Le Forum Catholique
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( 645809 )
Mgr Di NOIA serait un "thomien" post-thomiste. par Presbu (2012-09-25 17:02:07)
Je résume l'article tout récent d'
1) Le nouveau Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei a publié une étude où il semble voir la Messe comme un "banquet mystique", mais sans nier sa nature sacrificielle.
2) Il préfère nettement le "ressourcement" à l'"aggiornamento" pour l'herméneutique de Vatican II;
3) Il pense que l'avenir est à un thomisme allégé de bien des scholies néo-thomistes, et directement fidèle au Docteur Angélique.
http://www.catholicworldreport.com/Blog/1604/the_theology_of_abp_joseph_augustine_dinoia_op.aspx
DiNoia reviews two important concepts that provided a program for the Council. The first is ressourcement, a French word meaning return to and “creative reappropriation of [the] principal formative sources” of Catholicism: “Scripture, liturgy, and the Fathers of the Church”. The second is aggiornamento, an Italian word meaning “updating”. Whereas the Council tried to balance ressourcement and aggiornamento, tradition and renewal, in the media and among the general public “reform and renewal were widely viewed as equivalent with modernization.... the program of aggiornamento prevailed in the American Catholic reception [understanding] of the Council from the outset.” The author’s language is polite, but he clearly does not approve of that one-sided “reading” of the Council.
Neo-Thomism—the dry, systematized Thomistic theology of the Latin manuals used for generations in seminaries—“supplied the means to refute the errors of modernity rather than to engage its challenge”. This almost airtight academic system could not deal either with the pluralism of twentieth-century ressourcement: the proliferation of new theological approaches (e.g. the Liturgical Movement, Biblical theology, more in-depth studies in patristics). “Many American theologians drew the conclusion that neo-Thomism was incorrigibly anti-modern and obscurantist, and that it had so far crippled the Church in its encounter with [the modern world].”
As a Dominican Friar who taught his confreres theology for decades, DiNoia is aware that “there is a post-Thomistic Aquinas, an Aquinas unencumbered by the enormous weight of commentary, debate, and systematization that has made his thought seem inaccessible to modern theologians and unusable for their theological work, an Aquinas who speaks with pristine clarity to a host of urgently postmodern theological questions.”
Things to take away from DiNoia’s turn-of-the-century discussion: the theology of Thomas Aquinas is a great treasure for the Church. The dry Latin theology manuals in the seminaries were not necessarily the same thing. The documents of the Second Vatican Council have lasting value because they were produced and approved by an Ecumenical Council under the guidance of the Holy Spirit. The interpretations of those documents by enthusiasts who emphasized “renewal” and ignored “tradition” were not necessarily the same thing.
SententiaeDeo • 3 days ag

( 645831 )
deux observations par Luc Perrin (2012-09-25 21:45:41)
[en réponse à 645809]
Mgr di Noia op est vice-président de la C.E.D. et non secrétaire, le poste étant toujours occupé, sauf décision vraiment très récente que j'aurais manquée, par Mgr Pozzo.
La seconde est qu'il est courant depuis au moins le R.P. Chenu op de se revendiquer du "vrai" Thomas d'Aquin contre les commentateurs dudit saint Thomas. Ce fut une des ruses des néo-néo-thomistes qu'étaient Chenu et Congar, ajoutant leurs commentaires simplement, pour contourner la synthèse en vigueur avant Vatican II en gros et dite école romaine de théologie.
Ceci dit, cette ruse rhétorique n'est plus utile depuis 50 ans puisque les synthèses néo-thomistes du XIXe-XXe sont devenues étrangères à 99% du clergé et des théologiens de métier.Ce qui est au demeurant très regrettable car cela empêche de comprendre une partie des actes de Vatican II par exemple.
Enfin ces commentateurs tant méprisés n'étaient pas si inintéressants pour nourrir la pensée catholique pendant quelques siècles et nous donner aussi des gens comme Jacques Maritain et Charles Journet, nourris de Jean de Saint-Thomas en particulier.
Il semble que désormais le vice-président de la C.E.D. pour tenter de rétablir un dialogue avec la F.S.S.P.X piétiné en Curie en mai-juin dernier opte pour des thèmes très en amont de Vatican II et du Préambule (mort-né ?), à savoir qu'est-ce que le thomisme en théologie et y-a-t-il plusieurs thomismes légitimes. L'approche est sûrement pertinente mais, après la hâte (malencontreuse) de 2011-2012, elle laisse augurer une très longue route, it's a long, long way to ... Menzingen ?

( 645852 )
[réponse] par John L (2012-09-26 09:54:59)
[en réponse à 645831]
L'article de Mgr. DiNoia sur le thomisme dont il est question remonte à 1990, si on regarde les sources de l'article citée. Son actualité comme exposition de la pensée de Mgr. DiNoia peut donc être mise en question.
L'idée de se revendiquer du "vrai" Thomas d'Aquin contre les commentateurs dudit saint Thomas prend son inspiration d'Etienne Gilson, qui a souligné les differences entre S. Thomas et ses commentateurs – differences qui viennent d'une incorporation (ou contamination, selon son point de vue) d'idées d'inspiration scotistes et nominalistes dans ces commentateurs, idées qui ne se trouvent pas dans S. Thomas et contredisent souvent ses thèses les plus caractéristiques. Le feu P. Marie-Michel Labourdette O.P. a souligné cette incorporation dans son excellent cours sur la morale de S. Thomas; ce n'est donc pas les néo-modernistes du genre Chenu et Congar qui se sont revendiqués du vrai S. Thomas.
Comme vous dites, ces néomodernistes ont utilisé la découverte de Gilson pour s'attaquer à l'école romaine de théologie, mais ils n'ont pas suivi Gilson ni Labourdette dans leur redécouverte de la vraie pensée de S. Thomas, pensée totalement inconciliable avec le néomodernisme – et avec l'humanisme intégrale de Maritain et Journet. Les études difficiles que présupposent une connaissance de cette vraie pensée étaient hors de la portée de la plupart des clercs, qui se sont contentés d'accepter la ccaricature de S. Thomas véhiculée – au moins sur les points essentielles du néomodernisme – par Chenu, Congar, Bouillard et hoc genus omne.
Je regrette aussi que les synthèses néo-thomistes du XIXe-XXe sont devenues étrangères à 99% du clergé et des théologiens de métier; elles seraient utiles pour une compréhension des actes de Vatican II, certainement – et pas seulement pour cela!

( 645874 )
merci John L. pour la précision par Luc Perrin (2012-09-26 14:28:14)
[en réponse à 645852]
de datation de cet extrait. Je me suis laissé piéger, bêtement comme un bleu, par l'accroche sensationaliste de Presbu :
"Je résume l'article tout récent d'".
L'article "tout récent" est donc du réchauffé au micro-ondes...
Je me demande pourquoi dès lors, on éprouve le besoin de ressortir ce qui de fait en 1990 était la vulgate "thomasienne".
A moins que cette publication 22 ans plus tard ait été "téléguidée" pour être un message subliminal à qui l'on sait mais par qui ?
- Mgr di Noia lui-même qui après avoir été ultra-médiatique lors de sa désignation est revenu à son mutisme antérieur ?
- Ignatus Insight se présente comme un site lié à Ignatius Press, maison d'édition américaine très ratzinguérienne (cf. le P. Fessio sj et quelques autres). Mgr di Noia est certes américain mais pourquoi ce regain d'intérêt subit pour une si lointaine déclaration, alors que le site ratzinguérien américain met en valeur (avec une erreur) sa fonction actuelle ?
Par rapport aux discussions doctrinales qu'il serait judicieux, à mon très humble avis, de réouvrir après l'épisode vraiment malheureux de leur interruption brusquée en 2011, interruption imposée par Rome - cardinal Levada et Mgr Pozzo - selon l'abbé Gleize fsspx, peut-être est-ce une manière discrète dans le milieu d'Ignatus Insight/Press (voire d'autres ?) de suggérer qu'il y a encore ... bien du grain à moudre et matière à se revoir ?
Ou bien, car ce milieu a été longtemps réticent envers le traditionalisme, une manière à l'inverse de creuser le fossé intellectuel en soulignant le décalage entre néo-thomistes de type romain pré-1962 et un "thomasien" même d'esprit traditionnel comme le Dominicain américain.
Une publication un peu mystérieuse ...

( 645977 )
Au sujet de Mgr Pozzo par Eucher (2012-09-27 17:57:20)
[en réponse à 645831]
J'avais entendu (début juillet) de source usuellement sûre que Mgr Pozzo devait perdre son poste au mois de septembre... dont il ne reste plus guère trois jours (limogeage dominical le 30? - on verra). La nomination du dominicain américain à un poste créé pour lui ("vice-présidence" à la CED?) aurait été une manière d'anticiper le transfert du dossier à un autre que Mgr Pozzo, qui du coup devra attendre encore un peu avant de recevoir la mitre.
En tout cas, il semblerait que ce soit déjà à Mgr DiNoia que l'on adresse son carnet de doléances, dans l'univers ED.
Pour le moment, difficile de distinguer vérité et spéculation, ainsi que la spéculation informée de l'hardie.
-Eucher.

( 645838 )
Le "marxien" n'est pas marxiste - Le "thomasien" n'est pas thomiste. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-25 22:47:19)
[en réponse à 645809]
Bonsoir et merci, Presbu.
A ma connaissance, on ne dit pas thomien, mais thomasien, mais ce qui compte, c'est de savoir ce que cela signifie ; grosso modo, le thomasien est un thomiste plus augustinien qu'aristotélicien, ou, en tout cas, plus théologien que philosophe.
1. Pour les marxiens, l'inspiration originelle du marxisme est philosophique, et non économique, et la forma mentis qui constitue le spécifique de Karl MARX est plus analytique que synthétisante, et n'est pas avant tout systématisante.
2. Pour les thomasiens, l'inspiration originelle du thomisme est théologique, et non philosophique, et la forma mentis qui constitue ce qu'il y a de meilleur chez Saint Thomas est, elle aussi, plus analytique que synthétisante, mais n'est pas non plus, avant tout, systématisante.
3. Je ne sais pas si Mgr Di NOIA est un thomasien comparable ou équivalent aux thomasiens, par exemple, de la Revue thomiste, mais je ne serais pas surpris qu'il ne s'inspire pas, en première ligne, de ce que l'on appelle "le thomisme des commentateurs" et de leurs continuateurs, thomisme qui est né au XVI° siècle, et qui a quasiment disparu au moment du Concile.
4. C'est vrai qu'à un moment donné, quelque part entre 1937 et 1962, il s'est trouvé des auteurs, y compris, je le crois, ceux cités par Luc PERRIN, pour nous dire en substance que, du milieu du XVI° siècle au milieu du XX° siècle, ce sont des thomistes, des Espagnols, des Italiens, des Français, qui sont (le plus ?) passés à côté du "vrai" Saint Thomas.
5. En apparence, c'est une affaire de spécialistes, je dirais même de spécialistes empoussiérés, recouverts par la poussière de vieux livres, qu'ils ouvrent religieusement, pour y trouver scrupuleusement des arguments à opposer les uns aux autres.
6. Les thomasiens d'hier en ont opposés aux thomistes d'avant-hier, mais aujourd'dhui, parmi les thomistes, il n'y a presque plus que des thomasiens, sauf peut-être, entre autres endroits, à Avrillé, sans que cet exemple, cette précision, aient le moindre caractère condescendant.
7. Il me semble que le danger du thomisme des thomistes, c'est peut-être la référence, excessive ou exclusive, sinon la soumission, à une architecture intellectuelle qui n'est pas avant tout judéo-chrétienne d'inspiration, ce qui ne signifie évidemment pas qu'elle se situe, dans tous ses aspects, aux antipodes du christianisme.
8. Et il me semble aussi que le danger du thomisme des thomasiens, ou, en tout cas, de certains d'entre eux, c'est peut-être une ouverture trop bienveillante ou trop favorable envers des auteurs (Kant, Hegel,) ou envers un mode de raisonnement (la phénoménologie) qui ne sont peut-être pas compatibles, dans tous leurs aspects, avec l'inspiration originelle de Saint Thomas, aussi théologique, et non philosophique, soit-elle.
9. Un thomiste d'aujourd'hui, donc, le plus souvent, un thomasien, ne pourra que sourire, au contact de ce qui précède, qui n'est plus ou moins exact qu'en surface, mais je voudrais faire comprendre que toute cette affaire va bien au-delà d'une querelle d'Anciens dépassés par des Modernes, qui auraient seulement fini par s'affranchir, en partie seulement, d'un certain type de vocabulaire et d'argumentaires, et d'une apologétique controversiste qui était souvent polarisée par une axiomatique et par des problématiques "bien à elle".
10. Je pense ici aux points suivants :
- d'une part, le thomisme des thomistes "néo-scolastiques post-tridentins" a souvent été associé, à tort ou à raison, à une ecclésiologie et à une politologie encore placées sous le signe de ce que j'appelle "la logique de chrétienté institutionnelle", et il n'est pas possible d'en dire autant du thomisme des thomasiens.
- d'autre part, ce thomisme là, anté-conciliaire, en un sens, a souvent été considéré comme inspirateur d'au moins une partie des schémas de constitutions conciliaires qui ont été refusés, au début du Concile, alors que ce n'est probablement pas ce que ce thomisme là a, ou aurait, inspiré, avec le plus de bonheur.
(J'ai une décision personnelle importante à prendre, sur le plan professionnel, et, en fonction de cette décision, je serai ou non pleinement disponible, pour le "petit travail" que vous m'avez suggéré de commencer à effectuer ; je vous en tiendrai informé.)
Bonne nuit et à bientôt, j'espère simplement que ce que j'ai écrit ci-dessus n'est pas complètement idiot.
Scrutator.

( 645866 )
et Cajetan, cher à l'AB2T, vaut-il mieux que les thomistes du XVII°s? par Presbu (2012-09-26 11:21:16)
[en réponse à 645838]
L'abbé Guillaume de Tanoüarn lui a consacré sa thèse de théologie, et je suppose donc que ce théologien et philosophe n'est en rien contaminé par le scotisme et le subjectivisme, mais faut-il le considérer comme 100% compatible avec St Thomas?

( 645870 )
c'est un grand débat par John L (2012-09-26 13:13:55)
[en réponse à 645866]
Est-ce que Cajetan et S. Thomas sont d'accord sur l'analogie? C'est un question qui agite les thomistes depuis longtemps, et il y en a d'autres. Je ne sais pas assez sur Cajetan pour offrir une opinion.
Avec Suarez, par contre, il est plus que clair qu'il rejette S. Thomas sur beaucoup de points. Dans les années 30, le professeur jésuite de la théologie naturelle a Heythrop College en Angleterre célébrait la messe feriale au journée de la fete de S. Thomas, tant il était suarézien. La révolte des jésuites contre le thomisme promu par Léon XIII, révolte motivé par leur adhérence au doctrine traditionelle de leur ordre - c.a.d.la doctrine de Suarez - joua un grand role dans le passage des jésuites au modernisme. C'est une histoire qui n'a presque pas été raconté - malheureusement, car les témoins sont maintenant presque tous disparu.

( 645916 )
Réponses dans le Dictionnaire critique de théologie. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-26 21:47:14)
[en réponse à 645866]
Bonsoir Presbu,
1. Vous trouverez, si ce n'est déjà fait, quelques éléments de réponse à votre question, dans le Dictionnaire critique de théologie paru aux PUF dans la collection Quadrige, dans l'article "Thomisme" de ce dictionnaire, de la page 1 396 à la page 1 400, dans l'édition de septembre 2007. Les lignes consacrées à Cajetan sont situées au bas de la page 1397 du même dictionnaire.
2. Quant à l'ouvrage de Monsieur l'Abbé Guillaume de TANOUARN auquel vous faites allusion, je vous renvoie
- à la quatrième de couverture de cet ouvrage, publié par le Cerf :
" Cajétan (1469-1534) a vécu une époque de crise tous azimuts : humanisme d'Érasme, antihumanisme de Luther, revendication des États face à l'Église. Dominicain, brillant représentant de la « Via thomistica », il propose à la vieille scolastique de se renouveler de fond en comble, en offrant, pour la première fois, un développement cohérent de ce que Heidegger appelait « la fameuse théorie de l'analogie ».
Au lieu d'y voir, comme la plupart de ses devanciers, un modèle purement logique, voire rhétorique, il développe, de manière consciente une métaphysique de l'analogie qui se formule comme un personnalisme intégral. Dépassant le naturalisme grec, récusant la tentation de l'univocité que représente Duns Scot et son école, il introduit au cœur de la théologie, sous le vocable de surnaturel, une théorie de la métamorphose personnelle.
Le concile de Trente, avec son repli communautaire sur la Tradition, balaiera cette tentative audacieuse qui visait ultimement à une nouvelle alliance entre foi et raison. À travers l'œuvre de Cajétan redécouvert, c'est une autre approche du continent scolastique que propose ici l'auteur. "
- à une recension de cet ouvrage apparue dans la NRT :
" Ce livre est le fruit d'un travail énorme: il s'agissait d'ordonner, dans une présentation globale, la pensée ontologique de Cajetan, Thomas de Vio, cardinal de Saint-Sixte, supérieur et réformateur des frères prêcheurs (1469-1534), contemporain d'Érasme et de Luther. Au coeur de cette ontologie, on trouve l'analogie, non pas d'«attribution» qui rapporte tous les états à un principe unique, mais de «proportionnalité» qui repose sur une égalité de rapports entre essences et existences.
L'«esse» s'y propose comme infini de soi et limité par l'essence; le multiple peut ainsi être uni sans peine par l'être universel sans perdre la spécificité de chaque réalisation de l'être. Cette métaphysique de l'analogie conduit, aux yeux de l'A., à un personnalisme intégral, et elle introduit au coeur de la théologie, sous le vocable de surnaturel, une théorie de la métamorphose personnelle.
On ne s'étonnera pas que, comme l'annonce la préface, l'A. «s'engage dans un jugement d'ensemble sur la théologie du XXème siècle et sur les condamnations sans appel qu'un Gilson ou un de Lubac, en quête de boucs émissaires, se sont crus autorisés à formuler contre Cajetan». À chacun de voir ce qu'il faut en penser! Mais il reste qu'on pourra difficilement ignorer ce livre si on est en quête de la pensée de Cajetan. - S. Decloux sj "
3. Je vous rappelle enfin la nécessité de (re)lire "L'Entretien autour de Vatican II", entretien accordé par Henri de LUBAC, en 1985, notamment le chapitre 2 de cet Entretien, "Vatican II et le surnaturel", et plus particulièrement les pages 27 à 32.
Comme cela, vous (re)verrez qui accuse qui de quoi, qui disculpe qui de quoi,
- de LUBAC reprochant à CAJETAN d'avoir attribué à Saint Thomas un extrincésisme, étranger à l'Aquinate, mais qui a eu d'autant plus d'influence intellectuelle que la majorité des continuateurs de CAJETAN s'est sincèrement crue thomiste alors qu'elle (n')était (que) "cajetanienne",
- de TANOUARN mettant CAJETAN à l'abri de ce qu'il considère comme un mauvais procès, puisqu'il «s'engage dans un jugement d'ensemble sur la théologie du XXème siècle et sur les condamnations sans appel qu'un Gilson ou un de Lubac, en quête de boucs émissaires, se sont crus autorisés à formuler contre Cajetan».
Apparemment, cf l'article cité du "DTC", il n'y a pas que GILSON et de LUBAC qui accusent CAJETAN d'avoir déformé ou desservi Saint Thomas ; cela ne prouve pas qu'ils ont raison, et si de TANOUARN a été peu rejoint, dans sa réhabilitation contemporaine de CAJETAN, cela ne montre pas qu'il a tort.
Si je me décide à acheter et à étudier son ouvrage consacré à CAJETAN, j'en parlerai, un de ces soirs, sur le FC.
Bonne nuit.
Scrutator.

( 645930 )
!!!!????!!!!! par John L (2012-09-27 02:33:51)
[en réponse à 645916]
'une métaphysique de l'analogie qui se formule comme un personnalisme intégral'?
C'est vraiment du n'importe quoi.

( 645989 )
Brièvement, ce que je crois avoir compris. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-27 21:31:51)
[en réponse à 645930]
Bonsoir John L,
A. Je suppose que la métaphysique de l'analogie à laquelle il est fait allusion n'est pas placée sous le signe de l'analogie d'attribution, mais sous celui de l'analogie de proportionnalité.
Et je suppose également que l'auteur du membre de phrase que vous citez considère pour ainsi dire que l'analogie d'attribution est trop réductrice, et fait moins droit à la globalité de la personne humaine, que l'analogie de proportionnalité.
Je suis bien incapable de vous dire si cela a du sens ou non ; je suis plutôt amené à me demander à quelles conditions, au moyen de quelles précisions, cela peut avoir du sens.
B. Je viens de trouver ceci, qui précise ou rappelle quelques définitions :
L'analogie.
1) " Il y a analogie d'attribution lorsqu'un même terme, appelé premier " analogué ", est attribué à diverses réalités en raison d'un certain rapport que celles-ci entretiennent avec celui-là, ainsi la santé, premier "analogué",
a) attribuée "univoquement" à l'animal ou à l'homme, parce que n'existant formellement qu'en ceux-ci,
b) et attribuée analogiquement à l'urine, qui signifie signe de santé, et à la médecine, qui signifie producteur de santé,
"analogués" ayant par conséquent des significations différentes, bien que dérivant toujours de la santé en tant que telle, ou d'une même et unique santé, se rapportant en quelque sorte à la santé comme à leur principe efficient. "
2) " Et il y a analogie de proportion lorsque diverses réalités sont unies deux à deux par un même rapport, ou lorsque quelque chose de commun se révèle proportionnellement à chaque cas choisi, ainsi la sensation et l'intellection méritent proportionnellement le nom de connaissance, car la sensation est au sensible ce que l'intellection est à l'intelligible, le premier rapport ayant trait à la connaissance sensible et le second à la connaissance intellectuelle, la connaissance leur étant commune. "
3) " L'analogie peut être aussi métaphorique, lorsque l'on dit, par exemple, que le lion est le roi des animaux, bien qu'il ne le soit pas réellement, voulant seulement signifier qu'il est aux autres animaux ce que le roi est à ses sujets, par ce que nous suggèrent certains aspects de sa nature et de son comportement. Un même terme ou un même attribut peut être encore équivoque, et non plus cette fois-ci métaphorique, lorsqu'il est utilisé pour désigner des choses absolument différentes, ainsi le mot chien à tout animal de l'espèce des canidés et à une constellation (Petit Chien ou Grand Chien). "
C. Je viens de trouver deux textes, l'un assez court, l'autre plutôt long, qui devraient nous permettre d'y voir un peu plus clair :
L'analogie chez Saint Thomas.
Les analogies chez Saint Thomas.
Bon courage, bonne lecture, bonne soirée.
Scrutator.

( 645914 )
Savez-vous par Vassilissa (2012-09-26 21:19:22)
[en réponse à 645838]
à qui est dû le tout premier usage de l'adjectif "thomasien" ? En avez-vous la référence précise , que j'ai longtemps cherchée - sans succès. Merci beaucoup.

( 645921 )
Je ne sais pas qui a été le 1er "thomasien". par Scrutator Sapientiæ (2012-09-26 22:23:21)
[en réponse à 645914]
Bonsoir, Vassilissa.
Je ne sais pas qui a été le premier thomasien, id est le premier thomiste à s'être dit, puis à avoir écrit, en substance :
- je ne veux réussir à être thomiste, à succéder aux thomistes du XVI° siècle et à leur continuateurs,
mais
- je veux essayer d'être thomasien, de remonter jusqu'à l'inspiration originelle de Saint Thomas lui-même.
Je me permets de vous renvoyer vous aussi au Dictionnaire critique de théologie paru aux PUF dans la collection Quadrige, dans l'article "Thomisme" de ce dictionnaire, de la page 1 396 à la page 1 400, dans l'édition de septembre 2007.
Je vais chercher, et si je trouve, je posterai un message sur le FC.
Je ne sais pas qui a été le premier thomasien, mais je n'exclus pas que les premiers thomasiens aient fait leur apparition pendant l'entre-deux guerres, id est pendant les années de formation des théologiens, notamment français, qui ont eu une influence considérable, en amont puis au moment du Concile, ce qui ne signifie pas que celui-ci a été ou s'est voulu "thomasien" d'inspiration explicite.
Votre question m'intrigue, je chercherai donc la réponse, et comme dit Jean DUJARDIN dans Le Caire, nid d'espions : "S'il y a quelque chose à découvrir...je le découvrirai."
En attendant, voici ce que je viens de trouver sur internet :
" Auteur: Recteur de l'Université thomiste
Date: 15-10-2008 10:50
La distinction est subtile, mais elle importe, et c'est un sujet sur lequel j'aimerais me positionner.
THOMISTE désigne, à proprement parler, le penseur qui s'inscrit dans la lignée doctrinale de saint Thomas.
NÉO-THOMISTE désigne, historiquement, les penseurs qui ont repris le thomisme à bout de bras lors de la crise moderniste. On peut y placer Gilson, Maritain, etc...
THOMASIEN désigne : soit "le penseur qui retourne à saint Thomas lui-même" ; soit l'historiographe, qui n'est donc en ce sens plus philosophe ou théologien, mais seulement historien.
THOMASIEN est aujourd'hui employé couramment, même dans l'univers philosophique. Ce terme me gène ; il semble suggérer que les THOMISTES ont pervertis la pensée de saint Thomas et l'ont "déroulée" à leur sauce. Or je pense que la doctrine de saint Thomas est justement faite pour être ré-appropriée par les disciples, jusqu'à aujourd'hui, sans se figer dans la "lettre" de saint Thomas.
Ainsi que penser du terme "thomasiens" ? "
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 645922 )
Merci beaucoup par Vassilissa (2012-09-26 22:34:06)
[en réponse à 645921]
Je suis curieuse de vos trouvailles ! J'avais déjà quant à moi pas mal chrché et interrogé des Dominicains (le Fr. Venard) qui n'avaient pas de réponse précise à me donner !!

( 645923 )
Merci beaucoup par Vassilissa (2012-09-26 22:34:30)
[en réponse à 645921]
Je suis curieuse de vos trouvailles ! J'avais déjà quant à moi pas mal chrché et interrogé des Dominicains (le Fr. Venard) qui n'avaient pas de réponse précise à me donner !!

( 645966 )
qui peut consulter le "Grand Robert" sur <thomasien> ? par Presbu (2012-09-27 15:16:51)
[en réponse à 645809]
nous saurions ainsi à quelle date quel auteur a employé pour la première fois ce mot!

( 646018 )
Le Grand Robert par Jean Ferrand (2012-09-28 08:34:36)
[en réponse à 645966]
Le Grand Robert que j'ai sous les yeux parle bien du 'thomiste', partisan du thomisme (1656 Pasc. Prov.), mais non du thomasien. Il est souvent incomplet, je l'ai observé plusieurs fois. Mais ce mot barbare méritait-il une entrée ? J'en doute.