Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 647266 )Benoît XVI: après le concile, « c’est le vide qui s’est propagé » par Gaspard (2012-10-11 18:59:41) 

L'homélie de Benoît XVI pour l'ouverture de l'Année de la foi est tonique.


Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin.



Texte intégral via Le Salon Beige.
images/icones/neutre.gif  ( 647277 )Un passage historique par Justin Petipeu (2012-10-11 20:04:45) 
[en réponse à 647266]

C'est à ma connaissance la première fois qu'un pape met en cause directement et sans ménagement les évêques et Pères conciliaires et pointe leur responsabilité dans la suite des événements :


Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.



Merci Très Saint Père ! Merci pour la Vérité historique.
images/icones/fleche3.gif  ( 647286 )En effet. Mise en cause directe de "Beaucoup de pères conciliaires" par Gaspard (2012-10-11 21:12:22) 
[en réponse à 647277]

Effectivement, ça décoiffe, enfin dans la bouche d'un pape.


beaucoup [de pères conciliaires] ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.

images/icones/neutre.gif  ( 647302 )Pères conciliaires ? par Johanis (2012-10-11 23:20:54) 
[en réponse à 647286]

Le pape parle dans une première phrase des Pères conciliaires, pour reconnaître leur rectitude; dans une autre phrase, il parle de "beaucoup" qui n'ont pas eu la même rectitude, mais rien n'indique que ce beaucoup désigne des pères conciliaires. C'est même très improbable.

Ce n'est donc pas une phrase d'une portée nouvelle.
images/icones/fleche2.gif  ( 647305 )Il n'a pas osé ou il n'a pas voulu l'écrire ? par Scrutator Sapientiæ (2012-10-11 23:39:16) 
[en réponse à 647302]

Bonsoir Johanis,

Vous avez évidemment raison, si l'on considère la rédaction de la phrase.

A partir de là, l'explication est peut-être celle-ci :

- il n'a pas osé le dire, parce qu'il croit que c'est vrai, mais aussi parce qu'il croit que le remède consistant à dire cette vérité là (si c'en est un(e)) serait pire que le mal, notamment au tout début de l'année de la Foi et de la commémoration de l'ouverture du Concile,

OU

- il n'a pas voulu le dire, parce qu'il croit que c'est faux, mais aussi parce qu'il croit que, quand bien même ce serait vrai, les Pères du Concile n'ont pas été les seuls à errer comme ils l'ont fait, un peu, au moment, puis beaucoup, en aval, du Concile Vatican II.

De toute façon, comme chacun le sait, il est de notoriété publique que tous les Pères du Concile ont pris leur retraite à la fin de l'année liturgique 1965-1966, et ont été aussitôt remplacés par des évêques plus jeunes, moins expérimentés et plus imaginatifs, lesquels portent presque tous seuls sur leurs épaules tout le poids de la mise en oeuvre du Concile, d'autant plus qu'ils ont réalisé cette mise en oeuvre en contradiction intégrale et non en conformité au moins partielle avec ce qui figure dans chacun des textes du Concile, n'est-ce pas ?

Bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 647307 )Père conciliaire à vie ? par Johanis (2012-10-12 00:02:14) 
[en réponse à 647305]

Bonsoir,

L'affirmation soutenue dans ce fil, à savoir que le pape aurait mis en cause l'attitude ultérieure de beaucoup de pères conciliaires, et que ce serait donc une affirmation historique est inexacte, c'est pourquoi j'ai fait cette rectification.
Poser la question de dérapages d'évêques qui n'étaient évidemment plus des pères conciliaires après le concile c'est donc poser une autre question que celle directement visée dans le fil.
Il est important de ne pas désigner comme pères conciliaires, les évêques une fois qu'ils ont cessé de l'être, à la fin du concile. On n'est pas père conciliaire à vie.
Je vois donc une autre explication pour que le pape n'ait pas dit ce qu'on lui faisait dire ici, c'est que ça sèmerait la confusion sur l'état et la grâce particulière de "père concilaire".

Bonne nuit!
images/icones/carnet.gif  ( 647344 )La phrase désigne sans ambiguïté les pères conciliaires par Gaspard (2012-10-12 10:02:46) 
[en réponse à 647302]

Merci Johanis pour votre post, j'ai donc relu l'intervention du Saint-Père en français, italien et anglais (ici).

Il s'agit d'un petit paragraphe spécifique, bien repéré par Justin Petitpeu, que voici entièrement en français (mais c'est exactement la même chose dans les autres langues) :

Si nous acceptons la direction authentique que le Bienheureux Jean XXIII a voulu imprimer à Vatican II, nous pourrons la rendre actuelle durant toute cette Année de la foi, dans l’unique voie de l’Église qui veut continuellement approfondir le dépôt de la foi que le Christ lui a confié. Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.



Sans aucune ambiguïté, grammaticalement, le "beaucoup" renvoie aux pères conciliaires.

Vous faites une autre lecture, non littérale, en supposant que le "beaucoup" renvoie non pas aux pères conciliaires mais à un référent implicite non dénommé (les fidèles ?).

Ce n'est pas ce que dit le texte lui-même. Il n'y a pas le texte en latin sur le site du Vatican, et aucun des textes dans les autres langues que j'ai regardés ne précise "beaucoup de fidèles" ou quelque chose du genre.

Bref, si l'on veut sauver les apparences, on peut toujours dire que Benoît XVI parlait des fidèles et non des pères conciliaires. Mais encore une fois ce n'est pas ce que dit le texte.

Ce petit paragraphe est très bien structuré et parfaitement logique : il oppose les pères conciliaires pendant le concile, dotés de toutes les qualités, et les mêmes après le concile, qui se sont laissés envahir par l'esprit du monde.

Ce n'est donc pas du tout une remise en question de la lettre de Vatican II, ce que Benoît XVI dit explicitement d'ailleurs, mais bien de l'après concile. Et qui, après le concile, a répandu un "faux esprit" du concile, si ce n'est les pères conciliaires eux-mêmes ? C'est parfaitement logique (et en plus, disons le quand même, c'est la triste réalité !).

PS. Bien sûr que quand on a été père conciliaire, on est toujours désigné sous cette appellation quelques années après, et même 50 ans plus tard. C'est seulement factuel: l'évêque X a participé au concile, il a été père conciliaire.

Bonne journée !
images/icones/neutre.gif  ( 647370 )Exégèse du "beaucoup" suite par Johanis (2012-10-12 13:29:08) 
[en réponse à 647344]

merci de faire part de la façon dont vous comprenez le texte.

Mais "beaucoup" s'emploie couramment sans référent explicite ou implicite. Ici donc au sens de "de nombreuses personnes". Il n'y a pas à chercher un autre référent déterminé dans le texte, auquel renverrait le "beaucoup".

On traduit par exemple des paroles de Jésus ainsi, après qu'il ait parlé de la catégorie déterminée des juifs : "beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place..."; il s'agit de beaucoup d'hommes (homines), simplement.

Le pape n'a pas dit : "beaucoup parmi eux".

fraternellement,

Johanis
images/icones/1v.gif  ( 647378 )Les pères conciliaires n'ont-ils pas répandu le vide ? par Gaspard (2012-10-12 14:04:32) 
[en réponse à 647370]

Merci pour vos précisions et votre exemple. Il y aurait donc deux façons de comprendre ce paragraphe:
- soit l'adverbe beaucoup se réfère aux pères conciliaires, sujet des phrases précédentes et déjà repris plusieurs fois par un pronom: avouez que ça se tient.
- soit l'adverbe beaucoup est elliptique et doit se comprendre par "beaucoup de personnes".

Pourquoi pas.

Mais sur le fond, vu le sens général très clair du texte de Benoît XVI, je ne vois pas bien comment dire que l'après concile est un désastre, en exonérant les quelques 2500 évêques pères conciliaires de toute responsabilité dans ce désastre, alors que ce sont évidemment eux qui ont appliqué l'après concile dans leurs diocèses !

Dans le même texte, Benoît XVI dit qu'après le concile, "c'est le vide qui s'est propagé". Mais ce vide ne s'est pas propagé tout seul ! Qui donc a interdit le catéchisme, interdit la messe traditionnelle, démantelé les chorales grégoriennes, interdit tout ce qui pouvait ressembler à du latin ? Qui donc, si ce n'est les évêques à peine sortis du concile ?

En union de prières.
images/icones/neutre.gif  ( 647402 )Fallait-il cibler seulement les évêques ? par Johanis (2012-10-12 17:50:56) 
[en réponse à 647378]

Vos questions sont très légitimes; mais ici Benoit XVI, parle des dérives (considérables) qui ont eu lieu, dans leur généralité, et considère tous les auteurs de ces dérives sans distinguer spécialement parmi eux ceux qui ont été "pères du concile". Le concile est attribuable, comme auteurs humains aux pères du concile, les dérives sont attribuables à "beaucoup", et il ne distingue pas la part qui ont prise ceux qui avaient été "les pères du concile.
C'est le phénomène des dérives dans son ensemble qu'il considère. Certes les évêques ont eu une responsabilité éminente dans les dérives, soit comme acteurs, soit en n'assumant pas leurs responsabilités, mais il y a eu beaucoup d'acteurs très efficaces et actifs qui n'étaient pas évêques.
Le pape visiblement ne voulait pas détailler cela, n'était-il donc pas très raisonnable qu'il ne cible pas seulement les anciens "pères du concile" ?

Fraternellement,
Johanis




images/icones/neutre.gif  ( 647417 )Attention par Aigle (2012-10-12 20:24:31) 
[en réponse à 647302]

Je suis bien d'accord avec vous le pape distingue clairement les Pères "sûrs de leur Foi" et ensuite beaucoups d'autres personnes qui ont mal interprété les textes conciliaires en raison d'une Foi défaillante.

Cette interprétation me semble défendable sur le plan historique et aussi sur le plan théologique - ce concile ayant été tenu comme les autrs sous le souffle du Saint Esprit...

je pense aussi que nous Français sommes victimes de la réception "radicale" du Concile (avec prêtres en chemise à fleur et JOC communisée)dans l'affolement général post 68. Il y a peut-être eu aillers (et pas seulement en Pologne) des réceptions plus sereines et plus sincères. En Italie peut-être ?
images/icones/fleche2.gif  ( 647298 )Pas un aveu d'échec, mais un constat d'échec. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-11 22:40:24) 
[en réponse à 647266]

Bonsoir et merci, Gaspard.

1. Ce n'est pas, de mon point de vue, la reconnaissance, par Benoît XVI, du fait que le Concile, de par ses limites endogènes ou intrinsèques, porte en lui au moins une partie des origines d'au moins une partie de la situation actuelle de l'Eglise et dans l'Eglise, notamment en ce que cette situation a de plus inquiétant ou négatif, en tout cas pour l'instant.

2. En ce sens, ce n'est pas, de la part de Benoît XVI, un aveu d'échec, et il pouvait difficilement en être autrement,

- non seulement pour des raisons institutionnelles : on verrait assez mal le Vicaire du Christ reconnaître, avec l'humilité et la lucidité d'un candidat au martyre médiatique, ou en tout cas celles d'un saint, que, dans une certaine mesure, ce n'est pas en contradiction, mais en conformité avec au moins une partie de la carte routière qu'est le Concile, que le véhicule frôle régulièrement la sortie de route ;

- mais aussi pour des raisons individuelles : dans cette affaire, Benoît XVI, c'est le moins que l'on puisse dire, aurait plutôt moins à avouer que beaucoup d'autres, qui auraient mieux fait de l'écouter, au lieu de s'efforcer de faire obstacle à son action, de faire obstruction à ses idées, quant il était à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, pendant le pontificat de Jean-Paul II.

3. Ce n'est donc pas un aveu d'échec attribué, par Benoît XVI, au Concile en tant que tel, mais c'est bien un constat d'échec, que le Saint Père attribue à l'après-Concile "ès qualité".

4. Ce que nous dit Benoît XVI semble être ceci : là où le renouveau conciliaire s'est traduit par des avancées post-conciliaires "relationnelles" de l'Eglise catholique, avancées conformes à la "mentalité dominante" (il serait heureux qu'il la caractérise), ces avancées relationnelles de l'Eglise se sont aussi traduites par un recul post-conciliaire "confessionnel", celui de la Foi catholique.

5. A la notion de désertification spirituelle, face à laquelle, si je comprends bien, la génération Vatican II ET la génération Jean-Paul II ont été caractérisées, d'abord par de l'aveuglement et de la négligence, ensuite par davantage de lucidité et de vigilance (l'une et l'autre ayant été néanmoins sanctionnées par une même relative impuissance), devrait pouvoir s'opposer et succéder une notion de reboisement ou de repeuplement spirituel.

6. On peut supposer et espérer que ce Synode de l'automne 2012 sera l'occasion de faire émerger les voies et moyens qui seront les plus propices à la mise en forme puis en oeuvre de cette reforestation spirituelle, mais j'ai conservé le souvenir d'un instrumentum laboris et de linéamenta du Synode qui semblaient se prêter assez mal à l'élaboration puis à la réalisation d'une alternative allopathique susceptible de remédier, avec effet utile, à la situation actuelle.

7. Qui vivra verra, et nous serons bientôt fixés ; en attendant, quelle expression, tout de même : "C’est le vide qui s’est propagé".

Mais qu'a-t-on donc OPPOSE, et non seulement "proposé", depuis bientôt cinquante ans, face à cette dynamique de propagation du vide ?

Et ce vide n'est-il pas en partie "rempli" par bien des extrapolations et interprétations horizontalistes et humanitaristes du Concile, qui ne sont certes pas prescrites par le Concile lui-même, mais qui ne sont pas non plus clairement et nettement proscrites par lui ?

Bonne soirée.

Scrutator.
images/icones/fleur.gif  ( 647345 )Nous sommes d'accord ! par Gaspard (2012-10-12 10:09:20) 
[en réponse à 647298]

Oui bien sûr, Benoît XVI ne met pas en cause la carte routière mais seulement une mauvaise lecture. Comme vous le faites remarquer, Benoît XVI englobe la génération Vatican II et la génération Jean-Paul II dans le désastre post-conciliaire !

Enfin, j'aime bien votre expression de "reforestation spirituelle", et merci pour vos posts bien structurés !
images/icones/fleche2.gif  ( 647457 )Merci beaucoup + un état des lieux du futur Benoît XVI. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-12 23:58:20) 
[en réponse à 647345]

Bonsoir Gaspard,

D'une part, merci beaucoup pour votre message ; grâce à votre message et votre remarque, je prends la mesure de la relative fécondité sémantique de la notion de "reforestation spirituelle".

De toute façon, il ne faut pas se leurrer,

- c'est le bois de la Croix qui devra être utilisé, pour entreprendre ce reboisement là,

- c'est le peuple de Dieu qui devra être mobilisé, pour entreprendre ce repeuplement là.

D'autre part, je me permets de vous renvoyer (à nouveau) vers les pages 410 à 440 des "Principes de la théologie catholique", de Joseph RATZINGER, ouvrage paru aux éditions Parole et Silence / Téqui, en 2008.

Vous y trouverez, de la part du futur Benoît XVI, un remarquable état des lieux post-conciliaire, état des lieux qui montre bien que les catholiques traditionalistes n'ont "peut-être" pas le monopole de la lucidité, sur le sens, la valeur, la portée, de l'après Concile.

Bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 647418 )Une remarque terriblement sérieuse par Aigle (2012-10-12 20:29:01) 
[en réponse à 647298]

Vous écrivez cher Scrutator : "Mais qu'a-t-on donc OPPOSE, et non seulement "proposé", depuis bientôt cinquante ans, face à cette dynamique de propagation du vide ?"

J'ai envie de répondre : mais tout le magistère de Paul VI puis de Jean Paul II - notamment la profession de Foi de Paul VI, Evangelii Nutiendi, Humanae Vitae, Veritats Splendor, fides et ratio , le catéchisme de 1992...

Et de poser une question : pourquoi (au moins dans notre pays) cet enseignement est il resté inaudible et inappliqué ?
images/icones/fleche2.gif  ( 647440 )D'accord avec votre réponse et avec votre question. par Scrutator Sapientiæ (2012-10-12 22:30:11) 
[en réponse à 647418]

Bonsoir Aigle,

1. Vous avez évidemment raison, de (me) rappeler les textes que vous citez, notamment les deux lettres encycliques qui ont, le crois, les caractéristiques "oppositionnelles" les plus sensiblement perceptibles : Humanae Vitae et Evangelium Vitae.

2. C'est votre question qui donne tout son sens à mon interrogation : pourquoi, en Europe occidentale, dans les diocèses, dans les paroisses, dans leur ensemble, n'y-t-il pas eu, pour ainsi dire, davantage de pédagogie de la différence chrétienne, dans l'ordre de la Foi comme dans celui des moeurs ?

3. La dynamique de propagation du vide qui s'est imposée, depuis cinquante ans, est elle-même adossée à la vision selon laquelle la dynamique authentiquement conciliaire est avant tout une dynamique d'émancipation, tournée vers l'extérieur et vers le temporel, et non avant tout une dynamique d'édification intérieure et spirituelle.

4. Dans ce contexte, qui dit émancipation dit affranchissement, libération, vis-à-vis de l'avant-Concile, mais aussi vis-à-vis de ce qui est situé au-dessus du Concile, au-dessus, en tout cas, du collège des évêques : le Saint-Père et son autorité magistérielle, voire le Christ lui-même.

5. En ce sens, le progressisme est doublement rupturiste : en rupture vis-à-vis de l'Ecriture et de la Tradition, mais aussi en rupture à l'égard de l'Eglise, de son autorité, de sa hiérarchie, de son identité, de ses institutions.

6. Et toute la puissance de séduction du progressisme rupturiste réside dans la croyance selon laquelle ce positionnement est à la fois

- le plus confiant en l'autre, le non catholique,

- le plus confiant en l'avenir, porteur de progrès qu'il convient de préparer et d'accueillir,

- le plus confiant en l'homme, qui naît bon, mais que toute autorité contraint et que toute institution corrompt, y compris au sein de l'Eglise,

- le plus fidèle, pour ne pas dire le seul fidèle, au Concile.

7. De cette considération découle l'un de mes jeux de mots favoris ; j'espère ne pas en avoir trop abusé, sur le FC, mais voici :

" On dit que le Concile Vatican II a été libérateur pour un grand nombre de fidèles catholiques, et en un sens, c'est tout à fait vrai : tel qu'il a été expliqué et appliqué, à l'attention des fidèles catholiques, le Concile Vatican II a effectivement été libérateur : IL A LIBERE BON NOMBRE D'ENTRE EUX DE LEUR FIDELITE AU CATHOLICISME. "

8. Voici une autre remarque, et j'en aurai terminé : le progressisme rupturiste voit en Vatican II une instance d'émancipation, je viens d'en parler brièvement, mais aussi une instance d'unification, indélimitée et indéterminée, sans objectif ni résultats extérieurs au mouvement que cette instance d'unification impulse et incarne.

9. Il y a une expression qui me vient à l'esprit, c'est l'expression selon laquelle, un demi-siècle après Vatican II, il ne faudrait pas que l'Eglise connaisse et subisse "un retour des certitudes" ; est-ce à dire que, cinquante ans après le Concile, il ne faudrait pas que l'Eglise bénéficie de ce qui la consolide, à savoir le retour à davantage de fidélité vis-à-vis de ma Foi catholique et des moeurs chrétiennes ?

10. Je crois qu'il n'a pas été assez remarqué ou souligné que les catholiques progressistes rupturistes qui ne veulent pas "du retour des certitudes", au sein même de l'Eglise, sont eux-mêmes bardés de certitude(s) ; en particulier,

- qu'est-ce qui leur donne la certitude que "le retour des certitudes" fait plus de mal que de bien à l'Eglise ?

et

- qu'est-ce qui leur donne la certitude que le contraire de la certitude, à savoir le doute, l'approximation, l'hésitation, l'imprécision, l'incertitude, l'incomplétude, fait plus de bien que de mal aux fidèles, aux prêtres, aux évêques ?

11. Depuis cinquante ans, l'Eglise catholique a fait l'expérience du renouveau, en théorie, dans la continuité, dans la pratique (non contraire à au moins une partie de la théorie), sans la continuité.

Et si on envisageait enfin de commencer à faire l'expérience de la transmission dans la continuité, id est d'une pastorale

- moins béatement accueillante et respectueuse, vis-à-vis des signes des temps, au point de ne voir que les cygnes, et non les taons,

et

- plus filialement à l'écoute et à l'écoute, au contact du Verbe de Celui qui est au-dessus ET au-dedans des temps, et qui sera à la fin des temps ?

12. C'est le refus, progressiste rupturiste, entêté, obstiné, d'une ouverture favorable et positive, en direction de cette perspective de mis en oeuvre d'une expérience de la transmission dans la continuité, qui en dit le plus long sur l'état d'esprit des catholiques progressistes rupturistes :

ILS NE VEULENT PAS, MALGRE UN CONSTAT D'ECHEC, ET PEUT-ETRE MEME A CAUSE DE LUI,

- QUE LE CONCILE PUISSE ETRE LIBERE DE LA FINALITE ARBITRAIRE ET PARTISANE ("sécularisante" et "sociétalisante") QU'ILS ONT DECIDE DE LUI IMPOSER ET DE NOUS IMPOSER,

- QUE VATICAN II SOIT AINSI RENDU, AU MOYEN DE CETTE LIBERATION, A SA FINALITE PREMIERE, EVANGELISATRICE AD INTRA ET AD EXTRA.

Je n'ai évidemment aucune aptitude particulière pour le faire, mais j'ai essayé de répondre à votre question le moins mal possible, en m'efforçant de ne pas trop me répéter, compte tenu de plusieurs messages antérieurs sur le même thème ; merci beaucoup de me dire si cette tentative de réponse à votre "pourquoi" vous a apporté quoi que ce soit.

Bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 647441 )vous parlez d'or par Aigle (2012-10-12 22:38:15) 
[en réponse à 647440]

cher Scrutator, il n't a pas grand chose à ajouter à votre démonstration sauf peut-être ceci : les progressistes ont renoncé à convertir le monde ou même à attirer qui que ce soit vers la foi catholique telle qu'ils se la figurent; ils souhaitent simplement que l'Eglise reflète leur rêve d'un néo-christianisme gentillet sans base surnaturelle et sans chant grégorien - même si cette Eglise a perdu au passage 90% de ses fidèles (du moins en France).