Le Forum Catholique
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( 643864 )
Forme ordinaire par Aigle (2012-09-02 21:47:28)
J'ai eu cet été l'occasion d'assister deux reprises à des liturgies en forme ordinaire merveilleusement célébrées - dont une fois par un jeune prêtre ordonné en juin 2012.
En y réfléchissant je me demande si la ligne de fracture liturgique la plus décisive passe bien entre forme extra et forme ordinaire comme on le croit souvent à partir de quelques éléments faciles à identifier (le latin, l'orientation, etc ...) ou bien si elle en passe pas au sein de la forme ordinaire.
En effet on voit nettement que certains prêtres (plutôt âgés) voient dans la Messe une catéchèse sympathique et détendue au cours de laquelel le peuple se retrouve pour se former et prier sans guère de lien avec la Tradition liturgique (et surtout pas sur le plan musical).
Tandis que d'autres prêtres voient au contraire dans la Messe un Sacrifice effectué en union avec l'Eglise universelle que ce soit celle du passé ou du présent - et dès lors cherchent à l'ancrer dans a Tradition et dans le respect du au sacrifice du Fils unique de Dieu réactualisé à l'autel. Ce qui implique sérieux du déroulement, beauté et ancienneté des chants, etc ...
Il me semble que certains jeunes prêtres ont une conception de la liturgie ordinaire (en français) assez proche en définitive de l'esprit qui anime la forme extra.
Il y a peut-être là un facteur d'optimisme sur le lien entre "tradis" et "conciliaires".
Qu'en pensez vous ?

( 643870 )
Assez d'accord par Aline (2012-09-02 22:20:03)
[en réponse à 643864]
"En effet on voit nettement que certains prêtres (plutôt âgés) voient dans la Messe une catéchèse sympathique et détendue au cours de laquelle le peuple se retrouve pour se former et prier sans guère de lien avec la Tradition liturgique (et surtout pas sur le plan musical).
Tandis que d'autres prêtres voient au contraire dans la Messe un Sacrifice effectué en union avec l'Eglise universelle que ce soit celle du passé ou du présent - et dès lors cherchent à l'ancrer dans a Tradition et dans le respect du au sacrifice du Fils unique de Dieu réactualisé à l'autel. Ce qui implique sérieux du déroulement, beauté et ancienneté des chants, etc ... "
Je suis assez d'accord, je pense qu'il y a eu une conception erronée de ce qu'est une liturgie "vivante", il y a eu une influence de l'idéologie soixante-huitarde que l'on trouve encore aujourd'hui chez certains prêtres (souvent plus très jeunes...). Une religieuse (en civil bien entendu) de cette génération se plaignait un jour à haute voix en priant : "Appelle les jeunes plus forts, ils n'écoutent pas !" Je suis allée la trouver et lui ai dit : "Si, les jeunes entendent. Seulement ils ne vont pas n'importe où..."
Je vois des jeunes prêtres que j'ai connu avant leur sacerdoce, tous reviennent à une approche plus Traditionnelle de la liturgie, sans forcément être des "tradis" au sens fort. Par contre j'ai aussi vu l'un ou l'autre prêtre tradi célébrer la messe mécaniquement et avec un maniérisme et un rubricisme absolument insupportables ! Comme quoi...

( 643898 )
Je vois une chose capitale : par Boanergues (2012-09-03 01:46:58)
[en réponse à 643864]
Si le prêtre qui a choisi de célébrer face aux fidèles n'est pas d'une très grande piété qui respecte au superlatif le caractère Divin et Sacré du Saint Sacrifice de la messe, et dans ses gestes et dans sa façon de prononcer les paroles qui amènent à l'instant solennel de la Consécration, aussi bien que dans le respect de la liturgie et dans son homélie, simple prêtre ou évêque, il porte une très lourde responsabilité vis-à-vis des âmes qui ont la tragique propension à devenir "tièdes" !
Prions afin que Dieu nous donne beaucoup de saintes vocations sacerdotales et religieuses.
Boanergues.

( 643947 )
Choix par fidelis (2012-09-04 10:46:40)
[en réponse à 643898]
Je ne sais pas dans quelle mesure tel prêtre "choisit" de dire la Messe face à l'assistance ou non, par contre, il choisit effectivement de dire la Messe avec piété, recueillement, respect (dans l'attitude comme dans les rubriques) et conformité de son homélie au bien des âmes, ou non. Et l'on peut dire que cela dépend d'une paroisse à une autre : dans l'une, tous les célébrants feront preuve des qualités requises, dans d'autres, une majorité d'entre eux (je ne dis pas forcément tous) manifestent un "je m'en foutisme" parfaitement soixante huitard. Je pense donc que la véritable ligne de rupture passe entre ces deux attitudes. Quant à des messes tradis dites n'importe comment, j'en ai été effectivement témoin il y a bien longtemps, alors qu'on ne parlait pas encore de "rite ordinaire" : 10 minutes chrono, même pour une messe privée (mais dans une abbatiale) c'est quand même un peu peu!

( 644020 )
Excellent "fil" : un vrai sujet à débattre ! par Paterculus (2012-09-04 21:45:52)
[en réponse à 643864]
Merci, cher Aigle, d'avoir abordé le sujet.
J'ai rencontré une liseuse qui m'a dit qu'elle ne m'avait pas cru quand j'avais écrit sur ce forum que le nouveau missel pouvait être un authentique moyen de sanctification, mais qu'elle avait changé d'avis en voyant la messe dite pieusement dans une paroisse marseillaise.
La ligne de fracture passe tout simplement entre ceux qui savent ce qu'est la messe et tâchent de le mettre en pratique dans leur façon de célébrer, et les autres.
Il y a un certains nombre "d'adjuvants" pour dire correctement la messe. Entre autres il y a la volonté de faire ce que veut l'Eglise, comme elle veut que ce soit fait : Cela engendre une soumission de l'esprit au mystère que l'on célèbre. Le fait de dire la messe en latin aide aussi : même quand on ne célèbre pas en latin, le fait de l'avoir fait de temps en temps dans une langue différente de celle des autres usages quotidiens permet de se rappeler qu'on ne fait pas quelque chose de banal. Surtout je tiens à ce qu'on se rappelle que lorsqu'on dit les paroles de la consécration, c'est à Dieu le Père qu'on s'adresse, non au peuple qu'on a ou qu'on n'a pas sous les yeux ; bien sûr on ne dit pas au Père de prendre et de manger, ni de prendre et de boire : on Lui dit en quelque sorte "Voilà ce que votre Fils a dit et fait, et comme Il nous a dit de le faire nous le refaisons".
Votre dévoué Paterculus

( 644023 )
Remarque fort pertinente... par azur (2012-09-04 22:06:20)
[en réponse à 643864]
Qui vient fort à propos appuyer une position que j'ai mainte fois défendue ici, à l'aide d'un exemple que je vie presque tous les dimanches...
Indéniablement, la forme extra pousse au respect du sacrement, mais la forme ordinaire n'a jamais été un empêchement à la beauté de la liturgie au service de la foi.
Pour revenir sur la comparaison des générations, j'ai déjà raconté ici un épisode vécu par Ultramontain auquel j'ai assisté: un prêtre de la génération conciliaire (jean-basket-polo) était venu concélébré avec notre curé de paroisse (de presque 30 ans son cadet, genre soutane et camail) qui, bien que célébrant sous la forme ordinaire, faisait preuve de la plus grande discipline dans ce domaine.
A l'issue de l'office, Ultramontain fit remarqué au vieux prêtre qu'il ne devait pas être habitué à pareille liturgie... ce qui quoi le vieux prêtre a répondu: "que voulez-vous... il n'y a plus que ceux là qui viennent et qui restent au séminaire jusqu'au bout!"
On sentait dans le ton de sa voix le regret d'avoir participé à une certaine déchéance de la liturgie.