Le Forum Catholique
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( 641862 )
Perplexité par Deo gratias (2012-07-31 11:37:48)
J'écris ce message non pour engager la polémique, mais tout simplement pour vous ouvrir mon coeur.
Je vous avoue ma perplexité par rapport aux dernières décisions du pape Benoît XVI: nomination de Mgr Müller comme préfet de CDF, celle de Mgr Roche comme secrétaire à la congrégation pour le culte divin...
Comment comprendre ces pas en arrière ? Que se passe-t-il au Vatican ?
Je dois dire que pour moi, c'est une grande souffrance car j'aime l'Eglise.
Luc Perrin semble dire que Benoît XVI a oublié le cardinal Ratzinger.

( 641866 )
Je partage par Clayve (2012-07-31 12:31:39)
[en réponse à 641862]
votre perplexité et votre souffrance, Deo gratias...

( 641887 )
une analyse plus contrastée par Luc Perrin (2012-07-31 17:11:17)
[en réponse à 641862]
Puisque vous m'invitez indirectement à m'auto-commenter, je puis ajouter que la vision du pontificat se précise et se confirme grosso modo.
Je distinguerai le choix du nouveau préfet de la CDF de celui du secrétaire au Culte divin, ils ne sont pas semblables.
D'abord mon sentiment, cela m'a été reproché bien des fois ici même et ailleurs, a été d'emblée que le pape serait différent du cardinal et ce de propos délibéré. Cela peut se comprendre en ce sens qu'il n'appartient pas à un pape de se lier à un courant théologico-pastoral déterminé de façon exclusive : même sous Pie X et Benoît XV ou Pie XII, on trouve en Curie des sensibilités différentes.
Le cardinal Ratzinger ou le cardinal Oddi différaient sous Jean-Paul II du cardinal Kasper ou de la secrétairerie d'État.
Benoît XVI n'a jamais uniformisé la Curie quand il a pu le faire : les nominations dissonantes n'ont pas cessé depuis 2005 ; le cardinal Levada était-il différent de Mgr Müller quant au fond ? On parle beaucoup de "la" théologie de la libération depuis la nomination du dernier, en oubliant qu'il y a une pluralité de théologies sous cette étiquette (qui je l'admets est sulfureuse, cf. l'Instruction (Ratzinger) de 1984) ; en oubliant aussi que le CELAM de 2006 a applaudi à ces théologies et que Benoît XVI a globalement ratifié les conclusions.
Mgr Müller diverge certes du cardinal Ratzinger en ce qu'il incarne le néo-conservatisme doctrinal anti-traditionaliste mais sensible à certaines tendances "rénovatrices" ; comme feu le cardinal Lustiger, il est un exemple, jusque là, de ce que l'abbé Barthe a appelé la "3è voie" au sein de la mouvance wojtylienne.
L'itinéraire du théologien Joseph Ratzinger est assez proche avec un souci plus marqué du lien avec la Tradition et pas d'attirance pour les sirènes souvent délétères des théologies de la libération.
La vraie coupure tient au choix de Mgr Roche, grand défenseur du néo-liturgisme, admirateur du P. Bugnini et de son école catastrophique, ennemi affiché de la Messe traditionnelle. En ce sens, comme je l'avais écrit dès 2009 à la nomination du mutique Mgr di Noia, Benoît XVI avait renoncé à ce qui aurait dû être le grand oeuvre du pontificat dès le renvoi au Sri Lanka de Mgr Ranjith. Le tandem du cardinal Canizares et de Mgr Ranjith à peine constitué et immédiatement brisé : les deux auraient pu amorcer cette grande réforme du N.O.M. ; Mgr di Noia, étranger au domaine, n'a rien fait avancer qui n'ait déjà été lancé depuis longtemps (la traduction anglaise).
Avec Mgr Roche, on peut même craindre une régression vers le créativisme débridé des années 1970 ou du moins une grande tolérance envers le chaos néo-liturgique. Le départ du P. Uwe Lang de la Congrégation, quelques semaines après l'arrivée du secrétaire anglais, en est une confirmation. Il n'y a plus besoin de liturgistes ratzinguériens à Rome puisque le pape a cette fois clairement abandonné toute idée d'améliorer les choses en profondeur en matière liturgique. Mgr Marini restera-t-il ?
Notons que l'Instruction Universae ecclesiae de 2011 avait été un indice de ce changement plus radical d'orientation : en posant quelques bornes subtilement (restriction pour l'ordination sacerdotale, exemption de facto des autres rits latins du droit à une Forme traditionnelle), l'Instruction - qui aurait pu être pire sans une mobilisation des fidèles et de personnalités romaines - marquait une préférence discrète pour l'Ordinaire.
Déjà, l'Ordinaire anglican-catholique des États-Unis entend bannir la Forme extraordinaire du missel romain au sein de son "diocèse" personnel.
Avec le cardinal Braz de Aviz, le cardinal Ravasi, le cardinal Koch, le cardinal Filoni, l'orientation générale de la Curie n'est clairement plus "ratzinguérienne" mais revenue au centre wojtylien.
Ce ne sont ni le cardinal Burke ni le cardinal Piacenza qui peuvent rééquilibrer l'ensemble.
Le choix du 13 juin puis les nominations subséquentes traduisent bien sinon une réorientation profonde du moins la fin des espoirs - un peu fous - que beaucoup ici même avaient nourris d'un pontificat "ratzinguérien". Le pontificat de Benoît XVI ne sera au fond que la suite du pontificat de Jean-Paul II, sans inflexion décisive, sans en trancher aucune des nombreuses ambiguïtés. Avec le meilleur et avec le pire et le simplement médiocre.
Jean-Paul II s'était révélé incapable malgré plusieurs pas en ce sens (1978-1984, 1986, 1988, 2000-2002) de sceller la réconciliation entre la FSSPX et Rome ; d'une certaine façon, la phase 2007-2012 marque un échec similaire pour Benoît XVI. On a le sentiment d'être revenu dix ans en arrière avec comme seules planches de salut, le modeste strapontin accordé à Mgr di Noia et le document du chapitre général de juillet 2012 du côté de Menzingen. Plus généralement un pontificat qui paraît prêt à se contenter de l'insatisfaisant statu quo dans l'Église en ayant remis au grenier les projets de redynamisation et d'authentique réforme.
nb. j'aimerais bien me tromper mais ...

( 641908 )
Malgré tout... par Deo gratias (2012-07-31 20:35:54)
[en réponse à 641887]
...Je n'arrive pas à m'expliquer les atermoiements des papes de l'après-concile.
Est-ce parce qu'ils sont imprégnés d'esprit libéral et modernistes ? Nous fidèles de la base, on aimerait comprendre ce qu'il se passe.
J'ai 50 ans et je me rappelle dans mon adolescence, lorsque les folies catéchétiques et liturgiques des années 70/80 étaient à leur comble, nos parents disaient que le pape était empêché de faire ce qu'il voulait, qu'il était en quelque sorte prisonnier de son entourage. D'autres plus radicaux on affirmé qu'il n'y avait plus de pape ou seulement "materialiter".
Les mêmes questionnement reviennent avec Benoît XVI. J'en parlais ce matin avec un prêtre plutôt "classique" et qui me disait que Paul VI et Benoît XVI avaient l'air d'être velléitaires, contrairement à Jean-Paul II qui savait ce qu'il voulait: un néo-conservatisme.
Est-ce votre avis monsieur Perrin ?

( 641926 )
lisez donc l'interview de Mgr Müller qui rend Y. Daoudal extatique par Luc Perrin (2012-08-01 00:15:21)
[en réponse à 641908]
Il a dû oublier ce paragraphe dans lequel je ne vois, pour ma part, qu'une absence (longue) de réponse aux deux questions centrales qui se posaient à Mgr Müller comme théologien et évêque et désormais en charge de présenter les richesses positives de la foi, en tentant comme dans les années 1960-1970 ne nous faire accroire que tout ce qui défigure cette foi n'existe plus, s'est évaporé comme la rosée du matin comme disait dans une crise d'optimisme irréaliste le Bienheureux Jean XXIII en 1962.
"- Que pensez-vous des discussions avec les lefebvristes et les religieuses américaines?
-- Pour l'avenir de l'Eglise, il est important de surmonter les affrontements idéologiques, d'où qu'ils viennent. Il n'existe qu'une seule révélation de Dieu en Jésus-Christ, qui a été confiée à l'Eglise tout entière. Pour cette raison, il n'y a pas de négociations sur la Parole de Dieu et on ne peut pas croire, tout en ne croyant pas. On ne peut pas prononcer les trois vœux religieux et ensuite ne pas les prendre au sérieux. Je ne peux pas me référer à la tradition de l'Eglise et ensuite n'en accepter que certaines parties. Le chemin de l'Eglise porte vers l'avant, et chacun est invité à ne pas se refermer dans un mode de pensée autoréférentiel, mais à accepter la plénitude de la vie et de la foi de l'Église. Pour l'Église catholique, il est tout à fait évident que l'homme et la femme ont la même valeur; le récite de la création le raconte déjà et l'ordre du salut le confirme. L'être humain n'a pas besoin de s'émanciper, autrement dit de se créer ou de s'inventer soi-même. Il est déjà émancipé et libéré à travers la grâce de Dieu. De nombreuses déclarations concernant l'admission des femmes au sacrement de l'Ordre ignorent un aspect important du ministère sacerdotal. Être un prêtre ne veut pas dire se créer une position. On ne peut pas considérer le ministère sacerdotal comme une sorte de position de pouvoir terrestre et penser que l'émancipation n'existe que lorsque tout le monde peut l'occuper. La foi catholique sait que ce n'est pas nous qui dictons les conditions pour l'admission au ministère sacerdotal, et que derrière l'état de prêtre, il y a toujours la volonté et l'appel du Christ. J'invite à renoncer aux polémiques et à l'idéologie et à s'immerger dans la doctrine de l'Eglise. Justement en Amérique, les religieuses et les religieux ont accompli des choses extraordinaires pour l'Eglise, pour l'éducation et la formation des jeunes. Le Christ a besoin de jeunes qui continuent dans cette voie et qui s'identifient à leur choix fondamental. Le Concile Vatican II a dit des choses merveilleuses pour le renouvellement de la vie religieuse, ainsi que sur la vocation commune à la sainteté. Il est important de renforcer la confiance mutuelle plutôt que de travailler les uns contre les autres." (interview de Mgr Müller du 26/07/2012).
Voici ce qu'on nommait de l'irénisme au XVII-XVIIIe siècle, nous en verrons très vite, je pense en Cassandre de l'Est, les très étroites limites et les contradictions - pas facile de faire entrer une religieuse féministe américaine pro-contraception et mariage gay en conversation avec Mgr Williamson même s'ils partagent un même baptême catholique et la même langue (presque). A moins que cette huile sainte fasse des miracles sans rendre les rouages ecclésiaux hyperlaxes (donc fragiles et douloureux), qui sait ?

( 641948 )
Il y avait longtemps par Yves Daoudal (2012-08-01 12:18:07)
[en réponse à 641926]
que vous ne m'aviez pas caricaturé de façon injuste et blessante.
J'ai dit qu'il y avait des choses remarquables dans cet interview, et que je n'y avais rien trouvé qui me déplaise.
Si c'est ça que vous appelez l'extase, je comprends votre amertume.
Cela dit, il se trouve que j'ai failli reproduire sur mon blog précisément le paragraphe que vous citez. Et précisément pour souligner la phrase que vous soulignez:
J'invite à renoncer aux polémiques et à l'idéologie et à s'immerger dans la doctrine de l'Eglise.
Je ne vois pas du tout en quoi ce serait de l'irénisme. Si tout le monde s'immergeait dans la doctrine de l'Eglise, il n'y aurait pas de religieuses américaines déviantes, ni d'intégristes figés.

( 641954 )
Aux deux questions centrales ? par Ion (2012-08-01 13:15:45)
[en réponse à 641926]
Vraiment ?
Et si justement tout cela n'était pas si central ? Sauf à travers votre lorgnette et celle de quelques autres ?
Ion

( 641888 )
N'oubliez pas l'Esprit Saint par A Nodin (2012-07-31 17:11:32)
[en réponse à 641862]
Quand je vois la dernière interview de Mgr Müller, je me dis qu'il faut ne pas perdre espoir. Il a surement compris quelle était sa position et donc son devoir.
So, wait and see!

( 641889 )
Il y a en effet par Yves Daoudal (2012-07-31 17:36:30)
[en réponse à 641888]
bien des choses remarquables dans cette
interview, et je n'y ai rien trouvé qui me déplaise. C'est déjà très positif...

( 641952 )
En fait tout le problème par Anton (2012-08-01 13:00:04)
[en réponse à 641862]
Je vous avoue ma perplexité par rapport aux dernières décisions du pape Benoît XVI: nomination de Mgr Müller comme préfet de CDF, celle de Mgr Roche comme secrétaire à la congrégation pour le culte divin...
Quand pendant 24 ans on a suivi sans un minimum de recul, des personnes qui prétendaient que le pape est le pape, mais refusaient de le suivre, de lui obéir, critiquaient souvent sans connaissance, mais ne démontraient jamais rien, sinon justifiant leur erreur, par l'erreur des autres, qui n'était pas l'erreur de l’Église, mais celle d'hommes d’Église alors.
Quoiqu'il fasse on est perplexe, on doute, on se méfie, encore c'est le moindre, d'autres seraient prêts à lui dicter sa conduite, à lui dire ce qu'il doit faire, qui il aurait du nommer, qui il devra nommer...