Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 641434 )"pro multis" : "pour la multitude" ou "pour beaucoup" ? par jejomau (2012-07-26 10:21:52) 

Interessant article de Sandro Magister cette semaine. Il aborde la question du "Pro Multis" dont la Congrégation pour le culte divin avait demandé une traduction plus conforme. Le voilà résumé :

Le pape avait récemment ordonné que la formule : "Hic est sanguis meus novi testamenti qui pro multis effunditur (Marc, XIV, 24)... traduite ainsi dans la Prière Eucharistique : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour tous"... soit modifiée de la sorte : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour beaucoup".

Des chercheurs sont récemment intervenus à propos de cette question. Francesco Pieri, prêtre du diocèse de Bologne et professeur de liturgie, de grec biblique et d’histoire de l’Église ancienne, et Silvio Barbaglia, prêtre du diocèse de Novare, professeur d’exégèse de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Selon le pape :

"la portée du sacrement (eucharistique) est plus limitée ; il atteint beaucoup de gens, mais pas tous".


Benoît XVI précise alors :

C’est-à-dire qu’il atteint la communauté célébrante concrète ("pour vous") ainsi que l’Église dans son ensemble ("pour beaucoup"). L’Église qui, à son tour, est appelée à être et levain de salut "pour tous".



. Francesco Pieri critique en partie ici Benoît XVI:

"L'interprétation proposée ne manque pas de possibilités, mais en même temps elle suscite de fortes réserves. La principale est qu’elle sépare excessivement, en limitant sa portée, le rite eucharistique de la mort rédemptrice".


Toutefois, lorsqu’il présente ses conclusions, Pieri se retrouve bien près de celles que soutient Benoît XVI:

Pieri montre qu’il est d’accord avec l'exégèse du mot hébreu "rabbim" faite par Albert Vanhoye, le grand bibliste que Benoît XVI a créé cardinal, selon laquelle ce mot signifie simplement "un grand nombre", sans préciser s’il correspond ou non à la totalité


Il rajoute alors :

"Nous estimons que, dans le cas du 'pro multis', il y a une solution qui permet de se rapprocher de la lettre de cette formule sans en trahir le sens. Il s’agit de la très heureuse traduction utilisée dans le missel français, 'pour la multitude', qui pourrait être adoptée sans difficulté en italien et probablement aussi dans les autres langues romanes : 'pour la multitude' ou, si l’on préfère, 'pour une multitude'. Cette traduction, plus proche de la lettre du missel romain que celle qui est actuellement utilisée, aiderait à révéler à un plus grand nombre de fidèles le cœur même de cette prière eucharistique, que l’Occident a employée pendant plus d’un millénaire et demi dans la célébration de la messe, professant ainsi sa foi et alimentant sa dévotion"



. L’autre chercheur qui est intervenu sur ce sujet, Silvio Barbaglia, arrive à une proposition semblable à celle de Pieri. Voici sa conclusion, qui croise avec beaucoup de finesse l'analyse des textes bibliques avec celle des textes liturgiques :

"Mais l’expression 'pro multis' pourrait également être rendue par deux termes au lieu d’un : à travers un substantif exprimant l’idée de multitude, accompagné d’un adjectif qui en souligne la dimension 'in-définie'. L’adjectif de la langue italienne – il provient du latin – qui exprime le mieux tout cela est 'immense', qui signifie 'sans mesure' : exactement la dimension de ce qui n’est pas délimité ou défini. Le résultat de la présente analyse serait donc le suivant : 'Prenez et buvez-en tous : ceci est le calice de mon sang pour la nouvelle et éternelle alliance, versé pour vous et pour des multitudes immenses, en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi'"



images/icones/1a.gif  ( 641436 )A mon humble avis, la formule la plus claire par megnace (2012-07-26 10:48:52) 
[en réponse à 641434]

à mes yeux serait "pour UNE multitude" (et surtout pas "LA") afin de marquer le caractère indéfini du nombre des rachetables/rachetés, sans tomber dans la platitude du terme "beaucoup".
Ca poserait de toutes façons des problèmes de compréhension pour les fidèles pendant la Messe ?
Positivons un peu : que de beaux et bons sujets de prêches pour expliquer cette réforme !
images/icones/1v.gif  ( 641445 )réponse perso... par jejomau (2012-07-26 11:26:02) 
[en réponse à 641436]

citation de Mgr Gerhard Ludwig Müller :

Nous avons également le problème de groupes – de droite ou de gauche, comme on a l'habitude de dire – qui occupent une grande part de notre temps et de notre attention. On risque facilement de perdre un peu de vue notre devoir principal, qui est celui d'annoncer l'Evangile et d'exposer de façon concrète la doctrine de l'Eglise.

images/icones/neutre.gif  ( 641473 )Mgr Müller n'est pas loin de dire par le torrentiel (2012-07-26 15:30:25) 
[en réponse à 641445]

que ces "groupes de droite ou de gauche" qui "occupent une grande part de notre attention" "nous font perdre"... notre temps.


Et franchement, se trompe-t-il tant que ça?



Parce que, quand on met le "focus" sur certains thèmes, cela trahit surtout quelles sont nos propres obsessions.


Je ne crois pas que l'Eglise se résume au combat moderniste ou antimoderniste.


Le christianisme a autre chose à nous dire, heureusement! Sans quoi il aurait perdu toutes ses chances de parler à la plupart des hommes qui ne savent pas s'ils sont modernistes ou antimodernistes, mais seulement, pour plagier Philippe Meyer autrefois sur "france inter", qu'ils "(vivent) dans une époque moderne".

NB: question à Luc Perrin: pourquoi écrivez-vous toujours mgr Müller mgr Müeler? Est-ce la bonne orthographe, car vous avez l'air d'être le seul à l'usiter ou à savoir que c'est ainsi qu'on doit écrire son nom ?
images/icones/rose.gif  ( 641476 )chacun voit midi par jejomau (2012-07-26 16:02:53) 
[en réponse à 641473]

là où çà l'interresse évidemment. Le "focus" mis sur certains thèmes à son importance en fonction de l'actualité.

Ce qui est vrai, c'est qu'une grande partie des catholiques ne veulent plus se battre. J'ai lu une fois que les juifs de la Shoah se différenciaient de ceux qui avaient créé l'Etat d'Israël en ce sens que ce dernier groupe - infiniment petit - avait décidé de se battre, de relever la tête après 2000 ans, et finalement de "faire l'histoire" plutôt que de la "subir" .

Il y a une grande part de vrai.

Nous avons des catholiques qui, aujourd'hui, font des prières, et encore des prîères et toujours des prières... Mais pour faire feu de tout bois envers ceux qui les "attaquent" : personne ou trop peu de monde. L'important.. c'est de prier !

Oui, bien sûr qu'il faut prier. Mais si Jehanne d'Arc ne s'était pas battu.. On serait anglais ! C'est très simple.

Alors oui certains thèmes sont conditionnés par l'actualité. Il y a un an, c'était "l'identité du genre". Aujourd'hui c'est le "mariage homo" et "l'euthanasie". Il y a aussi une certaine position à tenir face à l'Islam . Une position qu'il faut peut-être re-considérer devant un phénomène d'une ampleur extraordinaire puisque tout le Bassin Méditerranéen vient de basculer dans un Islam radical en .. un an.

Il faut se mobiliser. Mieux, il faut le faire savoir au camp d'en face. Et souvent aussi "on ne casse pas d'omelettes sans casser des oeufs". Personne n'est parfait.

Bien sûr, il y a des "focus"... Or votre remarque est exacte quand vous dites que l'Eglise ne se résume pas au "combat moderniste et antimoderniste".

MAIS.... Si les catholiques sont devenus si peu combattifs et si extrêmement minoritaires au point que la majorité d'entre eux se comporte aujourd'hui comme ces juifs de la Shoah , je pose une seule question : pourquoi ? Pourquoi si ce n'est qu'ils sont ... trompés par certains (ceux qui savent) ? Si ce n'est que les modernistes se sont infiltrés partout phagocitant toute réaction ? Ou que la pensée moderniste s'est infiltrée dans tous les esprits au nom de la "compassion" à avoir pour toute la misère du monde...
images/icones/neutre.gif  ( 641479 )Pourquoi notre apathie? par le torrentiel (2012-07-26 16:20:45) 
[en réponse à 641476]

Cher Jejomau,

je commence par dissiper une ambiguïté dans ma formulation:

les "focus" dont je parlais étaient le combat des modernistes pour les traditionalistes et la philanthropie relativiste universelle , combat des modernistes, pour reprendre ce terme, il ne s'agissait pas de thèmes d'actualité.


Mais je crois que la question que m'a inspirée votre message trouve sa réponse dans celui-ci.


Pourquoi l'apathie des catholiques? Parce qu'ils ont été longtemps du côté de ceux qui faisaient l'histoire et qu'ils se sont fatigués de ne pas la subir.


Les "juifs de la shoah" ont connu le phénomène inverse, comme vous le notez justement, et l'islamisme radical, épilogue annoncé des révolutions arabes, est dû au même facteur.


Les chrétiens auraient une chance de s'en tirer politiquement: c'est de rétablir un ordre international juste, non pillard des matières premières des pays qui vivent de l'exportation.


Mais le monde occidental, ère de civilisation chrétienne, étant dominé par les américains, il y a peu de chances que ce redressement ait lieu sous leur férule calviniste et cynique. Calviniste, au moins d'inspiration lointaine.


J'ai atteint mon quota maximum de messages. Si j'ai d'autres réponses à faire, je prie d'excuser pour le retard avec lequel elles parviendront à leurs destinataires.
images/icones/fleche3.gif  ( 641483 )certes, je vous rejoins bien sur l'essentiel par jejomau (2012-07-26 17:18:10) 
[en réponse à 641479]

mais.. Il y a autre chose. Et c'est bien là-dessus que je veux mettre le doigt. Exprès.

Mais Pie XI l'avait déjà vu dans son encyclique Divini Redemptoris - je cite :

Pour comprendre comment le communisme a réussi à se faire accepter sans examen par les masses ouvrières, il faut se rappeler que les travailleurs étaient déjà préparés à cette propagande par l'abandon religieux et moral où ils furent laissés par l'économie libérale."

"Un troisième facteur contribue largement à la diffusion du communisme, c'est la conjuration du silence dans une grande partie de la presse mondiale non catholique. Nous disons conjuration, car on ne saurait expliquer autrement le fait qu'une presse aussi avide de commenter les menus incidents de la vie quotidienne ait pu si longtemps garder le silence au sujet des horreurs commises en Russie, au Mexique et dans une grande partie de l'Espagne, qu'elle parle relativement peu d'une organisation mondiale aussi vaste que le communisme dirigé par Moscou. Cette conjuration est due en partie à des raisons inspirées par une politique à courte vue; elle est favorisée par diverses organisations secrètes, qui depuis longtemps cherchent à détruire l'ordre social chrétien"



Celà nous le savons bien. Mais il est bon de l'asséner encore et toujours. A force de nommer l'adversaire et de dire d'où viennent les coups, il en sort des fruits... Mais ce n'est pas tout. Voilà surtout ce qu'il faut dire aujourd'hui :

le marxisme se cache sous des prétextes de "paix" :

"Le communisme athée s'est montré au début, tel qu'il était, dans toute sa perversité, mais bien vite il s'est aperçu que de cette façon il éloignait de lui les peuples: aussi a-t-il changé de tactique et s'efforce-t-il d'attirer les foules par toutes sortes de tromperies, en dissimulant ses propres desseins sous des idées en elles-mêmes bonnes et attrayantes. Ainsi, voyant le commun désir de paix, les chefs du communisme feignent d'être les plus zélés fauteurs et propagateurs du mouvement pour la paix mondiale; mais, en même temps, ils excitent à une lutte de classes qui fait couler des fleuves de sang, et sentant le manque d'une garantie intérieure de paix, ils recourent à des armements illimités. Ainsi encore, sous divers noms qui ne font pas même allusion au communisme, ils fondent des associations franchement catholiques et religieuses."

des chétiens collaborent:

"Ainsi, sans rien abandonner de leurs principes pervers, ils invitent les catholiques à collaborer avec eux sur le terrain humanitaire et charitable comme on dit, en proposant parfois même des choses entièrement conformes à l'esprit chrétien et à la doctrine de l'Eglise."



Cette Encyclique est entièrement d'actualité si nous parlons du modernisme aujourd'hui.

Attention : on enlèvera le mot "communisme" et on le remplacera par le mot "marxisme" ou par les mots : culture "pro-mort", etc... Le communisme en tant que tel n'est plus. L'Aversaire revêt maintenant diverses formes. Mais on constatera en général un fil qui unit tous ceux qui prônent l'un ou l'autre de ces concepts que nous venons de citer ...

Ainsi, Il y a des quotidiens qui se disant catholiques... en réalité qui "collaborent" avec l'ennemi. De même, il y a des évêques qui, par leur prise de position, "collaborent" (consciemment ou inconsciemment) avec l'Adversaire. Il y a tout un pan de l'Eglise qui enseigne des parts d'hérésies et qui .. "collabore" encore et toujours, entraînant non seulement la grande masse des fidèles dans leurs erreurs mais encore en les "endormant".. en les "anesthésiant" !

images/icones/neutre.gif  ( 641477 )qu'est-ce que le "modernisme" ? par Luc Perrin (2012-07-26 16:03:07) 
[en réponse à 641473]

En effet l'Église ne "résume" pas, comme vous dîtes, au "combat moderniste contre antimoderniste" - qui n'a rien à voir avec le sens courant du mot "moderne" au passage [ex. Mgr Fellay est un antimoderniste moderne] - car il y a bien d'autres aspects comme celui de l'exercice pratique de la charité, la contemplation par ex.

Toutefois ce serait une très lourde erreur de penser que l'on peut sans conséquence céder au "modernisme" théologique (doctrinal et pastoral) - comme vous semblez le penser - au prétexte que la juste expression de la foi catholique nous ferait "perdre notre temps".

Mère Teresa fut une icône de la charité et de l'ascèse et pourtant, elle ne négligeait pas de soutenir activement les combats de Jean-Paul II pour l'évangile de la vie, sur le plan de la doctrine.

Qu'ont produit les rencontres d'Assise et l'interreligieux mal compris, une catéchèse flageolante, une néo-liturgie floue ? Beaucoup de confusion dans les esprits des chrétiens qui, les sondages le disent, ne savent plus très bien qui est le Christ et les données basiques de la foi chrétienne et catholique.
Qu'a produit l'incertitude sur le ministère sacerdotal ? Des scandales à répétition, un effondrement des vocations en Europe de l'Ouest, une perte du sensus ecclesiae.
En d'autres termes, la correcte expression de la foi et son enseignement ont des répercussions quotidiennes sur la vie chrétienne.

Modernisme/néo-modernisme ou traditionalisme ne sont aucunement des détails et moins encore perte de temps. Ce sont les débats cruciaux pour le présent et l'avenir du christianisme, j'espère que Mgr Müller en est conscient. Comme vous.

ps. j'avais trouvé la graphie ancienne Mueller (équivalent de ü en allemand) et je pensais que c'était celle dont usait l'évêque ; le site du diocèse de Ratisbonne donne la graphie moderne Müller, j'en userai donc. Je n'ai jamais écrit Müeller en revanche... ayant fait un peu d'allemand, cela n'aurait guère de sens.
images/icones/ancre2.gif  ( 641448 )Très juste : une multitude par Paterculus (2012-07-26 11:57:42) 
[en réponse à 641436]

Cher Megnace,
Je ne peux qu'abonder dans votre sens : la formule exacte serait UNE multitude.
"LA multitude" semble indiquer une majorité.
Notre formule actuelle est moins mauvaise que la formule "pour tous" adoptée dans beaucoup de pays, mais elle est quand même fautive.
Il y a un acharnement jusque dans la traduction des textes du Saint Père à écrire "pour la multitude" là où il est écrit "pour beaucoup".
C'est proprement scandaleux.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/1a.gif  ( 641440 )pour satisfaire tout le monde en restant par blamont (2012-07-26 11:02:15) 
[en réponse à 641434]

puriste:
pour beaucoup mais il y a du rab'.
images/icones/1a.gif  ( 641447 )Latin / français par zejack (2012-07-26 11:45:21) 
[en réponse à 641434]

J'espère ne pas manquer de respect à l'Eglise en posant cette question : y'a-t-il jamais eu quelqu'un pour émettre l'idée qu'on pourrait utiliser les deux langues dans la liturgie ?
« qui sera répandu pro multis »
Après tout on utilise souvent l'anglais dans nos conversations de tous les jours pour exprimer plus facilement les concepts et les idées. On préfère le mot créé dans sa version originale à sa traduction.
http://www.topito.com/top-15-des-mot-anglais-que-les-francais-utilisent-sans-raison-valable
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anglicisme
Bon d'accord, le langage de la liturgie ce n'est pas le langage de tous les jours.
...
Et si on gardait le latin pour les prières qui n'ont pas une bonne traduction en français ?