
2. Je ne connais pas beaucoup de choses, je ne m'exprime que sur les choses que je connais, et je ne m'aventurerai donc pas à l'intérieur des autres domaines auxquels vous faites allusion, et qui peuvent aussi bien renvoyer à l'utilisation de la psychanalyse, ou à celle de la sociologie, encore faudrait-il dire lesquelles, aux confins, sinon au sein même, de ce que l'on pourrait appeler la théologie du fait religieux.
3. Pour en revenir au nouvel âge ou au tournant herméneutique de la théologie contemporaine, je voudrais dire deux choses :
Il fut un temps, on parlait d'apologétique, puis on s'est mis, au plus tard à partir du début des années 1970, à parler de théologie fondamentale : on a changé d'instrument de pensée, avec le risque de changer d'objectif de pensée, puisque l'on est passé d'une apologétique "contre-offensive", notamment vis-à-vis de la modernité, à une théologie beaucoup plus "compréhensive", par rapport à celle-ci.
Dans le même temps, on a quitté les ou les camps de base intellectuels traditionnels, Platon, Aristote, Saint Augustin, Saint Thomas, pour aller vite, et on a rejoint des camps de base moins grecs ou latins et plus germains, pour se poser de nouvelles questions, ou pour apporter de nouvelles réponses à des questions anciennes, mais aussi pour se mettre davantage en phase avec la modernité intellectuelle, ou avec l'idée que l'on en avait ou que l'on s'en faisait alors.
Et c'est ainsi que l'on a commencé à se tourner, d'abord avec Kant et vers Hegel, ensuite, et par exemple, vers Heidegger et vers Lévinas.
Cela a permis à certains de venir à bout d'un certain type de complexe d'infériorité intellectuelle, qui était ressenti, sinon exprimé, à l'égard de ces auteurs, et à l'égard des philosophes, chrétiens ou non, ou des théologiens, notamment protestants, qui, les premiers, s'étaient tournés vers ces auteurs.
4. Qu'en est-il résulté ? Là encore, pour aller vite, je dirai ceci : à l'exigence de contemplation verticale de l'Etre, et d'exhortation à la contemplation verticale de l'Etre, a succédé l'incitation ou l'invitation à la conversation horizontale sur le Sens (dans les deux sens du mots sens : par exemple, la direction du devenir des religions ET la signification de ce qu'il représente)
5. Relisez les pages 65 à 69 du livre Entrez dans l'Espérance, de Jean-Paul II, et vous prendrez toute la mesure du problème : quand on pense que le chapitre concerné est intitulé "Quelles preuves avons-nous de l'existence de Dieu", et quand on voit que, dans ce même chapitre, Jean-Paul II "convoque", aux côtés de Saint Thomas, Kant, bien sûr, mais aussi, notamment, Eliade et Lévinas, il y a des questions à se poser.
6. Une théologie moins confessante que dialoguante, et qui prend moins appui sur LA Parole de Dieu que sur le visage de l'homme, est-elle encore une théologie, ou n'est-elle pas une anthropo-théologie ?
Bonne journée.
Scrutator.

( 652549 )
Il s'agit seulement par Jean Ferrand (2012-12-03 08:19:49)
[en réponse à 652548]
Il s'agit seulement de savoir si ces gens-là sont orthodoxes ou pas. Qu'en pensez-vous ?

( 652584 )
mais c'est que justement par jejomau (2012-12-03 11:22:36)
[en réponse à 652549]
savoir s'ils sont orthodoxes pouvait facilement être envisagés quand nous étions au démarrage de cette nouvelle théologie. Je pense d'ailleurs que ce fut le rôle du Syllabus, du serment ant-moderniste, des mises à l'index diverses concernant toute une période. L'Eglise tentait encore de contrôler le phénomène.
Mais les idées modernes qui ont envahi toutes ces sciences ne peuvent en effet être combattues qu'en allant à un retour aux souces aujourd'hui que les esprits sont littéralement imprégnés d'erreur depuis leur plus jeune âge. Une idée par exemple pour combattre ceci efficacement serait de : dévellopper les cours d'apologétique dans des collèges ou les lycées hors-contrat catholiques. Prendre les jeunes tôt. L'idée serait la formation des esprits sur une base scolastique. De même je suis toujours très surpris que les écoles hors-contrat n'enseignent que très peu ou pas le grec, antérieur a latin et qui semble nécessaire à l'Eglise...

( 652639 )
Mais, jejomau par Jean Ferrand (2012-12-03 16:18:56)
[en réponse à 652584]
Mais, jejomau, je ne dois pas suivre. Je dois avoir l'esprit trop lent. Je jugerais plutôt une doctrine ou un auteur à ses résultats finaux, à ses conclusions, voir s'ils sont conformes à l'enseignement pérenne de l'Eglise.
L'enseignement pérenne de l'Eglise ? Il est contenu dans le Credo de Nicée-Constantinople, dans les décrets des conciles oecuméniques et des papes. Je parle des dogmes. Dans le Catéchisme de l'Eglise catholique.
Un exemple : celui qui ne croit pas que Marie soit immaculée dans sa conception est un hérétique. Facile non ?
Quant aux remèdes ? Bien sûr l'esprit thomiste dans la formation du clergé, et le catéchisme dans la formation des laïcs.
Mais c'est l'idéal, qui présentement n'est pas appliqué, ou pas partout. Je ne vois guère pour nous que la prière.
Mais aussi les bons combats que nous menons déjà : pour la famille, pour le mariage chrétien, pour l'école, pour les démunis en songeant à leur éducation spirituelle, pour le culte authentique de Dieu, c'est-à-dire la liturgie etc...

( 652847 )
Vous avez raison sur les deux tableaux. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-04 23:27:41)
[en réponse à 652584]
Bonsoir et merci, jejomau.
D'une part, vous avez raison d'évoquer la nécessité
a) de reprendre périodiquement contact avec les fondements du modernisme, qui ont été, à l'époque, inventoriés ou répertoriés par le Saint Père et par le Saint Siège, dans une logique d'auto-défense disciplinaire et théologique, remédiatrice et sanctionnatrice,
b) de prendre conscience du fait que cette manière, herméneutique, d'adosser la théologie à une philosophie post-métaphysique, fait tellement partie du climat ambiant qu'elle est considérée comme allant de soi, comme évidente, comme totalement légitime, par bien des catholiques, qui en connaissent rarement les sous-bassements.
Il y a cinq ans, c'était le 100ème anniversaire de Lamentabili et de Pascendi ; il serait intéressant, en tout cas je le crois, de voir dans quelle mesure ces documents, en nous parlant du modernisme d'hier, nous parlent aussi, ne serait qu'en partie, du néo-modernisme ou de l'herméneutisme d'aujourd'hui.
D'autre part, vous avez également raison d'évoquer la nécessité de mener une contre-offensive académique, à l'intérieur des structures de formation de ceux qui seront les fidèles adultes de demain.
L'enjeu, j'essaie de le formuler comme je peux, n'est autre que la réception et la transmission
- des principes et fondements, réalistes et ouverts sur la réception de la transcendance,
et non
- des méthodes ou procédés, idéalistes et ouverts sur l'exaltation de l'immanence,
des principes et fondements de l'accès à la vérité objective, et de l'accueil de la vérité objective, dans le domaine religieux.
J'ajoute ici le point suivant :
Le catholique honnête homme, au sens de : le catholique qui pratique l'honnêteté intellectuelle, a vocation à être réaliste, à faire preuve d'objectivité, de tout son esprit et de tout son coeur, non seulement dans le domaine religieux, mais aussi dans les autres domaines ; c'est bien souvent ce qui fait de lui à la fois un fidèle exigeant, vis-à-vis de ceux qui sont à la tête de l'Eglise, et un citoyen exigeant, vis-à-vis de ceux qui sont à la l'Etat, exigeant s'entendant ici dans le meilleur sens du terme.
A l'opposé, et cela, je ne suis certainement pas le seul à l'avoir remarqué, le catholique qui n'adhère pas fermement à la vérité objective en matière religieuse n'adhère pas davantage à la vérité objective dans d'autres domaines, notamment dans sa relation à l'histoire passée et présente : c'est cette attitude là qui aboutit à ce que certains se conforment à l'esprit du temps ou se transforment en centristes suivistes, qui n'objectent presque jamais quoi que ce soit à personne, notamment s'ils confondent sincérité et véracité.
Or, il me semble que, en religion comme en d'autres domaines, il est possible d'adhérer sincèrement à une erreur, mais il me semble aussi que le fait d'y adhérer sincèrement ne transforme pas cette erreur en autre chose qu'une erreur.
Une dernière remarque : les théologiens herméneutes contemporains n'occupent pas tous nécessairement les lieux de pouvoir éditorial ou intellectuel qu'ils occupent parce qu'ils sont les meilleurs théologiens du moment, mais il est possible qu'ils les occupent en partie dans le cadre de la mise en oeuvre d'une stratégie collective de confiscation des places et de cooptation sur ces places.
C'est comme cela que cela se passe, à l'Université, dans certaines disciplines, en sciences humaines ou en sciences sociales, et je ne vois vraiment pas pourquoi cela fonctionnerait différemment, dans telle édition théologique ou dans tel institut théologique, compte tenu de ce qu'est devenu, depuis déjà plusieurs décennies, le paysage intellectuel catholique.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 652845 )
Hérésie : leur approche les met "à l'abri" du reproche. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-04 22:41:02)
[en réponse à 652549]
Bonsoir Jean Ferrand,
Je ne suis bien entendu ni le Fouquier-Tinville, ni le porte-parole de cette théologie herméneutique, mais il me semble que l'approche des adeptes ou apôtres de cette conception, post-métaphysique, de la théologie, les met, à tout le moins dans leur esprit, à l'abri du soupçon d'hérésie.
C'est une chose de considérer la théologie catholique avant tout comme un modèle ordonné, voire "fixiste" ou "statique", du point de vue des détracteurs de cette approche normativiste et objectiviste de la théologie.
C'est une tout autre chose de tenir la théologie catholique pour un processus en mouvement, doté d'une créativité indélimitée, du point de vue des partisans de cette approche "contextualiste" ou "perspectiviste" de la théologie.
Nous sommes à mon avis en présence de théologiens, ou plutôt d'herméneutes, qui nous condamnent à être les témoins et qui se condamnent à être les auteurs de dépassements permanents
- du "moins bien" théologique, qu'ils jugent issu du passé, et figé par le passé, ou plutôt : figé par leur conception dévalorisante du passé,
- par le "bien mieux" théologique, qu'ils jugent tourné vers l'avenir, et ouvert sur l'avenir, ou plutôt : ouvert sur leur perception survalorisante de l'avenir.
Ainsi, à leur place, je considérerais que même des théologiens aussi peu suspectables de néo-thomisme que les Congar, Rahner, Balthasar et de Lubac, sont aujourd'hui "dépassés", par la fécondité indéfinie du processus en mouvement qui caractérise cette théologie herméneutique.
Ce courant de pensée s'auto-proclame clairement ainsi : "LA pointe avancé de la théologie" ; "avancée", mais vers qui et vers quoi, ou plutôt, "avancée", mais pour dire quoi à qui ?
Et puis, si telle est bien LA pointe avancée de la théologie, est-ce à dire que les autres pointes de la théologie sont arriérées ou attardées, reculées ou refoulées, par quoi et pourquoi ?
J'ai déjà recouru à un certain nombre de néologismes, pour dire ma désapprobation, vis-à-vis de toute une vision des choses, selon laquelle le dialogue peut (doit ?) être considéré comme une fin en soi, ou comme une fin au service de la convergence entre les différentes croyances ou entre les différents croyants, au lieu d'être considéré comme un moyen au service de l'annonce, et au service d'une annonce exhortant, à la conversion, les croyants non chrétiens.
Je pense que deux des fondements du point de jonction qui est situé entre la théologie herméneutique et la théologie partisane du dialogue interreligieux, ou entre la théologie herméneutique et la théologie partisane du pluralisme religieux, peuvent être identifiés au moyen des deux néologismes suivants :
- d'une part, nous sommes en présence d'une "anthropodoxie" : la doxa sur Dieu ne découle plus avant tout de la Parole, inspiratrice, de Dieu, mais de la conscience de l'homme, qui, si j'ose dire, actualise la Parole de Dieu, en se l'appropriant, voire en se l'assujettissant ;
- d'autre part, nous sommes en présence d'une "pneumatokratie" : la puissance de l'esprit de Dieu est telle qu'il est plus ou moins inspirateur, au point d'être plus ou moins instituant, dans chacune des religions ou traditions sapientielles ou spirituelles de l'humanité.
La tâche à accomplir du théologien, ou plutôt de l'herméneutique, consiste alors à accompagner telle ou telle religion en direction des autres religions, afin que toutes les religions, finissent par s'accompagner elles-mêmes les unes les autres, sous la conduite et en direction de l'esprit, christique, si l'on veut, qui leur est commun.
Comment voudriez-vous pouvoir ou savoir qualifier d'hérétique "à l'ancienne" un auteur chrétien qui se situerait ainsi, aussi délibérément et aussi démesurément, "AILLEURS", par rapport à la théologie catholique, "AILLEURS", donc, y compris vis-à-vis de la vision ratzingérienne post-conciliaire de la théologie catholique ?
Je me demande parfois si les plus coupables ne sont pas, plutôt que ces auteurs, ceux qui les ont précédés et qui ne les ont pas recadrés, voire sanctionnés, pendant qu'il en était encore temps, ou leurs supérieurs passés et présents, au sein de leurs ordres respectifs, qui auraient dû pouvoir leur préciser ou leur rappeler, tout de même, ceci : la raison d'être d'un théologien catholique
- n'est certes pas de contribuer à la consolidation de la Foi catholique sur des bases réductrices ou schématiques qui seraient à la limite du simplisme, et il faut ici reconnaître qu'un certain type de néo-thomisme pré-conciliaire a pu donner l'impression de confondre, si je puis m'exprimer ainsi, fidélité à l'orthodoxie et répétition à l'identique,
mais
- n'est certes pas non plus de contribuer à la fragilisation de la Foi catholique des fidèles, en leur donnant à penser que la religion chrétienne est de même nature que les autres religions, ou que toutes les religions ou traditions sont quasiment toutes plus ou moins également légitimes, car quasiment toutes plus ou moins également inspirées par Dieu.
Je pense qu'il va falloir réhabiliter, non ma petite vision des choses, bien sûr, mais la vision suivante : l'appréciation selon laquelle il existe(rait) un bien commun spirituel situé, en un sens, par delà le vrai et le faux, en matière religieuse, ne dispense pas les catholiques, y compris les théologiens catholiques, de rappeler, en eux et autour d'eux, que ce n'est pas parce que le faux n'est pas totalement faux, en matière religieuse, que le vrai, inspiré ET instituant, dans la religion chrétienne, est, dans tous ses aspects et enjeux, exactement de même nature et de même portée que la part de vrai qui est présente dans telle ou telle religion non chrétienne.
J'espère que je ne me suis pas trop mal exprimé, ou que je ne me suis pas trop mal fait comprendre ; c'est à vous à m'aider à m'améliorer, par vos remarques ou par vos suggestions, dont je vous remercie par avance.
Je vous remercie pour vos messages, notamment sur cette question, et je vous souhaite une bonne nuit.
Scrutator.