Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 648835 )concile et médias par Aigle (2012-10-27 18:52:22) 

A la lecture de médias on voit qu'aujourd'hui comme dans les années 1960, les journalistes laics portent un regard très positif sur le concile Vatican II et les réformes de Paul VI.

Je comprends très bien qu'on ait eu l'illusion en 1965 ou 1970 qu'en s'ouvrant au monde, l'Eglise allait se renforcer, que plus de souplesse doctrinal ou liturgique allait déboucher sur une plus grande influence sur les hommes et les peuples.

Mais aujourd'hui 50 ans après on voit bien que le pari conciliaire n'a pas été gagné - soit que le concile ait été mauvais soit (ce qui est mon avis) qu'il ait été très mal interprété. Pourtant aujourd'hui comme en 1965 les journaliste ont le larmes aux yeux en évoquant cet événement - et s'ils ont un regret c'est qu'il n'y a pas eu assez de changements...

C'est quand même curieux - surtout quand on voit la force des religions juives ou musulmanes qui sont restés très fermés aux nouveautés modernes ....et quand on voit la difficulté de nos médias à critiquer ces religions tradionnalistes !!!

qu'en pensez vous ? est-ce logique ?
images/icones/fleche2.gif  ( 648843 )Pour beaucoup, Vatican II = oui à la sécularisation. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-27 21:35:45) 
[en réponse à 648835]

Bonjour,

1. Il me semble que pour beaucoup de clercs, au sens large, et, si j'ose dire, à tort ou à raison, l'Eglise est passée, au moment et au moyen du Concile, d'une attitude de confrontation négative et réticente à une attitude de conciliation bienveillante et positive, vis-à-vis de la sécularisation, id est, je le rappelle ici, de la dynamique anthropologique et civilisationnelle la plus efficacement et hypocritement propice à la marginalisation du christianisme, dans les coeurs et dans les moeurs.

2. Cette croyance en l'approbation de la sécularisation par l'Eglise, au moment du Concile, expliquerait assez pourquoi, dans l'imaginaire journalistique contemporain, il y a une opposition entre la mentalité d'ouverture de l'Eglise sur la modernité, qui se serait exprimée au moyen du Concile, et la mentalité de (re)fermeture de l'Eglise, vis-à-vis de la modernité, qui se serait exprimée, pour la première fois, lors de la parution et de la réception d'Humanae Vitae.

3. Les journalistes qui ont les larmes aux yeux, aujourd'hui, cinquante ans après l'ouverture du Concile, regrettent peut-être avec nostalgie

- l'atmosphère tout à fait particulière qui a caractérisé le déroulement des années 1962-1963 à 1965-1966,

- le reniement, selon leurs vues, de cette perspective de convergence entre l'Eglise et le monde, par l'Eglise elle-même, moins de trois ans après la clôture du Concile.

4. Je pense notamment à quelqu'un comme Henri TINCQ ; compte tenu de ses prises de position habituelles, je ne pense pas me tromper beaucoup en supposant que lui

- doit avoir ce positionnement nostalgique, à l'égard du moment Vatican II,

et

- doit considérer comme une aberration, une absurdité, une anomalie ou une arriération le fait que, selon lui, l'Eglise ait commencé assez vite à renoncer à une partie de ses propres audaces, dès la partie post-conciliaire du pontificat de Paul VI, et ait continué à y renoncer, sous Jean-Paul II puis sous Benoît XVI.

5. Quant aux journalistes, chrétiens ou non, nettement plus jeunes que quelqu'un comme Henri TINCQ, je doute fort qu'ils aient "les larmes aux yeux en évoquant cet évènement", même s'ils ont en en effet "un regret : c'est qu'il n'y ait pas eu assez de changements."

6. Entre nous, nous pouvons toujours nous poser la question suivante : qui, parmi les journalistes, spécialisés ou non, actuellement en activité, connaît vraiment les textes du Concile, le contexte propre au Concile, les conséquences de la mise en oeuvre du Concile ?

7. La nostalgie contagieuse ou unanime peut ainsi naître du conformisme et de l'ignorance : à qui n'a-t-on pas dit que le Concile avait été le début d'un grand mouvement de modernisation de l'Eglise, et que, depuis, ce mouvement avait été remis en cause, non à cause de son fondement ou de son contenu ambigu, ni à cause de ses applications décevantes ou désastreuses, mais à cause de la fermeture et de la frilosité des Papes de l'après Concile ?

8. Enfin, il est à noter, dans le sens de ce que vous dites, que le plus souvent, dans les médias audio-visuels, seuls les abus ou les excès provenant des extrémistes intégristes juifs ou musulmans, abus ou excès tels que le terrorisme, sont considérés comme une menace, face à la dynamique qu'est la sécularisation,

- alors qu'une perspective de rechristianisation de la culture et de la société de la France, et non de l'Etat lui-même, serait immédiatement perçue comme une atteinte à la sécularisation,

- et que l'islamisation de la France par l'islamisme légaliste, par un islamisme apparemment respectueux des lois de la République, n'est pas explicitement mise en avant comme une menace de retour en arrière, donc en amont de l'enclenchement de cette dynamique de sécularisation.

Les puissants qui font semblant de nous éclairer ou semblant de nous gouverner se soumettront plus volontiers à plus puissants qu'eux, qu'à plus sages qu'eux, et, en particulier, qu'à plus sages dans le Christ et grâce au Christ.

Bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 648858 )comprendre la crise de l'Eglise par jejomau (2012-10-27 23:22:36) 
[en réponse à 648835]

c'est le thème d'une interview avec Michel de Jaeghere dont voici un extrait :

Je pense qu’il y a une très grande naïveté de la hiérarchie de l’Eglise vis-à-vis des médias. Elle a tendance à les considérer en effet comme neutres, et soucieux d’information objective, au lieu de les considérer globalement comme hostiles. Or dans le monde de l’information, la bienveillance à l’égard de l’Eglise n’est pas la règle, elle est l’exception. La hiérarchie catholique croit aux professions de foi d’honnêteté des journalistes. Elle n’a pas une pleine conscience du fait que le courant dominant lui est opposé


.. C'est encore plus vrai aujourd'hui, non !?
images/icones/neutre.gif  ( 648868 )Analysez en terme d'offre et de demande par Babakoto (2012-10-28 01:28:05) 
[en réponse à 648858]

Les catholiques sont minoritaires, les journaux catholiques sont donc minoritaires. Si vous rajoutez à cela que les catholiques sont non seulement divisés sur des aspects importants de leur identité chrétienne (liturgie, dogme, morale sexuelle,...) mais encore sur des tas de sujets cruciaux pour leur vie quotidienne (politique, économique, social, etc) il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre.

Les journalistes aussi doivent gagner leur vie. Un journal qui servirait la soupe à la hiérarchie catholique ne survivra pas longtemps. Ce n'est pas une question d'honnêteté.
images/icones/fleche3.gif  ( 648877 )bon résumé de la situation par jejomau (2012-10-28 08:32:11) 
[en réponse à 648868]

et on peut rajouter que l'on comptera sur les doigts de la main ceux qui ont été catéchisés (ou) (et) qui pratiquent ... Donc qui sont chrétiens !
images/icones/fleche2.gif  ( 648887 )Une remarque essentielle de Michel de Jaeghere. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-28 14:01:46) 
[en réponse à 648858]

Bonjour et bon dimanche, jejomau.

Je reproduis ci-dessous une remarque essentielle de Michel de Jaeghere, remarque située à la fin du paragraphe dont vous citez le début.

" Je pense qu’il y a une très grande naïveté de la hiérarchie de l’Eglise vis-à-vis des médias. Elle a tendance à les considérer en effet comme neutres, et soucieux d’information objective, au lieu de les considérer globalement comme hostiles. Or dans le monde de l’information, la bienveillance à l’égard de l’Eglise n’est pas la règle, elle est l’exception. La hiérarchie catholique croit aux professions de foi d’honnêteté des journalistes. Elle n’a pas une pleine conscience du fait que le courant dominant lui est opposé.

Les choses commencent à changer un peu, puisque l’on a vu depuis une dizaine d’années quelques évêques commencer à ouvrir les yeux. En l’an 2000, notamment, le cardinal Billé, alors président des évêques de France, a relevé devant l’Assemblée générale de la conférence épiscopale française que l’Eglise faisait l’objet d’un « procès latent » fait d’ une accumulation d’accusations, de gestes de méfiance, de dérision, d’occultation, d’ostracisme, de soupçon.

Mais la majorité de nos évêques me semble en être restée à l’idée, développée par René Rémond dans son Histoire de l’anticléricalisme en France, selon laquelle l’antichristianisme aurait été suscité, au XIXe siècle, par la prétention de l’Eglise à régenter la vie sociale . A partir du moment où, le catholicisme avait renoncé, à Vatican II, à promouvoir un ordre social chrétien, l’anticléricalisme, pensaient-ils, tomberait de lui-même. René Rémond prévoyait en 1975 la fin prochaine de l’anticléricalisme en expliquant qu’il n’avait été provoqué que par la condamnation du monde moderne par Pie IX et St Pie X ; que le concile ayant proclamé au contraire la réconciliation de l’Eglise avec ses anciens adversaires, il avait ouvert des temps nouveaux, où la haine du christianisme n’aurait plus sa place dans la société.

Les faits se sont chargés de démentir cette prophétie imbécile, puisque nous voyons que l’hostilité demeure, et même qu’elle s’exacerbe, en dépit du ralliement officiel de la hiérarchie ecclésiastique à la liberté de conscience et aux idéaux de la modernité. La vérité est que ce que la société moderne a en horreur, ce n’est pas le cléricalisme (elle en a reproduit les travers dans le monde profane, avec l’autorité qu’elle a concédé aux « intellectuels »), ce qu’elle hait, c’est le Christ. "

Incontestablement,

- quand cette haine du Christ se dissimule et se manifeste sous les conséquences apparemment acceptables, sinon approuvables, de l'agnosticisme, de l'évolutionnisme, de l'indifférentisme, de l'individualisme, de l'ouverture sur le pluralisme, de l'utilitarisme, ou de l'indifférenciation entre les diverses convictions et croyances, religions et traditions,

- quand des hommes d'Eglise s'interdisent

a) de dénoncer ces conséquences,

b) de remonter de ces conséquences à leur origine, la haine du Christ,

c) de dénoncer cette origine,

notamment à cause, à mon avis,

a) d'une conception biaisée de la modernité libérale, qui est souvent perçue comme étant en situation intérieure de continuation "sécularisée" et "sociétalisée", et non de contradiction exonératrice et oblitératrice, vis-à-vis du christianisme,

b) d'une conception biaisée de la relation entre l'autorité de la parole et de la vérité divines et l'autonomie de la conscience et de la liberté humaines, conception qui constitue l'antichambre qui légitime le relativisme et le subjectivisme,

(alors que seule la véritable Parole divine éclaire et libère, disponibilise et responsabilise, en plénitude, le coeur et les moeurs)

je peux comprendre qu'il soit pratiquement impossible de contrecarrer d'une manière effective la désertification spirituelle post-conciliaire, tout en continuant à prendre appui sur DH et NA.

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.