Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=641586
images/icones/neutre.gif  ( 641586 )Le Cardinal Cottier parle du Concile Vatican II par Scrutator Sapientiæ (2012-07-27 18:05:37) 

Rebonjour,

Voici :

Cardinal COTTIER

Cardinal COTTIER.

Cardinal COTTIER..

Georges COTTIER

Bonne réception, bonne lecture, bonne fin d'après-midi.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 641597 )Merci par Abbé Néri (2012-07-27 20:14:42) 
[en réponse à 641586]

En parlant de certains documents de Vatican II, le cardinal Cottier constate que :

« Les critiques soutenaient que ces documents constituaient une entorse par rapport à certaines positions du magistère social des siècles immédiatement précédents.

En effet, depuis le Concile Vatican II, les papes utilisent dans une acception positive les formules relatives à la liberté religieuse et à la liberté de conscience, formules qui apparaissaient condamnées, à peine un siècle auparavant, dans certains documents du magistère. »

Il me semble que la remarque a le mérite de la clarté, cependant le fond sur lequel s’appui sa réponse se situe toujours dans le champ des circonstances :

« Loin de manifester une contradiction, ce changement est l’effet d’une clarification qui est survenue devant la mutation des contextes politiques et sociaux. »

Son argumentation reprend certains points avancés depuis le débat conciliaire lui-même, mais encore une fois il a le mérite de la clarté. Un texte utile à prendre en compte par tous ceux qui s’intéressent à ce problème.

Merci de le mettre en ligne.
images/icones/livre.gif  ( 641654 )Ajouter par Abbé Néri (2012-07-28 14:56:08) 
[en réponse à 641597]

Il est utile de saisir le nœud de la difficulté dans la controverse autour de la liberté religieuse, ses défenseurs prétendent que l’opposition avec les déclarations du magistère antérieur est seulement matérielle et lié aux circonstances historiques. Tel n’est pas l’avis de Mgr. Lefebvre et de la fsspx :

« En réalité, c’est en elle-même que ces papes ont condamné la liberté religieuse, comme une liberté absurde, impie et conduisant les peuples à l’indifférence religieuse. Cette condamnation demeure, et, avec l’autorité du magistère ordinaire constant de l’Église (sinon du magistère extraordinaire, avec Quanta Cura), elle pèse sur la déclaration conciliaire. »

(Mgr. Lefebvre - Ils l'ont découronné - Partie II : Le catholicisme libéral - Vatican II à la lumière de la Tradition)
images/icones/neutre.gif  ( 641661 )Alors monsieur l'abbé... par Deo gratias (2012-07-28 17:05:21) 
[en réponse à 641654]

...Comment conciliez-vous les deux magistères ? L'un n'exclut-il pas l'autre ?
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 641716 )réponse par Abbé Néri (2012-07-29 13:17:04) 
[en réponse à 641661]

Je ne saurai avoir la prétention insensée de m’ériger en juge du magistère, je ne suis qu’un simple prêtre membre de l’Église enseignée, et en tant que tel je tiens fermement ce que le magistère antérieur a affirmé avec certitude.

En ce que concerne l’enseignement actuel dans ce domaine, je ne pense pas qu’il puisse s’accorder avec l’enseignement antérieur. Je ne suis pas convaincu par les arguments avancés par ceux qui prétendent démontrer la continuité. Je partage l’avis exprimé par Mgr. Gherardini dans son ouvrage sur le Concile :

« La liberté du Décret Dignitatis Humanae, qui ne concerne pas un aspect de la personne humaine, mais son essence même et, avec elle, toute son activité individuelle et publique, car libre de tout conditionnement politique et religieux, a bien peu en commun, par exemple, avec Mirari vos de Grégoire XVI, Quanta cura et le Syllabus joint en annexe du bienheureux Pie IX, Immortale Dei de Léon XIII (surtout ce qui touche aux rapports entre autorité civile et gouvernement de l’Église), Pascendi dominici gregis de saint Pie X et le décret Lamentabili du Saint-Office, qui l’a de peu précédée, ni avec Humani generis de Pie XII.

En fait, ce n’est pas une question de langage différent ; la diversité est substantielle, et donc irréductible. Les contenus respectifs sont différents.

Ceux du précédent Magistère ne trouvent ni continuité ni développement dans celui de Dignitatis Humanae. »

(Mgr. Brunero Gherardini – Le Concile Œcuménique Vatican II, un débat à ouvrir – p. 190)
images/icones/fleche2.gif  ( 641744 )Considérons plutôt ici la "religisation" de la liberté. par Scrutator Sapientiæ (2012-07-29 19:50:10) 
[en réponse à 641654]

Bonjour et bon dimanche, Abbé Néri,

1. Considérer la liberté religieuse, reconnue par l'Eglise au Concile, même en disant aussitôt qu'il (ne) s'agit, notamment, "presque" (que) de ceci :
a - la consécration magistérielle du droit fondamental et universel à l'exercice des libertés, notamment publiques (association, information, expression, réunion), en matière religieuse,
b - au bénéfice indéterminé, ou à destination indiscriminée, des chrétiens et des non chrétiens, des croyants et des non croyants,
c - sur la base (à mon sens, fragile) de la dignité de la personne humaine,
d - dans le cadre et le respect de l'ordre public (à mes yeux, imprécis),
e - les Etats, qu'on s'en attriste ou qu'en s'en réjouisse, n'ayant plus, dans le cadre de DH, à préjuger de la vérité ou de la fausseté de telle ou telle religion, pour élargir ou limiter l'accès à ce droit et à son exercice,
revient "peut-être" à agiter une nouvelle fois un chiffon rouge devant les yeux de bien des liseurs du FC, ce que je vais essayer d'éviter aujourd'hui.


2. On se concentre souvent "beaucoup" sur la notion de liberté religieuse, en oubliant parfois de dire "un peu" que si, au Concile, l'Eglise avait affirmé, beaucoup plus clairement, et beaucoup plus fermement, ceci :
a - ce n'est pas parce qu'elle reconnaît et souhaite l'égal accès de chacun et de tous à la liberté religieuse, donc au bénéfice des libertés, notamment publiques, en matière religieuse, dans l'ordre "juridico-politique",
b - qu'elle affirme de ce fait que toutes les religions sont également inspirées par Dieu, également libératrices et responsabilisantes, également vraies et justes, également surnaturelles et théologales, dans l'ordre "pneumatico-religieux",
nous n'en serions probablement pas là où nous en sommes aujourd'hui.


3. L'Eglise catholique a cru devoir ou a su pouvoir reconnaître la liberté religieuse, au moment précis où l'on a assisté à la manifestation d'une révolution "anthropologico-civilisationnelle", à mon avis sans précédent, dans toute l'histoire de l'humanité : la "religisation" de la liberté et de la libido, ou, si vous préférez,
a - l'élévation, au rang de religion, de l'expression de la liberté individuelle et de la libido individuelle,
b - l'intensification et la surlégitimation de la sensibilité et de la sensualité individuelles,
non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse.


4. C'est la moindre des choses qu'il y ait eu un malentendu de très grande ampleur, et surtout un choc frontal violent, avec d'innombrables dégâts collatéraux, au moment et surtout en aval du télescopage
- entre cette reconnaissance, par l'Eglise, de la liberté religieuse, qui n'a pas été suivie de la reconnaissance, par elle, de la liberté morale, dans l'acception hédoniste ou permissive de ce terme,
- et cette manifestation, dans le monde, de cette "religisation" de la liberté et de la sensibilité, de la libido et de la sensualité, dans la même acception, hédoniste ou permissive, de ces termes.


5. Volontairement, je n'en dirai pas beaucoup plus, mais enfin, cette "religisation" de la liberté et de la libido
(en réalité : non de la liberté, mais de la licence, mais qui connaît aujourd'hui le sens de ce mot, dans cette acception morale ?),
non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse, constitue, de mon point de vue, la clef de compréhension

a - du fait que beaucoup se soient débarrassés de tout "sur-moi" moral et religieux un tant soit peu normatif, objectif, et traditionnel, au point et au risque de s'en remettre à un "sur-moi" de substitution,
- non plus "pneumatique", mais "médiatique",
- non plus traditionnel, mais audio-visuel,
- non plus vraiment cultuel mais faussement culturel,

b - du fait que beaucoup veuillent bien croire en "Dieu", mais à condition que leur orientation confessionnelle, religieuse, sapientielle ou spirituelle, soit réagencée, reformatée, pour être mise "en phase" avec leur identité existentielle, avec leur "moi", insulaire et souverain,
- non avant tout au moment d'une conversion, qui comporte toujours une part de renoncement, de sacrifice, vis-à-vis d'une partie de soi-même, y compris vis-à-vis d'une partie de son identité existentielle, ou en tous cas de sa sensibilité et de sa subjectivité individuelles,
- mais avant tout au moyen d'une subordination de leur orientation confessionnelle au respect quasiment absolu, religieux (nous y sommes), de leur sensibilité et de leur subjectivité, même si elles sont adolescentes ou adulescentes, changeantes ou mouvantes, errantes ou faillibles, imprécises ou incertaines.


6. Il est normal que la "religisation" de la liberté et de la libido ait abouti, parallèlement et simultanément, à la délégitimation et à la dévalorisation de la vérité objective, en matière morale et en matière religieuse, puisque "l'authenticité" et la "légitimité" A PRIORI de tout mode d'affirmation et d'exercice de la liberté subjective, donc de toute sensibilité et subjectivité individuelles
(dès lors qu'elles sont un tant soit peu respectueuses de cette "liberté" morale et religieuse, pour elles-mêmes et pour les autres)
s'est substituée aux références antérieures qui étaient, elles, placées sous le double signe
- du constat de la solidité et de la véracité,
- du respect de l'autorité et de l'orthodoxie.


7. Le défi à relever me semble donc être triple, pour l'Eglise catholique :

- mieux faire comprendre le caractère spécifique, et non illimité, de la reconnaissance, par elle-même, du droit à la liberté religieuse, en tant qu'ensemble de libertés, notamment publiques, en matière religieuse, dans l'ordre "juridico-politique" ;

- mieux faire comprendre que ce n'est pas parce que toutes les religions ont un égal accès, de jure, à la liberté religieuse, dans l'ordre "juridico-politique", qu'elles ont un égal accès, de facto, à la vérité religieuse, dans l'ordre "pneumatico-religieux", et réciproquement ;

- mieux faire comprendre le fait que la reconnaissance, par elle-même, du droit de la liberté religieuse, n'équivaut en rien à une reconnaissance imaginaire d'un "droit" à la "religisation" de la liberté subjective, de la sensibilité individuelle, en l'espèce, en matière religieuse.


8. J'espère avoir été le moins approximatif et le plus compréhensible possible, je vous remercie par avance pour votre indulgence, au contact de cette tentative de contribution, et je vous dis à bientôt.

Scrutator.