Le Forum Catholique

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images/icones/fsspx.gif  ( 643562 )Tradition: éditorial de l'abbé de Cacqueray-Valménier par CMdelaRocca (2012-08-29 18:27:16) 

Dans son motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet 1988, qui fit suite aux sacres de nos quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre, le pape Jean-Paul II écrivait :

« À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l'a enseigné le concile Vatican II, "tire son origine des apôtres, se poursuit dans l'Église sous l'assistance de l'Esprit-Saint : en effet la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent, en leur coeur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux, qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité." Mais c'est surtout une notion de la Tradition qui s'oppose au magistère universel de l'Église, lequel appartient à l'évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église.»

À en croire cette grave accusation de Jean-Paul II, le fond de la divergence entre la Rome conciliaire et Mgr Lefebvre porterait donc sur la notion de « Tradition », puisque le fondateur de la Fraternité n'aurait eu qu'une compréhension « incomplète et contradictoire » de celle-ci, incomplète parce qu'elle n'aurait pas suffisamment pris en compte « le caractère vivant de la Tradition » et contradictoire parce qu'elle serait opposée « au magistère universel de l'Église ».

La suite sur La Porte Latine
images/icones/4b.gif  ( 643597 )l'abbé de Caqueray protestant ou gnostique ? par FerdinandP (2012-08-30 10:07:57) 
[en réponse à 643562]

On reste sur sa faim à la lecture de ce texte bien lacunaire qui se contente de nier l'interprétation qu'il fait de Dei Verbum, sur la base de citations incomplètes et manipulées, selon la technique habituelle de la FSSPX. En ce sens, il est plus que scandaleux et mensonger de traduire "l'expérience de la foi apostolique" exprimée par Benoît XVI par "des expériences humaines", comme le fait l'abbé avec une mauvaise foi qui dessert définitivement son argumentation, si tenté qu'on puisse parler d'argumentation.
Car il n'oppose aucun contre argument, se contentant de résumer "la Tradition, c'est l’enseignement du dépôt des vérités révélées".

Eh bien oui, si c'est ça le résumé de la positon de la FSSPX, sa conception de la Tradition est bel et bien incomplète et contradictoire, comme l'a souligné le Pape Jean-Paul II. Elle est même hérétique car elle s'oppose à ce qu'en disent les Pères et nie la succession apostolique...

L'abbé de Caqueray oublie que nous avons un magistère vivant dans l'Eglise, et que ce magistère est chargé de l’enseignement de la Révélation et de l'interprétation des Ecritures. Si nous avons un magistère vivant, c'est que nous ne recevons rien en direct : tout nous est transmis par le magistère vivant de l'Eglise, ce n'est pas à nous, enseignés, d'aller rechercher ce qu'a dit le magistère passé, pour l'interpréter à notre sauce et lui faire dire ce que nous voulons entendre ou ce que nous croyons comprendre. Si Benoît XVI exprime ce que comprend la Tradition vivante, je préfère donc ce qu'en dit le magistère de l'Eglise à ce qu'en pense un abbé, quel qu'il soit.

Mais au-delà, les Pères comme Saint Irénée, ont largement traité de la Tradition et de ce qu'elle recouvre. Saint Irénée va jusqu'à dire que la Tradition permet, dans l'Eglise catholique, de se passer d'écrit pour connaître le dépôt de la foi : il suffit d'écouter les Apôtres et leurs successeurs pour savoir ce que le Christ enseigne : "qui vous écoute, m'écoute".
En ce sens, la Tradition est vivante car elle s'exprime par la bouche des vivants, par le magistère vivant de l'Eglise : par des pasteurs qui sont en vie.

"A supposer même que les Apôtres ne nous eussent pas laissé d'Ecritures, ne faudrait-il pas alors suivre l'ordre de la Tradition qu'ils ont transmise à ceux à qui ils confiaient les Eglises ? C'est à cet ordre que donnent leur assentiment beaucoup de peuples barbares qui croient au Christ : ils possèdent le salut, écrit sans papier ni encre par l'Esprit-Saint dans leurs cœurs, et ils gardent scrupuleusement l'antique Tradition" (St Irénée, A. H. III, 1-4).



On ne peut donc connaître la Tradition apostolique si l'on n'écoute pas les successeurs des Apôtres chargés de nous la transmettre à leur tour ! Car, toujours selon St Irénée : "La Tradition vient des Apôtres et, grâce aux successions des des évêques, se garde dans les Eglises" Et dans la succession des évêques, il faut considérer le premier d'entre eux qui est le successeur de Pierre : le Pape.

Car Saint Irénée estime que le contenu de cet "ordre de la Tradition" ou "Règle de la foi" peut se résumer en trois données fondamentales et solidaires entre elles :
- la succession apostolique,
- le canon des Ecritures,
- le symbole de la foi.

C'est donc la succession apostolique qui est le fondement des données de la tradition tout entière et sans laquelle il ne peut y avoir de Tradition, car elle ne serait pas transmise. Cet oubli de l'abbé d'une donnée fondamentale prive effectivement sa "démonstration" de cohérence car si la Tradition ne repose pas sur des successeurs des Apôtres en vie, si elle n'est pas vivante en eux et par eux, alors elle n'est pas et l'Eglise n'est pas non plus.

Donc l'abbé a bien une conception de la Tradition incomplète et contradictoire : incomplète car il oublie qui porte la Tradition, les successeurs des Apôtres, et contradictoire car la tradition ne se limite pas à l'enseignement des Apôtres mais à tout enseignement de leurs successeurs, notamment dans la magistère ordinaire universel de l'Eglise.

Se passer de ce magistère vivant, c'est risquer de tomber dans le Protestantisme, mais c'est aussi faire de la Tradition un dépôt auquel chacun aurait accès directement, sans intermédiaire vivant, dans les Ecritures, les enseignements des Papes du passé... Or une vérité accessible sans l'intermédiation de l'Eglise militante et enseignante, ce serait tout simplement une gnose... Car cela consisterait à aller au Christ sans passer par l'Eglise actuelle (actuelle pris dans le sens philosophique), ses pasteurs légitimes et sa hiérarchie en place...

Je veux bien que le "mystère d'iniquité" permette de tout expliquer de la façon dont vous interprétez la situation actelle, mais pas au point de nier la divine constitution de l'Eglise, M. l'abbé.
images/icones/1f.gif  ( 643608 )Jugement erroné par Sam Gamegie (2012-08-30 12:40:20) 
[en réponse à 643597]

Sauf erreur de ma part, l'abbé de Cacqueray semble reprocher sur le plan philosophique l’hégélianisme de Benoît XVI. Pourtant, la lecture du Sel de la Terre mais aussi des Entretiens sur la Foi condamne clairement cette pensée. Benoît XVI m'apparaît non pas comme un traditionaliste, pas plus qu'un libéral. Très tôt, dans son parcours intellectuel, il s'est posé sur une troisième voix, une forme d'équilibre selon ses mots entre le dogme (la romanité) et le libéralisme (de la recherche). Il n'y a pas de coupures dans la pensée de Ratzinger, une évolution certes, mais pas vraiment de coupures (un avant et un après 68 par ex). Ses conférences pendant et après le Concile sont très claires: l’herméneutique de la continuité est définie dès le départ, précisément dans le respect de la tradition.

Autre anecdote, dans Sa Vie et ses souvenirs, il raconte l'histoire d'un professeur qui refusait la proclamation du dogme de l'Assomption. Mais ce professeur, malgré tout, s'est finalement soumis à cette proclamation car il estimait que le magistère lui était supérieur. Une forme d'humilité en somme.
images/icones/1e.gif  ( 643598 )La Tradition est morte. par Rémi (2012-08-30 10:35:13) 
[en réponse à 643562]

Peut-être qu'au sein de la FSSPX, ou dans sa théologie, la Tradition est morte ...
images/icones/hein.gif  ( 643600 )La Tradition, c'est quoi ? par jejomau (2012-08-30 11:24:46) 
[en réponse à 643562]

Je me demande de plus en plus s'il ne serait pas bon d'avoir une opinion commune sur une définition précise de la Tradition....

En relisant diverses interventions du Saint-Père je me suis aperçu qu'il utilisait déjà le mot "tradition" de deux façons différentes.

Pour lui, il y a LA Tradition (avec un grand T) et il y a des traditions . Il suffit de relirele motu proprio Ecclesiae Unitatem :

EXTRAIT :

En fidélité à ce mandat, au lendemain de l'acte par lequel Mgr Marcel Lefebvre, le 30 juin 1988, conféra de manière illicite l'ordination épiscopale à quatre prêtres, le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, institua, le 2 juillet 1988, la Commission pontificale Ecclesia Dei "ayant pour tâche de collaborer avec les évêques, avec les dicastères de la Curie romaine et avec les milieux concernés, dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, communautés ou personnes religieuses, jusqu'à présent liés de différentes façons à la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, qui désirent rester unis au Successeur de Pierre dans l'Eglise catholique, en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques, à la lumière du Protocole signé le 5 mai dernier par le cardinal Ratzinger et par Mgr Lefebvre"



Quand la FSSPX a ensuite accepté le dialogue doctrinal pendant quelques années, elle a accepté par conséquent ce qui était écrit dans ce Motu proprio. Elle se place par conséquent comme une tradition spirituelle et liturgique avec ses caractéristiques particulières au sein de l'Eglise catholique.. au sein de LA Tradition... Mr l'abbé de Cacqueray ne peut plus invoquer - à notre avis - le fait que la Fraternité représente LA TRADITION (avec un grand T)...

images/icones/find.gif  ( 643602 )La Tradition, par Fabrice Hadjadj par Quaerere Deum (2012-08-30 11:46:12) 
[en réponse à 643600]

La Tradition est plus moderne que la modernité
Par Fabrice Hadjadj
images/icones/bible.gif  ( 643604 )Soyons clairs: par Rémi (2012-08-30 12:08:55) 
[en réponse à 643600]

Tradition apostolique et traditions ecclésiales

83 La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.

Il faut en distinguer les " traditions " théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l’Église.


Source pas assez connue (et ''suivants'' ), et par exemple:

78 Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle.
images/icones/fleche3.gif  ( 643606 )certes... par jejomau (2012-08-30 12:28:09) 
[en réponse à 643604]

Mais concernant la Révélation divine, on fait souvent cette distinction déjà entre:

- la Révélation transmise par les Ecritures
- et tout ceui a été transmis oralement dont ils sont nombreux à définir comme La Tradition

Vous voyez : ce n'est pas si clair justement....

images/icones/fleche2.gif  ( 643609 )C'est au contraire également très clair par Rémi (2012-08-30 12:46:35) 
[en réponse à 643606]

à qui fait vraiment l'effort de lire les passages concernés en cliquant sur ''suivant'' comme suggéré, et qui arrive ici.



Cela dit, la question évoquée dans ce fil n'est pas celle des deux Sources de la Révélation, ni non plus celle des traditions ecclésiales, que vous soulevez toutes deux mais qui sont autres, mais celle du caractère vivant de la transmission du dépôt la Foi, autrement dit de la Tradition.



Au reste, qui nierait que la Tradition ''tire son origine des apôtres, se poursuit dans l'Église sous l'assistance de l'Esprit-Saint : en effet la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent, en leur coeur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux, qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité'' ?

C'est pourtant ce rappel du bienheureux Jean-Paul II que l'abbé de Cacqueray semble incriminer.
images/icones/hein.gif  ( 643613 )la tradition vivante aurait elle un rapport avec le magistère par S A Benengeli (2012-08-30 13:33:18) 
[en réponse à 643609]

Par conséquent les visions ne s'opposent pas mais se complètent. La Fraternité penchant pour une interprétation du concile Vatican II comme pastorale faisant entrer l'Eglise dans une ère nouvelle (celle de l'annonciation comme vient de le répéter Benoît XVI dans son dernier discours), pastorale et non doctrinale, "la Tradition vivante" entendu dans son sens traditionnel rigoureux et thomiste justement serait comme en suspens pour les grands thèmes qui nous préoccupent.
Car la tradition vivante n'est elle pas une manière de dire la vérité doctrinale de manière magistérielle ?
Nous voulons bien adhérer à la Tradition vivante spécifiquement post Vatican II, mais il faut bien nous en donner le contenu : qu'est ce que "le respect religieux" pour l'islam ? ou l'oecuménisme ? On ne peut pas avaler un "packaging" (le conciiiiile) sans qu'on nous donne une définition claire de son contenu.
images/icones/neutre.gif  ( 643616 )le relativisme à la source de la perte de la Foi par jejomau (2012-08-30 14:29:23) 
[en réponse à 643613]

Benoît XVI est aussi inquiet que vous. Mais pour lui, "l'irénisme" qu'il remarque lui-même en matière de dialogue inter-religieux n'est pas dû à Vatican II . Il est dû au fait que dans l'esprit des gens (laïcs, prêtres, évêques) une opinion se répand - qu'on pourrait appeler le "religieusement correct" (c-à-d : "que tout le monde pense comme çà donc je penserait moi aussi comme çà"... - selon laquelle "la vérité ne serait pas accessible à l'homme". Il "suffirait que l'on se fixe des règles pour pouvoir améliorer le monde". Or dit-il, la Foi doit alimenter l'oecuménisme. Et le dialogue doit donc puiser dans la Tradition, l'Ecriture Sainte, et la Ministère Pétrinien (Magistère)..

Par conséquent le Saint-Père ne lie pas la perte de la Foi à Vatican II mais au relativisme qu'il a d'ailleurs déjà dénoncé.

RAVIVER LA FOI

"la foi court le risque de s'éteindre par manque d'alimentation. On assiste à une profonde crise de la foi et à la perte du sens religieux, qui représentent le plus grand défi de l'Eglise. Raviver la foi doit être la priorité de toute l'Eglise et j'espère que l'Année de la foi...contribuera à replacer Dieu dans ce monde, à ouvrir aux hommes les portes de la foi et de la confiance en ce Dieu qui nous a aimé jusqu'au bout en Jésus-Christ".

il a abordé les aspects doctrinaux touchant au processus oecuménique: "Reconnaissant les nombreux fruits récoltés par le dialogue, il faut aussi reconnaître le risque d'un faux irénisme ou de l'indifférentisme, étrangers à l'esprit de Vatican II, et être vigilants. Ces travers sont causés par l'opinion croissante selon laquelle la vérité ne serait pas accessible à l'homme. Il serait ainsi suffisant de se donner des règles pour pouvoir améliorer le monde. La foi serait remplacée par un moralisme sans racine profonde. A l'inverse, il y a au coeur de l'oecuménisme authentique la foi par laquelle l'homme trouve la vérité révélée dans la Parole. Sans cette foi, tout le mouvement oecuménique se réduirait à une sorte de contrat social auquel on adhérerait par intérêt général. La logique conciliaire est totalement différente car il s'agit de la recherche sincère de l'unité des chrétiens comme dynamique qu'anime la parole de Dieu".

Puis le Saint-Père a parlé de "la question cruciale marquant transversalement le dialogue oecuménique: la structure de la révélation, le rapport entre Ecriture, Tradition vivante de l'Eglise et Ministère pétrinien, comme témoin de la foi véritable. Il est fondamental de distinguer entre Tradition et traditions... S'il existe une richesse spirituelle dans les diverses confessions chrétiennes, expression de l'unique foi et don à partager...il faut traiter avec courage les questions controversées, dans le respect et le respect. Il est important d'offrir une interprétation correcte de ce qu'est l'ordre ou hiérarchie dans la vérité doctrinale catholique, telle que la définit le décret conciliaire Unitatis Redintegratio". Si les documents de travail produits par les différents dialogues oecuméniques "constituent un fruit important, quoique provisoire, de la réflexion commune" il faut reconnaître "leur valeur particulière comme contributions proposées aux autorités compétentes de l'Eglise, seule en mesure de les juger définitivement". Benoît XVI a conclu en abordant la problématique morale: "Dans nos dialogues, nous ne pouvons oublier les grandes questions morales touchant à la vie et à la famille, à la sexualité et à la bioéthique, à la liberté, à la justice et à la paix. Nous devrions en parler d'une seule voix en revenant à ce que dit l'Ecriture et de la Tradition vivante.



images/icones/neutre.gif  ( 643621 )cependant le contexte ne peut remplacer une lecture du texte dont on se réclame par S A Benengeli (2012-08-30 15:55:35) 
[en réponse à 643616]


S'il existe une richesse spirituelle dans les diverses confessions chrétiennes, expression de l'unique foi et don à partager

: cette phrase que vous citez pourrait renvoyer à des points du décret sur l'oecuménisme qui demande réflexions et explications.

Comment passe t'on du particulier ("les semences du Verbe", c'est à dire les éléments contenus dans tel ou tel philosophie antique ou même religieuse, éléments appartenant à la seule religion catholique et pouvant conduire tel ou tel individu de bonne foi au salut, c'est à dire à la conversion ou à l'appartenance à l'Eglise catholique dans le secret de Dieu) au général, cette curieuse "communion imparfaite" que l'Eglise avait toujours rejeté avec horreur (la communion comme l'état de grâce ne se divise pas)et l'appartenance aux églises qui se sont créées contre l'Eglise catholique était considérées comme un obstacle au salut.


De même, chez nos frères séparés s’accomplissent beaucoup d’actions sacrées de la religion chrétienne qui, de manières différentes selon la situation diverse de chaque Église ou communauté, peuvent certainement produire effectivement la vie de grâce, et l’on doit reconnaître qu’elles donnent accès à la communion du salut. En conséquence, ces Églises [19] et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique.



Plutôt que d'utiliser l'argument d'autorité (dans un sens comme dans un autre) qu'est l'utilisation actuelle de la notion de Tradition vivante, il me semble qu'il faudrait répondre à ces questions de fond.
images/icones/1a.gif  ( 643642 )Rapidement, par Rémi (2012-08-30 19:43:45) 
[en réponse à 643613]

et vos deux exemples sont très intéressants:

- il n'est pas du tout question de ''respect religieux'' pour l'Islam, à ma connaissance, dans le corpus conciliaire.

Il faut donc d'abord vérifier qu'on est bien au fait du contenu du packaging.





- l'encyclique Ut Unum Sint éclaire a posteriori les aspects peut-être un peu ''chantier'' du Décret Unitatis Redintegratio, ainsi qu'à d'autres documents de mise en oeuvre produits par le Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des Chrétiens.

On peut donc se reporter aux actes du Magistère post-conciliaire, Catéchisme en tête, et aux dicastères concernés, singulièrement la CDF, pour éclairer les points survolés, flous ou même difficiles (par exemple Dominus Iesus à propos du ''subsistit in'' , mais je vous accorde bien volontiers d'avance qu'un semblable éclaircissement sur la liberté religieuse serait urgamment archi-bienvenu !! ) du même packaging.


images/icones/neutre.gif  ( 643689 )simple interprétation par S A Benengeli (2012-08-31 11:25:45) 
[en réponse à 643642]

du respect "cum observantia" des religions (dont fait parti la religion musulmane) qui si l'on se réfère au Gaffiot à un sens fort (qui s'applique aux religions)
images/icones/fleche3.gif  ( 643615 )bien entendu que l'abbé de Cacqueray par jejomau (2012-08-30 14:08:45) 
[en réponse à 643609]

pose un problème ici. Il n'attaque pas la définition de "La Tradition" en tant que telle.

Il attaque la définition de "la Tradition" telle qu'il croit la voir chez Benoît XVI.. Ou si vous voulez dans l'Eglise actuellement.

Pourquoi ? C'est ce que je veux souligner dans mon post ICI . Reprenons :

- Pour l'abbé de Cacqueray, la FSSPX est la vraie dépositrice de cette "Tradition".

- Pour Benoît XVI, la FSSPX est une "fraternité fondée par Mgr Lefebvre, (dont les membres) qui désirent rester unis au Successeur de Pierre dans l'Eglise catholique, (peuvent conserver) leurs traditions spirituelles et liturgiques"

OR, la FSSPX, en acceptant Ecclesiae Unitatem , en accepte les termes, non ? Et si elle en accepte les termes, la FSSPX reconnaît qu'elle n'est qu'une "tradition spirituelle et liturgique" incluse au sein de LA Tradition Vivante de l'Eglise catholique.

Si une telle mésentente existe, on comprend que le dialogue soit difficile : il faudrait déjà que les deux parties s'entendent sur le choix des mots...

Ceci dit c'est la position de Mr l'abbé de Cacqueray. Est-ce la position officielle de la FSSPX ? En tout cas celà pose de sacrés questions, car on devine que si certains sont persuadés que l'Eglise catholique n'incarne plus la "Tradition" alors les conséquences découlent d'elles-mêmes : L'Eglise n'est plus guidé par l'Esprit-Saint....

Ceci dit, je vous remercie pour vos liens dans le catéchisme de l'Eglise catholique ) fort interressants
images/icones/1a.gif  ( 643617 )Je crois que vous vous trompez par Rémi (2012-08-30 14:44:30) 
[en réponse à 643615]

d'emblée, cher Jejomeau, sur les intentions de l'abbé de Cacqueray, lorsque vous lui prettez l'idée que ''la FSSPX est la vraie dépositrice de cette "Tradition". ''. La Tradition de l'Eglise appartient ... à l'Eglise, et je ne crois pas que l'abbé en soit à identifier la FSSPX à l'Eglise.


De même, en aucun cas ni l'abbé de Cacqueray, ni le Saint-Père ne disent que la FSSPX est une ''tradition spirituelle et liturgique" incluse au sein de LA Tradition Vivante de l'Eglise catholique. '' , mais que ses membres possèdent et peuvent conserver leurs traditions spirituelles et liturgiques, autrement dit l'usage des livres liturgiques et les pratiques ecclésiales antérieures à 1962, jamais abrogées, et désormais dites ''formes extraordinaires'' dans l'unique rit Romain.


Je crois en réalité que c'est vous et vous seul qui voyez la mésentente, réelle, là où elle ne se trouve pas du tout, en mélangeant les deux réalités, ou en pensant que l'un parle de l'une d'elle tandis que l'autre pense qu'il parle d'une différente, la Tradition de l'Eglise et les traditions ecclésiales, toutes notions parfaitement définies et suffisament connues, en particulier du Saint-Père et de M. l'abbé, pour qu'eux au moins ne se mélangent pas les pinceaux, n'en doutons pas :

En effet, l'abbé de Cacqueray entends dénoncer, grosso modo, un éloignement gravissime de l'Eglise de sa propre Tradition apostolique, qui serait dévoyée à force d'être vivante, et en particulier dans le dernier Concile et le Magistère qui s'en est suivi. C'est de cette opinion dont nous parlons.

Ca n'a aucun rapport avec le fait que le Saint-Père reconnait pleinement à la FSSPX et à d'autres groupes, ED dans l'ensemble, la conservation et l'usage des traditions ecclésiales antérieures au Concile, liturgiques en particulier, ni tout simplement rien à voir avec la problématique (à mon avis un peu téléphonée et enfantine ... c'est la rentrée, les affaires reprennent ... ) que soulève ici M. l'abbé de Cacqueray.

Quand l'un parle de Tradition, soyez certain que l'autre comprend Tradition. Et si c'est des traditions qu'il est question, l'un et l'autre savent bien de quoi il est question, c'est sûr ! S'il s'agissait d'un qui pro quo aussi simple et d'une mésentente sur le vocabulaire aussi facile à résoudre que ceux que vous évoquez, cher Jejomeau, nous n'aurions plus aucun problème.


Non, c'est bel et bien d'une mésente grave sur une notion, sur une réalité très importante et une seule, la Tradition de l'Eglise, dont il s'agit, et que de longs colloques doctrinaux récents ne semblent pas avoir réussi à combler. Non d'un qui pro quo drôlatique sur une simple question de jargon, hélas.


Vous avez donc raison de dire ''Il attaque la définition de "la Tradition" telle qu'il croit la voir chez Benoît XVI. Ou si vous voulez dans l'Eglise actuellement. '' . Mais pas pour la raison (vocabulaire) qu'il vous semble.

Cordialement.


images/icones/5a.gif  ( 643635 )attention au vocabulaire si la question vous semble "gravissime" par S A Benengeli (2012-08-30 18:41:03) 
[en réponse à 643617]

"En effet, l'abbé de Cacqueray entends dénoncer, grosso modo, un éloignement gravissime de l'Eglise de sa propre Tradition apostolique, qui serait dévoyée à force d'être vivante, et en particulier dans le dernier Concile et le Magistère qui s'en est suivi. C'est de cette opinion dont nous parlons."

Vous parlez de magistère alors que la FSSPX parle d'aire pastorale. Et semble t'il Benoît XVI ne serait pas contre la liberté du débat sur les questions qui préoccupent l'ensemble du monde traditionaliste. Vous répondez à la question comme si elle n'existait pas.

les efforts d'une infime minorité de ce monde traditionaliste pour bloquer le débat sur ces questions est aussi illusoire face au danger (réel celui là) du progressisme qui gangrène l'Eglise que la réponse du début du siècle face au modernisme de bloquer tout débat sur l'exégèse malgré les efforts de Saint Pie X puis de Pie XII de lancer une vraie science exégétique catholique qui puisse rivaliser avec les modernistes. Or Benoît XVI est du parti de l'intelligence d'où son obsession du retour de la FSSPX pour lutter contre le danger progressiste (le fameux relativisme qu'il condamne)
images/icones/5b.gif  ( 643641 )Pardonnez-moi mais par Rémi (2012-08-30 19:36:07) 
[en réponse à 643635]

- je n'ai pas dit que la question me semblait gravissime. J'ai employé cet adjectif pour qualifier l'éloignement de l'Eglise de sa propre Tradition que l'abbé de Cacqueray, me semble-t-il, entends dénoncer. Ce n'est pas du tout la même chose.


- Je parle du Magistère post-conciliaire car M. l'abbé lui reproche de reprendre et d'exploiter la notion de Tradition vivante.


- Je ne réponds pas du tout à la question, je précisais avec Jejomau quelques points annexes pour ne pas nous éloigner de la dite ''question''. Qui à mon humble avis est une simple petite charge anti-Concile très typique, bien propre, bien convenue et surtout bien creuse pour rassurer les troupes peut-être dubitatives après quelques mois agités, un été un peu chaud et une rentrée assez morose ...


Au pire si cet articulet contenait quelque idée sérieuse, on peut raisonnablement penser qu'elle a été évoquée lors des récent colloques doctrinaux et a reçu la réponse des théologiens du Pape. Lorsque ces colloques seront publiés, M. l'abbé de Cacqueray et nous-mêmes y verrons plus clair. Huhu.
images/icones/1a.gif  ( 643612 )Ah oui ! par Yves Daoudal (2012-08-30 13:24:48) 
[en réponse à 643562]

C'est l'occasion de relire ce texte vraiment splendide de Benoît XVI, intitulé "La communion dans le temps, la Tradition", et qui devrait être intégré, en note, à "Lumen gentium".


La Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l'éternité. Et étant ainsi, dans ce fleuve vivant se réalise toujours à nouveau la parole du Seigneur que nous avons entendue au début sur les lèvres du lecteur: "Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20).

images/icones/francis1.gif  ( 643631 )Merci par jean-marie dobrée (2012-08-30 17:44:09) 
[en réponse à 643612]

Merci pour le rappel de ce texte magnifique de notre pape.
Quant à celui de l'abbé de Cacqueray, il ne comporte pas une seule citation de l'Ecriture, ce qui est tout de même très étonnant.
images/icones/1g.gif  ( 643650 )Quel fleuve magnifique en effet par Vassilissa (2012-08-30 20:48:21) 
[en réponse à 643612]

que celui dans lequel se vautrent les nouveaux hérétiques de tout poil, fleuve aussi ondulant et insaisissable que leur doctrine ou ce qui leur en tient lieu…

Cette image de fleuve est appliquée, avec autrement de pertinence, par saint Grégoire le Grand aux Saintes Écritures, dans le prologue aux Moralia in Job. Ne peut-on la lui laisser ?
images/icones/1y.gif  ( 643638 )Réponse en forme de conte par Glycéra (2012-08-30 19:09:31) 
[en réponse à 643562]




Qui reste bloqué dans cette histoire ?
Les textes du Concile sont ambigus, flous... Tout le monde le sait, le dit, l'étudie.
Personne n'a prouvé que le contenu formel est faux.

Alors ?
Les progressistes ont tiré ce qu'ils voulaient.
Les medias les ont publiés et répandus.
Des clercs ont martelé...
Mais celui qui ne prend que ce sens dévié est-il vraiment libre dans sa lecture ?



Voici le conte annoncé :


Un homme commit un crime épouvantable, infâme.
Un tribunal populaire décida : prison pour 40 ans.


On l'y mit.
On l'enferma.
On le boucla.
Sous haute sécurité.
On plaça un gardien.

Celui-là même qui avait été agressé, spolié, démoli.
Il veilla.
Il surveilla.
Il garda, fermement.

Il était là.
Il n'en bougeait pas.
Rivé à sa tâche.


Lequel est le plus bloqué dans ce cas ?
Le quel reste rivé à une vieille histoire ?
Lequel est le moins libre des deux, le moins vivant des deux ?




Remâcher des textes conciliaires sur des bases qui n'en sont pas, est-ce bon ?
- Oui, mais les progressistes ont compris de travers, donc le texte est mauvais !
cessons donc d'accepter que seule l'interprétation déviée existe dans les textes flous.
Et l'autre interprétation, la vraie, la juste, la fidèle, pourquoi n'en parler jamais ?



Ferons nous-donc sans cesse la répétition de la dichotomie du péché originel ? Celui où les hommes ont voulu savoir eux-même trier entre bien et mal avant que Dieu ne leur en donne la science et le moment propice ?


Changeons notre coeur, à nous, à chacun. Voyons comment convertir nos âmes, retournons-les pour et vers Dieu, soyons des gens qui donnent envie de vivre pour et par Dieu, et les progressistes tristes et flasques rentreront peu à peu dans leurs terriers. Quand ? Selon le vouloir de Dieu...



Pas utile de diviser ni l'Eglise, ni même une de ses branches solides et désireuse de servir Dieu !


Pauvre district de France...

images/icones/1h.gif  ( 643645 )Ce que vous dites par Yves Daoudal (2012-08-30 20:02:23) 
[en réponse à 643638]

est très joli, comme d'habitude. Mais là je ne suis pas d'accord.

Il s'agit d'un texte de Benoît XVI, qui parle de la Tradition comme d'un "fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes".

Et il s'agit d'un prêtre qui conteste formellement que la Tradition soit telle. Pour lui, la Tradition est un "dépôt", qui a été mis dans un vieux coffre (et dont il a perdu la clef, hélas).

Or il s'agit de quoi, sinon d'"obtenir la vie éternelle"?

Or le "grand fleuve" dont parle Benoît XVI est celui "qui nous conduit aux portes de l'éternité".

Le choix est simple, non?

Je lis assidument les pères de l'Eglise, et quand je les lis c'est bien l'image de ce fleuve qui me vient à l'esprit, un fleuve qui vient du Saint Esprit et qui me porte au seuil de la Vie.

Je laisse le "dépôt" dans le sous-sol de la banque...
images/icones/1b.gif  ( 643646 )Ne dites-vous pas de même ? par Glycéra (2012-08-30 20:23:33) 
[en réponse à 643645]



Que celui qui veille sur le coffre, au point même d'avoir oublié qu'il a perdu la clef, est coincé, n'a plus le fleuve d'eau Vive ?

Se débattre au milieu de ceux qui regardent le coffre en se gaussant de son contenu, qui se réjouissent de le voir se déliter, ou qui cogne de leurs pieds dedans n'est pas non plus embarquer dans le fleuve qui va à la Vie.

Je critique ceux qui se contentent de critiquer les démolisseurs ou les ignares. Je conteste ceux qui ne voient pas que l'important n'est pas le coffre, et qui s'y lient de fait.



Merci pour votre commentaire.

Il me semble que nous pensons de même.
Avec mes bonnes salutations

Glycéra
images/icones/1d.gif  ( 643684 )Vous avez raison. par Yves Daoudal (2012-08-31 10:58:08) 
[en réponse à 643646]

Je m'en suis rendu compte après. C'est qu'en fait je voulais répondre à cela:

Les textes du Concile sont ambigus, flous... Tout le monde le sait, le dit, l'étudie.


Et je suis parti sur autre chose...

Je ne suis pas d'accord du tout pour dire que les textes de Vatican II sont flous ou ambigus. On peut dire que Sacrosanctum Concilium prépare en douce la révolution liturgique, ou que Gaudium et Spes ne prend pas la mesure de ce qui se passe dans le monde et donc ne répond pas aux problèmes du temps, mais c'est autre chose.
Pour prendre un seul exemple, célèbre, le "subsistit in" donne une définition de l'Eglise infiniment plus précise que celles qui avaient cours jusque-là, et singulièrement de celle de Vatican I. Elle paraît "floue" parce qu'elle n'est pas simpliste et prend en compte toute la réalité, à commencer par la réalité mystique (enfin fortement rappelée par Lumen Gentium: l'Eglise, c'est le Corps du Christ). L'unique Eglise du Christ "subsiste" pleinement dans l'Eglise catholique romaine. Elle ne coïncide pas avec l'Eglise romaine pour des tas de raisons: les pères ont montré que l'Eglise existe depuis la création du monde (et pas l'Eglise gouvernée par le pape), on nous a toujours parlé de l'Eglise souffrante et de l'Eglise triomphante... qui ne sont pas gouvernées par le pape, tous les baptisés appartiennent d'une certaine façon à l'Eglise du Christ, particulièrement les orthodoxes qui communient au Corps et au Sang du Christ, etc. L'expression "communion imparfaite" hérisse certains sur ce forum, mais elle rend compte d'une réalité. Si j'ai reçu le même baptême qu'un protestant, je suis en communion avec lui dans la mort et la résurrection du Christ. Ce n'est pas rien. Ensuite, qu'on se serve de ce constat pour inventer un oecuménisme délirant, c'est autre chose (et ce n'est pas la faute du Concile).
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 643688 )Très beau, j'aime votre développement par Glycéra (2012-08-31 11:15:32) 
[en réponse à 643684]



Cher breton,

Nous sommes donc dans le même registre...
Si je n'aurais pas pris le "subsistit" dans les ambigus, je vois bien cependant que des mots sont lus et tirés dans une direction par certains remplis de préconçus qui les ligotent, et renvoyés par d'autres qui n'ont pas vu les ficelles, et répondent autant dans l'illusion d'avoir tout compris.

Deux Indiens qui prient à Assise et c'est le rejet...
Rejet car les gens ne savent pas ce qu'est le calumet, ignorent ce que le tabac porte de symboles et sa connexion avec le coeur profond de l'homme. Les Occidentés sont rincés par les pub de cigarettes et complètements aveuglés à l'intérieur de leur âme par des matérialismes insidieux.
Quand la vérité du mot de Tradition est perçue, alors, l'humanité prend une aura divine...

Merci de vos indications sur l'Eglise qui ne dépend pas de l'existence de papes, ni même des limites terrestres.

Je viens de relire la Genèse... L'Eglise y est. Dieu nous la délivre dans "l'Homme", qui n'est pas Sieur Adam, mais qui est Jésus, le Christ aimé et oint du Père, le Fils pour qui tout est créé, et nous avec, pour que nous devenions Son Temple : chacun taillé, petite ou grande pierre à sa mesure, celle que Dieu connaît de toute éternité quand Il nous a engendré, et mis au monde à la Croix.

Encore merci de votre envoi.
Avec mes bonnes salutations

Glycéra

images/icones/hein.gif  ( 643692 )Quels griefs par Quaerere Deum (2012-08-31 11:32:36) 
[en réponse à 643684]

à l'encontre de Sacrosanctum Concilium ?

Les modifications du bréviaire, des rituels sacramentels ?
On ne peut dire que les modifications du rituel de la messe demandés soient réellement révolutionnaires.
images/icones/fleche2.gif  ( 643697 )[réponse] par Yves Daoudal (2012-08-31 12:32:40) 
[en réponse à 643692]

Il y a beaucoup de bonnes choses dans Sacrosanctum Concilium, mais il y a aussi le germe de la révolution.

On lance l’expression « participation active », sans la définir… et d’autres s’en sont chargés...

On stipule que l’usage de la langue latine sera conservé dans les rites latins, et on s’empresse d’ajouter que « l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple »… Et on embraye sur les traductions à utiliser…

On stipule que « l’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine », mais comme on a de facto supprimé la liturgie latine, il ne peut plus y avoir de grégorien.

D’autre part il y a la destruction de l’office divin : les matines ne seront plus des matines mais un prétendu office des lectures, prime est supprimée, on ne garde qu’une des trois petites heures, et (donc) « les psaumes ne seront plus répartis sur une seule semaine, mais sur un laps de temps plus long », ce qui ne s’était jamais fait nulle part et constitue donc une évidente rupture de tradition (et un obstacle de plus à l’œcuménisme avec les orthodoxes).
images/icones/neutre.gif  ( 643698 )L'office divin par Quaerere Deum (2012-08-31 12:49:21) 
[en réponse à 643697]

néanmoins à déjà été détruit depuis la réforme de Saint Pie X.
Les matines n'ont cessé d'être rabotées. La coup de grâce fut porté par le Bx Jean XXIII.
A tel point que les lectures patristiques sont aujourd'hui plus riches dans la liturgie des heures que dans le bréviaire de 1960.

Pour le reste je suis d'accord avec vous.
En réalité, la meilleur façon de faire aurait été de proposer le bréviaire classique avec des parties optionnelles selonles différents états de vie, à la façon des orientaux.
images/icones/neutre.gif  ( 643701 )[réponse] par Yves Daoudal (2012-08-31 15:11:08) 
[en réponse à 643698]

J'avais même écrit un article intitulé "La révolution a 100 ans", pour le centenaire de la bulle Divino Afflatu.

Toutefois, si saint Pie X avait bouleversé le bréviaire, et commis cet incroyable attentat contre ce qui était proprement les laudes (LE psaume 148-149-150), il n'avait pas touché à la règle de la récitation du psautier dans la semaine.
images/icones/fleche2.gif  ( 643691 )Le Concile et la Tradition, selon Mgr Dagens, en janvier 1988. par Scrutator Sapientiæ (2012-08-31 11:28:26) 
[en réponse à 643562]

Bonjour à tous,

Voici ce qui devrait pouvoir alimenter nos réflexions respectives :

VATICAN II, UN CONCILE TRADITIONNEL ?

Source.

Conférence donnée à Bordeaux en janvier 1988 par Mgr DAGENS

( "Cinquante ans après qu’il ait été annoncé par le pape Jean XXIII, en janvier 1959, le Concile Vatican II demeure une référence essentielle pour la vie et la mission de l’Église catholique dans le monde de ce temps. Comme le disait Jean-Paul II, il est comme une boussole qui aide le peuple de Dieu à s’orienter au milieu des changements du monde.

Bien avant d’ordonner quatre nouveaux évêques, en juin 1988, Monseigneur LEFEBVRE avait manifesté publiquement son opposition au Concile Vatican II : il estimait que ce Concile n’était pas fidèle à la Tradition catholique, ni dans son esprit, ni dans son enseignement.

Dans cette conférence donnée à Bordeaux en janvier 1988, Monseigneur DAGENS cherchait à répondre à ces questions décisives : qu’est-ce qui permet d’affirmer que le Concile Vatican II est un concile authentiquement traditionnel et en quoi s’inscrit-il dans la Tradition catholique ?

Les réflexions contenues dans cette conférence demeurent très actuelles, alors que la levée par le pape Benoît XVI des excommunications sanctionnant les évêques ordonnés par Monseigneur LEFEBVRE suscite de nombreuses questions qui portent sur la compréhension et la réception du Concile Vatican II. 4 Février 2009" )

" De Nicée à Vatican II

Ces réflexions sur le Concile Vatican II sont placées sous le signe de saint Hilaire, évêque de Poitiers, dont la fête sera célébrée demain, le 13 janvier.

Hilaire : ce témoin infatigable du Christ, qui va lutter pour que soit reçue, en Occident et en Orient, la grande affirmation christologique du Concile de Nicée (325). Cet homme nommé Jésus n’est pas une créature supérieure. Il est le Fils, engendré du Père, de même substance que le Père. Si nous étions tentés de l’oublier, la vie de l’évêque Hilaire, exilé, combattu, dénoncé par le parti arien, nous rappellerait qu’un concile est toujours un risque, et non pas une formalité. La Tradition passe par ce combat de la « foi catholique reçue des apôtres », dont Hilaire, en son temps, fut un protagoniste illustre. Pour que le Concile de Nicée soit pleinement reçu, il fallut près de cinquante ans. Vatican II s’est achevé il y a vingt-trois ans. De quoi nous plaignons-nous ?

Mieux vaut entendre la forte conviction qu’exprimaient les évêques, réunis en synode à Rome, en décembre 1985, pour « célébrer, vérifier et promouvoir Vatican II » :

"Unanimement et avec joie, nous avons vérifié que le Concile Vatican II est une expression légitime et valable, et une interprétation du dépôt de la foi, tel qu’il est contenu dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église. C’est pourquoi nous avons décidé de continuer à avancer sur la route que nous indique le Concile. En plein accord, nous avons reconnu la nécessité de promouvoir de plus en plus la connaissance et l’application du Concile aussi bien dans la lettre que dans l’esprit. De cette façon, de nouveaux pas seront faits dans la réception du Concile, c’est-à-dire dans son intériorisation spirituelle et son application pratique". (Documentation catholique, n°1909, n°2, p.36).

Tel est le but de ces réflexions : encourager à la réception de Vatican II, en n’oubliant pas que la réception d’un concile demande du temps, et demande surtout des hommes qui vont lutter pour cette réception, comme l’évêque Hilaire au IVe siècle, après le Concile de Nicée, ou comme Jean-Paul II, qui a affirmé tant de fois avec force que la « charte de l’existence chrétienne pour notre temps, c’est le Concile Vatican II ».

I- VATICAN II, UN CONCILE DIFFÉRENT DES AUTRES ?

1. Le besoin de discernement

On raconte qu’après le Concile de Vatican I, qui venait, en juillet 1870, de proclamer l’infaillibilité du Pape, l’archevêque de Munich réunit les professeurs de sa Faculté de Théologie et les invita à travailler pour la Sainte Église. L’un d’eux, spécialiste de l’histoire des schismes, DÖLLINGER, répondit : « Oui, pour l’ancienne Église ». « Il n’y a qu’une Église, reprit l’archevêque, il n’y en a pas de nouvelle ou d’ancienne ». « On en a fait une nouvelle », riposta DÖLLINGER, qui estimait que le dogme de l’infaillibilité trahissait la Tradition, mais qui refusa de suivre ses amis dans le schisme des « Vieux Catholiques ».

Vatican II n’a pas été suivi d’un schisme[1], mais sa réception se heurte à des difficultés. Et d’abord, à une très grande méconnaissance : qui a lu entièrement la grande constitution dogmatique « Lumen gentium », la colonne vertébrale du Concile ? Car il ne suffit pas d’invoquer l’esprit du Concile, identifié à « l’ouverture au monde ». Encore faut-il connaître ses textes, parce qu’ils sont l’aboutissement d’un travail considérable, qu’ils ont été votés à la quasi unanimité (au maximum 70 à 80 non, sur 2500 votants), non pour rester lettre morte, mais pour passer dans la vie de l’Église.

Vingt ans après le Concile, une question est posée : Vatican II est-il un Concile différent des autres conciles œcuméniques ? En quel sens est-il différent ?

Certains ont déjà répondu à cette question : Vatican II serait différent parce qu’il romprait avec la Tradition ; il faudrait donc en appeler de la « Rome néo-moderniste et néo-protestante », qui s’exprime dans le Concile et les réformes issues de lui, à la « Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi ». Nous sommes là devant une interprétation très catégorique qui entraîne une option : pour revenir à la Tradition, il faudrait renoncer à Vatican II.

Quand Jean-Paul II convoqua le Synode de 1985, certains s’alarmèrent. N’allait-on pas procéder à une révision du Concile ? N’allait-on pas vers une restauration ? Un climat polémique précéda ce Synode, comme si la majorité conciliaire craignait de devenir minorité.

En fait, vingt ans après le Concile, il s’agissait de regarder en face la situation de l’Église et d’effectuer un discernement qui ne soit pas sommaire, qui soit théologique et spirituel, et qui se fasse, de façon lucide, autour de ce qu’avaient voulu et réalisé les Pères du Concile. Comme l’affirme encore le rapport final du Synode de 1985 : « Le Concile doit être compris dans sa continuité avec la grande Tradition de l’Église ; mais, en même temps, nous devons recevoir de la doctrine de ce Concile une lumière pour l’Église d’aujourd’hui et pour les hommes de notre temps. L’Église est elle-même et la même dans tous les conciles » (Ibid, n°5, p.37).

Cependant, ce qui ne facilite pas le discernement, c’est le terme même de tradition, et surtout l’adjectif dérivé, « traditionnel ». Pour deux raisons : l’une qui est historique et l’autre psychologique.

Historiquement, nous avons vécu une « rupture de tradition », que tous les historiens situent autour des années 1965-1975. Cette rupture de tradition a marqué la plupart des milieux du monde occidental : l’école, l’Université, la famille, l’Église. Peu importe la manière d’apprécier cette rupture de tradition : certains y voient une libération, d’autres la considèrent comme un drame. Toujours est-il que nous venons après une rupture, qui traverse toute notre culture. Qu’on le veuille ou non, l’histoire de ces vingt dernières années est marquée par une certaine discontinuité. La moindre des choses est de reconnaître ce fait et de ne pas commettre d’anachronisme : le monde de 1988 n’est pas le monde de 1962, mais c’est toujours le monde où l’Église est appelée à vivre de la tradition reçue des apôtres.

Psychologiquement, l’usage du terme « traditionnel » est terriblement dangereux. Pour les uns, c’est un label de vérité absolue : la vérité, c’est la Tradition, et la tradition s’oppose à la nouveauté. Par conséquent, la nouveauté, c’est l’erreur. Pour d’autres, à l’inverse, l’épithète « traditionnel » fleure bon l’hérésie : est traditionnel ce qui s’oppose à la modernité. Gare aux réflexes traditionnels, voire traditionalistes, ou à la religion traditionnelle qui risque d’entraver les élans conciliaires.

On n’est pas loin du procès d’intentions : impossible en tout cas de garder son sang froid dans un tel climat de soupçons, surtout à la veille d’une année où nous, français, allons fêter la Révolution française, cette immense « rupture de tradition » !

Raison de plus pour procéder à un discernement réfléchi fondé sur des réflexions et non sur des réflexes, au sujet de la place, du contenu, de l’orientation de Vatican II dans l’histoire de l’Église.

2. Un Concile qui sortirait de la Tradition

Chaque concile a sa physionomie, mais qu’est-ce qui peut donner l’impression que Vatican II ne serait pas un concile traditionnel ?

Sans chercher à se faire l’avocat du diable, on peut tenter d’analyser, en historien, la « différence » de Vatican II par rapport aux autres conciles, dans son origine, dans son contenu et dans ses interprétations.

a. Dans son origine

Ce qui a suscité ce concile, c’est l’initiative de Jean XXIII. Cet homme était profondément traditionnel, historien aussi, et spécialiste de saint Charles BORROMÉE, l’évêque de Milan qui appliqua dans sa ville la réforme catholique voulue par le Concile de Trente. Si Jean XXIII convoqua ce concile, ce n’était pas pour répondre à une crise caractérisée de la foi : pas d’hérésie à l’horizon, comme au IVe siècle avec ARIUS, aucun mouvement qui menacerait l’équilibre de l’Église, comme avec LUTHER, au XVIe siècle. Et de fait, Jean XXIII, dans son discours d’ouverture affirmait clairement ses intentions : non aux prophètes de malheur ! oui à une diffusion large et profonde du trésor de la Foi : « Notre devoir n’est pas seulement de garder ce précieux trésor comme si nous n’avions souci que du passé, mais de nous donner, avec une volonté résolue, à l’œuvre que réclame notre époque, poursuivant ainsi le chemin que l’Église parcourt depuis vingt siècles ». (Discours d’ouverture du 11 octobre 1962).

b. Dans son contenu

Vatican II découle de cette impulsion initiale : il n’y aura pas de définitions dogmatiques, encore moins de condamnations. « Aujourd’hui, disait encore Jean XXIII, l’Église du Christ désire user du remède de la miséricorde plutôt que des armes de la sévérité ». Et dans son discours de clôture, Paul VI, le 7 décembre 1965, résumera le programme du concile par la parabole du Bon Samaritain. L’Église est allée à la rencontre de l’homme. De cette rencontre, il n’est pas résulté un choc, un anathème, mais un dialogue inspiré par la charité pastorale. « L’Église s’est pour ainsi dire proclamée la servante de l’humanité ».

Impossible par conséquent de lier Vatican II à un point précis de la doctrine catholique, comme le Concile de Trente est lié à la grâce, au péché originel et aux sacrements, ou le Concile de Vatican I à l’infaillibilité pontificale. D’autant plus que Vatican II a produit d’importantes déclarations sur des sujets nouveaux : la liberté religieuse, l’œcuménisme et les religions non chrétiennes. Il faut ajouter que ces déclarations se situent dans l’axe même du Concile : montrer que la mission de l’Église ne la replie pas sur elle-même, mais fait d’elle une interlocutrice, désireuse de nouer le dialogue avec tous. Dans sa première encyclique, Jean-Paul II n’hésitera pas à mettre en relief ces grandes nouveautés de Vatican II, en se demandant : serait-il possible d’y renoncer ? « À tous ceux qui, pour quelque motif que ce soit, voudraient dissuader l’Église de rechercher l’unité universelle des chrétiens, il faut répéter encore une fois : nous est-il permis de ne pas le faire ? Pouvons-nous ne pas avoir confiance en la grâce de Notre Seigneur, telle qu’elle s’est révélée ces derniers temps par la Parole de l’Esprit Saint que nous avons entendue durant le Concile ? » (Redemptor hominis, n°6).

c. Il reste à signaler que certaines interprétations de Vatican II l’ont, plus ou moins consciemment, tiré hors du champ de la Tradition. La « différence » qu’il représenterait devient alors soit un point de rupture, soit un point de départ. Et, dans une certaine mesure, ces interprétations extrêmes s’appellent les unes les autres.

Certains interprètes du Concile formulent à son sujet un diagnostic sévère : à la limite, Vatican II aurait donné forme théologique aux concepts politiques issus de la Révolution française. La liberté devient la liberté de choisir sa religion. L’égalité va inspirer la doctrine de la collégialité, où tous les évêques sont égaux au pape. La fraternité vaut pour les relations avec les hérétiques, qui ne sont plus que des « frères séparés ». En somme, la doctrine conciliaire ne serait que la transposition religieuse des dogmes révolutionnaires.

À cette dénonciation contre-révolutionnaire fait pendant une autre interprétation, elle aussi inspirée par des catégories politiques, mais exactement inversées. La notion de « Peuple de Dieu » qui apparaît au chapitre II de « Lumen gentium », permet de dire que l’Église se construit à partir de la « base ». Fini le système monarchique pyramidal, où le pape occuperait le haut de la pyramide ! Désormais, l’Église avance horizontalement dans l’histoire !

D’un côté, on dénoncera donc une rupture avec la Tradition, inspirée par le libéralisme moderne. De l’autre, on proclamera une libération, un nouveau point de départ pour l’Église. Dans les deux cas, on voit à quel point un prisme politique, là inspiré de l’Ancien Régime, ici influencé par le marxisme, occulte complètement le mystère de l’Église, cette réalité sacramentelle, qui vient de Dieu pour nous unir à Lui en nous unissant les uns aux autres.

Moyennant quoi, on parlera d’un avant et d’un après Concile, les uns pour se scandaliser de la rupture, les autres pour promouvoir une nouvelle Église. Dans les deux cas, en passant à côté du Concile réel, tel que l’Esprit Saint l’a suscité.

II- VATICAN II, UN CONCILE NOUVEAU ET TRADITIONNEL

Comment, vingt ans après, actualiser le Concile réel, et non pas le Concile imaginaire, redouté par les uns et rêvé par les autres ? En faisant simplement un peu d’histoire, ou, plus exactement, en essayant de comprendre comment l’Esprit Saint a travaillé à travers l’histoire, avant, pendant et après le Concile. Si ce concile a été vraiment un événement spirituel, c’est-à-dire conduit par l’Esprit à travers le travail complexe des hommes, peut-on dégager le sens de cet événement ?
Pour accomplir cet effort de compréhension, trois questions seront utiles :
1. Comment le Concile a-t-il été préparé ?
2. Comment a-t-il été vécu ?
3. Quel a été, finalement, son centre de perspective, qui ne peut être perceptible qu’avec le recul du temps ?

1. La préparation

Les acteurs du Concile ont maintenant vingt ans de plus. Certains sont vivants et actifs : comme Karol WOJTYLA, alors jeune évêque de Cracovie, ou Joseph RATZINGER, alors théologien du cardinal FRINGS, archevêque de Cologne. D’autres sont morts : comme le cardinal LERCARO, artisan du renouveau liturgique, ou le cardinal OTTAVIANI, le « carabinier » de l’Église.

Mais une chose est sûre : les hommes qui ont préparé et réalisé le Concile étaient tous des hommes enracinés dans la Tradition de l’Église, des hommes qui connaissaient cette Tradition et qui en vivaient. Tout le contraire d’une bande d’agitateurs aux idées farfelues, qui auraient décidé le « chambardement » des dogmes.

Ces hommes, même s’ils avaient des orientations différentes, se respectaient. On dit que lors des débats de la Commission théologique, le cardinal OTTAVIANI et le théologien Karl RAHNER n’étaient pas fâchés de s’affronter en latin. Le Père CONGAR et le Père de LUBAC, qui avaient eu à souffrir du Saint Office des années 50, ont exprimé leur estime pour le cardinal OTTAVIANI.

On doit aussi insister sur un trait caractéristique de beaucoup de ces hommes qui furent les grands théologiens du Concile, notamment parmi les français : ils connaissaient bien et même très bien les Pères de l’Église, ces grands témoins de la foi des premiers siècles, ces hommes qui vécurent de l’intérieur la conversion de la culture antique.

On pense évidemment à des hommes comme Jean DANIÉLOU ou Henri de LUBAC. L’un et l’autre furent parmi les fondateurs de la collection « Sources chrétiennes », lancée à Lyon au lendemain de la guerre pour faire connaître à tous nos « Pères dans la foi » : Irénée, Origène, Grégoire de Nysse, Hilaire de Poitiers, Augustin d’Hippone, Grégoire le Grand, et bien d’autres.

Quand on est nourri ainsi par la pensée de ces grands témoins du christianisme naissant, il y a deux choses que l’on ne peut oublier : c’est que la foi catholique est créatrice de culture, qu’elle invite à une nouvelle compréhension de l’homme et de l’histoire ; c’est aussi que la tradition est une vie et un combat situés au cœur même de l’Église, à la suite de la vie et du combat de Pierre, de Paul et des autres apôtres. L’Église est Tradition : elle reçoit et elle transmet le mystère du Christ ; et cette Tradition est inséparable de la Croix du Christ, parce que le Christ crucifié est livré aux hommes, et qu’en grec livré se traduit par le même mot que transmis. La Tradition apostolique a son origine dans cette mystérieuse « tradition » de Dieu, qui passe par la Croix du Christ.

À l’horizon de la conscience du Concile, à cause de ces hommes qui en furent les artisans, DANIÉLOU, de LUBAC, CONGAR et d’autres, il y a la conscience chrétienne « apostolique », celle qui sous-tend la vitalité de l’Église naissante. Comment s’étonner alors si le Concile Vatican II se caractérise par un jaillissement renouvelé des sources de la foi, une sorte de « résurgence », comme l’a écrit le Père MARTELET ? Et le Père de LUBAC ne craint pas de voir là un choix décisif pour l’orientation conciliaire, tel qu’il en fut témoin à la commission théologique préparatoire : « Ce fut un choix entre une doctrine trop défensive, parfois étriquée, dépendant trop de manuels de l’époque, et le souci de trouver un souffle nouveau par la voie d’un retour plus ample à la grande Tradition de l’Église. Les Pères du Concile ont clairement fait voir qu’ils voulaient entrer dans la seconde voie » (Entretien autour de Vatican II, 1985, p.19).

En ce sens, Vatican II est profondément traditionnel, il fait même apparaître, comme le dit aussi le Père de LUBAC, qu’un souci exclusif de pure et simple conservation n’est pas vraiment traditionnel. Le traditionalisme de BONALD ou Joseph de MAISTRE, qui identifie les valeurs du catholicisme aux valeurs de l’Ancien Régime, n’est pas traditionnel. Il est lié à une époque donnée où l’Église avait d’ailleurs à se défendre contre des adversaires réels. Mais l’esprit d’une époque ne peut jamais s’identifier à l’Esprit Saint. Ceci est aussi vrai pour le XIXe siècle que pour le XXe siècle.

2. L’événement

C’est cela qu’il est passionnant de comprendre, avec la liberté que permet le recul du temps : cette manière sûre, et pourtant imprévisible, dont l’Esprit Saint conduit peu à peu l’assemblée conciliaire vers une sorte de conscience commune, qui va se concentrer sur quelques points essentiels.

Jean XXIII faisait confiance à l’Esprit Saint. Il avait même souhaité, grâce au Concile, une nouvelle Pentecôte. Sans doute voulait-il entendre par là, un nouvel élan pour l’annonce de l’Évangile, comme aux débuts de l’Église, quand l’apôtre Pierre appelle à la conversion des hommes de toute langue et de toute nation.

Et de fait, l’assemblée conciliaire fut amenée à reconnaître cette action lente et profonde de l’Esprit Saint. Au début, durant la première session, le Concile se chercha : pas de programme bien défini, pas de thème dominant. Certains en furent troublés. Jean XXIII respecta la liberté des évêques. Peut-être voulait-il encourager cette expérience spirituelle qui consiste à s’abandonner effectivement à l’Esprit de Dieu.

Et l’Esprit Saint, qui n’est pas un magicien, suscita progressivement une prise de conscience et une maturation. Au début, les évêques se trouvaient devant de multiples schémas (près de 70). Il manquait une idée force, un axe de travail. Durant plusieurs semaines, on tâtonna, et puis, peu à peu, à travers les échanges, les conversations, tout ce brassage d’idées et d’expériences que permet une assemblée de plus de 2000 hommes venant du monde entier, un thème dominant émergea : le thème de l’Église.

Vers la fin de la première session, en décembre 1962, le cardinal MONTINI plaida pour une cohérence interne du travail conciliaire. Le cardinal SUENENS, lui, proposa un programme : il fallait considérer l’Église à la fois ad intra, dans sa nature profonde, et ad extra, dans sa relation au monde.

L’accord se fit sur ces orientations fondamentales, qui allaient dominer la seconde session, à la fin de l’année 1963, au début du pontificat de Paul VI. Mais peu à peu, de façon presque insensible, une autre exigence se faisait jour : il fallait faire apparaître la nature sacramentelle de l’Église. Certes, l’Église a une réalité sociale et historique, elle est institution, mais cette institution est particulière : elle vient de Dieu et elle a pour tâche de manifester Dieu au monde. Elle est « dans le Christ, en quelque sorte, le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, n°1).

Pour parvenir à cette affirmation primordiale de Lumen gentium, il faudra encore bien des tâtonnements et bien des tensions. Mais on ne peut pas douter que l’Esprit Saint, à travers ces tensions d’une assemblée humaine, a fait mûrir cette conscience sacramentelle du mystère de l’Église. Un grand débat sera la pierre de touche de cette conscience : celui qui portera sur la nature de l’épiscopat et sur le collège épiscopal. « En la personne des évêques assistés des prêtres, c’est le Seigneur Jésus Christ, Pontife suprême, qui est présent au milieu des croyants. » (Lumen gentium, n°21). Voilà la sacramentalité de l’épiscopat, acceptée à la quasi unanimité.

Et voici pour le collège des évêques (n°22) : « De même que saint Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, forment ensemble un tout ». Affirmer cela, c’était retrouver la conscience de l’Église des premiers siècles, où la communion, la koinônia, entre les évêques et l’évêque de Rome était une réalité quasi expérimentale. On devine qu’il fallut encore du temps, des affrontements aussi, pour parvenir à formuler une réalité d’un tel ordre. L’Esprit Saint, on ne peut en douter, a été à l’œuvre à travers les tensions elles-mêmes pour qu’une quasi unanimité se fasse dans l’assemblée. On mesure l’enjeu : il s’agit tout simplement de la relation de l’Église et des « hommes d’Église » au Christ.

Le premier acteur de l’Église, c’est Lui, le Christ, qui, avec la force de l’Esprit, choisit et envoie les apôtres, et ceux qui succèdent aux apôtres, les évêques avec les prêtres.

Vatican II, Concile de l’Église ? Oui et non. C’est cela que je voudrais montrer pour finir : il me semble que Vatican II a porté sur le mystère du Christ et de l’homme, autant que sur le mystère de l’Église. Mais cette concentration christologique et anthropologique ne prend, peut-être, tout son relief que vingt ans après. Proposer une telle interprétation sera ma manière de montrer que Vatican II est en fait un grand concile théologique, plus que ses acteurs n’en eurent conscience sur le moment même. C’est pour cela surtout qu’il est traditionnel.

3. Vatican II, un grand concile théologique

À première vue, le thème central de Vatican II, le fil conducteur de ses travaux, c’est l’Église. Plus précisément, selon la grande intuition du cardinal SUENENS à la fin de la première session, c’est l’Église envisagée dans une double dimension.

a) L’Église ad intra, c’est-à-dire qui prend conscience d’elle-même, de sa nature profonde, telle que Dieu la veut : et cela donnera la grande constitution dogmatique « Lumen gentium » qui présente l’Église comme mystère de communion, liée à la Trinité et manifestée comme peuple de Dieu dans l’histoire humaine, et comme société organisée, hiérarchisée, avec des ministères (évêques, prêtres et diacres) pour assurer la croissance de ce peuple.

b) L’Église ad extra, c’est-à-dire qui se livre au monde des hommes, qui entre « en conversation » avec eux, comme le dira Paul VI dans sa première encyclique « Ecclesiam suam », en août 1964, pour les appeler à la foi et en même temps pour humaniser ce monde, rempli de contradictions et d’incertitudes. Cela aboutira à la constitution pastorale « Gaudium et spes » qui, sur la base d’une vision chrétienne de l’homme, précise les grandes lignes de la mission de l’Église dans le monde de ce temps.

Pourtant, même s’il est certain que l’Église est l’objet central du travail conciliaire, l’orientation de l’ecclésiologie issue de Vatican II n’apparaît pas toujours avec une totale netteté. Dans une première phase, on a retenu surtout la notion d’Église comme « peuple de Dieu » : ce concept, issu de l’Ancienne Alliance, a l’avantage de faire apparaître la dimension historique et universelle de l’Église. L’Église s’insère dans la trame de l’histoire humaine, et d’autre part, tous les hommes sont appelés à trouver place dans l’unique Peuple de Dieu.

De sorte qu’un autre aspect de l’ecclésiologie de Vatican II tend aujourd’hui à prévaloir : l’Église comme communion, issue de Dieu, pour introduire les hommes dans une vie nouvelle. Ce qui est souligné ici, ce sont moins les composantes historiques de l’Église que son mystère, ce qui, en elle, est donné par Dieu, la profondeur invisible qui fonde sa réalité visible.

Les oscillations au sujet de l’ecclésiologie de Vatican II autorisent donc à formuler l’hypothèse suivante : les grandes affirmations de Vatican II, même si elles se concentrent sur l’Église, portent en dernier ressort sur le Christ, sur la relation de l’Église au Christ, et sur la relation du Christ à l’homme. Vatican II est en réalité un concile christologique, tout autant qu’un concile ecclésiologique. C’est la christologie qui est le centre de perspective, plus ou moins caché, de tout le travail conciliaire.

Il n’est pas difficile de prouver cela. D’abord, en rappelant le titre même des grands textes de Vatican II :

- Lumen gentium cum sit Christus (constitution sur l’Église)

- Dei Verbum (autre grande constitution dogmatique, qui affirme avec une force étonnante que la Révélation, c’est le Christ, « Verbe de Dieu »)

- Christus Dominus (le décret sur la charge pastorale des évêques).

C’est le nom du Christ qui émerge avec éclat de tous les textes conciliaires.

D’autre part, cette « concentration christologique » a été explicitement voulue par Paul VI, dans le discours d’ouverture de la seconde session, le 29 septembre 1963, qui se prolongera par le discours de clôture de la même session, quand le même Paul VI annoncera son pèlerinage en Terre Sainte. Les paroles du nouveau pape impressionnèrent l’assemblée, surtout quand il se compara à son prédécesseur Honorius III, tel que le montre la mosaïque de Saint-Paul-Hors-les-Murs, « tout petit et comme anéanti à terre, baisant les pieds du Christ, à l’immense stature, qui domine et bénit l’assemblée réunie dans la basilique, c’est-à-dire l’Église ».

En des termes très clairs et très forts, Paul VI donnait son orientation christologique au travail conciliaire : « D’où part notre marche, frères ? Quelle voie entend-elle suivre ? Quel but assigner à son itinéraire ?... Trois questions, capitales dans leur extrême simplicité. Il n’y a qu’une seule réponse à leur donner, nous le savons bien, et ici, en ce moment, nous devons la proclamer par nous-mêmes et la faire entendre au monde qui nous entoure : le Christ ! Le Christ : notre principe ; le Christ : notre voie et notre guide ; le Christ : notre espérance et notre fin. Puisse ce concile avoir pleinement présent à l’esprit ce rapport entre nous et Jésus-Christ, entre l’Église sainte et vivifiante que nous sommes et le Christ de qui nous venons, par qui nous vivons, à qui nous allons… Que sur cette assemblée ne brille d’autre lumière que le Christ lumière du monde ! Que nulle vérité ne retienne notre intérêt, hormis les paroles du Seigneur, notre Maître unique ! Qu’une seule inspiration nous dirige : le désir de lui être absolument fidèles ! »

On peut aller encore plus loin et se demander : quel est le Christ de Vatican II, tel que les textes conciliaires le manifestent et le proposent ?

C’est moins le Christ considéré en lui-même, dans sa nature humano-divine, que dans sa présence au monde, dans sa stature d’ « Homme nouveau », de Rédempteur, autrement dit dans sa relation aux hommes, et donc à l’Église, selon la grande logique de récapitulation dont parle Paul aux Éphésiens.

Le Christ, Dieu fait homme, est la révélation de l’homme, il porte en lui la « vérité sur l’homme », et l’Église n’a pas d’autre mission que d’annoncer, de servir et de manifester dans l’histoire cette relation fondamentale de Dieu à l’humanité dont le Christ est le cœur et le sommet.

« Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » car « le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation ». Voilà peut-être l’affirmation primordiale de Vatican II : elle se trouve dans le premier chapitre de « Gaudium et spes » (n°22), et elle est un leitmotiv des paroles de Jean-Paul II. À Puebla, lors de l’assemblée des évêques d’Amérique du Sud, en janvier 1979, dans sa première encyclique « Redemptor hominis », en mars 1979, et dans d’innombrables déclarations, et notamment dans l’homélie qui ouvrait le synode de 1985, Karol WOJTYLA, devenu pape, mais qui n’oublie pas qu’il fut un des rédacteurs de « Gaudium et spes », confirme et approfondit inlassablement ce soubassement christologique et anthropologique de toute l’œuvre conciliaire.

« L’homme est la route fondamentale de l’Église », parce que Jésus-Christ est le Rédempteur de l’homme, venu s’unir personnellement à tout homme (Redemptor hominis, n°14).

Entre Paul VI et Jean-Paul II, il y a donc une profonde continuité, non pas dans le style, car, physiquement et psychologiquement, ces deux hommes sont différents, mais dans l’orientation profonde : l’Église, dont le Christ est le premier acteur, est appelée à évangéliser l’homme moderne, dans sa totalité, en lui révélant son identité véritable d’enfant de Dieu, créé à l’image de Dieu et recréé par le Christ, Lui, l’Homme nouveau qui a totalement assumé notre humanité et jusqu’à notre mort.

Si cette hypothèse est justifiée, si le cœur de Vatican II, c’est le Christ dans sa relation fondatrice et libératrice à l’homme, à tout homme, si cette relation est elle-même le centre de l’Église, alors, il faut en tirer au moins trois conséquences :

Vatican II, quelle que soit sa réputation de concile pastoral est aussi un concile authentiquement théologique : en ce sens, il est profondément traditionnel. Puisqu’il a fait émerger dans la conscience chrétienne une réalité essentielle de la foi, la réalité même du Christ inséparable de la réalité de l’homme. Peut-être faudra-t-il encore des années pour que cela soit compris de tous.

Seconde conséquence : si tout cela est vrai, si le Christ est au centre de la nouveauté conciliaire, en quoi risquons-nous de passer à côté de Vatican II ? En nous concentrant sur « l’extérieur » de l’Église, sur le seul changement de ses structures, au lieu de lier la vie et la mission de l’Église à la révélation du Christ. Nous sommes infidèles à la Tradition de l’Église, si nous nous écartons du Christ, tel que le Concile nous le propose et tel que Jean-Paul II l’annonce infatigablement.

La troisième conséquence doit être une prière : un concile ne vient réellement animer la vie de l’Église que si Dieu suscite dans l’Église des hommes et des femmes qui donnent forme concrète aux intuitions du Concile. Je crois que le Christ attend notre prière et d’abord notre désir, pour que viennent ces hommes et ces femmes qui sauront manifester la nouveauté de Vatican II, pour que cette nouveauté puisse enrichir la grande tradition de l’Église.

Mais nous pouvons être certains que notre désir et notre prière sont déjà exaucés par le Christ. " Mgr DAGENS

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 644028 )L'Audience générale du 3 mai 2006 + quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-04 23:35:48) 
[en réponse à 643562]

Bonsoir,

I.

Quand bien même Monsieur l'Abbé de Cacqueray aurait raison sur le fond, il se trouve qu'il ne prend explicitement appui ni sur l'Ecriture, ni sur la Tradition, ni sur le Magistère antérieur au Concile, ni même sur la théologie néo-thomiste antérieure au Concile, pour écrire ce qu'il écrit.

A tort ou à raison, je le regrette plus que je ne lui en fait le reproche, mais apparemment, sur le sujet lui-même, la Tradition, pas un passage de l'Ecriture, pas un Père de l'Eglise, pas un Docteur de l'Eglise, pas un Souverain Pontife de l'avant-Concile, pas un théologien "orthodoxe" de l'avant-Concile, n'est explicitement cité par Monsieur l'Abbé de Cacqueray.

Je constate et déplore également ceci : pas un seul paragraphe de l'Audience générale du 26 avril 2006 n'est intégralement cité par par Monsieur l'Abbé de Cacqueray, qui ne prend appui que sur des extraits.

II.

Quant à l'Audience générale du 3 mai 2006, qui fait suite à celle du 26 avril 2006, la voici :

" La Tradition apostolique

Chers frères et soeurs,

Dans ces catéchèses, nous voulons un peu comprendre ce qu'est l'Eglise. La dernière fois, nous avons médité sur le thème de la Tradition apostolique. Nous avons vu que celle-ci n'est pas une collection de choses, de mots, comme une boîte remplie de choses mortes ; la Tradition est le fleuve de la vie nouvelle qui vient des origines, du Christ jusqu'à nous, et qui nous fait participer à l'histoire de Dieu avec l'humanité. Ce thème de la Tradition est tellement important, que je voudrais m'y arrêter encore aujourd'hui : il est en effet d'une grande importance pour la vie de l'Eglise. Le Concile Vatican II a noté, à ce propos, que la Tradition est apostolique avant tout dans ses origines : "Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu'elle demeurât toujours en son intégrité et qu'elle fût transmise à toutes les générations. C'est pourquoi le Christ Seigneur, en qui s'achève toute la Révélation du Dieu très haut (cf. 2 Co 1, 20 et 3, 16-4, 6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l'Evangile d'abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins" (Const. apost. Dei Verbum, n. 7). Le Concile poursuit en notant combien cet engagement a été fidèlement exécuté "par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu'ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec lui et en le voyant agir, soit ce qu'ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit" (ibid.) Avec les Apôtres, ajoute le Concile, collaborent également "des hommes de leur entourage, qui, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut" (ibid).

Chefs de l'Israël eschatologique, eux aussi au nombre de douze comme l'étaient les tribus du peuple élu, les Apôtres poursuivent la "récolte" commencée par le Seigneur, et ils le font tout d'abord en transmettant fidèlement le don reçu, la bonne nouvelle du Royaume arrivée aux hommes par Jésus Christ. Leur nombre exprime non seulement la continuité avec la sainte racine, l'Israël des douze tribus, mais également la destination universelle de leur ministère, qui apporte le salut jusqu'aux extrémités les plus lointaines de la terre. On peut le comprendre à partir de la valeur symbolique que possèdent les nombres dans le monde sémite: "douze" est le résultat de la multiplication de trois, nombre parfait, avec quatre, nombre qui renvoie aux quatre points cardinaux, et donc au monde entier.

La communauté, née de l'annonce évangélique, se reconnaît comme étant convoquée par la parole de ceux qui les premiers ont fait l'expérience du Seigneur et qui ont été envoyés par Lui. Elle sait pouvoir compter sur la direction des Douze, ainsi que sur celle de ceux que ces derniers associent à eux au cours du temps comme successeurs dans le ministère de la parole et dans le service à la communion. En conséquence, la communauté se sent engagée à transmettre aux autres l'"heureuse nouvelle" de la présence actuelle du Seigneur et de son mystère pascal, agissant dans l'Esprit. Cela apparaît clairement dans plusieurs passages des Lettres de Paul : "Je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu" (1 Co 15, 3). Et cela est important. Saint Paul, on le sait, appelé à l'origine par le Christ avec une vocation personnelle, est un véritable Apôtre, mais cependant, pour lui aussi compte de manière fondamentale la fidélité à ce qu'il a reçu. Il ne voulait pas "inventer" un nouveau christianisme, pour ainsi dire, "paulinien". Il insiste donc : "Je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu". Il a transmis le don initial qui vient du Seigneur et qui est la vérité qui sauve. Puis, vers la fin de sa vie, il écrit à Timothée : "Tu es le dépositaire de l'Evangile; garde-le dans toute sa pureté, grâce à l'Esprit Saint qui habite en nous" (2 Tm 1, 14). Cet antique témoignage de foi chrétienne, écrit par Tertullien vers l'an 200, le montre également de manière éloquente : "(les Apôtres) affirmèrent au début leur foi en Jésus Christ et établirent des Eglises en Judée et, immédiatement après, dispersés dans le monde, ils annoncèrent la même doctrine et la même foi aux nations, et ils fondèrent donc des Eglises dans chaque ville. Ensuite, à partir de celles-ci, les autres Eglises ramifièrent leur foi et les semences de la doctrine, et elles la ramifient sans cesse, précisément pour être des Eglises. De cette manière, elles sont elles aussi considérées comme apostoliques en tant que descendance des Eglises des apôtres" (Tertullien, De praescriptione haereticorum, 20: PL 2, 32).

Le Concile Vatican II commente : "Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi ; ainsi l'Eglise perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte, et elle transmet à chaque génération, tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit" (Const. Dei verbum, n. 8). L'Eglise transmet tout ce qu'elle est et qu'elle croit, elle le transmet dans le culte, dans la vie, dans la doctrine. La Tradition est donc l'Evangile vivant, annoncé par les Apôtres dans son intégrité, sur la base de la plénitude de leur expérience unique et sans égale : à travers leur oeuvre, la foi est communiquée aux autres, jusqu'à nous, jusqu'à la fin du monde. La Tradition est donc l'histoire de l'Esprit qui agit dans l'histoire de l'Eglise à travers la médiation des Apôtres et de leurs successeurs, en continuité fidèle avec l'expérience des origines. C'est ce que précise le Pape saint Clément Romain vers la fin du I° siècle: "Les Apôtres - écrit-il - nous annoncèrent l'Evangile envoyé par le Seigneur Jésus Christ, Jésus Christ fut envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, les Apôtres du Christ : tous deux procèdent de manière ordonnée de la volonté de Dieu. [...] Nos Apôtres eurent connaissance par notre Seigneur Jésus Christ que des disputes seraient nées autour de la fonction épiscopale. C'est pourquoi, prévoyant parfaitement l'avenir, ils établirent les élus et leur donnèrent l'ordre, afin qu'à leur mort d'autres hommes expérimentés assument leur charge" (Ad Corinthios, 42.44: PG 1, 292.296).

Cette chaîne du service se poursuit jusqu'à aujourd'hui, elle se poursuivra jusqu'à la fin du monde. En effet, le mandat conféré par Jésus aux Apôtres a été transmis par eux à leurs successeurs. Au-delà de l'expérience du contact personnel avec le Christ, expérience unique et sans égale, les Apôtres ont transmis à leurs successeurs l'envoi solennel dans le monde reçu du Maître. Apôtre vient précisément du terme grec "apostéllein", qui veut dire envoyer. L'envoi apostolique - comme le révèle le texte de Mt 28, 19sq - implique un service pastoral ("faites des disciples de toutes les nations..."), liturgique ("baptisez-les...") et prophétique ("apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés"), garanti par la proximité du Seigneur jusqu'à la fin des temps ("et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde"). Ainsi, de manière différente des Apôtres, nous avons nous aussi une expérience véritable et personnelle de la présence du Seigneur ressuscité. A travers le ministère apostolique, c'est le Christ lui-même qui atteint ainsi celui qui est appelé à la foi. La distance des siècles est surmontée et le Ressuscité s'offre vivant et agissant pour nous, dans l'aujourd'hui de l'Eglise et du monde. Telle est notre grande joie. Dans le fleuve vivant de la Tradition, le Christ n'est pas à deux mille ans de nous, mais il est réellement présent parmi nous et il nous donne la Vérité, il nous donne la lumière qui nous fait vivre et trouver la route vers l'avenir. "

III.

Nous sommes à un mois et une semaine de l'ouverture de l'Année de la Foi, et il me semble que ce sont ceux que j'appelle les "progressistes rupturistes", et non le Souverain Pontife, qui subvertissent et travestissent le christianisme catholique, depuis l'intérieur de l'Eglise ; au demeurant, ils n'ont pas toujours besoin ni envie de recourir à la notion de Tradition vivante pour le faire : les notions de dialogue et de renouveau, entre autres notions d'inspiration "duovaticane" plus ou moins directe, se prêtent bien mieux à l'assimilation du christianisme à une religion accompagnatrice de l'Evolution de l'Humanité, parmi d'autres possibles, à la fois différentes et convergentes, selon eux.

On a l'impression d'assister, sous la plume de Monsieur l'Abbé de Cacqueray, à une réduction de la Tradition à sa dimension intellectuelle, doctrinale, alors que la Tradition comporte "aussi" une dimension relationnelle, spirituelle.

Enfin, la phrase suivante ne met-elle pas, sur ce plan là, "les choses au point" : " Le Concile Vatican II commente : "Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi ; ainsi l'Eglise perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte, et elle transmet à chaque génération, tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit" (Const. Dei verbum, n. 8). "

Je comprends d'autant moins cet angle d'attaque contre Benoît XVI que l'on doit au Pape actuel, entre autres choses, bien sûr, le Compendium de 2005 et de nombreuses Audiences générales consacrées aux Pères de l'Eglise, puis aux Docteurs de l'Eglise, serviteurs de la Tradition s'in en est.

Au lieu de dire non à la notion de Tradition vivante, pourquoi ne pas dire

- OUI à cette notion, dès lors que l'on précise aussitôt que l'on entend, par Tradition vivante, la réception et la transmission, à travers les générations, du "patrimoine sanctifiant", doctrinal ET spirituel, dont le contenu est sans cesse inspiré par son fondement,

- NON à une évolution indéfinie, une dynamique sympathique, un processus consensuel, changeant et mouvant, un mélange instable, tourné vers un horizon utopique, plus faussement christique que vraiment chrétien, horizon fraternitariste universaliste, auquel il aspire toujours, mais qu'il n'atteint jamais ?

Bonne nuit à tous.

Scrutator.