Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=652475
images/icones/1v.gif  ( 652475 )craindre l'islam ? par jejomau (2012-12-02 15:40:44) 

L'islam deviendrait-elle une religion dont il faut se préoccupper ?

Newsva aborde le sujet :

La situation du monde arabe suscite une vive préoccupation. L’espoir qui a suivi la chute d’un certain nombre de dictatures a cédé la place à la crainte d’une islamisation de la région.


On oublie la crise syrienne, on sous-estime la crise égyptienne


De plus, le conflit syrien commence à être occulté par d’autres crises qui ont ressurgi sur la scène régionale, comme le regain de tension entre Israéliens et Palestiniens


L’Observateur du Saint-Siège voit des ambigüités dans le soi-disant printemps arabe. Au lieu de créer des sociétés plus ouvertes et tolérantes, c’est la tendance opposée qui s’affirme actuellement


images/icones/fleche2.gif  ( 652486 )Un ouvrage à paraître et une remarque à connaître. par Scrutator Sapientiæ (2012-12-02 18:00:07) 
[en réponse à 652475]

Bonjour et bon dimanche,

1. Voici un ouvrage à paraître à ce sujet :

La face cachée des printemps arabes.

2. Voici une remarque à connaître sur tout sujet :

la crise actuelle est aussi une crise du complément d'objet ; cette remarque n'est pas de moi, mais d'Alain FINKIELKRAUT, et voici pourquoi je crois que cette remarque est à connaître, à faire, et à faire connaître.

Stricto sensu, une expression telle que celle-ci : "Au lieu de créer des sociétés plus ouvertes et tolérantes, c’est la tendance opposée qui s’affirme actuellement" ne veut absolument rien dire de concret, de précis.

Il est question de regretter que le printemps arabe n'ait pas consisté à créer "des sociétés plus ouvertes", mais plus ouvertes sur quoi, ou moins fermées sur quoi, plus ouvertes par rapport à quoi, moins fermées vis-à-vis de quoi ?

Il est question de déplorer que le printemps arabe n'ait pas abouti à créer "des sociétés tolérantes", mais tolérantes à l'égard de qui et à l'endroit de quoi, ou non intolérantes par rapport à qui et vis-à-vis de quoi ?

Si l'on affirme et constate que les sociétés concernées, en aval du ou des printemps arabe(s) sont à la fois

a) plus ouvertes ou plus tolérantes qu'avant, par rapport à Mahomet, au Coran, aux hadits, à la charia, à l'Islam,

b) moins ouvertes ou moins tolérantes qu'avant, vis-à-vis des religions non musulmanes, des morales non musulmanes, et de ceux qui y adhèrent ou qui les pratiquent,

il me semble que la formulation est déjà plus concrète et plus concrète.

L'ouverture et la tolérance ne sont pas bonnes en elles-mêmes, et la fermeture et l'intolérance ne sont pas mauvaises en elles-mêmes : tout dépend des principes et des pratiques sur lesquels on est ouvert, ou, au contraire, des convictions, croyances, idéaux, valeurs, sur lesquels on est fermé.

Que je sache, dans sa propre vie personnelle, de même que l'on ne peut pas être ouvert sur tout, on ne peut pas être tolérant vis-à-vis de tout, et, notamment, vis-à-vis de principes ou de pratiques tout à fait contradictoires.

L'ouverture sur les autres, la tolérance, vis-à-vis des autres, à mon sens, est assimilable au fait d'avoir le sens de la personne face à toute personne, mais je ne suis pas absolument persuadé que ce soit dans cette acception là que l'on parle de sociétés pas assez ouvertes ou tolérantes.

Imaginons que l'on dise de quelqu'un d'entre nous : "il est catholique, bien sûr, mais c'est quelqu'un qui n'est pas très ouvert : d'une part, il va à la messe en latin tous les jours, d'autre part, il lit beaucoup, bien sûr, mais quasiment rien, en dehors de la Bible et des Pères" : je répondrai alors que c'est déjà "pas mal du tout", d'être ainsi ouvert, qui plus est chaque jour, sur le saint sacrifice de la messe, d'une part, sur l'Ecriture et sur une grande partie de la Tradition, d'autre part.

Imaginons que l'on dise de quelqu'un d'autre : "il est un peu speed, bien sûr, mais c'est quelqu'un de très ouvert : tu n'as pas idée du nombre d'amis qu'il a sur F...k, du nombre de soirées et de sorties qu'il organise ou auxquelles il participe" : je répondrai alors que cela fait certainement de cette personne quelqu'un de très ouvert, en effet, sur ses amis, sur ces soirées et ces sorties.

Mais cela n'en fait pas nécessairement une personne ouverte sur d'autres pratiques culturelles ou sociales qui, dans l'absolu, ne sont ni meilleures, ni pires, mais différentes, et a priori tout aussi légitimes.

Je pense que vous comprenez où je veux en venir : l'ouverture et la tolérance ne sont pas bonnes par elles-mêmes, car tout dépend de ce sur quoi on accepte de ne pas être fermé et de s'ouvrir, et, à l'opposé, de ce sur quoi on décide de ne pas s'ouvrir, et de rester fermé.

A l'opposé...

Considérons un bref instant la deuxième et dernière partie de la phrase citée : "c’est la tendance opposée qui s’affirme actuellement".

Cette tendance opposée, on n'a presque rien dit sur elle, tant qu'on ne l'a pas caractérisée, id est tant que l'on n'a pas analysé, puis synthétisé, ses différents et principaux caractères.

Que devrions-nous vouloir, pour celles et ceux qui promeuvent ou subissent les conséquences islamisatrices du ou des printemps arabe(s) ?

Devrions-nous vouloir, "pour leur bien", un devenir collectif "à l'occidentale", id est un devenir collectif tellement "ouvert" et "tolérant" qu'il est de plus en plus fermé et intolérant, à l'égard de la présence active du christianisme, notamment dans l'esprit public et dans le corps social ?

Vous m'avez compris, ce qui précède ne fait pas de moi un "huntingtonien", mais il me semble que cette crise du complément d'objet aboutit à une imprécision dans la pensée, la parole et l'action, qui nuit à l'analyse des évolutions et des situations.

" Change We Can Believe In. "

"Nous pouvons changer, et nous pouvons y croire" : mais changer quoi, et le changer, pourquoi ? Croire en quoi, et pourquoi ?

" Le changement, c'est maintenant. "

Mais le changement de quoi, en quoi et pourquoi ? Et si, pour autant, le changement, c'est maintenant, on commence par quoi, on continue par quoi, on termine par quoi ?

Et surtout, le plus important : le changement, au service de quels objectifs, en vue de quels résultats, et avec quel potentiel de redéfinition des objectifs ou de remédiation aux résultats, en cours de mandat ?

Eh bien, face à "l'ouverture" et face à "la tolérance", je me pose exactement le même type de questions, comme vous l'avez compris.

A bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 652540 )"Des ambiguïtés"? par le torrentiel (2012-12-03 00:10:42) 
[en réponse à 652475]

Le fait de s'être à ce point trompé sur le devenir des printemps arabes, dont ce n'est pas parce que l'Occident ne l'aime pas que ces révolutions n'en poursuivent pas un chemin "en noir et blanc", ne fait que démontrer l'inanité d'un dialogue qui veut rester purement "théologique" avec quelque confession religieuse que ce soit (que je n'appellerai pas pour ma part des "fausses religions", car je ne vois pas où est le bénéfice d'insulter son prochain).


La "rhétorique", mais au-delà de la rhétorique, les blessures des musulmans ayant une conscience politique, s'annonçaient à qui voulait bien les entendre (il se trouve que j'ai été du petit nombre de ces afranchis, par le plus grand des hasards...) et n'attendaient qu'un catalyseur. Ce catalyseur est venu de tunisie, au grand étonnement des arabes eux-mêmes, et a été l'immolation par le feu (médiévale? Barrbare? L'acte désespéré d'un opprimé? Un peu tout cela à la fois?) de Mohamed bouazizi, déclenchant ce que notre presse a tout de suite appelé "la révolution du jasmin" pour donner à cet événement le goût apaisant du thé et s'en hypnotiser un peu comme dans la chanson de Leonard cohen.


Coment caractériser l'évolution des "printemps arabe"?


En blanc, comme l'émergence d'une véritable aspiration démocratique tempérée... en noir par un risque de théocratie salafiste, que l'"islamisme" du type "frères musulmans" ou "parti de la renaissance" en tunisie redoute comme les démocrates chrétiens pourraient redouter l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite en europe, toutes choses étant égales par ailleurs, selon l'expression consacrée.


Y a-t-il une "crise égyptienne"? Il y a des personnes qui remettent en cause la légitimité de l'Assemblée constituante, un Président qui, s'il n'avait pas augmenté son pouvoir, aurait été le jouet de l'armée et, face à cela, des pressions exercées contre lui "à sa droite" et "à sa gauche", celles de l'eglise copte n'étant pas les moindres, mais là encore, y a-t-il une réalité sociologique unique de l'eglise copte? Il y a "les coptes d'en bas", souvent persécutés lors de "descentes sauvages" dans leurs villages et que l'Ancien régime ne défendait pas, et les "coptes d'en haut" qui ont peur de perdre leurs privilèges.


En allant un peu plus loin, on peut se demander si on gagne beaucoup à faire exister confessionnellement et sociologiquement "la catégorie des "chrétiens d'Orient". Car la morgue de certaines dynasties libanaises, qui n'a rien à envier à la morgue dont on dit que Chenouda III a su faire preuve (les "Coptes d'en haut" étant protégés par l'Ancien régime , avec une femme du "pharaon" déposé qui était copte), ni à la morgue de bénéficiaires des largesses du régime sirien, cette morgue de classe pourrait bien conduire à mettre tous les "chrétiens d'Orient" dans le même sac, comme la décolonisation n'a jamais distingué entre les colons qui vivaient façon "couleur locale" et se mélangeaient aux populations autochtones et les riches propriétaires de "plantations", qui refusaient le verre d'eau aux appelés du contingent et n'avaient de commun avec les petits commerçants de la kasbah que d'être européens. S'ériger sans nuance en défenseur des "chrétiens d'Orient", c'est préparer un "jeu de massacre" aussi cruel que la fuite en avant réservée comme dernier refuge à tous les pieds noirs, ceux qui s'y refusaient risquant de disparaître, et au massacre des harkis; c'est prêter le flanc à des catégorisations faciles, qui sont toujours dangeureuses pour les plus exposés, "les rats" qui le pourront "quittant le navire", quand viendra le temps de la vengeance révolutionnaire que je n'appelle pas de mes voeux, mais qui est une donnée historique inévitable.


J'ajoute que, pour comprendre ces nuances, il faut se libérer de ses oeillaires et tenir a priori pour vrai et pour fondé ce que ressentent les uns et les autres.


Je donerai pour exemple que, quand j'habitais Paris, j'ai connu les deux catégories de coptes dont je parle ici, les "Coptes riches et suffisants", se prétendant de descendance princière de l'Egypte ancienne, rencontrés (et je n'en croyais pas mes oreilles) longtemps après les paysans qui avaient fui la persécution par leur assimilation indirecte avec les premiers. Si j'avais expliqué à ces paysans reconvertis dans la restauration ce que j'avais perçu de leurs correligionnaires plus fortunés et que j'écris icitout à fait librement, mon analyse les aurait indignés et ils auraient eu raison.


Les "temps révolutionnaires", dont je ne sais pus qui a écrit qu'ils "(voulaient) des moeurs atroces", demandent des descriptions un peu fines et précises, pour en limiter l'atrocité. La "crise du complément d'objet" dont parle Scrutator un peu plus bas ne facilite pas cette appréhension un peu moins partisane. Or il est de la première importance qu'on entre dans ces nuances, pour éviter à beaucoup d'être tués pour des motifs qui en feront peut-être des martyrs, mais leur appartenance à Jésus-christ les assimile au contre-témoignage de correligionnaires dont le comportement leur était tout à fait étranger et fait que leur martyre n'a plus du tout la même signification du point de vue de leurs persécuteurs.


Faut-il aller jusqu'à adopter ce point de vue pour le comprendre intellectuellement? Pas quand on tient à écrire une histoire en blanc ou noir. Mais oui, le point de vue de Julien l'apostat se défendait du point de vue romain. Certaines clarifications chrétiennes auraient peut-être évité de faire couler beaucoup de sang. Et si un dialogue est nécessaire au plus haut niveau des autorités religieuses, c'est celui, où il faut se préparer à recevoir beaucoup de blessures, que devrait entretenir le vatican avec des ouleimas aussi hostiles (et de l'audience) que le check Youcef El-karadaoui au qatar, auquel l'Occident laisse jouer son jeu sans prendre aucune précaution, car l'argent n'a pas d'odeur. Or le "jeu du qatar" (ou la politique qatari) est très intelligente du point de vue musulman.