Le Forum Catholique

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images/icones/mitre4.png  ( 649729 )au Synode, 3 remarques négatives sur Vatican II par Presbu (2012-11-05 14:54:47) 

source: synthèse de la cinquantaine de recommandations des Pères synodaux par Sandro Magister: >
De nombreux pères synodaux ont parlé et fait l’éloge du concile Vatican II et de ses fruits dans la vie de l’Église. Mais les références critiques, appuyées sur des arguments, à ce qui s’est passé au cours des années qui ont suivi le concile n’ont pas non plus manqué.

Le cardinal américain Raymond Leo Burke, préfet du tribunal suprême de la signature apostolique, a souligné que "l’euphorie postconciliaire, où l’on visait à l’instauration d’une Église nouvelle placée sous le signe de la liberté et de l’amour, a fortement favorisé une attitude d’indifférence, pour ne pas dire d’hostilité, vis-à-vis de la discipline de l’Église. C’est pourquoi la réforme de la vie ecclésiale souhaitée par les pères conciliaires a été, en un certain sens, empêchée, sinon trahie".

Un autre cardinal américain, Timothy M. Dolan, archevêque de New-York, a rappelé avec amertume : "Le concile Vatican II voulait un renouvellement du sacrement de pénitence, mais ce que nous avons eu à la place, malheureusement, c’est la disparition de ce sacrement".

Le cardinal polonais Zenon Grocholewski, préfet de la congrégation pour l'éducation catholique, a fait remarquer que "bien que nous disposions à ce sujet des indications du concile Vatican II et du magistère postconciliaire" il y a "encore, dans la pratique, peu de clarté quant à la relation entre le rôle de la théologie et celui du magistère de l’Église. Jésus n’a pas laissé notre compréhension de la Sainte Écriture et de la Tradition à la merci des diverses opinions qui, bien évidemment, peuvent également être très divergentes et extravagantes et semer continuellement l’incertitude et la confusion, mais il nous a laissé le grand trésor du magistère" ; toutefois, malheureusement, celui-ci "est bien souvent rendu vain". Et c’est ainsi que "la manie de devenir grand, original, important, réduit bon nombre d’évêques à l’état de 'pasteurs qui sont pasteurs d’eux-mêmes et non de leurs brebis' (cf. Ez 34, 8 ; Saint Augustin, Discours sur les pasteurs), ce qui fait qu’ils deviennent en réalité peu significatifs dans le royaume des cieux et contreproductifs pour le développement de l’Église et pour l’évangélisation".
images/icones/bravo.gif  ( 649731 )le Synode souligne le nécessaire retour aux sacrements par jejomau (2012-11-05 15:39:13) 
[en réponse à 649729]

L'article de Sandro Magister est à lire en entier car il est plein de remarques interessantes . Le VOICI. Effectivement, Chiesa souligne un des aspects importants du Synode lequel souligne l'aspect primordial des sacrements et de la pratique. Le Synode veut d'ailleurs qu'on remédie aux lacunes constatées en ce domaine. On appelle ceci - dans la langue de buis moderniste - un "incroyable retour en arrière de l'Eglise"( sic !)
images/icones/croix_byzantine.png  ( 649739 )Y compris par Jean Ferrand (2012-11-05 17:21:51) 
[en réponse à 649731]

Y compris qu'on revienne à la confession individuelle et à l'abandon de l'absolution collective, qui ne doit être pratiquée qu'en cas de force majeure, par exemple en cas de guerre.

Malheureusement, dans ma propre paroisse (banlieue de Nantes), elle est encore régulièrement pratiquée et même depuis peu quasiment intégrée dans la messe dominicale.

Je constate en ce moment, non pas une amélioration, mais une dégradation de la tenue des célébrations liturgiques. Les prêtres tendent à abandonner l'autel et les pupitres aux laïcs. Chez moi ce ne sont pas en majorité des mamies bigoudis, mais bien des papies bigoudis, qui prennent les choses en main. Je fais partie d'ailleurs de ces papies bigoudis puisque je fais la quête, le plus gravement possible, et je chante à tue-tête...
images/icones/fleche2.gif  ( 649791 )On sortirait donc enfin du déni+du bilan globalement positif. par Scrutator Sapientiæ (2012-11-06 08:14:18) 
[en réponse à 649729]

Bonjour Presbu,

Cinquante après l'enclenchement de toute cette entreprise, on sortirait donc enfin du déni et de la mystique du bilan globalement positif, d'une manière encore plus sensible qu'en 2003, au sein de l'exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, dans laquelle on ne recourt pas encore au mot, mais on décrit déjà la chose, en ce qui concerne la désertification spirituelle contemporaine, face à laquelle le Concile et l'après-Concile ont été plus impuissants que lucides :

" L'obscurcissement de l'espérance

7. Cette parole est aussi adressée aujourd'hui aux Églises en Europe, souvent tentées par l'obscurcissement de l'espérance. En effet, le temps que nous vivons, avec les défis qui lui sont propres, apparaît comme une époque d'égarement. Beaucoup d'hommes et de femmes semblent désorientés, incertains, sans espérance, et de nombreux chrétiens partagent ces états d'âme. Nombreux sont les signes préoccupants qui, au début du troisième millénaire, troublent l'horizon du continent européen, lequel, « tout en étant riche d'immenses signes de foi et de témoignage, et dans le cadre d'une vie commune certainement plus libre et plus unie, ressent toute l'usure que l'histoire ancienne et récente a provoquée dans les fibres les plus profondes de ses populations, entraînant souvent la déception ».

Parmi les nombreux aspects, amplement rappelés aussi à l'occasion du Synode, je voudrais mentionner la perte de la mémoire et de l'héritage chrétiens, accompagnée d'une sorte d'agnosticisme pratique et d'indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d'Européens donnent l'impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont dilapidé le patrimoine qui leur a été légué par l'histoire. On n'est donc plus tellement étonné par les tentatives de donner à l'Europe un visage qui exclut son héritage religieux, en particulier son âme profondément chrétienne, fondant les droits des peuples qui la composent sans les greffer sur le tronc irrigué par la sève vitale du christianisme.

Certes, les prestigieux symboles de la présence chrétienne ne manquent pas dans le continent européen, mais avec l'expansion lente et progressive de la sécularisation, ils risquent de devenir un pur vestige du passé. Beaucoup n'arrivent plus à intégrer le message évangélique dans l'expérience quotidienne; il est de plus en plus difficile de vivre la foi en Jésus dans un contexte social et culturel où le projet chrétien de vie est continuellement mis au défi et menacé; dans de nombreux milieux de vie, il est plus facile de se dire athée que croyant; on a l'impression que la non-croyance va de soi tandis que la croyance a besoin d'une légitimation sociale qui n'est ni évidente ni escomptée.

8. Cette perte de la mémoire chrétienne s'accompagne d'une sorte de peur d'affronter l'avenir. L'image du lendemain qui est cultivée s'avère souvent pâle et incertaine. Face à l'avenir, on ressent plus de peur que de désir. On en trouve des signes préoccupants, entre autres, dans le vide intérieur qui tenaille de nombreuses personnes et dans la perte du sens de la vie. Parmi les expressions et les conséquences de cette angoisse existentielle, il faut compter en particulier la dramatique diminution de la natalité, la baisse des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, la difficulté, sinon le refus, de faire des choix définitifs de vie, même dans le mariage.

On assiste à une fragmentation diffuse de l'existence; ce qui prévaut, c'est une sensation de solitude; les divisions et les oppositions se multiplient. Parmi les autres symptômes de cet état de fait, la situation actuelle de l'Europe connaît le grave phénomène des crises de la famille et de la disparition du concept même de famille, la persistance ou la réactivation de conflits ethniques, la résurgence de certaines attitudes racistes, les tensions interreligieuses elles-mêmes, l'attitude égocentrique qui enferme les personnes et les groupes sur eux-mêmes, la croissance d'une indifférence éthique générale et de la crispation excessive sur ses propres intérêts et privilèges. Pour beaucoup de personnes, au lieu d'orienter vers une plus grande unité du genre humain, la mondialisation en cours risque de suivre une logique qui marginalise les plus faibles et qui accroît le nombre des pauvres sur la terre.

Parallèlement à l'expansion de l'individualisme, on note un affaiblissement croissant de la solidarité entre les personnes: alors que les institutions d'assistance accomplissent un travail louable, on observe une disparition du sens de la solidarité, de sorte que, même si elles ne manquent pas du nécessaire matériel, beaucoup de personnes se sentent plus seules, livrées à elles-mêmes, sans réseau de soutien affectif.

9. À la racine de la perte de l'espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l'homme comme « le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n'est pas l'homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l'homme. L'oubli de Dieu a conduit à l'abandon de l'homme », et c'est pourquoi, « dans ce contexte, il n'est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d'aborder la vie quotidienne ».16 La culture européenne donne l'impression d'une « apostasie silencieuse » de la part de l'homme comblé qui vit comme si Dieu n'existait pas.

Dans une telle perspective prennent corps les tentatives, renouvelées tout récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l'apport du christianisme qui a marqué son développement historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l'apparition d'une nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l'Évangile et à la dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l'homme comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition de l'espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce que l'on peut appeler une « culture de mort ». "

1. L'euphémisation conciliaire a précédé et provoqué l'euphorisation post-conciliaire, ou, si l'on préfère, un corpus textuel euphémisant a précédé et provoqué la naissance d'un climat mental euphorisant ; dans cet ordre d'idées, il devient urgent de dire ceci :

- le renouveau dans le consensualisme, à l'égard de ce qui n'est pas catholique et de ceux qui ne sont pas catholiques, a été alors et est toujours vraiment plus palpable, plus tangible, que le renouveau dans la continuité, vis-à-vis du Magistère et (surtout) de la théologie antérieurs au Concile ;

- certes, ce renouveau dans le consensualisme, dans le domaine de la morale

1) n'a pas duré plus de trois années entières, (cf. la lettre encyclique bienfaisante, clairvoyante, courageuse et dissensuelle qu'a été Humanae Vitae),

2) ne semble pas vraiment à l'ordre du jour, dans le contexte actuel (cf. l'actuel projet de loi en faveur du détournement de finalité du mariage civil),

et c'est vraiment très bien ainsi,

- mais ce renouveau dans le consensualisme, dans le domaine de la religion, nous n'en sommes pas encore sortis, dans les diocèses, dans la pratique, les comportements oecuménistes inter-confessionnels entre chrétiens étant beaucoup moins gravement indifférenciants, donc beaucoup moins propices, en puissance, à l'indifférentisme, que les comportements dialoguomanes et irénolâtres inter-religieux avec des représentants ou responsables de telle ou telle religion non chrétienne.

2. La remarque formulée à propos de la mesure des écarts entre un objectif, le renouvellement du sacrement de pénitence, et un résultat, la disparition du sacrement de pénitence, renvoie à mon sens à une problématique beaucoup plus englobante et inquiétante, celle de la perte du sens de la grâce et du sens du péché qui est au coeur du XX° siècle.

Au moment et en aval du Concile, on a quasiment eu tendance à considérer que la conscience humaine était devenue inerrante et que la personne humaine étaient devenue infaillible ; or, il me semble que l'on ne retrouvera et que l'on ne fera retrouver à la fois le sens de la grâce et le sens du péché qu'en rappelant que l'homme

1) n'est pleinement capable d'être et d'agir en relation avec Dieu qu'au contact de la grâce qui provient du seul vrai Dieu,

2) n'est pas nécessairement coupable, mais est nécessairement faillible, au contact du monde du péché et du péché du monde.

3. Quant aux relations entre Magistère conciliaire et théologie post-conciliaire, j'ai déjà dit ce que j'avais à dire :

- au moment du Concile, on a plutôt donné tort à l'extrincésisme philosophique métaphysique, d'origine aristotélicienne, qui imprégnait en assez grande partie le Magistère et la théologie ante-conciliaires, car on considérait que cet extrincésisme avait plutôt tendance à faire obstacle à la prise en compte, dans le Magistère, de l'Ecriture et de la Tradition (notamment patristique) qui fondent le spécifique du discours chrétien ;

- en aval du Concile, on a plutôt donné raison à l'extrincésisme philosophique herméneutique, d'origine phénoménologique, qui a inspiré en assez grande partie, surtout sous Jean-Paul II, le Magistère post-conciliaire, et qui inspire toujours, en assez grande partie, la théologie post-conciliaire, parce que l'on considère que cet extrincésisme, ou bien n'en est pas vraiment un, ou bien en est, mais qu'il est plus propice à la prise en compte, dans le Magistère, de l'Ecriture et de la Tradition (notamment patristique) qui fondent le spécifique du discours chrétien.

Or,

- d'une part, cet extrincésisme philosophique herméneutique en est bien un, et le fait que l'on (s') y soit soumis n'est ni une fatalité, ni une nécessité, mais est une réalité ;

- d'autre part, il me semble que cet extrincésisme est propice à la compréhension intellectuelle de la dimension contextuelle ou historique de la vérité, au détriment de la compréhension confessionnelle de la dimension objective et transcendante de la vérité, notamment en matière de religion ;

- enfin et surtout, il me semble que cet extrincésisme repose ou débouche sur la position de principe suivante :

a) tout ce qui est interrogeable est interprétable,

b) tout ce qui est interprétable peut être interprété avec le plus de bienveillance possible et doit être interprété avec le moins de vigilance possible,

c) tout ce qui est interprétable avec cet état d'esprit est potentiellement légitimable et valorisable.

Appliquez cette position de principe aux convictions et croyances non chrétiennes, aux "textes sacrés" présents dans les religions et traditions non chrétiennes, et vous obtenez une partie non négligeable, car assez importante et surtout influente, du panorama e la théologie catholique contemporaine.

Et c'est cette théologie là, à mon avis, qui ferait obstacle à la réception et à la transmission, au sein même de l'Eglise, de tout Magistère, même pontifical, qui aurait le courage de rappeler, ad intra et ad extra (en sortant Dominus Iesus du congélateur),

a) que le seul vrai Dieu est Père, Fils, Esprit,

b) que Jésus-Christ est l'unique Médiateur et l'unique Rédempteur,

c) que tous les hommes, y compris les croyants non chrétiens, ont vocation à la conversion, et sont appelés à la conversion, sous Sa conduite et dans Sa direction,

d) que l'adhésion à la vérité révélée, vraiment présente, en plénitude, dans la seule religion de Jésus-Christ, n'est ni escamotable, ni facultative.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/stbenoit.gif  ( 649794 )On ne voit pas très bien par Jean Ferrand (2012-11-06 08:56:49) 
[en réponse à 649791]

On ne voit pas très bien de qui vous faites la critique : du monde ? de l'Eglise ? ou de vous-même ?

Pour les gens qui ne sont pas très intelligents comme moi-même, pourriez-vous nous expliquer (brièvement) quelle différence vous faites entre l'extrincésisme métaphysique (aritotélicien) et l'extrincésisme herméneutique, phénoménologique et personnaliste (wojtylien) ?
images/icones/neutre.gif  ( 649798 )paul VI et la réception du concile par Aigle (2012-11-06 09:08:23) 
[en réponse à 649791]

Je crois que ces contributions critiques de trois pères synodaux sont bien vues mais peu nombreuses et finalement de faible portée - c'est leur nouveauté qui frappe pas leur profondeur.

Sur la réception defaillante du concile, je pense que le pape Paul VI a involontairement joué un certain rôle. C'est lui qui avec Missale romanum a mis de côté la lettre et l'esprit de sacrosanctum concilium en passant d'une "restauration liturgique" à une re-création sinon totale du moins très large du misssel.

De même en nommant (au moins en France) des évêques très complaisants à l'égard des courants déviants - je pense au cardinal Marty qui dès 1964 se signale au concile par des positions assez radicales (et pas très intelligentes selon le cardinal de Lubac !).

A noter qu'en Allemagne l'abbé Ratzinger, peritus au concile, est ensuite devenu archeveque de Munich puis cardinal par la volonté de Paul VI - alors qu'en France les periti sont tombés dans un trou (Congar, de Lubac n'ont jamais été évêques ni préfets de congrégations romaines). Pourquoi ? pour éviter qu'ils n'imposent une lecture correcte du concile ?