Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 645093 )Question sur la Foi... par Boufaréo (2012-09-17 09:51:47) 

la Foi est-elle, ou peut-elle devenir un "volontarisme" ?

Quand des saints (et non des moindres) subissent la "nuit de la foi", comme Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus ou Mère Térésa (quel combat intérieur a-t-elle vécu !! Ses lettres sont impressionnantes ! elle en va jusqu'à dire "je n'ai plus la foi" !). Quand évidemment ont disparu toutes consolations spirituelles ; quand "l'évidence" n'existe plus ; quand l'Incarnation et la Rédemption sont des faits qui deviennent extérieurs à vous, même si vous avez un besoin irrépressible de Rédemption ; quand l'Amour divin devient factuel et qu'il ne vous touche plus, ni sensiblement, ni spirituellement (et que tellement de faits vous font voir le monde sans amour humain ou divin) ; Quand "l'adhésion de l'intelligence aux vérités révélées" devient difficile ; quand l'intelligence (intus legere), qui "fonctionne" par la constatation par les sens et va jusqu'à remonter jusqu'à la cause, semble ne plus pouvoir faire un lien entre la cause première et le Christ-Rédempteur ; quand les Ecritures deviennent des belles histoires ; Evidemment quand l'attitude de ceux qui ont reçu est tellement souvent en contradiction avec ce qu'elle devrait montrer ; quand s'amoncelles les nuages noirs ; croire ne devient-il pas un volontarisme ? une crispation intellectuelle ? une obstination folle ?

Merci de vos réponses.

Boufaréo
images/icones/bravo.gif  ( 645108 )Rester vrai par Babakoto (2012-09-17 13:18:39) 
[en réponse à 645093]

Vous posez une question très difficile.

Ma pratique personnelle est de rester vrai, de dire les choses telles qu'elles sont. Lorsque mon intelligence n'adhère plus aux vérités révélées, j'essaie d'avoir l’honnêteté de dire que j'ai perdu la foi.

Mais cette honnêteté, cette forme de sagesse, ce respect de la vérité font partie des éléments qui font que justement je suis encore croyant. J'ai confiance dans la capacité de Dieu à se manifester malgré les difficultés. Je sais confusément que sa révélation m’apparaîtra encore plus éclatante.

Je devrais préciser que c'est l'enseignement de son église qui parfois me fait vaciller quand sa cohérence m'échappe mais c'est justement dans ces cas là que je deviens intraitable avec la logique parce que j'ai encore la foi, je sais qu'elle ne peut ni se tromper, ni me tromper.

C'est "sportif" comme attitude, mais je n'en reconnais pas d'autre.
images/icones/neutre.gif  ( 645109 )mmmm par jeanbrent (2012-09-17 13:38:12) 
[en réponse à 645093]

voulons nous vraiment ce que nous voulons ?

that's a question :)

la Volonté est un Don .

A ce titre on pourrait répondre oui à votre interrogation.

Mais elle ne saurait se substituer à l'Intelligence qui est un Don également .

L'intelligence sans volonté est impuissante, la volonté sans intelligence est stérile.

Ainsi il conviendrait de répondre non à votre question.



votre question a t elle un sens ?



N'y a t il pas un lieu où nous puissions nous conformer à ce que nous sommes c'est à dire priere?




images/icones/fleche3.gif  ( 645111 )un moine me disait par jejomau (2012-09-17 13:50:30) 
[en réponse à 645093]


la Foi est une intelligence qui domine la volonté. Quand la volonté supplante la Foi, c'est oeuvre du démon.


Les termes qu'il utilisait ne sont peut-être pas tout à fait ceci, mais le sens de la phrase y est.
images/icones/neutre.gif  ( 645166 )A ce compte, votre moine ferait perdre la foi par le torrentiel (2012-09-18 06:29:09) 
[en réponse à 645111]

à ceux qui sont dans la nuit de la foi.


J'ai coutume de dire que la volonté est le muscle du désir.


La foi est aussi un atachement, et il ne faut pas spécialement de volonté pour vouloir préserver un lien auquel on tient, pas seulement parce qu'on a un "désir irrépressible de rédemption", ce qui est tout à l'honneur de celui qui l'a déjà éprouvé, mais à cause de la suavité du souvenir de Dieu, du souvenir de "quand nous étions amis"... Avec Lui!


Dans l'accroche -le mot d'accueil, le chapeau- de la messe (NOM) à laquelle j'assistai dimanche soir, le prêtre nous dit à peu près ceci:


"On peut très bien cerner le Mystère du christ et Y rester parfaitement indifférent, ou bien l'on peut n'Y rien comprendre en Y croyant par-dessus tout.


C'est ce que je vous souhaite, boufaréou, avec beaucoup de courage pour voir dans l'obscurité où vous êtes. L'obscurité passera et vous aurez gardé le lien! Ce n'est pas "avoir une foi à transporter les montagnes" (il est des moments dans la vie où l'on ne peut même plus prier), mais c'est avoir une Foi à ne pas chuter dans l'Ascension, ce qui est déjà pas mal.


"L'intelligence", "la volonté", oubliez-les dans cette traversée, appuyez-vous sur cette autre qualité de l'âme qu'est "la mémoire".
images/icones/neutre.gif  ( 645318 )Reminiscence ? par jeanbrent (2012-09-19 14:08:00) 
[en réponse à 645166]

voulez vous parler de la reminiscence ??
mais alors tomberiez vous dans "platonisme" des Pères qui est une déformation hérétique du christianisme ?
images/icones/neutre.gif  ( 645359 )Non point réminiscence, mais simple souvenir: par le torrentiel (2012-09-19 21:52:10) 
[en réponse à 645318]

le souvenir de ce temps où nous nous sentions en Contact-Harmonie avec dieu, soit par le prisme de la liturgie, soit parce que nous Le sentions présents à nos prières.


L'âme n'a pas toujours vécu dans la sécheresse, sinon il serait quasiment impossible de persévérer dans la foi.


Donc mon petit "conseil" ne se situe pas au niveau où nous pourrions reconnaître la doctrine chrétienne qui se rappellerait à notre conscience sitôt qu'elle nous serait énoncée. Il se situe plus humblement, plus glébeusement, au niveau de l'Attachement à dieu, du Lien (divin lien) de la foi.

images/icones/fleur.gif  ( 645113 ) Ne nous laissez pas succomber à la tentation par Steve (2012-09-17 14:10:24) 
[en réponse à 645093]

La fête, ce n'est pas pour tous les jours.

Votre question est : entre les fêtes, on fait quoi ? (On fait ce qu'on pneut. On n'est pas des chambres à air. Et on crève quand même. )

Blague à part.
Le pèlerin obnubilé, submergé par ses bobos, il n'avance plus. Et s'il renonce pour de mauvaises raisons, il le saura pour le restant de ses jours.
Le pèlerin qui avance… Peut-être comme un zombie, il avance. Lui aussi s'en souviendra. Sans regret.

Vous me direz que c'est une morale… "Marche ou crève". Sans doute.
Hors de la Foi, ce serait "Marche et crève".

Cordialement.
images/icones/neutre.gif  ( 645114 )[réponse] par Yves Daoudal (2012-09-17 14:11:50) 
[en réponse à 645093]


croire ne devient-il pas un volontarisme ? une crispation intellectuelle ? une obstination folle ?



Non. Il me semble au contraire que c'est là la foi pure. La grâce de la foi à nu, sans aucun support humain. C'est ce qui ressort, me semble-t-il, des propos de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus sur le sujet.
images/icones/neutre.gif  ( 645146 )un cadeau par Pèlerin (2012-09-17 22:01:02) 
[en réponse à 645093]

Bonsoir

Je me risque à vous donner mon opinion : à l'inverse de votre réponse, je crois qu'au contraire "l'état" dont vous parlez a la profonde vertu de nous rappeler que la foi est un cadeau, un don surnaturel et qu'il ne sert à rien de tenter d'escalader l'infini pour l'attraper prestement.
Mieux, ces moments épouvantables, qui nous conduisent à étouffer si nous demeurons prisonniers de cette volonté nombriliste de la force du poignet, nous démontrent que c'est bien par le sacrifice du Seigneur que tout se fait, pour autant que nous chérissions juste notre totale impuissance.

Cette profonde blessure qui nous est infligée, alors que nous trépignons d'impatience voire de colère(en dignes fils d'Ubu Roi), nous ouvre la porte d'une profonde humilité, une abnégation de notre vouloir-faire (préalable de l'oraison).
Ste Thérèse ne nous dit-elle pas "Je crois ce que je veux croire" pour nous donner la clé de ce mystère ?

Bonne soirée.
images/icones/neutre.gif  ( 645162 )il me semble que... par utunumsint (2012-09-17 23:21:27) 
[en réponse à 645093]

... dans l'exemple de Sainte Térésa de Calcutta, il s'agit précisément de la foi dans ce qu'elle a de plus pur : elle a vécu une charité parfaite sans aucun signe extérieur qu'elle était dans le Vrai, le Beau et le Bien. Et si quelqu'un était dans le vrai, c'est bien elle !
Un autre exemple d'une foi pure : la Très Sainte Vierge Marie au pied de la croix. La Très Sainte Vierge, qui "gardait toutes ses choses et les méditait dans son coeur", ne pouvait pas ne pas se rappeler les paroles de l'Ange à l'Annonciation. Où sont passées ses "belles promesses" ??? (sans ironie aucune sur le terme belles promesses !). La raison humaine ne pouvait que s'opposer à une apparente contradiction entre ces promesses divines, et la réalisation sur la croix. Sauf dans un acte de Foi. On perçoit aussi à quel point la Foi est un don de Dieu, une vertu, c'est-à-dire une force venue d'en haut qui rend l'homme capable de suivre le Christ sans l'appui de signes.
En espérant avoir éclairé votre lanterne.
images/icones/ancre2.gif  ( 645188 )"Pourquoi M'as-Tu abandonné ?" par Paterculus (2012-09-18 10:47:40) 
[en réponse à 645093]

Bien qu'on puisse disputer longtemps pour connaître la portée exacte de ces mots de Jésus sur la croix, on voit qu'Il est allé jusqu'au bout dans la nuit.
Je crois que dans la nuit de la foi on est dans cette disposition d'esprit d'aller jusqu'au bout de ses convictions.
On sait quand même où est le bien, le vrai, même sans contact avec ce qui nous a amenés à discerner ce vrai et ce bien.
Autrement dit, la nuit de la foi n'est pas forcément une nuit de la connaissance intelligente.
Simplement il faut plus de volonté pour aller jusqu'au bout.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/bravo.gif  ( 645189 )Les dons de Dieu sont irrémissibles par Babakoto (2012-09-18 11:06:19) 
[en réponse à 645188]

Puisque la foi est un don de Dieu, la seule façon de perdre la foi, c'est de la rejeter.

Les motifs de rejets sont assez nombreux puisque Dieu met notre foi à l'épreuve.

C'est vrai qu'il faut du courage pour continuer à avancer, surtout quand on se sent "abandonné".


images/icones/1w.gif  ( 645191 )Attention avec "la nuit de la foi" ! par Jean-Paul PARFU (2012-09-18 11:34:33) 
[en réponse à 645189]

Attention, parce que n'a pas "la nuit de la foi" qui veut !

Cette "nuit" est en réalité réservée à de grands génies spirituels, connus ou inconnus.

C'est une mode aujourd'hui chez certains de dire qu'ils vivent "la nuit de la foi".

Ils se prennent ainsi pour de grands spirituels qui n'ont plus de consolations, contrairement aux débutants.

En réalité, ce qui leur arrive, c'est qu'ils avaient jusque-là, sans en être conscients, une sorte de Foi "socio-culturelle" et qu'avec l'âge, l'expérience des hommes, cette "pseudo-Foi" a disparu ou a été peu à peu effacée par "la vraie vie".

Pour la première fois, ils font donc l'expérience commune du "vide" ou ont un "bobo" à l'âme, une petite contrariété qu'ils n'avaient jamais connue auparavant.

En ce qui me concerne, je me rends compte que j'ai la Foi, et à alors même que je suis triste, ne "ressens" rien etc ..., lorsque tout d'un coup, par le hasard des rencontres ou par les médias, je suis mis en présence de quelqu'un qui n'a vraiment pas la Foi !
images/icones/fsvf.gif  ( 645357 )Il serait plus exact par Jean Ferrand (2012-09-19 21:36:50) 
[en réponse à 645189]

Il serait plus exact de dire selon l'Ecriture que les dons de Dieu sont sans repentance. On pourrait dire : irréversibles du côté de Dieu. Mais l'homme, comme la nation, qui en bénéficient, peuvent très bien les refuser, ou en mésuser, car ils restent libres.

Citons saint Paul :

"Car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance." (Rm 11, 29).



Il parlait alors des juifs, ses frères de race.

Par contre, on dit de la vision béatifique pour les élus, les saints et les anges, qu'elle est inamissible. Elle ne peut pas être perdue, une fois qu'on a commencé d'en jouir.
images/icones/fleur.gif  ( 645246 ) Confiteor par Steve (2012-09-18 22:29:47) 
[en réponse à 645093]

Mes excuses, Boufareo : ma réponse de l'autre jour, c'était du rase-mottes volontariste. Pas très pertinent. Essayons de faire mieux.

Si la Foi est un don de Dieu. Un cadeau, en principe ça rend heureux.
Cependant, il arrive qu'on reçoive un cadeau sans trop savoir ce qu'on peut ou ce qu'on veut en faire. Et parfois, on n'en fait rien.

Pensons svp à un type comme A. de St-Ex. (Comme vous savez, il n'est pas au calendrier.)

Sauf erreur, au sujet de sa Foi, pendant toute sa vie il a tourné autour du cadeau offert dans sa petite enfance, sans l'adopter de nouveau. S'il tournait autour... C'est peut-être que, parfois, il doutait de son incroyance.
En tout cas, il n'a pas déposé définitivement son cadeau dans une brocante. Pourquoi ?

C'est ici qu'on retrouve un peu votre question et une réponse, dans une citation de cet auteur. (Ne demandez pas la référence : je l'ai perdue.) "Sachant trop que l'amour, même le plus ivre, est fait de la traversée de tant de déserts intérieurs."

A vous de voir si ça répond à votre question.

Cordialement



images/icones/croix_byzantine.png  ( 645299 )Philoxène de Mabboug (?-v. 523), évêque en Syrie par Glycéra (2012-09-19 10:33:40) 
[en réponse à 645093]

La Foi est le croisement, une respiration entre le don de Dieu et notre adhésion, notre désir, notre appel, ce à quoi la volonté répond, en ressentant la lumière ou en ne la voyant plus.

Le volontarisme ne serait-il pas de vouloir seul, de vouloir sans accepter de grâce pour vouloir ? La motion, le mouvement n'est-il pas seulement de Dieu qui donne la vie de se bouger ? La liberté de l'homme n'est-elle pas seulement bloquante, arrêtant le mouvement que Dieu initie ?

Alors, oui, si on refuse la grâce, la foi est sèche, gelée, en statue de sel comme la femme de Loth, dont on ne sait même pas le nom tellement elle s'est perdue en refusant d'aller là où Dieu l'appelle.

Loth a répondu, même dans le doute, et sa moitié inconsciente n'a pas voulu répondre, ou pas pu, parce que Loth avait voulu trop faire seul ? Il est nécessaire d'avoir la grâce, même inconsciencemment.

La volonté qui la demande la reçoit, alors, la grâce donne à la foi cette respiration qui la fait vivre et croître.

Glycéra



Reçu ce matin :


Philoxène de Mabboug (?-v. 523), évêque en Syrie
Homélie 3, 52-56 (trad. SC 44, p. 71)

« Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi »
Viens pencher ton oreille et entendre, viens ouvrir tes yeux et voir les prodiges qui sont montrés par la foi. Viens te former des yeux nouveaux, viens te créer des oreilles cachées. Tu es invité à entendre des choses cachées... ; tu as été appelé à voir des réalités spirituelles... Viens voir ce que tu n'es pas encore, et renouvelle-toi en entrant dans la nouvelle création.

La Sagesse était avec ton Créateur dans ses premières œuvres (Pr 8,22). Mais dans la deuxième création la foi était avec lui ; dans ce second enfantement il a pris la foi pour auxiliaire. La foi accompagne Dieu en toutes choses, et il ne fait rien de nouveau aujourd'hui sans elle. Il lui aurait été facile de te faire naître de l'eau et de l'Esprit (Jn 3,5) sans elle, et cependant, il ne te fait pas naître à la seconde naissance avant que tu n'aies récité le symbole de la foi, le credo. Il pouvait te renouveler, et d'ancien, te faire nouveau, et cependant il ne te change pas et ne te renouvelle pas avant d'avoir reçu de toi la foi en gage. La foi est exigée de celui qui est baptisé, et c'est alors que, de l'eau il reçoit des trésors. Sans la foi, tout est vulgaire ; lorsque la foi est venue, les choses viles apparaissent glorieuses. Sans la foi, le baptême est de l'eau ; sans la foi, les mystères vivifiants sont du pain et de l'eau ; sans l'œil de la foi, l'homme ancien apparaît uniquement ce qu'il est ; sans l'œil de la foi, les mystères sont vulgaires et les prodiges de l'Esprit sont vils.

La foi regarde, contemple et considère secrètement la puissance qui s'est cachée dans les choses... Car voici : tu portes sur ta main la parcelle du mystère qui, de sa nature, est du pain vulgaire ; la foi la regarde comme le corps de l'Unique... Le corps voit du pain, du vin, de l'huile, de l'eau, mais la foi oblige son regard à voir spirituellement ce qu'il ne voit pas corporellement, c'est-à-dire à manger le Corps au lieu du pain, à boire le Sang au lieu du vin, à voir le baptême de l'Esprit au lieu de l'eau et la puissance du Christ au lieu de l'huile.



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