Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=648829
images/icones/carnet.gif  ( 648829 )Le lit conjugal est latin et catholique par Jean Kinzler (2012-10-27 18:00:59) 

Interview de Michelle Perrot, historienne,qui est l'auteur d'Histoire de chambres (Seuil, 2009).

Depuis quand dort-on à deux ?

Le lit conjugal existe depuis longtemps. Lorsque Ulysse rentre de son périple, Pénélope vérifie son identité par l'étrange "épreuve du lit" : "Lequel a été le nôtre ?", dit-elle. L'idéal conjugal existe dans la Grèce antique, mais les habitudes de polygamie et l'astreinte au gynécée [appartement des femmes] font que le lit ne sert pas vraiment à dormir ensemble. Dans la Rome antique non plus, l'homme et la femme ne se retrouvent pas tous les soirs. C'est l'Eglise catholique qui va théoriser très tôt la question du lit conjugal.

Nous dormirions donc à deux par tradition religieuse ?

On peut le dire. Le lit conjugal est latin et catholique. Les deux lits côte à côte sont protestants et anglo-saxons. L'Eglise catholique fait du mariage un sacrement au XIIIe siècle. Le théologien Thomas d'Aquin déclare : "Le couple doit avoir son lit et sa chambre." L'Eglise mise sur la conjugalité pour maîtriser la société. François de Sales, au XVIIe, bénit le lit conjugal, "lieu d'un amour tout sain, tout sacré, tout divin", célébrant "la jouissance à plein drap" plutôt qu'"à la dérobée". Mais les femmes subissent l'appétit sexuel des maris. Le lit devient un lieu d'affrontement comme l'attestent les textes de confession. Les confesseurs exhortent leurs pénitentes à remplir leur "devoir conjugal", tandis que celles-ci demandent à leurs époux de "faire attention", c'est-à-dire de pratiquer le coït interrompu, considéré par l'Eglise comme "le péché d'Onan". Faire chambre à part est désapprouvé par le clergé.

En revanche, ceux qui ont les moyens dorment seuls...

Le roi en effet dort seul et rend visite, le cas échéant, à la reine ou... à sa maîtresse. L'aristocratie sépare les appartements du maître et de la maîtresse de maison. Certains intellectuels aussi prennent position. Au XIVe siècle, le poète Eustache Deschamps déclare : "Plus aisé coucher un seul que deux." Son contemporain Montaigne ajoute : "J'aime à coucher dur et seul, voire sans femme, à la royale, un peu bien couvert."

La donne change-t-elle en ville ?

Aux XVIIIe et XIXe, le lit pour deux se généralise en ville, mais pas uniquement par manque de place. Le couple est un socle fondamental de la bourgeoisie, dont le symbole est le lit. "Le lit est tout le mariage", écrit Balzac. En 1850, le lit exposé au Bon Marché est encore large. Mais, en 1920, il se rétrécit, comme les appartements.


Pourquoi le choix de deux lits pour les Anglo-Saxons ?

Pour les protestants, dormir séparé est un choix amoureux (chacun reste un individu dans l'amour), un choix sociétal (restriction des naissances plus facile). C'est aussi un choix hygiénique. En France, le lit double se généralise au XVIIIe en ville, mais la salle de bains ne va apparaître que deux siècles plus tard !

Dormir seul est-il encore tabou ?

En 2009, la Télévision suisse m'a interrogée sur un fait divers : un couple de paysans âgés venait de décider de faire chambre à part et cela émouvait famille, village et même pays. "Nous séparons notre sommeil de notre désir", avaient-ils déclaré. L'idée du couple est toujours construite sur la fusion des corps, signe d'amour. Cela continue à peser très fortement, quelles que soient nos envies.


Propos recueillis par Laure Belotlemonde.fr
images/icones/abbe1.gif  ( 648847 )Très intéressant par Rothomagus (2012-10-27 22:09:03) 
[en réponse à 648829]

Merci pour ces informations.

Je viens de trouver dans les Voyages liturgiques de France, du Sieur de Moléon en 1743, concernant les mariages du diocèse de Rouen, que l'après-midi ou le soir du mariage, le prêtre accompagné du sacristain et des époux, allait bénir le lit nuptial.
Il l'aspergeait d'eau bénite, en disant l'Asperges Me, puis "l'oraison Visitet Dominus habitationem istam des Complies en troisième personne" (?), et le psaume 127 : Beati omnes qui timent dominus ; "puis le Kyrie eleison et le Pater, avec deux oraisons [...]. Ensuite il bénit du pain et du vin, et présente du pain trempé dans le vin aux nouveaux mariés, comme à la fin de la Messe."

Toute une cérémonie !
images/icones/neutre.gif  ( 648851 )L'Eglise catholique fait du mariage un sacrement au XIIIe siècle par Donapaleu (2012-10-27 22:31:40) 
[en réponse à 648829]

Ca ne me parait pas très catholique !
Je pense qu'il y'a confusion entre la cérémonie et le sacrement !
images/icones/1b.gif  ( 648859 )d'accord avec vous par jejomau (2012-10-27 23:25:00) 
[en réponse à 648851]

encore un qui a été atteint par le modernisme...
images/icones/coeur.gif  ( 648870 )Madame Michelle Perrot est une par blamont (2012-10-28 07:11:46) 
[en réponse à 648829]

historienne de haut vol, passionnante et passionnée, tout en retenue et profondeur.

la cause des femmes à travers l'Histoire fut et demeure son axe de savoir et d'action et ses cours à l'Université de Jussieu (Paris VII) étaient très ouverts à la recherche et aux trouvailles de ses étudiants.

Ayant pu lui communiquer des Mémoires manuscrits concernant une famille de notables lyonnais (les Orsel), elle fut une bienveillante chargée d'études et surtout pas partisane comme l'étaient de ses collègues du département d'Histoire de Paris VII comme Georges Boudarel ou M.Chesneaux, excellents profs au demeurant..


L'ayant écoutée sur une radio tout récemment, un choc: sa voix était toujours la même, 39 ans après.
images/icones/1q.gif  ( 648890 )Wouahou... par Yves Daoudal (2012-10-28 14:58:40) 
[en réponse à 648870]

Une "historienne de haut vol" qui prétend contre l'histoire (et au passage contre l'Evangile, et contre le Christ Fils de Dieu) que le mariage est un sacrement inventé au XIIIe siècle.

Et Georges Boudarel "excellent prof au demeurant", dont le seul et unique titre universitaire fut d'avoir été le tortionnaire de soldats français comme commissaire politique du Vietminh dans un camp de la mort au Vietnam...

Eh bien Blamont, vous en avez beaucoup comme ça ?
images/icones/1b.gif  ( 648999 )M'sieur Daoudal, j'ai eu ces personnes par blamont (2012-10-29 12:16:54) 
[en réponse à 648890]

comme profs à Jussieu.
En ce qui concerne Boudarel, c'était en 1973, bien avant qu'il ne fût démasqué par un ancien de ses prisonniers.
Son cours 'guerre et société" - que j'ai conservé était passionnant.

Michelle Perrot était principalement intervenante sur les mouvements féministes du XIX° siècle.
Son empreinte marxiste était évidente mais non dogmatique. bien au contraire, le fait qu’elle utilisa les Mémoires de familles de notables que je lui passai, l'indique simplement.


Au fait n'y avait-il pas une coquille journalistique?
car il est énorme d’avoir déclaré que le sacrement du mariage datait du XIII° siècle!


On a vu pire: dans un collège de Normandie,cette année, le prof d'hstoire déclare que Jeanne d'Arc est la fille de Charles VII et en plus il ignore ce qu'est la Légion d'honneur.

Par contre, il oblige ses élèves à connaitre la généalogie des rois de Tombouctou. (avec les familles collatérales, faut pas déconner!).