Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 650313 )Le double langage de Rome par Theonas (2012-11-14 11:07:31) 

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Dans son sermon du 11 novembre, Mgr Fellay a levé le voile sur une interrogation majeure que nous étions nombreux à nous poser concernant les rapports entre Rome et la Fsspx et que j’ai plusieurs fois évoquée: le pape lui-même a bel et bien fait souffler le chaud et le froid sur la question du concile sans jamais avoir voulu faire la moindre concession quant à la nécessité de son acceptation. Conclusion: il y a bien eu tentative de manipulation de la part de Rome. Ces négociations ont donc jamais eu pour objet la réintégration de la Fsspx de la part de Rome. Le but était tout autre: la diviser pour l’affaiblir. Cette conclusion s’impose dès lors qu’il est évident que jamais la Fsspx n’aurait pu, sans voler en éclats, accepter ce que toute sa vie elle a combattu: le concile Vatican II. Toute cette opération n’est donc que de l’enfumage. Les traditionalistes ont été menés en bateau, n’ayons pas peur des mots. La Fsspx a cru en la loyauté de ses partenaires, mais ceux-ci n’avaient pas d’autres objectifs que de la tordre. Cette révélation est très grave, elle montre que Rome est plus que jamais embourbée dans l’erreur, qu’elle la revendique au point d’en faire une condition sine qua non. Rome aurait pu s’épargner une future mise à nue de ses erreurs en acceptant que la Fsspx soit réintégrée avec le droit de critiquer le concile Vatican II. Mais telle n’est pas la volonté de la Providence: celle-ci, c’est je crois la conclusion que nous devons tirer de cette triste affaire, veut amener Rome a résipiscence, pas question qu’elle se tire d’affaire en bottant discrètement en touche, elle devra publiquement dénoncer la défaillance des papes depuis Jean XXIII.
L’horizon s’obscurcit donc encore un peu plus. Prions le ciel que notre Pape ose enfin consacrer la sainte Russie au coeur Immaculé de Marie et que dans un ultime sursaut il abandonne les chimères modernistes consistant à vouloir marier le libéralisme avec la révélation. Le dénouement de notre crise est suspendu à ces deux actes.

images/icones/1h.gif  ( 650321 )Double langage ? par 8Charly (2012-11-14 12:26:48) 
[en réponse à 650313]

Il ne s'agit pas d'un double langage mais plutot d'une méprise de la part de ceux qui ont pu croire que si la FSSPX est réintégrée, c'est que Rome se serait convertie à leur position.

Comment imaginer une seule seconde Rome, refermant d'un geste auguste 50 ans de pratiques nées de VII et reviendrait au status quo antérieur ?

C'est oublier d'abord une chose : l'Eglise est multiple et il cohabite en Elle plusieurs sensisibilités, parfois opposées les unes aux autres. Elle se sent donc capable d'intégrer la FSSPX pour peu que les relations demeurent courtoises et filiales.La FSSPX serait une parmi d'autres.

Ensuite c'est oublier que 50 ans ont passé et que le catholicisme s'est profondément modifié, géographiquement et spirituelement : augmentation du role démographique des églises post VII (afrique Asie) des communautés nouvelles (charismatiques entre autres) qui n'ont connu que VII, cohabitation des rites ordinaire et extraordinaire....

Enfin, et c'est le plus important il n'y a pas eu la moindre remise en cause officielle du concile. Au contraire Rome croit en ce qu'elle fait quand elle dit continuer la mission des Apôtres.Il y a eu des exagérations dans l'application du Concile ? Certes nous allons revenir sur cela (y compris la forme de la messe)mais pas sur ce qui est fondateur.

C'est précisément ce point qui a été ignoré et que Mgr Fellay vient de mettre en avant (découvrir ?) dans son homélie du 11 novembre.
Et c'est la dessus que se jouera le destin de la FSSPX qui ne peut éternellement rester seule coupée de Rome.
images/icones/1f.gif  ( 650331 )cohabitation des rites ordinaire et extraordinaire. par blamont (2012-11-14 12:48:22) 
[en réponse à 650321]

certes mais dans des ilots ravitaillés par les corbeaux.

c''est de l'emfumage à gogos de première Grandeur, pratiqué de façon professionnelle par celles-ci.

combien de temps en 1969 pour tenter d'éradiquer le rite Pie V, par violence mentale et intimidation?

Trouve-t-on le même zèle épiscopal dans l'application du MP 2007 que dans celui de foutre en l'air le rite ancien à l'époque et toujours?

Comme disait l'autre (en VF), "je crains Rome surtout quand elle fait des cadeaux".
images/icones/hein.gif  ( 650351 )Certes par 8Charly (2012-11-14 15:18:11) 
[en réponse à 650331]

Certes mais sur le fond de ma réponse (la FSSPX a pris ses désirs pour des réalités alors que l'Eglise a évolué depuis VII) d'accord ou pas d'accord et quels sont vos arguments ?
images/icones/1e.gif  ( 650401 )VII ou V II? par AVV-VVK (2012-11-14 20:33:29) 
[en réponse à 650321]

Tout est dans le titre.
images/icones/bulle.gif  ( 650402 )Dingue. par Le Webmestre (2012-11-14 20:35:38) 
[en réponse à 650401]

Et les Règles du FC ? C'est pourtant l'une des (trop, mais bon…) rares pages du Forum qui subsistent.
images/icones/1g.gif  ( 650337 )Le pape ne s'est pas dédit par Gaudium (2012-11-14 13:35:45) 
[en réponse à 650313]

Extrait de la lettre de Benoît XVI au sujet de la levée de l'excommunication des quatre évêques de la FSSPX, en date du 10 mars 2009 :

"Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des Papes. (...) On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être bien clair pour la Fraternité."

Les choses étaient claires, non ?

De toute façon, il n'y a pas d'autre solution que d'accepter de recevoir Vatican II à l'intérieur de la Tradition de l'Eglise, quitte, s'agissant de certaines formules pouvant paraître obscures ou ambiguës, à "forcer" le texte par une interprétation traditionnelle officielle. Ce travail a déjà été engagé (sans doute trop lentement) ; j'en veux pour preuve le CEC, Dominus Iesus, ou encore le document de la CDF "Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine sur l’Église". Toute autre alternative n'est qu'illusion. Rome ne renoncera jamais à Vatican II (à mon sens avec raison). C'est beau de rêver, mais ça ne mène à rien.
images/icones/1a.gif  ( 650361 )Vous avez bien résumé! par Paxtecum (2012-11-14 16:04:28) 
[en réponse à 650337]

Il m'étonnera toujours que le discours soit plutôt de privilégier la recherche de ce qui peut justifier le rejet de VII, quitte aussi à faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas où à les tordre, aussi bien les textes du concile que les textes des papes précédents utilisés pour justifier ce rejet. Quelle énergie perdue!

Ma foi me porte plutôt à chercher à comprendre ce que veut m'indiquer VII pour notre temps en le lisant conformément au magistère de 2000 ans d'Eglise! Dieu nous parle même dans les soubresauts de notre temps, heureusement. Combien cette démarche est nécessaire pour notre siécle.

Il est terrible de voir certains vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain, qui est je vous l'accorde d'une saleté repoussante et mortelle, sauvons le bébé de ces tortionnaires et permettons enfin qu'il exprime sa Vrai vitalité!
images/icones/neutre.gif  ( 650368 )Il y a une différence par le torrentiel (2012-11-14 16:59:05) 
[en réponse à 650313]

entre "vouloir dégrader le concile" pour "réintégrer la fraternité", selon la chimère exprimée dans le sermon de mgr fellay dans un galimatias enfantin, et vouloir réintégrer la fraternité dans un souci de communion catholique, tout en la faisant s'acheminer vers une réception, même critique, du concile.


En matière de "deouble langage", la FSSPX n'a certainement pas de leçon à donner. En effet, dans les premières années de l'exercice du supériorat de mgr Fellay, celui-ci en appelait à la reprise du dialogue avec rome au nom de cette incongruïté que le seul oecuménisme qui semblait être exclus par le concile était le dialogue avec la FSSPX. Après quoi, il a osé dire que ce n'était pas la FSSPX qui demandait à être réintégrée dans la communion avec rome, mais que c'était rome qui demandait à réintégrer la fraternité. Sans parler de l'effet de balancier qui le fait, tantôt reconnaître la validité de la messe de Paul VI (sans jamais dire qu'elle était mauvaise) et tantôt, comme récemment, la comparer à une "messe noire". Le tout après avoir exclus mgr williamson pour graves manquements disciplinaires au respect de l'autorité de son supérieur général, quand ce même supérieur général se permet, dans des sermons adressés à de simples fidèles, de traiter des courriers émanant du pape en personne avec une légèreté dont on n'oserait même pas user vis-à-vis de courriers privés.


Je répondrai respectueusement pour finir au maître d'oeuvre du blog "escathon" qu'il a peut-être un prisme déformant pour essayer de lire les signes avant-coureurs de la parousie.




Cordialement

Le torrentiel
images/icones/bravo.gif  ( 650414 )La fameuse ligne de crête... par Babakoto (2012-11-14 22:12:16) 
[en réponse à 650368]

(si je me situe dans la ligne de votre synthèse très pertinente)...consiste à avancer des "constats" sans en tirer les conséquences théoriques et inversement, avancer des théories sans en tirer les conséquences pratiques.

Mgr Fellay appelle cela un "mystère", comme c'est joliment présenté.

Le jour où un mari couchera avec une autre femme et que sa femme dira qu'en pratique c'est vrai mais qu'il est impossible en théorie qu'il soit adultère, on aura un mauvais vaudeville. Quand il s'agit de la validité des sacrements de mariages et de pénitence, on peut parler de....
images/icones/neutre.gif  ( 650425 )Que les choses soient claires... par Theonas (2012-11-14 23:20:23) 
[en réponse à 650368]

c'est un fait que ce concile est une calamité, dans sa forme et dans son fond. La forme, le refus de la précision théologique au profit d'un langage recevable par le monde, a conduit à au renoncement de formuler avec exactitude la doctrine et au refus de condamner les erreurs, ce qui a permis toutes les récupérations. Le fond, des erreurs manifestes. La Fsspx l'a assez dénoncé pour que jamais elle ne puisse signer ce que Rome lui demande. Or Rome ne pouvait l'ignorer. Alors pourquoi tout ce feuilleton? Pourquoi avoir laissé croire à une réintégration possible sans reddition de la Fsspx sur le concile? Si Rome avait toujours eu cette intention il fallait le dire d'entrer, on se serait épargner bien des disputes au sein de la Fsspx. Ah oui, mais tiens, précisément, et si l'intention était qu'on se dispute? Alors là oui, effectivement tout devient clair.
images/icones/fleche2.gif  ( 650399 )Tout à fait d'accord avec vous par Vassilissa (2012-11-14 20:28:56) 
[en réponse à 650313]

sur le double langage et le piège tendu à la Fraternité. Les pires coupables sont ceux qui ont essayé de lui faire croire qu'on la reconnaîtrait sans condition. Je reconnais être tombée dans le panneau. La déception n'en est que pus forte.
images/icones/fleche2.gif  ( 650427 )Très rapidement, quelques remarques non polémiques. par Scrutator Sapientiæ (2012-11-15 00:03:40) 
[en réponse à 650313]

Bonjour et merci, Théonas.

Très rapidement, quelques remarques non polémiques.

1 - Il y avait déjà des risques ou des sources de confrontation ou de contradiction, au sein même de la FSSPX, en amont de l'ouverture des discussions doctrinales avec Rome ; j'ai déjà relevé ici-même qu'il y a eu, dans les années 2000, une formidable réfutation d'un propos de Mgr FELLAY du 11 mai 2001 : "le Concile, nous en gardons 95 %", par plusieurs clercs de la FSSPX, notamment lors de quatre symposiums théologiques, au cours desquels il a plutôt été précisé ou rappelé en substance que le pourcentage de ce qui était "gardable", dans le Concile, par et selon ces mêmes clercs de la FSSPX, était certainement beaucoup moins élevé que celui indiqué en 2001 par Mgr FELLAY ;

2 - Le Pape est avant tout le garant de l'unité de l'Eglise catholique, il n'est pas avant tout le garant de l'unité de la FSSPX ; cela signifie que sa "motion de synthèse", "le renouveau dans la continuité", est importante en tant que pierre d'angle au sein de l'Eglise - institution, même si cette pierre d'angle

a) brille plus par sa relative utilité pratique que par son absolue validité historique ou théorique (je dis bien "même si" et non "bien que")

b) constitue une pierre d'achoppement, entre l'Eglise - institution et la FSSPX, ou au sein même de la FSSPX.

3 - Il y a dans le positionnement actuel du Saint-Père, vis-à-vis du Concile, à la fois

a) le reflet d'une conviction personnelle, qui a été « ratzingérienne », hier, avant d’être « bénédictine », aujourd’hui,

ET

b) le reflet d'une logique d'appareil : l'appareil ecclésial.

Dans ce deuxième ordre d'idées, l'Eglise - institution n'a pas la possibilité d'accepter en son sein deux relations, explicites et officielles, au Concile, qui seraient toujours aussi diamétralement opposées,

- d'une part, la sienne propre,

- d'autre part, celle de la FSSPX,

id est celle d'une FSSPX réintégrée, qui continuerait à se livrer, mais cette fois-ci, depuis l’intérieur de l'Eglise, à une critique frondeuse et frontale du Concile, lequel est, depuis déjà cinquante ans, et peut-être bien pour encore cinquante ans, la "magna carta" de l'Eglise catholique...avec le succès que l'on connaît.

4 - Ce qui aurait peut-être pu être mis en avant, pour ainsi dire, par "les deux parties en présence", lors des discussions doctrinales, c'est ceci : il y a différents degrés d'adhésion au Concile, car il y a différents niveaux d'expression, au Concile :

- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, aussi adogmatique soit-elle, comme on adhère à une constitution liturgique ou pastorale ;

- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, comme on adhère à un décret d'application de cette constitution ;

- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, comme on adhère à une déclaration d'orientation générale, dans une matière particulière.

5 - De même, l'autorité d'un texte découle de l'importance de son contenu et de l'influence de son devenir, mais aussi de sa nature et de sa portée, de son fondement et de sa visée, et tous les textes du Concile

a) n'ont pas la même nature magistérielle ni la même portée pastorale,

b) n'ont pas le même fondement magistériel ni la même visée doctrinale.

6 - Or, à exiger une adhésion au Concile "en bloc", versus une critique du Concile "en bloc", on s'expose au risque d'obtenir

- une adhésion plus apparente qu'effective, silencieuse et en surface, une véritable restriction mentale, sélective et permanente, personnelle et collective, qui est celle, je le crois, de nombreux catholiques non "pidistes" qui, à tort ou à raison, croient savoir à quoi s'en tenir, sur la conformité à la Tradition du Concile, cette conformité s'étant manifestée, comme chacun le sait, d'une manière tout à fait éclatante et évidente, avant même la clôture du Concile, et surtout après...

ou

- une réactivation et une réaffirmation de la critique faciale et totale du Concile, notamment par la FSSPX, pour des raisons programmatiques ET psychologiques, d'autant plus qu'on est en droit de se demander si cette critique ne constitue pas, par moments, la pierre d'angle, le référentiel fondamental, au sein de la FSSPX...

7 - Je vous renvoie à cet extrait de l'homélie de Mgr FELLAY :

" Ça c’est l’amour de Jésus pour nous, et nous, nous aurions un doute ? Nous aurions un doute sur le fait qu’Il veut nous secourir, qu’Il veut nous aider ? Reprenons nos esprits. Reprenons la foi. Et même s’Il Se cache, s’Il redouble l’épreuve, ça ne fait rien, Il est le Maître absolu, de toutes choses. Il est capable de nous sauver dans la situation de l’Église actuelle comme dans le meilleur des temps. Et ce mystère va si loin, mes bien chers Frères, que ce pouvoir, cette puissance de sainteté, de sanctification, elle réside aujourd’hui encore dans cette Église que nous voyons par terre. Si nous avons la foi, c’est dans cette Église; si nous recevons la grâce du Baptême jusqu’au dernier des Sacrements, c’est dans et par cette Église. Cette Église qui n’est pas une idée, qui est réelle, qui est devant nous, que l’on appelle l’Église catholique et romaine, l’Église avec son Pape, avec ses évêques, qui peuvent être aussi en débilité - j’allais dire débiles - ça ne fait rien, le Bon Dieu ne laisse pas tomber Son Église. Mais à nous de ne pas nous laisser troubler, ne pas dire… puisqu’il y a l’assistance du Bon Dieu, tout est bon! "

Il y a là, à tout le moins, un déficit de diplomatie non négligeable.

Or, quand bien même les représentants de la FSSPX seraient capables de faire valoir leurs arguments avec pédagogie, que vaudrait cette pédagogie, ou par quelle miracle serait-elle appréciée avec bienveillance, si elle était dépourvue de diplomatie ?

8 - Je vois mal comment l'Eglise pourrait reconnaître, urbi et orbi, qu'elle s'est trompée, au moment, au moyen, en aval du Concile, alors qu'elle y a conféré une autorité doctrinale et pastorale à ce que l'on appelle, en droit administratif français, une "erreur manifeste d'appréciation", un peu, sur les autres confessions chrétiennes, beaucoup, sur les religions non chrétiennes, et surtout, sur l’homme et le monde modernes.

9 - Dans le meilleur des cas, Benoît XVI lui-même, ou son successeur, prendra chaque année un peu plus de distance avec les textes du corpus textuel conciliaire qui ont le plus contribué à l'apparition puis à l'affirmation du climat mental "conciliaire", mais sans jamais, ou sans trop, le dire à voix haute, jusqu'à ce que l'on se rende compte qu'il n'y a plus que les progressistes rupturistes qui instrumentalisent ce corpus textuel (quand ils le connaissent et le comprennent !) pour maintenir vivante la flamme du climat mental auquel ils doivent une partie de leur existence.

10 - Conclusion provisoire : pendant encore un certain temps, la FSSPX devra continuer à "faire avec" une Eglise - institution qui est à la fois au service du Concile et asservie, dans une plus ou moins grande mesure, à la part d'angélisme, d'irénisme, d'utopisme, d'ambivalence, d'aveuglement, d'imprécision, d'incomplétude, qui le caractérise.

Cette part est inhérente

- à au moins une partie du corpus textuel du Concile,

ET

- à au moins une partie du climat mental, déjà présent au Concile, et surtout postérieur au Concile.

Enfin, à la place de la FSSPX, je soulignerai le fait suivant, au bénéfice et à destination, notamment, de Rome : la caractéristique fondamentale de la partie du "corpus" et du "climat" à laquelle je pense, ce n'est pas le renouveau dans la continuité, c'est le renouveau dans le consensualisme ; eh bien, il me semble qu'il faudra à la fois

- que la FSSPX accomplisse un effort sur elle-même, en renouant avec la part de continuum qui existe néanmoins réellement entre une partie du Magistère antérieur au Concile et une partie du Concile lui-même : que je sache, DV et LG n'ont pas été écrites par le diable en personne ;

ET

- que l'Eglise - institution entreprenne un effort sur elle-même, en libérant, si j'ose dire, les évêques, les prêtres, les fidèles, de la part de consensus, quasiment à tout prix, qui a rendu une partie de l'Eglise inoffensive et une partie du monde indifférente.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 650428 )bonne analyse Scrutator par Luc Perrin (2012-11-15 01:08:00) 
[en réponse à 650427]

si je peux me permettre.

De même, comme il a été dit par 8Charly plus haut, le pape n'a jamais eu l'intention de renoncer à la ligne de J. Ratzinger sur le Concile.

Vous rappelez très justement l'ambiguïté des déclarations au sein de la FSSPX : entre les 95% de Mgr Fellay en 2001, la théorie de la soupe empoisonnée et le rejet en bloc de Vatican II, le discours a toujours été flottant. Une chose est sûre Mgr Lefebvre n'a jamais rejeté 100% de Vatican II. Ceci même Mgr Tissier de Mallerais l'admet et le documente dans sa biographie.

Il est aussi vrai que demander l'adhésion formelle à 100% de Vatican II est absurde : les textes conciliaires ne sont pas un super dogme chacun le sait. Même Mgr Müller a concédé qu'une petite partie était liée aux circonstances.
Par ex. la Constitution sur la liturgie a été bafouée sans vergogne par Paul VI et Bugnini entre 1964 et 1969. Mgr Müller ne demande pas qu'on en revienne obligatoirement, Vatican II oblige, au latin et au grégorien dans nos pays de vieille chrétienté disait-on. Il ne demande pas l'interdiction des Prières eucharistiques sauf la I qui toutes sont manifestement contraires à la règle du développement organique posée par Vatican II etc.

Toute la question était entre septembre 2011 et le 13 juin 2012, quelle marge de révision Rome consent-elle sur le corpus conciliaire ?
Certains ont pu croire que le pape s'engagerait dans la voie du "consensus différencié" qu'il avait exploré et soutenu pour la Déclaration d'Augsbourg de 1999 avec les luthériens. Ceux-là sont les contacts dont fait état Mgr Fellay : rien d'extravagant à concevoir cela, rien d'étonnant non plus que dans l'entourage du pape on ait pu soutenir cette option.
Clairement, l'opposition au sein du Sacré Collège et dans quelques épiscopats s'est exprimée lors de la plenaria de mai de la C.D.F. encore présidée par le cardinal Levada.
Le pape a nettement tranché pour l'abandon de la 1ère voie en juin 2012.

N'oublions pas que toute l'orientation ratzinguérienne depuis 1982 a été de ramener à l'unité en réévaluant le texte [la lettre] conciliaire et en soulignant l'autorité interprétatrice du Magistère romain. La voie de la marge de discussion pose clairement problème en détricotant partiellement ce qui a été tenté sous Jean-Paul II, même si dans la pratique et la réalité ecclésiale, l'anarchie ou les flottements doctrinaux sont loin d'avoir été résorbés, très loin.

Exemple de formulation très flottante qui prête pour le moins à interrogations, je donnerai cette citation entendue récemment de la bouche d'une haute personnalité de la hiérarchie devant un public nombreux et varié parlant de l'Église depuis Vatican II :
"Elle reçoit du monde autant qu'elle lui donne".



images/icones/fleche2.gif  ( 650439 )Merci beaucoup + un exemple sur le même thème. par Scrutator Sapientiæ (2012-11-15 08:20:14) 
[en réponse à 650428]

Bonjour Luc PERRIN,

D'une part, merci beaucoup pour votre message.

D'autre part, voici :

1. 1965 Gaudium et Spes 44 - Aide que l'Eglise reçoit du monde d'aujourd'hui

" De même qu'il importe au monde de reconnaître l'Eglise comme une réalité sociale de l'histoire et comme son ferment, de même l'Eglise n'ignore pas tout ce qu'elle a reçu de l'histoire et de l'évolution du genre humain.

L'expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l'homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l'Eglise. En effet, dès les débuts de son histoire, elle a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, elle s'est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes: ceci afin d'adapter l'Evangile, dans les limites convenables, et à la compréhension de tous et aux exigences des sages. A vrai dire, cette manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation. C'est de cette façon, en effet, que l'on peut susciter en toute nation la possibilité d'exprimer le message chrétien selon le mode qui lui convient, et que l'on promeut en même temps un échange vivant entre l'Eglise et les diverses cultures (22).

Pour accroître de tels échanges, l'Eglise, surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées, a particulièrement besoin de l'apport de ceux qui vivent sans le monde, et en épousent les formes mentales, qu'il s'agisse des croyants ou des incroyants. Il revient à tout le peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l'aide de l'Esprit-Saint, de scruter, de discerner et d'interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée.

Comme elle possède une structure sociale visible, signe de son unité dans le Christ, l'Eglise peut aussi être enrichie, et elle l'est effectivement, par le déroulement de la vie sociale: non pas comme s'il manquait dans la constitution que le Christ lui a donnée, mais pour l'approfondir, la mieux exprimer et l'accommoder d'une manière plus heureuse à notre époque. L'Eglise constate avec reconnaissance qu'elle reçoit une aide variée de la part d'hommes de tout rang et de toute condition, aide qui profite aussi bien à la communauté qu'elle forme qu'à chacun de ses fils. En effet, tous ceux qui contribuent au développement de la communauté humaine au plan familial, culturel, économique et social, politique (tant au niveau national qu'au niveau international), apportent par le fait même, et en conformité avec le plan de Dieu, une aide non négligeable à la communauté ecclésiale, pour autant que celle-ci dépend du monde extérieur. Bien plus, l'Eglise reconnaît que, de l'opposition de ses adversaires et de ses persécuteurs, elle a tiré de grands avantages et qu'elle peut continuer à le faire (23). "

Notes:
(22) Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia LG 13.
(23) Cf. Justin, Dialogus cum Tryphone, 110: PG 6, 729; éd. Otto 1897, pp. 391-393: ... au contraire, plus nous sommes persécutés, plus s'accroît le nombre de ceux que le nom du Christ amène à la foi et à la religion" Cf. Tertullien, Apologeticus, cap. L, 13: nous devenons même plus nombreux, chaque fois que vous nous moissonnez (=persécutez): c'est une semence que le sang des chrétiens !" Cf. Const. dogm. de Ecclesia, LG 9.

2. « Le Concile Vatican II » - Réconciliation avec le monde

" Le 7 octobre dernier plus de 200 membres des équipes d’animation paroissiale étaient réunis à la Maison Diocésaine Saint Sixte à l’occasion de l’anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, il y a 50 ans.

Le concile nous fait penser spontanément à des changements visibles dans la liturgie. Mais il a rappelé à travers 4 constitutions, 9 décrets, 3 déclarations, que l’Église n’est pas une société, mais signe de l’amour de Dieu au cœur du monde, qu’elle n’est pas elle-même sa propre source, mais qu’elle reçoit sa mission du Christ. Cette Église est levain dans le monde, elle reçoit de celui-ci autant qu’elle lui donne.

Ce Concile invite l’Église à aimer le monde, invite ses membres à rencontrer les chrétiens non catholiques et à accueillir les différentes cultures. Dans cette Église, chaque baptisé a une égale dignité. Les pères conciliaires se sont donc mis à l’écoute de la Parole de Dieu pour être plus fidèles au Christ et présenter un visage plus attirant du Christ au monde.

Les textes du Concile Vatican II empruntent beaucoup au vocabulaire de la Bible et des Pères de l’Église, là où les précédents conciles recouraient au style juridique avec de nombreuses lois remplies d’interdit. Avec le Concile Vatican qui est un grand renouveau dans le rapport de l’Église au monde, nous passons du commandement à l’invitation de la loi, à l’idéal, de la menace à la persuasion.

Le Concile définit un nouveau style de relations de l’Église au monde, invite à une vraie démarche spirituelle.

Les textes du Concile n’ont rien de poussiéreux, ni d’abstrait. Nous pourrons disposer dans quelques semaines d’un livret hors-série « Prions en Église » « You Coun » comportant une partie historique sur le Concile et donnant des explications des 16 textes conciliaires.

Le 29 janvier 2013, Mgr Daniel LABILLE, en soirée, viendra à Rethel nous présenter l’actualité de ce Concile.

Les mots d’ouverture de la Constitution « Gaudium et Spes » peuvent résumer tout le sens de ce Concile.

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »

Abbé Jean-Louis OUDINOT "

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 650441 )Si je puis vous donner un conseil Scrutator par Jean-Paul PARFU (2012-11-15 08:29:14) 
[en réponse à 650439]

Vos posts sont toujours beaucoup trop longs et découragent la lecture et donc le "liseur", même le mieux intentionné !
images/icones/carnet.gif  ( 650454 )l'item de Gaudium et spes se conçoit par Luc Perrin (2012-11-15 10:09:59) 
[en réponse à 650439]

on peut le lire en continuité avec la Tradition sans trop de contorsion intellectuelle.

La dernière citation reprise aussi de ce même texte se conçoit très bien qui peut dire le contraire :
« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »

La phrase entendue, sans glose ni aucune explication, brute de décoffrage et c'est ainsi qu'elle fut prononcée, laisse perplexe. A mon sens.
Je reprends le texte central : "Il revient à tout le peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l'aide de l'Esprit-Saint, de scruter, de discerner et d'interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée."

Les mots employés sont clairs : Madonna n'est pas mise à égalité avec Mère Teresa et la Sainte Écriture, si je puis dire. Les génocideurs rwandais et serbes ne sont pas mis à égalité avec les paroles du Christ.

Quant à la phrase ultime du n° 44 citée ci-dessus, son sens est obvie : ce n'est pas celui que le nazisme ou le stalinisme ou le capitalisme le plus sauvage ont "autant" de valeur que les Évangiles pour l'Église. Mais que ces productions du prince de ce monde - Satan, l'esprit du Mal - ont indirectement suscité des martyrs, de l'héroïsme, des réponses chrétiennes de combat comme la doctrine sociale et toutes les initiatives qu'elle a entraînées et qui l'ont précédées.

C'est tout autre chose que de dire froidement que l'Église reçoit "autant" du monde - sans discernement, sans distinction, sans précision, sans "scruter", sans le rapporter "à la lumière de la parole divine" - qu'elle lui donne. Nulle part Gaudium et spes ne dit ce "autant". Le texte central de Vatican II se nomme Lumen gentium, l'Église lumière des nations ... pas l'inverse.

ps. l'intervention de ce haut prélat [qui est tout sauf un "dissident"] était écrite, rien d'improvisé, ce n'était pas une formule énoncée un peu vite dans le cadre d'un débat où on peut parfois s'exprimer vite.