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images/icones/neutre.gif  ( 648922 )Fin du synode : de l'audience à l'homélie de Benoît XVI. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-28 19:15:19) 

Bonsoir et bon dimanche à tous,

Voici :

1. BENOÎT XVI AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre Mercredi 24 octobre 2012 L'Année de la foi. Qu'est-ce que la foi ?

" Chers frères et sœurs,

Mercredi dernier, avec le début de l’Année de la foi, j’ai commencé une nouvelle série de catéchèses sur la foi. Et aujourd’hui je voudrais réfléchir avec vous sur une question fondamentale : qu’est-ce que la foi ? La foi a-t-elle encore un sens dans un monde où science et technique ont ouvert des horizons encore impensables il y a peu ? Que signifie croire aujourd’hui ? En effet, à notre époque est nécessaire une éducation renouvelée à la foi, qui comprenne certes une connaissance de ses vérités et des événements du salut, mais qui naisse surtout d’une véritable rencontre avec Dieu en Jésus Christ, du fait de l’aimer, de lui faire confiance, afin que toute notre vie s’en trouve impliquée.

Aujourd'hui, à côté de nombreux signes de bien, croît aussi autour de nous un certain désert spirituel. Parfois, on a comme la sensation, en apprenant chaque jour certains événements, que le monde ne va pas vers la construction d’une communauté plus fraternelle et plus pacifique ; les idées mêmes de progrès et de bien-être montrent elles aussi leurs ombres. Malgré la grandeur des découvertes de la science et des succès de la technique, aujourd’hui l’homme ne semble pas devenu vraiment plus libre, plus humain ; tant de formes d’exploitation demeurent, de manipulation, de violence, de vexation, d’injustice... Un certain type de culture, par ailleurs, a éduqué à agir uniquement dans l’horizon des choses, du faisable, à croire uniquement à ce que l’on voit et ce que l’on touche de ses propres mains. D’autre part, toutefois, grandit également le nombre de ceux qui se sentent désorientés et, dans la recherche d’aller au-delà d’une vision uniquement horizontale de la réalité, sont disposés à croire à tout et à son contraire. Dans ce contexte refont surface certaines questions fondamentales, qui sont bien plus concrètes qu’elles n’apparaissent à première vue : quel sens cela a-t-il de vivre ? Y a-t-il un avenir pour l’homme, pour nous et pour les nouvelles générations ? Dans quelle direction orienter les choix de notre liberté pour un résultat bon et heureux de la vie ? Qu’est-ce qui nous attend au-delà du seuil de la mort ?

De ces questions, qu’on ne peut ignorer, il apparaît combien le monde de la planification, du calcul exact et de l’expérimentation, en un mot le savoir de la science, bien qu’important pour la vie de l’homme, à lui seul ne suffit pas. Nous avons besoin non seulement du pain matériel, nous avons besoin d’amour, de sens et d’espérance, d’un fondement certain, d’un terrain solide qui nous aide à vivre avec un sens authentique même dans la crise, dans les ombres, dans les difficultés et dans les problèmes quotidiens. La foi nous donne précisément cela : c’est une manière confiante de s’en remettre à un « Toi », qui est Dieu, qui me donne une certitude différente, mais non moins solide de celle qui me vient du calcul exact ou de la science. La foi n’est pas un simple accord intellectuel de l’homme avec des vérités particulières sur Dieu ; c’est un acte à travers lequel on s’en remet librement à un Dieu qui est Père et qui m’aime ; c’est l’adhésion à un « Toi » qui me donne espérance et confiance. Bien sûr, cette adhésion à Dieu n’est pas privée de contenus: avec elle, nous sommes conscients que Dieu lui-même s’est montré à nous dans le Christ, a fait voir son visage et s’est fait réellement proche de chacun de nous. Plus encore, Dieu a révélé que son amour pour l’homme, pour chacun de nous, est sans mesure: sur la Croix, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme, nous montre de la manière la plus lumineuse à quel point arrive cet amour, jusqu’au don de soi-même, jusqu’au sacrifice total. Avec le mystère de la Mort et de la Résurrection du Christ, Dieu descend jusqu’au fond de notre humanité pour la ramener à Lui, pour l’élever à sa hauteur. La foi c’est croire à cet amour de Dieu qui ne fait pas défaut face à la méchanceté de l’homme, face au mal et à la mort, mais qui est capable de transformer toute forme d’esclavage, en donnant la possibilité du salut. Avoir foi, alors, c’est rencontrer ce « Toi », Dieu, qui me soutient et m’accorde la promesse d’un amour indestructible qui non seulement aspire à l’éternité, mais la donne ; c’est m’en remettre à Dieu avec l’attitude d’un enfant, qui sait bien que toutes ses difficultés, tous ses problèmes sont à l’abri dans le «toi» de la mère. Et cette possibilité de salut à travers la foi est un don que Dieu offre à tous les hommes. Je pense que nous devrions méditer plus souvent — dans notre vie quotidienne, caractérisée par des problèmes et des situations parfois dramatiques — sur le fait que croire chrétiennement signifie m’abandonner ainsi avec confiance au sens profond qui me soutient et soutient le monde, ce sens que nous ne sommes pas en mesure de nous donner, mais uniquement de recevoir en don, et qui est le fondement sur lequel nous pouvons vivre sans peur. Et cette certitude libératrice et rassurante de la foi, nous devons être capables de l’annoncer avec la parole et de la montrer avec notre vie de chrétiens.

Mais autour de nous, nous voyons chaque jour que beaucoup restent indifférents ou refusent d’accueillir cette annonce. A la fin de l’Evangile de Marc, aujourd’hui, nous avons des paroles dures du Ressuscité qui dit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; celui qui refusera de croire sera condamné » (Mc 16, 16), il se perd lui-même. Je voudrais vous inviter à réfléchir à cela. La confiance dans l’action de l’Esprit Saint, doit nous pousser toujours à aller et à prêcher l’Évangile, au courageux témoignage de la foi ; mais, outre la possibilité d’une réponse positive au don de la foi, il y a aussi le risque d’un refus de l’Évangile, du non- accueil de la rencontre vitale avec le Christ. Déjà saint Augustin posait ce problème dans son commentaire à la parabole du semeur : « Nous parlons — disait-il —, nous jetons la semence, nous répandons la semence. Certains nous méprisent, certains nous blâment, certains nous moquent. Si nous les craignons, nous n’avons plus rien à semer et le jour de la moisson nous nous retrouverons sans récolte. Aussi vienne la semence de la bonne terre » (Discours sur la discipline chrétienne, 13, 14 : PL 40, 677-678). Le refus ne peut donc pas nous décourager. Comme chrétiens nous sommes le témoignage de ce terrain fertile : notre foi, malgré nos limites, montre qu’il existe la terre bonne, où la semence de la Parole de Dieu produit des fruits abondants de justice, de paix et d’amour, de nouvelle humanité, de salut. Et toute l’histoire de l’Église, avec tous les problèmes, démontre aussi que la terre bonne, que la bonne semence existe, et qu’elle porte du fruit.

Mais demandons-nous : d’où l’homme puise-t-il cette ouverture du cœur et de l’esprit pour croire dans le Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ mort et ressuscité, pour accueillir son salut, de sorte que Lui et son Évangile soient le guide et la lumière de l’existence ? Réponse : nous pouvons croire en Dieu parce qu’il s’approche de nous et nous touche, parce que l’Esprit Saint, don du Ressuscité, nous rend capables d’accueillir le Dieu vivant. La foi est donc avant tout un don surnaturel, un don de Dieu. Le Concile Vatican II affirme : « Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et adjuvante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne “à tous la douce joie de consentir et de croire à la vérité” » (Const. dogm. Dei Verbum, n. 5). À la base de notre chemin de foi se trouve le baptême, le sacrement que nous donne l’Esprit Saint, en nous faisant devenir des fils de Dieu en Christ, et qui marque l’entrée dans la communauté de la foi, dans l’Église : on ne croit pas par soi-même, sans la venue préalable de la grâce de l’Esprit; et l’on ne croit pas tout seul, mais avec ses frères. À partir du baptême, chaque croyant est appelé à revivre et à faire sienne cette confession de foi, avec ses frères.

La foi est un don de Dieu, mais également un acte profondément libre et humain. Le Catéchisme de l’Eglise catholique le dit avec clarté : « Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme » (n. 154). Au contraire, il les implique et les exalte, dans un enjeu de vie qui est comme un exode, à savoir sortir de soi-même, de ses propres certitudes, de ses propres schémas mentaux, pour se confier à l’action de Dieu qui nous indique sa voie pour obtenir la véritable liberté, notre identité humaine, la véritable joie du cœur, la paix avec tous. Croire signifie se remettre en toute liberté et avec joie au dessein providentiel de Dieu dans l’histoire, comme le fit le patriarche Abraham, comme le fit Marie de Nazareth. La foi est alors un assentiment avec lequel notre esprit et notre cœur prononcent leur « oui » à Dieu, en confessant que Jésus est le Seigneur. Et ce « oui » transforme la vie, il lui ouvre la voie vers une plénitude de signification, il la rend nouvelle, riche de joie et d’espérance fiable.

Chers amis, notre époque demande des chrétiens qui aient été saisis par le Christ, qui grandissent dans la foi grâce à la familiarité avec les Saintes Ecritures et les sacrements. Des personnes qui soient comme un livre ouvert qui raconte l’expérience de la vie nouvelle dans l’Esprit, la présence de ce Dieu qui nous soutient sur le chemin et qui nous ouvre à la vie qui n’aura jamais de fin. "

2. MESSE DE CONCLUSION DU SYNODE DES ÉVÊQUES HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI Basilique vaticane Dimanche 28 octobre 2012

" Vénérés Frères, Messieurs et Mesdames, chers frères et sœurs !

Le miracle de la guérison de l’aveugle Bartimée a une position remarquable dans la structure de l’Évangile de Marc. En effet, il est placé à la fin de la section qui est appelée « voyage à Jérusalem », c’est-à-dire le dernier pèlerinage de Jésus à la Ville sainte, pour la Pâque au cours de laquelle il sait que l’attendent la passion, la mort et la résurrection. Pour monter à Jérusalem de la vallée du Jourdain, Jésus passe par Jéricho, et la rencontre avec Bartimée a lieu à la sortie de la ville, « tandis que – remarque l’évangéliste – Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse » (10, 46), cette foule qui, d’ici peu, acclamera Jésus comme Messie à son entrée à Jérusalem. Et le long de la route était assis pour mendier Bartimée, dont le nom signifie « fils de Timée », comme dit l’évangéliste lui-même. Tout l’Évangile de Marc est un itinéraire de foi, qui se développe graduellement à l’école de Jésus. Les disciples sont les premiers acteurs de ce parcours de découverte, mais il y a aussi d’autres personnages qui occupent un rôle important, et Bartimée est l’un d’eux. Sa guérison est la dernière guérison miraculeuse que Jésus accomplit avant sa passion, et ce n’est pas par hasard que c’est celle d’un aveugle, c’est-à-dire d’une personne dont les yeux ont perdu la lumière. Nous savons aussi par d’autres textes que la condition de cécité a une signification chargée de sens dans les Évangiles. Elle représente l’homme qui a besoin de la lumière de Dieu, la lumière de la foi, pour connaître vraiment la réalité et marcher sur le chemin de la vie. Il est essentiel de se reconnaître aveugles, de reconnaître qu’on a besoin de cette lumière, sans quoi on reste aveugle pour toujours (cf. Jn 9, 39-41).

À ce point stratégique du récit de Marc, Bartimée est donc présenté comme un modèle. Il n’est pas aveugle de naissance, mais il a perdu la vue : il est l’homme qui a perdu la lumière et en est conscient, mais il n’a pas perdu l’espérance, il sait accueillir la possibilité de la rencontre avec Jésus et se confie à lui pour être guéri. En effet, quand il entend que le Maître passe sur la route, il crie : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Mc 10, 47), et il le répète avec force (v. 48). Et quand Jésus l’appelle et lui demande ce qu’il veut de lui, il répond, « Rabbouni, que je voie ! » (v. 51). Bartimée représente l’homme qui reconnaît son mal et crie vers le Seigneur, confiant d’être guéri. Son invocation, simple et sincère, est exemplaire, et en effet – comme celle du publicain au temple : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » (Lc 18, 13) – elle est entrée dans la tradition de la prière chrétienne. Dans la rencontre avec le Christ, vécue avec foi, Bartimée retrouve la lumière qu’il avait perdue et avec elle la plénitude de sa dignité : il se remet debout et reprend sa marche, qui à partir de ce moment a un guide, Jésus, et une route, la même que Jésus parcourt. L’évangéliste ne nous dira plus rien de Bartimée, mais en lui il nous présente qui est le disciple : celui qui, avec la lumière de la foi, suit Jésus « sur la route » (v. 52).

Dans un de ses écrits, Saint Augustin fait sur la figure de Bartimée une observation très particulière, qui peut être intéressante et significative aussi aujourd’hui pour nous. Le saint Évêque d’Hippone réfléchit sur le fait que, dans ce cas, Marc rapporte non seulement le nom de la personne qui est guérie, mais aussi celui du père, et il aboutit à la conclusion que « Bartimée, fils de Timée, avait été autrefois dans une grande prospérité, et la misère dans laquelle il était tombé avait eu un grand retentissement, non seulement parce qu’il était devenu aveugle, mais parce qu’il était assis demandant l’aumône. Tel est le motif pour lequel saint Marc n’a désigné que lui par son nom. Le miracle qui lui rendait la vue dût avoir d’autant plus d’éclat que son malheur était partout connu » (L’accord entre les Évangiles, 2, 65, 125 : PL 34, 1138). Ainsi parle saint Augustin.

Cette interprétation, que Bartimée soit une personne déchue d’une condition de « grande prospérité », nous fait penser ; elle nous invite à réfléchir sur le fait qu’il y a des richesses précieuses pour notre vie que nous pouvons perdre, et qui ne sont pas matérielles. Dans cette perspective, Bartimée pourrait représenter tous ceux qui vivent dans des régions d’ancienne évangélisation, où la lumière de la foi s’est affaiblie, et qui se sont éloignés de Dieu, ne le retenant plus comme important pour la vie : des personnes qui par conséquent ont perdu une grande richesse, sont « déchues » d’une haute dignité – non de celle qui est économique ou d’un pouvoir terrestre, mais de celle qui est chrétienne –, elles ont perdu l’orientation sûre et solide de la vie et sont devenues, souvent inconsciemment, mendiants du sens de l’existence. Ce sont les nombreuses personnes qui ont besoin d’une nouvelle évangélisation, c’est-à-dire d’une nouvelle rencontre avec Jésus, le Christ, le Fils de Dieu (cf. Mc 1, 1), qui peut ouvrir de nouveau leurs yeux et leur enseigner la route. Il est significatif que, tandis que nous concluons l’Assemblée synodale sur la Nouvelle Évangélisation, la Liturgie nous propose l’évangile de Bartimée. Cette parole de Dieu a quelque chose à nous dire de façon particulière à nous, qui en ces jours avons échangé sur l’urgence d’annoncer de façon nouvelle le Christ là où la lumière de la foi s’est affaiblie, là où le feu de Dieu est comme un feu de braises qui demande à être ravivé, pour qu’il soit la flamme vive qui donne lumière et chaleur à toute la maison.

La Nouvelle Évangélisation concerne toute la vie de l’Église. Elle se réfère, en premier lieu, à la pastorale ordinaire qui doit être toujours plus animée par le feu de l’Esprit, pour embraser les cœurs des fidèles qui fréquentent régulièrement la Communauté et qui se rassemblent le jour du Seigneur pour se nourrir de sa Parole et du Pain de la vie éternelle. Je voudrais ici souligner trois lignes pastorales qui ont émergé du Synode. La première porte sur les Sacrements de l’initiation chrétienne. L’exigence d’accompagner la préparation au Baptême, à la Confirmation et à l’Eucharistie avec une catéchèse appropriée a été réaffirmée. L’importance de la Pénitence, sacrement de la Miséricorde de Dieu a été aussi rappelée. À travers cet itinéraire sacramentel passe l’appel du Seigneur à la sainteté, adressé à tous les chrétiens. En effet, il a été répété plusieurs fois que les vrais protagonistes de la nouvelle évangélisation sont les saints : par l’exemple de leur vie et par leurs œuvres de charité ils parlent un langage compréhensible par tous.

En second lieu, la nouvelle évangélisation est essentiellement liée à la mission ad gentes. L’Église a le devoir d’évangéliser, d’annoncer le message de salut aux hommes qui ne connaissent pas encore Jésus Christ. Au cours des réflexions synodales, il a été aussi souligné qu’il existe beaucoup de milieux en Afrique, en Asie et en Océanie où des habitants attendent ardemment, parfois sans en être pleinement conscients, la première annonce de l’Évangile. Il convient par conséquent de prier l’Esprit Saint afin qu’il suscite dans l’Église un dynamisme missionnaire renouvelé dont les protagonistes soient, de manière spéciale, les agents pastoraux et les fidèles laïcs. La mondialisation a causé un important déplacement de population ; par conséquent, la première annonce s’impose aussi dans les pays d’ancienne évangélisation. Tous les hommes ont le droit de connaître Jésus Christ et son évangile ; et à cela correspond le devoir des chrétiens, de tous les chrétiens –prêtres, religieux et laïcs –, d’annoncer la Bonne Nouvelle.

Un troisième aspect concerne les personnes baptisées qui cependant ne vivent pas les exigences du Baptême. Au cours des travaux synodaux, il a été mis en lumière que ces personnes se trouvent sur tous les continents, spécialement dans les pays plus sécularisés. L’Église leur porte une attention particulière, afin qu’elles rencontrent de nouveau Jésus Christ, redécouvrent la joie de la foi et retournent à la pratique religieuse dans la communauté des fidèles. Au-delà des méthodes pastorales traditionnelles, toujours valables, l’Église cherche à utiliser de nouvelles méthodes, avec aussi le souci de nouveaux langages, appropriés aux différentes cultures du monde, proposant la vérité du Christ par une attitude de dialogue et d’amitié qui a son fondement en Dieu qui est Amour. En différentes parties du monde, l’Église a déjà entrepris ce chemin de créativité pastorale, pour se rendre proche des personnes éloignées ou en recherche du sens de la vie, du bonheur et, en définitive, de Dieu. Rappelons certaines missions citadines importantes, le « Parvis des gentils », la mission continentale, etc. Il n’y a pas de doute que le Seigneur, Bon Pasteur, bénira abondamment de tels efforts qui proviennent du zèle pour sa Personne et pour son Évangile.

Chers frères et sœurs, Bartimée, ayant retrouvé la vue par Jésus, se joignit au groupe des disciples, parmi lesquels se trouvaient certainement d’autres qui, comme lui, avaient été guéris par le Maître. Ainsi sont les nouveaux évangélisateurs : des personnes qui ont fait l’expérience d’être guéries par Dieu, par l’intermédiaire de Jésus Christ. Et leur caractéristique est la joie du cœur, qui dit avec le psalmiste : « Merveilles que fit pour nous le Seigneur, nous étions dans la joie ! » (Ps 125, 3).Nous aussi, aujourd’hui, nous nous tournons vers le Seigneur Jésus, Redemptor hominis et Lumen gentium, avec une joyeuse reconnaissance, faisant nôtre une prière de Saint Clément d’Alexandrie : « Jusqu’à maintenant, j’ai erré dans l’espérance de trouver Dieu, mais puisque tu m’illumines, ô Seigneur, je trouve Dieu par toi, et je reçois le Père de toi, je deviens ton cohéritier, puisque tu n’as pas eu honte de m’avoir comme frère. Effaçons donc, effaçons l’oubli de la vérité, l’ignorance : et enlevant les ténèbres qui, comme un brouillard pour les yeux, nous empêchent de voir, contemplons le vrai Dieu… ; car une lumière du ciel a brillé sur nous qui étions plongés dans les ténèbres et prisonniers de l’ombre de la mort, [une lumière] plus pure que le soleil, plus douce que la vie d’ici-bas » (Protreptique, 113, 2-114, 1). Amen. "

Bonne soirée à tous.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 648940 )Message au Peuple de Dieu + Propositions finales. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-28 20:35:29) 
[en réponse à 648922]

Rebonsoir,

Voici :

A. Le Saint-Siège a rendu public, vendredi 26 octobre 2012, Message du Synode des Évêques au Peuple de Dieu , approuvé le matin même par les évêques participant à la XIII Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation.

" Frères et sœurs,

«Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ le Seigneur » (Rm 1,7). Nous, évêques du monde entier, réunis à l’invitation de l’évêque de Rome, le Pape Benoît XVI, pour réfléchir sur «la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne», avant de rentrer dans nos Églises particulières, nous voulons nous adresser à vous tous, pour soutenir et orienter le service de l’Évangile dans les différents contextes où nous nous retrouvons pour témoigner.

1. Comme la Samaritaine au puits de Jacob

Nous nous laissons illuminer par une page de l’Évangile: la rencontre de Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob (cf. Jn 4,5-42). Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie, près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais un discernement est nécessaire afin d’éviter des eaux polluées. Il est urgent de bien orienter la recherche pour ne pas devenir la proie de désillusions destructrices.

Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car lui seul est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle. Seul Jésus est capable de lire jusqu’aux tréfonds de notre cœur et de nous dévoiler notre propre vérité: «Il m’a dit tout ce que j’ai fait », confesse la Samaritaine à ses concitoyens. Cette annonce, à laquelle se joint la question qui ouvre à la foi: «Ne serait-il pas le Messie? », montre comment celui qui a reçu la vie nouvelle dans la rencontre avec Jésus ne peut manquer de devenir porteur de vérité et d’espérance pour les autres. La pécheresse convertie devient messagère du salut et conduit à Jésus tout son village. De l’accueil du témoignage, les gens passeront à l’expérience personnelle de la rencontre: «Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde ».

2. Une nouvelle évangélisation

Conduire les hommes et les femmes de notre temps à Jésus, à la rencontre avec lui, est une urgence qui touche toutes les régions du monde, celles de récente tout autant que celles d’ancienne évangélisation. Partout en effet se ressent le besoin de raviver une foi qui risque de s’obscurcir en des contextes culturels qui en entravent l’enracinement personnel, le rayonnement social, la clarté de contenu et les fruits cohérents.

Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais de s’insérer dans le long chemin de la proclamation de l’Évangile, avec le zèle apostolique de Paul, lequel en vient à dire: «Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile! » (1 Co 9, 16). Depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à aujourd’hui, cette population de l’Évangile a parcouru l’histoire et a édifié des communautés de croyants dans toutes les parties du monde. Qu’elles soient petites ou grandes, elles sont le fruit du dévouement de missionnaire et de nombreux martyrs, de générations de témoins de Jésus, vers lesquels se tourne notre mémoire reconnaissante.

Les scénarios sociaux et culturels changeants nous appellent à quelque chose de nouveau: à vivre d’une manière renouvelée notre expérience communautaire de foi et son annonce, au moyen d’une évangélisation «nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes, dans ses expressions » (Jean-Paul II, Discours à la XIXème assemblée de la CELAM , Port-au-Prince 9 mars 1983, n.3), comme le disait Jean-Paul II, une évangélisation, comme nous l’a rappelé Benoît XVI, «orientée principalement vers les personnes qui, tout en étant baptisées se sont éloignées de l’Église, et vivent sans se référer à la pratique chrétienne [...], pour favoriser chez ces personnes une nouvelle rencontre avec le Seigneur, qui seul remplit l’existence de signification profonde et de paix; pour favoriser la redécouverte de la foi, source de grâce qui apporte la joie et l’espérance dans la vie personnelle, familiale et sociale » (Benoît XVI, Homélie de la célébration eucharistique pour l’inauguration solennelle de la XIIIème Assemblée ordinaire du Synode des évêques, Rome le 7 octobre 2012).

3. La rencontre personnelle avec Jésus-Christ dans l’Église

Avant de dire quelque chose concernant les formes que doit assumer cette nouvelle évangélisation, nous ressentons l’exigence de vous dire, avec une conviction profonde, que la foi se décide tout entière dans le rapport que nous instaurons avec la personne de Jésus qui vient le premier à notre rencontre. L’œuvre de la nouvelle évangélisation consiste à proposer de nouveau, au cœur et à l’esprit souvent distraits et confus des hommes et des femmes de notre temps, et avant tout à nous-mêmes, la beauté et la nouveauté de la rencontre avec le Christ. Nous vous invitons tous à contempler le visage du Seigneur Jésus-Christ, à entrer dans le mystère de son existence, donnée pour nous jusqu’à la Croix et confirmée comme don du Père par sa Résurrection d’entre les morts et qui nous est communiquée par l’Esprit. C’est dans la personne de Jésus que se dévoile le mystère de l’amour de Dieu le Père pour toute la famille humaine qu’il n’a pas voulu laisser à la dérive d’une impossible autonomie, mais qu’il a réunie à lui en un pacte d’amour renouvelé.

L’Église est cet espace offert par le Christ dans l’histoire afin que nous puissions le rencontrer, parce qu’il lui a confié sa Parole, le Baptême qui nous rend fils de Dieu, son Corps et son Sang, la grâce du pardon du péché dans le sacrement de la Réconciliation surtout, l’expérience d’une communion qui est le reflet du mystère même de la Sainte Trinité, la force de l’Esprit qui suscite la charité envers tous.

Il faut favoriser des communautés accueillantes, dans lesquelles tous les exclus se sentent chez eux, des expériences concrètes de communion, qui, avec la force ardente de l’amour, - «Voyez comme ils s’aiment !» (Tertullien, Apologétique , 39, 7)- attirent le regard désenchanté de l’humanité contemporaine. La beauté de la foi doit resplendir en particulier dans les actions de la liturgie sacrée, dans l’Eucharistie dominicale avant tout. C’est proprement dans les célébrations liturgiques que l’Église dévoile en fait son visage d’œuvre de Dieu et rend visible, dans les paroles et dans les gestes, le sens de l’Évangile.
C’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie. Les communautés chrétiennes en sont responsables et, en elles, c’est chaque disciple du Seigneur qui l’est aussi. C’est à chacun qu’est confié un irremplaçable témoignage, afin que l’Évangile puisse croiser l’existence de tous; c’est pourquoi la sainteté de vie nous est requise.

4. Les occasions de rencontre avec Jésus et l’écoute de la Parole

On se demandera comment faire tout cela. Il ne s’agit pas d’inventer on ne sait quelles stratégies, comme si l’Évangile était un produit à placer sur le marché des religions, mais de redécouvrir la façon dont, dans la vie de Jésus, les personnes se sont approchées de lui et ont été appelées par lui, afin d’introduire ces mêmes modalités dans les conditions de notre temps.

Rappelons-nous par exemple comment Pierre, André, Jacques et Jean ont été interpellés par Jésus dans le contexte de leur travail, comment Zachée a pu passer de la simple curiosité à un chaleureux partage du repas avec le Maître, comment le centurion romain lui a demandé d’intervenir à l’occasion de la maladie d’une personne chère, comment l’aveugle de naissance l’a invoqué pour être libéré de sa marginalisation, comment Marthe et Marie ont vu leur hospitalité, chez elles et dans leur cœur, récompensée par sa présence. Nous pourrions continuer à parcourir les pages de l’Évangile pour illustrer combien, dans des conditions variées, la vie des personnes s’est ouverte à la présence du Christ. Nous pouvons en faire autant avec ce que nous disent les Écritures concernant l’expérience missionnaire des apôtres dans l’Église primitive.

La lecture fréquente des Saintes Écritures, illuminée par la Tradition de l’Église qui nous les a transmises et en est l’authentique interprète, est non seulement un passage obligé pour connaître le contenu même de l’Évangile, c’est-à-dire la personne de Jésus dans le contexte de l’histoire du salut, mais elle nous aide aussi à trouver de nouveaux espaces de rencontre avec lui, des modalités vraiment évangéliques, enracinées dans les dimensions fondamentales de la vie humaine: la famille, le travail, l’amitié, la pauvreté, les épreuves de la vie, etc.

5. Nous laisser évangéliser nous-mêmes et nous disposer à la conversion

Ne pensons surtout pas que la nouvelle évangélisation ne nous concerne pas personnellement! Ces jours-ci, à plusieurs reprises, des voix se sont levées parmi les évêques pour rappeler que, pour pouvoir évangéliser le monde, l’Église doit avant tout se mettre à l’écoute de la Parole. L’invitation à évangéliser se traduit en un appel à la conversion.

Nous sentons sincèrement le devoir de nous convertir avant tout nous-mêmes à la puissance du Christ, qui seul est capable de renouveler toute chose, surtout nos pauvres existences. Avec humilité, nous devons reconnaître que les pauvretés et les faiblesses des disciples de Jésus, en particulier de ses ministres, pèsent sur la crédibilité de la mission. Nous sommes, certes, conscients, nous évêques en premier lieu, de ne jamais pouvoir être à la hauteur de l’appel du Seigneur et de la garde qu’il nous a confiée de son Évangile pour l’annoncer aux nations. Nous avons conscience du devoir de reconnaître humblement notre vulnérabilité aux blessures de l’histoire et nous n’hésitons pas à reconnaître nos propres péchés. Cependant, nous sommes aussi convaincus que la force de l’Esprit du Seigneur peut renouveler son Église et la revêtir de beauté, si nous nous laissons modeler par lui. Les vies des saints en sont la preuve. C’est pourquoi en faire mémoire et les raconter est un instrument privilégié de la nouvelle évangélisation.Si ce renouvellement était confié à nos forces, il y aurait de sérieux motifs de douter, mais la conversion, comme l’évangélisation, n’a pas dans l’Église comme premiers acteurs les pauvres hommes que nous sommes, mais bien plutôt l’Esprit même du Seigneur. C’est en cela que réside notre force ainsi que notre certitude que le mal n’aura jamais le dernier mot, ni dans l’Église ni dans l’histoire: «Que votre cœur ne se trouble pas et qu’il n’ait pas de crainte » a dit Jésus à ses disciples (Jn 14,27).

L’œuvre de la nouvelle évangélisation repose sur cette certitude sereine. Nous sommes confiants dans l’inspiration et dans la force de l’Esprit, qui nous enseignera ce que nous devons dire et ce que nous devons faire, même dans les circonstances les plus difficiles. C’est notre devoir, par conséquent, de vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour.

6. Recueillir les nouvelles chances d’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui

Ce courage serein inspire également notre regard sur le monde contemporain. Nous ne nous sentons pas intimidés par les conditions des temps que nous vivons. C’est un monde plein de contradictions et de défis, mais il reste création de Dieu, blessé certes par le mal, mais toujours aimé de Dieu, dans lequel peut germer à nouveau la semence de la Parole afin qu’elle donne un fruit neuf.

Il n’y a pas de place pour le pessimisme dans les esprits et dans les cœurs de ceux qui savent que leur Seigneur a vaincu la mort et que son Esprit œuvre avec puissance dans l’histoire. Avec humilité, mais aussi avec détermination - celle qui vient de la certitude que la vérité vaincra à la fin - nous rejoignons ce monde et voulons y voir une invitation de Dieu à être témoin de son Nom. Notre Église est vivante et affronte, avec le courage de la foi et le témoignage de tant de ses fils, les défis que l’histoire nous lance.

Nous savons que, dans le monde, nous devons faire face à l’âpre combat contre «les Principautés et les Puissances », «les esprits du mal » (Ep 6, 12). Nous ne nous cachons pas les défis des phénomènes de globalisation, ni ne les craignons. Ils doivent être pour nous une chance pour l’élargissement de la présence de l’Évangile. De même les migrations - avec le poids de souffrance qu’elles comportent et dont nous voulons sincèrement être proches par un authentique accueil des frères - sont des occasions, comme cela est déjà arrivé dans le passé, de diffusion de la foi et de communion à travers la variété des formes qu’elles prennent. La sécularisation, mais aussi la crise de l’hégémonie de la politique et de l’État, conduisent l’Église à repenser sa propre présence dans la société, mais sans renoncer à cette présence. Les nombreuses et toujours nouvelles formes de pauvreté ouvrent des espaces inédits au service de la charité : la proclamation de l’Évangile engage l’Église à être proche des pauvres et à faire sienne leur souffrance à la manière de Jésus. Même dans les formes les plus âpres de l’athéisme et de l’agnosticisme nous entendons pouvoir reconnaître, bien que sous la forme de contradictions, non un vide, mais une nostalgie, une attente qui espère une réponse adéquate.

Face à ces interrogations que les cultures dominantes posent à la foi et à l’Église, nous renouvelons notre confiance dans le Seigneur, sûrs que même dans ces contextes l’Évangile est porteur de lumière et capable de guérir chaque faiblesse de l’homme. Ce n’est pas nous qui conduisons l’œuvre de l’évangélisation mais Dieu. Comme le Pape nous l’a rappelé : «La première parole, l’initiative vraie, l’activité vraie, vient de Dieu et c’est seulement en nous insérant dans cette initiative divine, seulement en implorant cette initiative divine, que nous pouvons nous aussi devenir – par Lui et en Lui – évangélisateurs » (Benoît XVI, Méditation de la première Congrégation générale de la XIIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques , Rome le 8 octobre 2012).

7. Évangélisation, famille et vie consacrée

Depuis la première évangélisation, la transmission de la foi dans la succession des générations a trouvé dans la famille un lieu naturel. À l'intérieur de celle-ci - avec un rôle tout spécial assumé par les femmes, sans oublier la figure et la responsabilité paternelle - les signes de la foi, la communication des premiers rudiments, l'éducation à la prière, le témoignage des fruits de l'amour ont été introduits dans l'existence des enfants et des jeunes par le soin que chaque famille réserve à la croissance de ses enfants. Dans la diversité des situations géographiques, culturelles et sociales, tous les Évêques du Synode ont confirmé ce rôle essentiel de la famille dans la transmission de la foi. On ne peut penser une nouvelle évangélisation sans ressentir une responsabilité spéciale pour l'annonce de l'Évangile aux familles et les soutenir dans leur devoir d'éducation.

Nous ne nous cachons pas le fait qu'aujourd'hui la famille, qui se constitue par le mariage d'un homme et d'une femme, faisant d’eux «une seule chair » (Mt 19, 6) ouverte à la vie, est traversée partout par des facteurs de crises, environnée de modèles de vie qui la pénalisent, négligée par les politiques de cette société dont elle est pourtant la cellule fondamentale, pas toujours respectée dans ses rythmes, ni soutenue dans ses engagements, parfois par les communautés ecclésiales elles-mêmes. C’est précisément cela qui nous pousse à dire que nous devons avoir un soin particulier pour la famille et pour sa mission dans la société et dans l'Église, en développant des parcours d'accompagnements spécifiques avant et après le mariage. Nous voulons aussi exprimer notre reconnaissance aux si nombreux époux et si nombreuses familles chrétiennes qui par leur témoignage continuent à montrer au monde une expérience de communion et de service qui est le germe d'une société plus fraternelle et plus pacifique.

Notre pensée va aussi vers les nombreuses situations familiales et de vie commune dans lesquelles n'est pas respectée cette image d'unité et d'amour pour toute la vie que le Seigneur nous a confiée. Il y a des couples qui mènent vie commune sans le lien sacramentel du mariage, les situations familiales irrégulières construites après l'échec de mariages antérieurs se multiplient : douloureux événements qui se répercutent aussi sur l'éducation des enfants à la foi. À tous ceux-là nous voulons dire que l'amour du Seigneur n'abandonne personne, que l’Église les aime aussi et reste une maison accueillante pour tous, qu’ils demeurent membres de l’Église même s’ils ne peuvent recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie. Que les communautés catholiques soient accueillantes envers ceux qui vivent ces situations, et qu'elles favorisent des chemins de conversion et de réconciliation.

La vie familiale est le premier lieu dans lequel l'Évangile se rencontre dans le quotidien de la vie et montre sa capacité à transfigurer les conditions fondamentales de l'existence sous le signe de l'amour. Il n'est pas de moindre importance pour le témoignage de l'Église de montrer comment cette vie temporelle s'accomplit au-delà de l'histoire des hommes et rejoint la communion éternelle avec Dieu. Jésus ne se présente pas simplement à la Samaritaine comme celui qui donne la vie, mais comme celui qui donne la «vie éternelle » (Jn 4,14). Le don de Dieu, que la foi rend présent, n'est pas simplement la promesse de conditions meilleures dans ce monde, mais l'annonce que le sens ultime de notre vie est au-delà de ce monde, dans cette communion pleine avec Dieu que nous attendons à la fin des temps.

De cet horizon supraterrestre du sens de l'existence humaine, ceux qui ont été appelés à la vie consacrée par le Seigneur sont particulièrement témoins dans l’Église et dans le monde. Cette vie, justement parce que totalement consacrée à lui, dans l'exercice de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, est le signe d'un monde à venir qui relativise tout bien de ce monde. Que de l'Assemblée du Synode des Évêques parvienne à ces frères et sœurs notre reconnaissance pour leur fidélité à l'appel du Seigneur et pour la part qu'ils ont prise et prennent à la mission de l’Église, que leur parvienne aussi l'exhortation à l'espérance dans des situations difficiles pour eux aussi, en ces temps de changements; et enfin l'invitation à persévérer en tant que témoins et promoteurs de la nouvelle évangélisation dans les divers milieux de vie en lesquels le charisme de chacun de leurs instituts les a placés.

8. La communauté ecclésiale et les nombreux ouvriers de l’évangélisation

L’œuvre d'évangélisation n'est pas le devoir de quelques-uns dans l’Église, mais elle est l’œuvre des communautés ecclésiales en tant que telles, dans lesquelles s’ouvre l’accès à la plénitude des moyens de la rencontre avec Jésus: la Parole, les sacrements, la communion fraternelle, le service de la charité, la mission.

Dans cette perspective ressort avant tout le rôle de la paroisse, comme présence de l’Église sur le territoire où vivent les hommes, «fontaine du village » comme aimait l'appeler Jean XXIII, à laquelle tous peuvent s'abreuver et trouver la fraîcheur de l’Évangile. Son rôle reste irremplaçable, même si les changements des conditions peuvent en exiger l’articulation en plus petites communautés ou l’ouverture à des liens de collaboration dans un contexte plus ample. Nous sentons surtout le devoir d'exhorter nos paroisses à joindre à la charge pastorale traditionnelle du peuple de Dieu les nouvelles formes de missions réclamées par la nouvelle évangélisation. Elles doivent aussi être perméables aux différentes et importantes formes d’expressions de la piété populaire.

Dans la paroisse, le ministère du prêtre continue à être décisif, père et pasteur de son peuple. À tous les prêtres, les Évêques de cette Assemblée synodale expriment reconnaissance et proximité fraternelle pour leur difficile travail et les invitent à avoir des relations toujours plus étroites au sein du presbyterium diocésain, à une vie spirituelle toujours plus intense, à une formation permanente qui les rende aptes à affronter les changements.

À côté des prêtres, nous soulignons aussi la présence des diacres, ainsi que l'action pastorale des catéchistes et de tant de figures de ministres ainsi que d'animateurs dans le champ de l'annonce et de la catéchèse, de la vie liturgique, du service caritatif, ainsi que les diverses formes de participation et de coresponsabilité de la part des fidèles, hommes et femmes– femmes pour le dévouement desquelles dans les multiples services de nos communautés nous ne serons jamais assez reconnaissants. À toutes ces personnes également nous demandons de mettre leur présence et leur engagement dans l’Église au service de la nouvelle évangélisation, en se souciant de leur propre formation humaine et chrétienne, de la connaissance de la foi et de la sensibilité aux phénomènes culturels d’aujourd’hui.

Pour ce qui est des laïcs, un message particulier va aux diverses formes d'associations anciennes ou nouvelles, aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés, pour qu’ils manifestent la richesse des dons que l'Esprit fait à l’Église. Nous exprimons aussi notre reconnaissance à ces formes de vie et d'engagement dans l’Église, en les exhortant à la fidélité à leur charisme propre et à la communion ecclésiale sincère, spécialement dans le contexte concret des Églises particulières.

Témoigner de l’Évangile n'est le privilège de personne. Ainsi reconnaissons-nous avec joie la présence de tant d'hommes et de femmes qui par leur vie se font signe de l’Évangile au milieu du monde. Nous sommes aussi reconnaissants envers tant de frères et de sœurs chrétiens avec lesquels l'unité n'est malheureusement pas encore parfaite, mais qui sont eux aussi marqués par le Baptême du Seigneur et en sont les annonciateurs. Ces jours-ci, ce fut pour nous une expérience émouvante d'écouter les voix de tant de vénérables responsables d’Églises et de communautés ecclésiales qui nous ont témoigné de leur soif du Christ et de leur dévouement à l'annonce de l'Évangile; eux aussi sont convaincus que le monde a besoin d'une nouvelle évangélisation. Nous rendons grâce au Seigneur pour cette communion dans l'exigence de la mission.

9. Pour que les jeunes puissent rencontrer le Christ

Les jeunes nous tiennent à cœur de manière toute particulière, parce que, tout en étant une part importante du présent de l’humanité et de l’Église, ils en sont aussi l’avenir. Également en ce qui les concerne, le regard des évêques est tout sauf pessimiste. Il est certes préoccupé, mais non pas pessimiste. Préoccupé parce que les pressions les plus agressives de notre temps convergent principalement vers eux; mais non pas pessimiste. Avant tout parce que – nous y insistons – l'amour du Christ est ce qui façonne l'Histoire en profondeur.Mais aussi parce que nous voyons chez nos jeunes une profonde aspiration à l'authenticité, à la vérité, à la liberté et à la générosité, aspiration pour laquelle seul le Christ est en mesure d'être une réponse satisfaisante, nous en sommes convaincus.

Nous voulons les soutenir dans leur recherche, et nous encourageons nos communautés à entrer sans réserve dans une attitude d'écoute, de dialogue et de proposition courageuse concernant la condition difficile des jeunes, afin de de ne jamais décourager, mais de préserver la puissance de leur enthousiasme. Et pour soutenir en leur faveur le juste combat contre les lieux communs et les spéculations intéressées des puissances du monde qui veulent capter l’énergie des jeunes et utiliser leurs élans pour leur propre avantage, en les privant de la mémoire reconnaissante du passé et de tout projet sérieux dans le futur.

Tout en demandant beaucoup d'attention, cette nouvelle évangélisation dans le monde des jeunes est particulièrement prometteuse, comme le montrent de nombreuses expériences, certaines plus visibles, comme les Journées mondiales de la jeunesse, certaines plus cachées sans être pour autant moins passionnantes, comme les différentes expériences de vie spirituelle, de service et de mission. Nous reconnaissons donc aux jeunes une part active dans l’œuvre d’évangélisation, en particulier envers la jeunesse elle-même.

10. L’Évangile en dialogue avec la culture, avec l’expérience humaine et avec les religions

La nouvelle évangélisation est centrée sur le Christ et sur l'attention à la personne humaine, en vue de permettre une rencontre réelle avec lui. Mais ses horizons sont aussi larges que le monde et ne se restreignent à aucune expérience humaine particulière. Cela veut dire que la nouvelle évangélisation veille avec un soin particulier au dialogue avec les cultures, dans la ferme confiance qu’elle trouvera en chacune d'elles les «semences du Verbe» dont parlaient les Pères. En particulier, la nouvelle évangélisation a besoin d'envisager un rapport renouvelé entre la foi et la raison, dans la conviction que la foi a assez de ressources pour accueillir tous les fruits d'une raison saine, éclairée et ouverte à la transcendance, et qu'elle possède le pouvoir de porter remède aux limites et aux contradictions dans lesquelles la raison peut tomber. La foi ne se voile pas davantage la face en présence des interrogations douloureuses que pose la présence du mal dans le monde et l’histoire mais elle puise dans la Pâque du Christ la lumière de l’espérance.

La rencontre de la foi et de la raison alimente aussi l’engagement de la communauté chrétienne dans le vaste champ de l’éducation et de la culture. Un rôle spécial est joué par les institutions de formationet de recherche : écoles et universités. Partout où se développent les connaissances de l’homme et se propose une action éducative, l’Église se réjouit d’apporter sa propre expérience et sa contribution pour une formation de la personne dans son intégralité.

À cette égard une sollicitude particulière va aux écoles et universités catholiques, dans lesquelles l’ouverture à la transcendance, propre à chaque itinéraire culturel et éducatif sincère doit être complétée par des chemins de rencontre avec l’événement de Jésus-Christ et de son Église. La gratitude des évêques rejoint ceux qui en ont la charge dans des conditions parfois difficiles.

L’évangélisation exige qu’on prête une attention particulière au monde des communications sociales, routes sur lesquelles, en particulier dans les nouveaux medias, s’entrecroisent tant de vies, tant d’interrogations et tant d’attentes. C’est un lieu où se forment souvent les consciences et où se rythment les temps et les contenus de la vie vécue. C’est une chance nouvelle pour rejoindre le cœur de l’homme.Un domaine particulier de la rencontre entre foi et raison se situe dans le dialogue avec le savoir scientifique. Ce dernier n’est pas, en soi, éloigné de la foi dès lors qu’il manifeste le fondement spirituel que Dieu a déposé dans ses créatures et qui permet de discerner les structures rationnelles qui sont à la base de la création. Quand les sciences et les techniques ne prétendent pas enfermer la conception de l'homme et du monde dans un matérialisme aride, elles deviennent un allié précieux pour développer l'humanisation de la vie. Par conséquent notre gratitude se porte également vers tous ceux qui sont engagés sur le front délicat de la connaissance.

Nous voulons élargir l’expression de notre reconnaissance aux hommes et aux femmes engagés dans une autre manifestation du génie humain, celle de l'art en ses diverses expressions, des plus anciennes aux plus récentes. En tant qu'elles visent à donner forme à la tension de l'homme vers la beauté, nous reconnaissons dans leurs œuvres un mode très significatif d'expression de la spiritualité. Nous sommes reconnaissants aux artistes quand, par leurs créations de beauté ils nous aident à manifester la beauté du visage de Dieu et de celui de ses créatures. Le chemin de la beauté est une voie particulièrement efficace pour la nouvelle évangélisation.

Ce ne sont pas seulement les chefs-d’œuvre de l'art mais l’ingéniosité créative de l'homme qui attirent notre attention en tant que terrain favorable où celui-ci se fait coopérateur de la création divine grâce à son travail. Au monde de l’économie et du travail nous voulons rappeler quelques exigences émanant de la lumière de l’Évangile: préserver le travail des conditions qui, souvent, en font un fardeau insupportable et lui enlèvent toute assurance pour l’avenir, en raison des menaces de chômage frappant surtout les jeunes; mettre la personne humaine au centre du développement économique, penser ce développement lui-même comme une occasion de croissance du genre humain dans la justice et l’unité. L’homme est aussi appelé à travers son travail, par lequel il transforme le monde, et par sa responsabilité envers les générations futures, à préserver le visage que Dieu a voulu donner à sa création.
L’Évangile éclaire aussi le sens de la souffrance lié à la maladie. Les chrétiens doivent faire ressentir ici la présence de l’Église auprès des malades et sa reconnaissance envers tous ceux qui s’engagent avec professionnalisme et humanité dans les soins à leur donner.

Un domaine où la lumière de l’Évangile peut et doit jaillir pour éclairer les pas de l’humanité est celui de la politique. Il lui est demandé un engagement désintéressé et transparent pour le bien commun, dans le respect de la pleine dignité de la personne humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle; de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, de la liberté d’éducation; de la promotion de la liberté religieuse; dans la lutte contre les injustices, les inégalités, les discriminations, les violences, le racisme, la faim et la guerre. Un témoignage clair est demandé aux chrétiens qui, dans l’exercice de la politique, vivent le précepte de la charité.

Le dialogue de l’Église enfin a un interlocuteur naturel dans les autres religions. L'évangélisation se fait par conviction de la vérité du Christ, et non contre quelqu'un. L’Évangile de Jésus est paix et joie, et ses disciples sont heureux de reconnaître ce que l'esprit religieux de l’homme a su discerner de bon et de vrai dans le monde créé par Dieu, et a exprimé en donnant forme aux diverses religions.
Le dialogue entre les religions veut être une contribution à la paix, il refuse tout fondamentalisme et dénonce toute violence visant les croyants, en grave violation des droits humains. Les Églises du monde entier sont proches dans la prière et la fraternité de ces frères souffrants et demandent à ceux qui ont en leurs mains le sort des peuples de sauvegarder les droits de tous à la liberté de choisir et de professer de leur foi et d’en témoigner.

11. La mémoire du Concile Vatican II durant l’année de la foi et la référence au Catéchisme de l’Église Catholique

Sur le chemin ouvert par la nouvelle évangélisation nous pourrions aussi nous sentir parfois comme en un désert, au milieu des dangers et sans aucun repère. Le Saint-Père Benoît XVI, lors de l'homélie de la messe d'ouverture de l'Année de la Foi, a parlé d'une «désertification spirituelle » qui a progressé ces dernières décennies, mais il nous a aussi encouragés en affirmant que «c'est justement à partir de l'expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir à nouveau la joie de croire et son importance vitale pour nous chrétiens. Dans le désert, on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre » (Benoît XVI, Homélie de la célébration eucharistique pour l'ouverture de l'Année de la Foi , Rome 11 octobre 2012). Dans le désert, comme la femme samaritaine, on part à la recherche de l’eau, d’un puits auquel s’approvisionner: bienheureux celui qui y rencontre le Christ!
Nous remercions le Saint-Père pour le don de l'Année de la Foi, précieuse introduction au parcours de la nouvelle évangélisation. Nous le remercions également d'avoir relié cette Année de la Foi à l'heureux anniversaire des cinquante ans de l'ouverture du Concile Vatican II, dont l'enseignement fondamental pour notre temps resplendit dans le Catéchisme de l’Église Catholique, reproposé 20 ans après sa publication comme référence sûre de la foi. Ce sont des anniversaires importants qui nous permettent de réaffirmer notre ferme adhésion à l'enseignement du Concile Vatican II et notre engagement à continuer sa pleine mise en œuvre.

12. Contemplation du mystère et proximité avec les pauvres

Dans cette perspective nous voulons indiquer à tous les fidèles deux expressions de la vie de foi qui nous semblent d'une particulière pertinence pour en témoigner dans la nouvelle évangélisation.

Le premier est constitué du don et de l'expérience de la contemplation. C'est seulement avec un regard d’adoration sur le mystère de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, c’est seulement de la profondeur du silence semblable au sein qui accueille l'unique Parole qui sauve, que peut jaillir un témoignage crédible pour le monde. Seul ce silence priant peut empêcher que le message du salut se perde dans les nombreux bruits du monde.

Un message de gratitude vient à nouveau sur nos lèvres pour tous ceux qui, hommes et femmes, consacrent leur vie à la prière et à la contemplation dans les monastères et les ermitages. Mais nous avons besoin que des temps de contemplation s’insèrent dans la vie ordinaire des gens: des lieux spirituels, mais aussi géographiques, qui rappellent le souvenir de Dieu, des sanctuaires intérieurs mais également des temples de pierre qui soient des croisements obligés pour ce flux d’expériences qui, sinon, risque de nous. Des espaces dans lesquels tous puissent se sentir accueillis, même ceux qui ne savent pas encore bien ce qu’ils cherchent et qui ils cherchent.

L’autre symbole d’authenticité de la nouvelle évangélisation a le visage du pauvre. Se mettre à côté de celui qui est blessé par la vie n’est pas seulement un exercice de sociabilité, mais est avant tout un fait spirituel. Car dans le visage du pauvre resplendit le visage même du Christ: «Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Une place privilégiée est reconnue aux pauvres dans nos communautés, une place qui n’exclut personne, mais veut être un reflet de la façon dont Jésus s’est lié à eux. Leur présence dans nos communautés est mystérieusement puissante: elle change les personnes plus qu’un discours, elle enseigne la fidélité, elle fait comprendre la fragilité de la vie, elle appelle à la prière, et, pour tout dire, conduit au Christ.

Le geste de la charité exige d’être accompagné de l’effort pour la justice. C’est un appel qui s’adresse à tous, pauvres et riches; d’où la nécessaire insertion de la doctrine sociale de l’Église dans les parcours de la nouvelle évangélisation et le souci de la formation des chrétiens qui travaillent à l’harmonie des rapports humains dans la vie sociale et politique.

13. Un message aux Églises des diverses régions du monde

Le regard des évêques réunis en assemblée synodale embrasse toutes les communautés ecclésiales répandues à travers le monde, un regard qui se veut unitaire, parce que l’appel à rencontrer Jésus est unique, mais aussi un regard qui n’oublie pas la diversité.

Une considération toute particulière, pleine d’affection fraternelle et de gratitude, est réservée par les évêques réunis en synode à vous chrétiens des Églises orientales catholiques, celles qui sont héritières de la première diffusion de l’Évangile, expérience gardée avec amour et fidélité, et celles qui sont présentes dans l’Est de l’Europe. Aujourd’hui l’Évangile se propose de nouveau parmi vous comme nouvelle évangélisation par le biais de la vie liturgique, la catéchèse, la prière familiale quotidienne, le jeûne, la solidarité entre les familles, la participation des laïcs à la vie des communautés et au dialogue avec la société. Souvent exposées à l’épreuve et à la tribulation, vos Églises sont appelées à témoigner de la participation à la Croix du Christ. Certains fidèles sont contraints à l’émigration. Tout en maintenant vive l’appartenance à leur communauté d’origine, ils peuvent donner leur propre contribution à la charge pastorale et à l’œuvre d’évangélisation dans les pays qui les ont accueillis. Que le Seigneur continue à bénir votre fidélité, et que se dégagent dans votre futur des horizons de confession sereine et de pratique de la foi dans un climat de paix et de liberté religieuse.

Nous vous regardons vous les chrétiens, hommes et femmes, qui vivez dans les pays d’Afrique, nous vous exprimons avant tout notre gratitude pour le témoignage que vous rendez à l’Évangile, souvent dans des situations de vie humainement difficiles. Nous vous exhortons à redonner élan à l’évangélisation reçue en des temps encore récents, à vous construire comme Église «famille-de-Dieu», à renforcer l’identité de la famille, à soutenir l’engagement des prêtres et des catéchistes, spécialement dans les petites communautés chrétiennes. À quoi s’ajoute l’impérieuse nécessité de développer la rencontre de l’Évangile avec les anciennes et nouvelles cultures. Une attente et un appel vigoureux s’adresse aussi au monde de la politique et aux gouvernants des différents pays d’Afrique, pour que, grâce à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté, soient promus les droits humains fondamentaux et que le continent soit libéré de la violence et des conflits qui le tourmentent encore.

Les évêques de l’Assemblée synodale invitent les chrétiens de l’Amérique du Nord à accueillir avec joie l’appel à la nouvelle évangélisation, en même temps qu’ils regardent avec reconnaissance comment, dans leur histoire encore récente, vos communautés chrétiennes ont donné des fruits généreux de foi, de charité et de mission. Il importe maintenant de reconnaître que beaucoup d’expressions de la culture ambiante des pays de votre continent sont aujourd’hui loin de l’Évangile. S’impose donc une invitation à la conversion, de laquelle naît un engagement qui ne vous place pas en dehors de vos cultures mais en leur sein même, afin d’offrir à tous la lumière de la foi et la force de la vie. Au moment où vous accueillez dans vos terres généreuses de nouvelles populations d’immigrants et de réfugiés, soyez disposés aussi à ouvrir les portes de vos maisons à la foi. Dans la fidélité aux engagements pris lors de l’Assemblée synodale pour l’Amérique, soyez solidaires de l’Amérique Latine dans l’évangélisation permanente du continent commun.

Dans un même sentiment de reconnaissance l’Assemblée du Synode se tourne vers les Églises de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Il est particulièrement frappant de voir comment au fil des siècles se sont développées dans vos pays des formes de piété populaire, encore enracinées dans les cœurs de beaucoup, de service de la charité et du dialogue avec la culture. Aujourd’hui, face aux nombreux défis du présent, avant tout la pauvreté et la violence, l’Église en Amérique Latine et dans les Caraïbes est invitée à vivre dans un état permanent de mission en annonçant l’Évangile avec espérance et avec joie, en formant des communautés de vrais disciples missionnaires de Jésus-Christ, en montrant dans l’engagement de ses fils comment l’Évangile peut être source d’une nouvelle société juste et fraternelle. Le pluralisme religieux aussi interpelle vos Églises et exige une annonce renouvelée de l’Évangile.

À vous aussi chrétiens d’Asie, nous voulons offrir un message d’encouragement et d’exhortation. Vous êtes une petite minorité dans le continent qui recueille en lui pratiquement les deux tiers de la population mondiale. Votre présence est une semence féconde, confiée à la puissance de l’Esprit Saint, semence qui grandit dans le dialogue avec les différentes cultures, avec les antiques religions, avec les pauvres innombrables. Même si elle est souvent marginalisée dans la société, et même persécutée en certains endroits, l’Église d’Asie, avec sa foi ferme, est une présence précieuse de l’Évangile du Christ qui annonce justice, vie et harmonie. Chrétiens d’Asie, puissiez-vous ressentir la fraternelle proximité des chrétiens des autres pays du monde, lesquels ne peuvent oublier que Jésus est né, a vécu, est mort et ressuscité sur ce continent, en Terre Sainte!

Un message de reconnaissance et d’espérance des évêques s’adresse aux Églises du continent européen, aujourd’hui marqué en partie par une forte sécularisation, parfois agressive, et pour une part encore blessé par les longues décennies des pouvoirs des idéologies ennemies de Dieu et de l’homme. La reconnaissance va vers le passé mais aussi vers le présent, dans lesquels l’Évangile a créé en Europe des prises de conscience et des expériences de foi bien caractérisées et décisives pour l’évangélisation du monde entier, débordant souvent de sainteté: richesse de la pensée théologique, variété des expressions charismatiques, formes multiples du service de la charité envers les pauvres, profondes expériences contemplatives, création d’une culture humaniste qui contribué à donner un visage à la dignité de la personne et à la construction du bien commun. Que les difficultés du présent ne vous abattent pas, chers chrétiens d’Europe: qu’elles soient plutôt perçues comme un défi à dépasser et une occasion pour une annonce plus joyeuse et plus vivante du Christ et de son Évangile de vie.

Les évêques de l’Assemblée synodale saluent enfin les peuples de l’Océanie, qui vivent sous la protection de la Croix du Sud, et ils les remercient pour leur témoignage de l’Évangile de Jésus. Notre prière pour vous est que, comme la femme samaritaine auprès du puits, vous ressentiez vive vous aussi la soif d’une vie nouvelle et que vous puissiez entendre la parole de Jésus qui dit: «Si tu savais le don de Dieu! » (Jn 4,1-10). Recevez l’appel à vous engager encore à prêcher l’Évangile et à faire connaître Jésus dans le monde d’aujourd’hui. Nous vous exhortons à le rencontrer dans votre vie quotidienne, à l’écouter lui et à découvrir, par le moyen de la prière et de la méditation, la grâce de pouvoir dire: «nous savons que celui-ci est vraiment le sauveur du monde » (Jn 4,42).

14. L’étoile de Marie illumine le désert

Arrivé à la fin de cette belle expérience de communion entre des évêques du monde entier et de la collaboration au ministère du successeur de Pierre, nous entendons résonner pour nous, dans toute son actualité, le commandement de Jésus à ses apôtres: «Allez et faites des disciples de toutes les nations […] Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20). La mission, cette fois, ne concerne pas seulement une extension géographique, mais cherche à rejoindre les replis les plus cachés du cœur de nos contemporains, pour les porter à la rencontre avec Jésus, le Vivant qui se rend présent dans nos communautés.

Cette présence emplit de joie notre cœur. Pleins de reconnaissance pour les dons reçus de lui en ces jours, nous faisons monter un chant de louange: «Mon âme exalte le Seigneur […] Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1,46.49). Les paroles de Marie sont aussi les nôtres: le Seigneur a vraiment fait des merveilles au long des siècles pour son Église dans les diverses parties du monde et nous le magnifions, certains qu’il ne manquera pas de prendre en charge notre pauvreté pour y déployer, aujourd’hui encore, la puissance de son bras et nous soutenir sur le chemin de la nouvelle évangélisation.
La figure de Marie nous oriente sur le chemin. Celui-ci peut nous sembler, comme nous a dit Benoît XVI, un itinéraire à travers le désert, et nous savons qu’il faut le parcourir en emportant avec nous l’essentiel: la compagnie de Jésus, la vérité de sa parole, le pain eucharistique qui nous nourrit, la fraternité de la communion ecclésiale, l’élan de la charité. C’est l’eau du puits qui fait fleurir le désert. Et, comme dans la nuit du désert les étoiles se font plus brillantes, ainsi dans le ciel de notre chemin resplendit avec force la lumière de Marie, Étoile de la nouvelle évangélisation à qui nous nous remettons avec confiance. "

B. Dans les 58 propositions rendues publiques samedi 27 octobre à l'issue du synode, l'accent est fortement mis sur la qualité de la catéchèse, sur la vocation de tous les baptisés, y compris les jeunes, à être des évangélisateurs, sur la liberté religieuse, sur la participation des catholiques à la science, à l'art, à la culture.

Les pères synodaux proposent qu'une commission de dirigeants de l’Église se charge de documenter et dénoncer les attaques contre la liberté religieuse.

Le document est une traduction non officielle en anglais du bulletin de presse.

Les 58 propositions finales, en anglais.

Bonne soirée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 648965 )Numéro 6 : Presque le même constat que Benoît XVI. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-28 22:45:22) 
[en réponse à 648940]

Rebonsoir,

1. Benoît XVI, au début de l'Année de la Foi :

" Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. "

2. Ce message, à la fin du synode :

" Nous savons que, dans le monde, nous devons faire face à l’âpre combat contre «les Principautés et les Puissances », «les esprits du mal » (Ep 6, 12). Nous ne nous cachons pas les défis des phénomènes de globalisation, ni ne les craignons. Ils doivent être pour nous une chance pour l’élargissement de la présence de l’Évangile. De même les migrations - avec le poids de souffrance qu’elles comportent et dont nous voulons sincèrement être proches par un authentique accueil des frères - sont des occasions, comme cela est déjà arrivé dans le passé, de diffusion de la foi et de communion à travers la variété des formes qu’elles prennent. La sécularisation, mais aussi la crise de l’hégémonie de la politique et de l’État, conduisent l’Église à repenser sa propre présence dans la société, mais sans renoncer à cette présence. Les nombreuses et toujours nouvelles formes de pauvreté ouvrent des espaces inédits au service de la charité : la proclamation de l’Évangile engage l’Église à être proche des pauvres et à faire sienne leur souffrance à la manière de Jésus. Même dans les formes les plus âpres de l’athéisme et de l’agnosticisme nous entendons pouvoir reconnaître, bien que sous la forme de contradictions, non un vide, mais une nostalgie, une attente qui espère une réponse adéquate. "

J'ajoute ici le point suivant : à mon sens, le vide spirituel n'exclut

a) ni la nostalgie d'une plénitude spirituelle assimilée au passé historique ecclésial, ou identifiée au passé historique personnel, de la personne concernée,

b) ni l'angoisse, face à la perspective de devoir se soumettre et de ne pas pouvoir résister à une vacuité spirituelle encore plus grande, qui est encore à venir, mais qui est déjà devinable ou perceptible,

c) ni un ennui durable et profond, une indifférence à Dieu et à la question de Dieu, au moment où qui que ce soit vous en parle ou au moment où quoi que ce soit vous y fait penser.

Or, ma modeste théorie est à peu près la suivante : on comprendra le mode de remplissage de ce vide, chez la plupart de nos contemporains, uniquement en appelant ce par quoi ce vide est comblé, en recourant seulement à l'expression biblique requise pour désigner la chose : L'IDOLATRIE.

C'est la raison pour laquelle j'affirme que la post-modernité est néo-paienne, car elle est idolâtre, et "entend le rester", comme aurait dit qui vous savez.

Il me semble que tant que certains n'auront pas compris que les principaux donneurs d'ordre "spirituels" d'aujourd'hui, dont les principaux médias audio-visuels et ceux qui les dirigent, n'ont aucun intérêt à ce que cette idolâtrie

a) cesse de sévir, dans les coeurs et dans les moeurs, dans les familles et dans les nations,

b) soit dénoncée et combattue, en tant qu'idolâtrie multi-forme, par l'Eglise catholique,

la nouvelle évangélisation, aussi bien intentionnée soit-elle, aura du mal à contrer son adversaire, la sécularisation,

- alors que la sécularisation est vraiment opposée à Dieu, en tant que seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit,

- et que la sécularisation n'est absolument ce qu'elle dit être, quand elle dit être promotrice de l'homme ou au service de l'homme.

Bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 648955 )De l'homélie de Benoît XVI au décret conciliaire Ad Gentes. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-28 22:00:45) 
[en réponse à 648922]

Rebonsoir,

Pour mémoire, et dans le prolongement d'une partie de l'homélie de Benoît XVI en date du 28 octobre 2012, voici le premier chapitre du décret conciliaire Ad Gentes :

" 1. Préambule

Envoyée par Dieu aux nations pour être « le sacrement universel du salut [1] », l’Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur (cf. Mc 16, 16), est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes. Les Apôtres eux-mêmes, en effet, sur lesquels l’Église a été fondée ont suivi les traces du Christ, « ont prêché la parole de vérité et engendré des Églises [2] ». Le devoir de leurs successeurs est de perpétuer cette œuvre, afin que, « la Parole de Dieu soit divulguée et glorifiée » (2 Th 3, 1), le Royaume de Dieu annoncé et instauré dans le monde entier.

Mais dans l’ordre actuel des choses, dont découlent de nouvelles conditions pour l’humanité, l’Église, sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt 5, 13-14), est appelée de façon plus pressante à sauver et à rénover toute créature, afin que tout soit restauré dans le Christ, et qu’en lui les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu.

Aussi le saint Concile, tout en rendant grâce à Dieu pour les œuvres magnifiques accomplies par le zèle généreux de l’Église tout entière, désire-t-il esquisser les principes de l’activité missionnaire et rassembler les forces de tous les fidèles pour que le Peuple de Dieu, s’avançant sur la voie étroite de la croix, étende partout le règne du Christ Seigneur qui embrasse les siècles de son regard (cf. Si 36, 19), et qu’il prépare les voies à son avènement.

CHAPITRE PREMIER : Principes doctrinaux

2. Le dessein du Père

Par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père [3].

Ce dessein découle de « l’amour dans sa source », autrement dit de la charité de Dieu le Père qui, étant le principe sans principe, de qui le Fils est engendré, de qui le Saint- Esprit procède par le Fils, nous a créés librement dans sa surabondante bonté et miséricorde, et nous a de plus appelés gracieusement à partager avec lui sa vie et sa gloire ; qui a répandu sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre, en sorte que lui, qui est le créateur de toutes choses, devienne enfin « tout en tous » (1 Co 15, 28) en procurant à la fois sa gloire et notre bonheur. Il a plu à Dieu d’appeler les hommes à participer à sa vie, non pas seulement de façon individuelle sans aucun lien les uns avec les autres, mais de les constituer en un peuple dans lequel ses enfants, qui étaient dispersés, seraient rassemblés dans l’unité (cf. Jn 11, 52).

3. La mission du Fils

Ce dessein universel de Dieu pour le salut du genre humain ne se réalise pas seulement d’une manière pour ainsi dire secrète dans l’âme des hommes, ou encore par des initiatives même religieuses, grâce auxquelles ils cherchent Dieu de bien des manières « pour l’atteindre si possible et le trouver ; aussi bien n’est-il pas loin de chacun de nous » (cf. Ac 17, 27) ; car ces initiatives ont besoin d’être éclairées et redressées, bien que, de par un dessein bienveillant de la Providence divine, on puisse parfois les considérer comme une orientation vers le vrai Dieu ou une préparation à l’Évangile [4]. Pour affermir la paix, autrement dit la communion avec lui, et pour établir la fraternité entre les hommes, – les hommes qui sont pécheurs – il décida de s’engager dans l’histoire humaine d’une façon nouvelle et définitive, en envoyant son Fils dans notre chair, afin d’arracher par lui les hommes à l’empire des ténèbres et de Satan (cf. Col 1, 13 ; Ac 10, 38), et de se réconcilier en lui le monde (cf. 2 Co 5, 19). Son Fils, par qui aussi il a fait les siècles [5], il l’a établi héritier de toutes choses, afin de tout restaurer en lui (cf. Ep 1, 10).

Car le Christ Jésus a été envoyé dans le monde comme le véritable médiateur entre Dieu et les hommes. Puisqu’il est Dieu, « toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement » (Col 2, 9) ; dans sa nature humaine, il est le nouvel Adam, il est constitué Tête de l’humanité renouvelée, il est rempli de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Aussi par les voies d’une incarnation véritable, le Fils de Dieu est-il venu pour faire participer les hommes à la nature divine ; il s’est fait pauvre alors qu’il était riche afin de nous enrichir par sa pauvreté (2 Co 8, 9). Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup, c’est-à-dire pour tous (cf. Mc 10, 45). Les saints Pères proclament sans cesse que n’est pas guéri ce qui n’a pas été assumé par le Christ [6]. Mais il a assumé la nature humaine dans toute sa réalité, telle qu’on la trouve chez nous, malheureux et pauvres, mais elle est chez lui sans péché (cf. He 4, 15 ; 9, 28). Parlant de lui-même, le Christ, que le Père a consacré et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), a dit ces paroles : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction ; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue » (Lc 4, 18) ; et encore : « Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10).

Ce qui a été une fois proclamé par le Seigneur ou accompli en lui pour le salut du genre humain doit être proclamé et répandu jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1, 8), en commençant par Jérusalem (cf. Lc 24, 47), de sorte que ce qui a été accompli une fois pour toutes en vue du salut de tous, produise ses effets chez tous au cours des âges.

4. La mission du Saint-Esprit

Mais pour obtenir pleinement le résultat, le Christ a envoyé d’auprès du Père le Saint Esprit, qui accomplirait son œuvre de salut à l’intérieur des âmes et pousserait l’Église à s’étendre. Sans l’ombre d’un doute le Saint-Esprit était déjà à l’œuvre avant la glorification du Christ [7]. Pourtant, le jour de la Pentecôte, il descendit sur les disciples pour demeurer avec eux à jamais (cf. Jn 14, 16) ; l’Église se manifesta publiquement devant la multitude, la diffusion de l’Évangile parmi les nations commença avec la prédication ; enfin fut préfigurée l’union des peuples dans la catholicité de la foi, par l’Église de la Nouvelle Alliance, qui parle toutes les langues, comprend et embrasse dans sa charité toutes les langues, et triomphe ainsi de la dispersion de Babel [8]. Car c’est à la Pentecôte que commencèrent « les Actes des Apôtres », tout comme c’est lorsque le Saint-Esprit vint sur la Vierge Marie que le Christ fut conçu, et lorsque le même Esprit Saint descendit sur le Christ pendant sa prière que le Christ fut poussé à commencer son ministère [9]. Le Christ Jésus lui-même, avant de donner librement sa vie pour le monde, a de telle sorte organisé le ministère apostolique et promis d’envoyer le Saint-Esprit, que ce ministère et cette mission sont tous deux associés pour mener à bien, toujours et partout, l’œuvre du salut [10]. À travers toutes les époques, c’est le Saint-Esprit qui « unifie l’Église tout entière dans la communion et le ministère, qui la munit des divers dons hiérarchiques et charismatiques [11] », vivifiant à la façon d’une âme [12] les institutions ecclésiastiques et insufflant dans le cœur des fidèles le même esprit missionnaire, qui avait poussé le Christ lui-même. Parfois même il devance visiblement l’action apostolique [13], tout comme il ne cesse de l’accompagner et de la diriger de diverses manières [14].

5. L’Église envoyée par le Christ

Dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus « appela à lui ceux qu’il voulut, et en institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 13 ; cf. Mt 10, 1-42). Les Apôtres furent ainsi les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée. Puis, une fois qu’il eut par sa mort et sa résurrection accompli en lui-même les mystères de notre salut et de la rénovation de toutes choses, le Seigneur, qui avait reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18), fonda son Église comme sacrement du salut, avant d’être enlevé au ciel (cf. Ac 1, 11) ; tout comme il avait été lui-même envoyé par le Père (cf. Jn 20, 21), il envoya ses Apôtres dans le monde entier en leur donnant cet ordre : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19 s.) ; « Allez par le monde entier proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 15 s.). C’est de là que découle pour l’Église le devoir de propager la foi et le salut apportés par le Christ, d’une part en vertu du mandat exprès qu’a hérité des Apôtres l’ordre des évêques, assisté par les prêtres en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église, et d’autre part en vertu de l’influx vital que le Christ communique à ses membres : le Christ « dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion, par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même dans la charité » (Ep 4, 16). La mission de l’Église s’accomplit donc par l’opération au moyen de laquelle, obéissant à l’ordre du Christ et mue par la grâce de l’Esprit Saint et la charité, elle devient effectivement présente à tous les hommes et à tous les peuples, pour les amener par l’exemple de sa vie, par la prédication, par les sacrements et les autres moyens de grâce, à la foi, à la liberté, à la paix du Christ, de telle sorte qu’elle leur soit ouverte comme la voie libre et sûre pour participer pleinement au mystère du Christ.

Cette mission continue et déploie au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle ; c’est donc par la même voie qu’a suivie le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la voie de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection. Car c’est ainsi dans l’espérance qu’ont marché tous les apôtres, qui ont achevé par leurs multiples tribulations et souffrances ce qui manque à la passion du Christ au profit de son Corps, l’Église (cf. Col 1, 24) ; souvent aussi le sang des chrétiens fut une semence [15].

6. L’activité missionnaire

Cette tâche, c’est par l’ordre des évêques, à la tête duquel se trouve le successeur de Pierre, qu’elle doit être accomplie, avec la prière et la collaboration de toute l’Église ; elle est unique et la même, partout, en toute situation, bien qu’elle ne soit pas menée de la même manière du fait des circonstances. Par conséquent, les différences qu’il faut reconnaître dans cette activité de l’Église ne découlent pas de la nature intime de la mission mais des conditions dans lesquelles elle est accomplie. Ces conditions dépendent soit de l’Église, soit même des peuples, des groupes humains ou des hommes à qui s’adresse la mission. Car l’Église, bien que de soi elle possède la totalité ou la plénitude des moyens de salut, n’agit pas ni ne peut agir toujours et immédiatement selon tous ses moyens ; elle connaît des commencements et des degrés dans l’action par laquelle elle s’efforce de conduire à sa réalisation le dessein de Dieu ; bien plus, elle est parfois contrainte, après des débuts heureux, de déplorer de nouveau un recul, ou tout au moins de demeurer dans un état d’incomplétude et d’insuffisance. En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, elle ne les atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude catholique. Les actes propres, les moyens adaptés doivent s’accorder avec chaque condition ou état.

Les initiatives particulières par lesquelles les prédicateurs de l’Évangile envoyés par l’Église et allant dans le monde entier s’acquittent de la tâche d’annoncer l’Évangile et d’implanter l’Église parmi les peuples ou les groupes humains qui ne croient pas encore au Christ, sont communément appelées « missions » ; elles s’accomplissent par l’activité missionnaire et sont menées d’ordinaire dans des territoires déterminés reconnus par le Saint-Siège. La fin propre de cette activité missionnaire est l’évangélisation et la plantation de l’Église dans les peuples ou les groupes humains dans lesquels elle n’a pas encore été enracinée [16]. Il faut que, nées de la Parole de Dieu, des Églises autochtones particulières, suffisamment établies, croissent partout dans le monde, jouissent de leurs ressources propres et d’une certaine maturité ; il faut que, pourvues de leur hiérarchie propre unie à un peuple fidèle et des moyens accordés à leur génie, nécessaires pour mener une vie pleinement chrétienne, elles contribuent au bien de toute l’Église. Mais le moyen principal de cette implantation, est la proclamation de l’Évangile de Jésus Christ ; c’est pour annoncer l’Évangile que le Seigneur a envoyé ses disciples dans le monde entier, afin que les hommes, ayant acquis une nouvelle naissance par la Parole de Dieu (cf. 1 P 1, 23), soient agrégés par le baptême à l’Église qui, en tant que Corps du Verbe incarné, est nourrie et vit de la Parole de Dieu et du pain eucharistique (cf. Ac 2, 42).

Pour cette activité missionnaire de l’Église, diverses situations se présentent parfois mêlées les unes aux autres : situation d’abord de début ou de plantation, puis de nouveauté ou de jeunesse. Quand tout cela est accompli, l’action missionnaire de l’Église ne cesse pas pour autant : le devoir incombe aux Églises particulières déjà formées de la continuer et de prêcher l’Évangile à tous ceux qui sont encore au-dehors.

En outre, il n’est pas rare que les groupes humains au sein desquels l’Église existe, ne soient complètement transformés pour des raisons diverses ; des situations nouvelles peuvent en résulter. L’Église doit alors examiner si ces situations exigent de nouveau une activité missionnaire. De plus les circonstances sont parfois telles que manque pour un temps la possibilité de proposer directement et immédiatement le message évangélique ; c’est alors que les missionnaires peuvent et doivent donner avec patience et prudence, avec une grande confiance en même temps, au moins le témoignage de la charité et de la bienfaisance du Christ, préparer ainsi les voies au Seigneur et le rendre présent d’une certaine manière.

Ainsi il est clair que l’activité missionnaire découle profondément de la nature même de l’Église ; elle en propage la foi qui sauve, elle en réalise l’unité catholique en la répandant, elle reçoit sa force de son apostolicité, elle met en œuvre le sens collégial de sa hiérarchie, elle en atteste, répand et développe la sainteté. Ainsi l’activité missionnaire parmi les nations diffère tant de l’activité pastorale à déployer à l’égard des fidèles que des initiatives à prendre pour rétablir l’unité des chrétiens. Cependant ces deux domaines sont très étroitement liés à l’activité missionnaire de l’Église [17] : la division des chrétiens, en effet, nuit [18] à la cause très sacrée de l’annonce de l’Évangile à toute créature, et pour beaucoup elle ferme l’accès à la foi. Ainsi de par la nécessité de la mission, tous les baptisés sont appelés à s’assembler en un seul troupeau, afin de pouvoir ainsi de façon unanime rendre témoignage du Christ leur Seigneur devant les nations. S’ils sont encore incapables de donner le témoignage d’une foi unique, il faut au moins qu’ils soient animés par une estime et une charité réciproques.

7. Raison et nécessité de l’activité missionnaire

La raison de cette activité missionnaire découle de la volonté de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ, qui s’est livré en rançon pour tous » (1 Tm 2, 4-5) ; « et il n’existe de salut en aucun autre » (Ac 4, 12). Il faut donc que tous se convertissent au Christ, connu par la prédication de l’Église, et qu’ils soient eux aussi incorporés par le baptême à l’Église, qui est son Corps. Car le Christ lui-même, « en enseignant en termes formels la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), a du même coup confirmé la nécessité de l’Église dans laquelle les hommes entrent par le baptême comme par une porte. C’est pourquoi les hommes ne peuvent être sauvés qui, n’ignorant pas que l’Église a été fondée comme nécessaire par Dieu par l’intermédiaire de Jésus Christ, n’auront cependant pas voulu y entrer ou y persévérer [19] ». Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui amener à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, la nécessité incombe cependant à l’Église (cf. 1 Co 9, 16) – et en même temps elle en a le droit sacré – d’évangéliser, et par conséquent son activité missionnaire garde, aujourd’hui comme toujours, toute sa force et sa nécessité.

C’est par elle que le Corps mystique du Christ rassemble et ordonne sans cesse ses forces en vue de son propre accroissement (cf. Ep 4, 11-16). C’est pour mener à bien cette activité que les membres de l’Église sont poussés par la charité, qui les fait aimer Dieu, et les fait désirer partager avec tous les hommes les biens spirituels de la vie future comme ceux de la vie présente.

Par cette activité missionnaire enfin, Dieu est pleinement glorifié, du moment que les hommes accueillent consciemment et pleinement son œuvre salutaire qu’il a réalisée dans le Christ. C’est ainsi que par elle se réalise le dessein de Dieu, que le Christ a servi par obéissance et par amour pour la gloire du Père qui l’a envoyé [20] : que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit ; ce qui, en exprimant la concorde fraternelle, répond au désir intime de tous les hommes. C’est ainsi qu’enfin s’accomplit vraiment le dessein du Créateur formant l’homme à son image et à sa ressemblance, quand tous ceux qui participent à la nature humaine, une fois qu’ils auront été régénérés dans le Christ par le Saint-Esprit, refléteront ensemble la gloire de Dieu (cf. 2 Co 3, 18) et pourront dire : « Notre Père [21] ».

8. L’activité missionnaire dans la vie et l’histoire humaine

L’activité missionnaire possède un lien intime avec la nature humaine elle-même et ses aspirations. Car en manifestant le Christ, l’Église révèle aux hommes par le fait même la vérité authentique de leur condition et de leur vocation intégrale, le Christ étant le principe et le modèle de cette humanité rénovée, pénétrée d’amour fraternel, de sincérité, d’esprit pacifique, à laquelle tous aspirent. Le Christ, et l’Église qui rend témoignage à son sujet par la prédication évangélique, transcendent tout particularisme de race ou de nation, et par conséquent ils ne peuvent jamais être considérés, ni lui ni elle, comme étrangers nulle part ni à l’égard de qui que ce soit [22]. Le Christ lui-même est la vérité et la voie dont la prédication évangélique ouvre l’accès à tous, en portant aux oreilles de tous ces paroles du même Christ : « Faites pénitence et croyez à l’évangile » (Mc 1, 15). Puisque celui qui ne croit pas est déjà jugé (cf. Jn 3, 18), les paroles du Christ sont des paroles à la fois de jugement et de grâce, de mort et de vie. Car c’est seulement en faisant mourir ce qui est vieux que nous pouvons parvenir à la nouveauté de vie : cela vaut d’abord des personnes ; mais cela vaut aussi des divers biens de ce monde, qui sont marqués en même temps par le péché de l’homme et la bénédiction de Dieu : « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3, 23). Personne n’est délivré du péché ni élevé au-dessus de lui-même par lui-même et ou par ses propres efforts, personne n’est entièrement libéré de sa faiblesse ni de sa solitude ni de son esclavage [23], mais tous ont besoin du Christ le modèle, le maître, le libérateur, le sauveur, celui qui donne la vie. En toute vérité, dans l’histoire humaine, même au point de vue temporel, l’Évangile a été un ferment de liberté et de progrès, et il se présente toujours comme un ferment de fraternité, d’unité et de paix. Ce n’est donc pas sans raison que le Christ est honoré par les fidèles comme « l’attente des nations et leur Sauveur [24].

9. Caractère eschatologique de l’activité missionnaire

Aussi le temps de l’activité missionnaire se situe-t-il entre le premier avènement du Seigneur et le second, lors duquel, des quatre vents, telle une moisson, l’Église sera rassemblée dans le Royaume de Dieu [25]. Car avant la venue du Seigneur, il faut que l’Évangile soit proclamé parmi toutes les nations (cf. Mc 13, 10).

L’activité missionnaire n’est rien d’autre et rien de moins que la manifestation du dessein de Dieu, son épiphanie et sa réalisation dans le monde et son histoire, dans laquelle Dieu conduit clairement à son terme, par la mission, l’histoire du salut. Par la parole de la prédication et par la célébration des sacrements, dont la sainte Eucharistie est le centre et le sommet, elle rend présent le Christ, auteur du salut. Tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de Dieu, elle le libère des influences mauvaises et le rend au Christ son auteur, qui détruit l’empire du diable et arrête la malice infiniment diverse du crime. Aussi tout ce qu’on découvre de bon semé dans le cœur et l’esprit des hommes ou dans les rites particuliers et les cultures particulières des peuples, non seulement ne périt pas, mais est purifié, élevé et porté à son achèvement pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme [26]. Ainsi l’activité missionnaire tend à la plénitude eschatologique [27]: c’est par elle en effet que jusqu’à la mesure et à l’époque que le Père a fixées dans sa puissance (cf. Ac 1, 7), se développe le Peuple de Dieu, auquel s’adresse la parole prophétique : « Élargis l’espace de la tente, déploie les tentures sans contrainte » (Is 54, 2) [28]; c’est par elle que s’accroît le Corps mystique jusqu’à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ (cf. Ep 4, 13), et que le temple spirituel où Dieu est adoré en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23), grandit et s’édifie sur le fondement des Apôtres et des prophètes, le Christ Jésus étant lui-même la pierre d’angle (Ep 2, 20). "

Bonne nuit.

Scrutator.