Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 650769 )la fin du "soixantisme" par jejomau (2012-11-18 09:30:30) 

Un très bon METABLOG vraiment d'actualité puisque les faits donnent raison à Mr l'abbé Guillaume de Tanouärn . Extrait :

Vatican II reposait sur l'idée que le plus plausible était le scénario contraire : pour les Pères conciliaires qui vivaient une période faste de l'histoire de l'Eglise, on pouvait s'en remettre à une laïcité apaisée (à une laïcité que l'on appellera plus tard laïcité ouverte) pour gérer les structures sociales issues de 2000 ans de chrétienté. L'Eglise, elle n'avait plus à faire la police, à exercer quelque coercition morale que ce soit... puisque l'Etat s'en chargeait très bien. Dans un livre récent, Eglise conciliaire et années soixante (L'Harmattan éd., 25 euros), le sociologue belge Louis Rade propose d'appeler cette grande illusion qui n'est pas qu'au cinéma, le Soixantisme. Dont acte : parlons pour faire vite du Soixantisme, que le Concile a codifié et dont l'Eglise, autoproclamée conciliaire à l'époque, a fait l'atmosphère de son développement et très vite de son déclin. Il me semble que cette affaire du mariage homosexuel met fin au Soixantisme de manière officielle; Il y a eu l'avortement : on pouvait encore faire semblant de ne pas voir. Cette fois, on s'en prend - par le biais du langage - à l'institution elle-même. Le cardinal Vingt-Trois a bien compris et il s'est employé à faire comprendre à ses frères évêques que l'on ne pourrait plus faire semblant de rien, indéfiniment. L'Eglise devait prendre position dans ce qui apparaît dès maintenant comme ce que Christiane Taubira appelle elle-même "un problème de civilisation".

images/icones/neutre.gif  ( 650772 )Analyse intéressante par Aigle (2012-11-18 09:55:33) 
[en réponse à 650769]

Cette analyse se trouve aussi sous la plume du cardinal Ratzinger - qui a aussi parlé d'"esprit kennedyen".

D'accord avec ce Belge qui explique finalement que la querelle Eglise/Etat laique n'a plus lieu d'être dès lors que l'Etat partage les mêmes valeurs que l'Eglise - finalement la morale de Jules Ferry était la notre.

Mais je ne crois pas que le projet de loi actuel marque le point final.

Dès les années 68, la morale légale s'est séparée de celle de l'Eglise - voyez Humanae vitae qui est en contradiction complète avec les évolutiques législatives dès la fin des années 1960.

L'étonnant est que nos évêques n'aient point vu cela et pas dit grand chose - malgré les objurgations répétées du Bienheureux Pape Jean Paul II.

Avec ce projet de loi, les yeux et les bouches s'ouvrent - avec 40 ans de retard... On constate aujourd'hui que le "monde" avec lequel le concile voulait dialoguer était un monde resté finalement christianisé dans ses profondeurs mais sur le point de mourir et de laisser place à un monde nouveau et profondément déchristianisé.
images/icones/1j.gif  ( 650890 )et ce "mariage" aura une conséquence lourde par blamont (2012-11-19 01:32:39) 
[en réponse à 650772]

pour les régimes de retraite par répartition:
en effet, il faudra verser des pensions de réversions au titre de cotisants qui jusqu'à présent laissaient à leur décès un bénéfice technique et financier aux divers régimes puisque leurs rentes à verser ou versées s’éteignaient.

cela n'améliorera pas le déficit existant et s’accroissant.

Une solution déjà utilisée le 18 mars 2011 pour ARRCO & AGIRC:
sabrer encore plus les majorations de rente pour enfants élevés déjà massacrées jusqu’à leur disparition.

C'est vrai quoi, il faut savoir être solidaire.

images/icones/fleche2.gif  ( 651168 )Gaudium et Spes 2° partie, magna carta du soixantisme. par Scrutator Sapientiæ (2012-11-21 08:12:55) 
[en réponse à 650769]

Bonjour et merci, jejomau.

Je vous invite, en particulier, à relire, dans la deuxième partie de Gaudium et Spes, les chapitres II et IV.

On y a l'impression que, dans l'esprit de leur auteurs, il suffit de réunir "des conditions techniques", des éléments séculiers,

- des ingrédients culturels et matériels de civilisation de la cité,

- des instruments juridiques et politiques d'organisation de la cité,

ingrédients et instruments à caractère presque purement profane,

pour y faire apparaître et y voir se développer "des conduites humaines" d'inspiration explicitement humaniste et implicitement chrétienne.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 651336 )le début du cinquantisme. par Scrutator Sapientiæ (2012-11-22 08:00:01) 
[en réponse à 650769]

Rebonjour,

1. Le "cinquantisme", ses fondements, son contenu, se prêtait mal à une réception ultérieure non biaisée du Concile Vatican II ; c'est ce que je voudrais faire remarquer ici.

2. A partir de 1945, nous avons eu en effet

- l'accélération et l'amplification du passage d'une société rurale et traditionnelle à une société urbaine et industrielle,

- la bipolarisation entre l'Est et l'Ouest,

- la décolonisation du Sud vis-à-vis du Nord,

- la montée en puissance de la civilisation du divertissement, des désirs, des loisirs et des plaisirs,

- la reconstruction des économies et des sociétés sur des bases matérialistes et productivistes,

- la "sécularisation" du formatage de l'esprit public, notamment grâce à la presse magazine et aux stations de radio,

- la "sociétalisation" de la prise en charge du corps social, notamment grâce à l'Education nationale et à la Sécurité sociale.

3. Et surtout, dans le contexte interne propre à l'Eglise catholique, nous avons eu la naissance puis la croissance d'une vision des choses bi-partisane et manichéenne :

- d'un côté, les catholiques fidèles à Pie XII, "donc" fidèles à un passé de plus en plus dépassé, dans l'esprit des néo-modernistes et des néo-progressistes ;

- de l'autre côté, les catholiques confiants, notamment, en Teilhard, "donc" confiants en un avenir de plus en plus à venir, dans leur propre esprit.

4. Ce qui précède n'est pas une reconstruction rétrospective, au terme de laquelle je pourrais être tenté de dire : c'est la moindre des choses que Vatican II n'ait pas réussi, puisque, dès les années cinquante, les facteurs de réception ultérieure biaisée du Concile étaient réunis.

5. Ma vision des choses est tout autre : à mon sens, face à un monde confronté à une logique de mutation, l'Eglise aurait dû et pu répondre par la mise en forme puis en oeuvre d'un modèle de transmission de sa raison d'être et d'agir ; au lieu de cela, elle a surtout répondu par un processus de mutation de ses moyens d'être et d'agir, et notamment par un processus de mutation de ses structures et de ses relations, ad extra et ad intra.

6. Et le processus de mutation des instruments et des sacrements de l'Eglise a pris le pas sur le modèle de transmission des fondements et du contenu de la Foi.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 736705 )Je conseille vivement la lecture du livre de Louis Rade. par Scrutator Sapientiæ (2013-11-03 08:03:44) 
[en réponse à 650769]

Bonjour et bon dimanche à tous,

Je conseille tardivement et très vivement la lecture du livre de Louis RADE, "Eglise conciliaire et années soixante", à l'attention de ceux d'entre nous qui ne l'ont pas encore lu ; j'ai enfin lu ce livre hier soir.

Je considère pour ma part que presque tout commence en 1945, notamment parce que la théologie néo-moderne, qui a commencé à apparaître dès 1937, n'a pas donné lieu à une réception étendue, au cours de la seconde guerre mondiale, mais aussi pour d'autres raisons, caractéristiques de ce que j'appelle le cinquantisme.

Les huit dernières années du pontificat de Pie XII sont en effet annonciatrices et préparatoires, vis-à-vis du soixantisme, et ce que je viens d'écrire ne relève pas de l'appréciation rétrospective, mais de la perception d'une ambiance qui était manifeste à cette époque, y compris pour des raisons plus historiques ou politiques que doctrinales ou religieuses.

Le chapitre I du livre est consacré à une "vision du soixantisme", et il contient une analyse descriptive qui débouche quasiment sur une définition canonique de ce phénomène anthropologico-civilisationnel.

Les chapitres II, III, IV sont consacrés à l'analyse de l'amont, de l'aval, et des "problèmes de fonctionnalité" relatifs à Gaudium et Spes.

Les chapitres V et VI s'interrogent sur la notion d'adaptation et sur ses avatars ou dévoiements post-conciliaires.

Les chapitres VII et VIII posent bien le problème majeur auquel est confronté le catholicisme contemporain, sous l'angle de l'analyse motivationnelle : comment peut-on donc laisser entendre que le Concile Vatican II, prisonnier et serviteur de l'ambiance et du contexte soixantistes, a impulsé et incarné "le renouveau dans la continuité", alors qu'il a plus accueilli que combattu le passage du christianisme = religion du salut à un christianisme = religion du bonheur ?

Les chapitres IX et X s'attachent enfin à l'examen

- de certaines origines : un adogmatisme émancipateur, prétexté par un "biblisme" qui se voulait moins catholique mais plus chrétien que la focalisation antérieure sur le catéchisme et sur la dogmatique, notamment en ce qui concerne le péché originel et les fins dernières,

- de certaines conséquences : l'apparition d'un "effet charnière", à cause duquel on ne reviendra à l'essentiel

a) qu'après avoir laissé le soixantisme mourir de sa belle mort, car l'auteur semble craindre un possible réveil d'un soixantisme qui serait combattu d'une manière frontale,

b) qu'en revenant à ce qui est perçu, par les nostalgiques du soixantisme, comme un passé à tout jamais dépassé, en ce qui concerne la doctrine, la liturgie, la pastorale.

J'espère avoir donné envie d'acheter et d'étudier cet ouvrage, à propos duquel je n'ai qu'un regret majeur : l'absence de regroupement des orientations bibliographiques, alors que le livre comporte quelques dizaines de notes infrapaginales.

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.