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images/icones/neutre.gif  ( 637582 )"Nouvelle évangélisation : transmission de la foi chrétienne". par Scrutator Sapientiæ (2012-06-23 06:01:19) 

Bonjour à tous,

A toutes fins utiles, je vous indique la publication de l'instrumentum laboris du prochin synode des évêques, qui aura lieu à Rome, en octobre prochain, et qui sera consacré à "la nouvelle évangélisation, pour la transmission de la foi chrétienne".

Voici :

Instrumentum laboris

Voici l'un des chapitres, non négligeable, de ce document :

" CHAPITRE III TRANSMETTRE LA FOI

«Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. [...] Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux
qui seraient sauvés» (Ac 2, 42. 46-47)

90. Comme l'indique le thème des Assises synodales, le but de la nouvelle évangélisation est la transmission de la foi. Les paroles du Concile Vatican II nous rappellent qu'il s'agit d'une dynamique très complexe, qui implique entièrement la foi des chrétiens et la vie de l'Église dans l'expérience de la révélation de Dieu : «Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, a pris des dispositions pour qu’elle demeure toujours en son intégrité et qu’elle soit transmise à toutes les générations»;[45] «la sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église ; en s’attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières (cf. Ac 2, 42 grec), si bien que, pour le maintien, la pratique et la profession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, un remarquable accord».[46]

91. Comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres, on ne peut pas transmettre ce à quoi on ne croît pas et que l'on ne vit pas. On ne peut pas transmettre l'Évangile sans avoir comme base une vie qui est modelée par cet Évangile, qui dans cet Évangile trouve son sens, sa vérité, son avenir. Comme pour les Apôtres, pour nous aussi aujourd'hui c'est la communion vécue avec le Père, en Jésus-Christ, grâce à son Esprit qui nous transfigure et nous rend capables d'irradier la foi que nous vivons et susciter la réponse en ceux que l'Esprit a déjà préparés par sa visite et son action (cf. Ac 16, 14). Pour proclamer de façon féconde la Parole de l'Évangile, une profonde communion entre les fils de Dieu est nécessaire, signe distinctif et en même temps annonce, comme nous le rappelle l'apôtre Jean : «Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres» (Jn 13, 34-35).

92. Une telle tâche d'annonce et de proclamation n'est pas réservée seulement à quelques-uns, à un petit nombre d'élus.C'est un don fait à tout homme qui répond à l'appel de la foi. La transmission de la foi n'est pas une action réservée à quelques individus spécialement désignés. C'est la tâche de tout chrétien et de toute l'Église, qui dans cette action redécouvre continuellement son identité de peuple réuni par l'appel de l'Esprit, pour vivre la présence du Christ parmi nous, et découvrir ainsi le visage véritable de Dieu, qui est notre Père.

Action fondamentale de l'Église, la transmission de la foi amène les communautés chrétiennes à articuler de façon stricte les œuvres fondamentales de la vie de foi : charité, témoignage, annonce, célébration, écoute, partage. Il faut concevoir l'évangélisation comme le processus à travers lequel l'Église, mue par l'Esprit, annonce et répand l'Évangile dans le monde entier ; poussée par la charité, elle imprègne et transforme tout l'ordre temporel, en assumant les cultures et en les renouvelant. Elle proclame explicitement l'Évangile, en appelant à la conversion. À travers la catéchèse et les sacrements d'initiation, elle accompagne ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui reprennent le chemin de son imitation, en incorporant les uns et en ramenant les autres à la communauté chrétienne. Elle alimente constamment le don de la communion chez les fidèles à travers la doctrine de la foi, les sacrements et l'exercice de la charité. Elle promeut continuellement la mission, en envoyant tous les disciples du Christ à annoncer l'Évangile, par les paroles et les œuvres, dans le monde entier. Dans son œuvre de discernement, nécessaire dans la nouvelle évangélisation, l'Église découvre que dans nombre de communautés la transmission de la foi a besoin d'une renaissance.

LA PRIMAUTÉ DE LA FOI

93. En proclamant l'Année de la Foi, le Pape Benoît XVI rappelle la décision semblable prise par Paul VI en 1967, en assumant les motivations de l'époque. Le but de cette initiative était d'encourager dans toute l'Église un élan authentique dans la profession du Credo. Une profession qui fut «individuelle et collective, libre et consciente, intérieure et extérieure, humble et franche».[47] Bien conscient des graves difficultés de l'époque, surtout eu égard à la profession de la foi véritable et à sa juste interprétation, le Pape Paul VI pensait que de cette façon l'Église aurait pu recevoir un fort élan vers un renouvellement profond, intérieur et missionnaire.

94. Le Pape Benoît XVI suit cette même perspective quand il demande que l'Année de la Foi serve à attester que les contenus essentiels qui, depuis des siècles, constituent le patrimoine de tous les croyants ont besoin d'être confirmés et approfondis d'une façon toujours nouvelle, afin d'en témoigner de façon cohérente dans des conditions historiques qui diffèrent du passé. Le risque existe que la foi, qui introduit à la vie de communion avec Dieu et permet l'entrée dans son Église, ne soit plus comprise dans sa signification profonde, ne soit pas assumée et vécue par les chrétiens comme l'instrument qui transforme la vie, avec le grand don de la filiation de Dieu dans la communion ecclésiale.

95. Les réponses aux Lineamenta confirment combien ce risque est grave et dénoncent les lacunes de nombre de communautés dans l'éducation à une foi adulte. Malgré les efforts réalisés au cours de ces décennies, plus d'une réponse donne l'impression que cette œuvre d'éducation à une foi adulte en est seulement à ses débuts. Les obstacles principaux à la transmission de la foi sont semblables un peu partout. Il s'agit d'obstacles intérieurs à l'Église, à la vie chrétienne : une foi vécue de façon privée et passive ; ne pas ressentir le besoin d'une éducation de sa propre foi ; une séparation entre la foi et la vie. Les réponses parvenues permettent en outre de rédiger une liste des obstacles qui, de l'extérieur de la vie chrétienne, en particulier de la culture, rendent précaire et difficile la vie de foi et sa transmission : le consumérisme et l'hédonisme ; le nihilisme culturel ; la fermeture à la transcendance qui éteint toute aspiration au salut. La réflexion synodale pourra revenir sur ce diagnostic, pour aider les communautés chrétiennes à trouver les justes remèdes à ces maux.

96. On perçoit toutefois les signes d'un avenir meilleur, qui permet d'entrevoir une renaissance de la foi. L'existence dans les Églises particulières d'initiatives de sensibilisation et de formation, tout comme l'exemple de communautés de vie consacrée et de groupes et mouvements sont décrits dans les réponses comme la voie permettant de redonner à la foi la primauté qui lui revient.

Le premier effet bénéfique de cette transformation est une augmentation de la qualité de la vie chrétienne de la communauté elle-même ainsi qu'une maturation des individus qui en sont membres. Considérer sa propre foi comme l'expérience de Dieu et le centre de sa propre vie est l'objectif que de nombreuses Églises particulières lient à la célébration du Synode sur la nouvelle évangélisation pour la transformation de la vie quotidienne.

L'ÉGLISE TRANSMET LA FOI QU'ELLE VIT ELLE-MÊME

97. Le meilleur lieu de la transmission de la foi est une communauté nourrie et transformée par la vie liturgique et par la prière. Il existe un rapport intrinsèque entre foi et liturgie «lex orandi lex credendi». «Sans la liturgie et les sacrements, la profession de foi n’aurait pas d’efficacité, parce qu’elle manquerait de la grâce qui soutient le témoignage des chrétiens».[48] «La liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, s’exerce l’œuvre de notre rédemption, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. [...] C’est pourquoi, de même que le Christ a été envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses Apôtres, remplis de l’Esprit Saint, non seulement pour que, proclamant l’Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le Royaume du Père, mais aussi afin qu’ils exercent cette œuvre de salut qu’ils annonçaient».[49]

Les réponses aux Lineamenta à cet égard montrent tous les efforts réalisés pour aider les communautés chrétiennes à vivre la nature profonde de la liturgie. Dans les communautés chrétiennes, la liturgie et la vie de prière transforment un simple groupe humain en une communauté qui célèbre et transmet la foi trinitaire en Dieu Père et Fils et Esprit Saint.

Les deux Assemblées Générales Ordinaires précédentes, qui avaient comme thème l'Eucharistie et la Parole de Dieu dans la vie de l'Église, ont été vécues comme une aide précieuse pour continuer fructueusement la réception et le développement de la réforme liturgique commencée avec le Concile Vatican II. Elles ont rappelé le caractère central du Mystère Eucharistique et de la Parole de Dieu pour la vie de l'Église.

Dans ce cadre, différentes réponses reviennent sur l'importance de la lectio divina. La lectio divina (personnelle et communautaire) se présente de façon naturelle comme un lieu d'évangélisation : c'est une prière qui laisse un grand espace à l'écoute de la Parole de Dieu en ramenant ainsi la vie de foi et de prière à sa source intarissable, Dieu qui parle, appelle, interpelle, oriente, illumine, juge. Si «la foi vient de l'écoute» (Rm 10, 17), l'écoute de la Parole de Dieu est pour l'individu croyant et pour l'Église dans son ensemble un instrument d'évangélisation et de renouvellement dans la grâce de Dieu aussi puissant que simple.

98. En tout cas, les réponses révèlent l'existence de communautés chrétiennes qui ont réussi à découvrir la valeur profonde de l'action liturgique, qui est en même temps culte divin, annonce de l'Évangile et charité en action.

Dans nombre de réponses l'attention s'est focalisée surtout sur le sacrement de la réconciliation, qui a presque disparu de la vie de tant de chrétiens. Un grand nombre de réponses ont considéré de façon très positive la célébration de ce sacrement au cours de moments extraordinaires : dans les Journées Mondiales de la Jeunesse, dans les pèlerinages auprès des sanctuaires, même si ces gestes n'arrivent pas, eux non plus, à influer positivement sur la pratique de la réconciliation sacramentelle.

99. Dans les réponses aux Lineamenta le thème de la prière a été lui aussi un objet de réflexion, pour souligner d'une part les éléments positifs enregistrés : une assez bonne diffusion de la célébration de la liturgie des heures (dans les communautés chrétiennes, mais aussi priée personnellement) ; la redécouverte de l'Adoration eucharistique comme source de la prière personnelle ; la diffusion des groupes d'écoute et de prière sur la Parole de Dieu ; la diffusion spontanée de groupes de prière mariale, charismatique ou dévotionnelle. Plus complexe est par contre le jugement que les réponses aux Lineamenta ont exprimé sur le lien entre célébration de la foi chrétienne et les formes de la piété populaire : on reconnaît certaines bénéfices dérivant de ce lien, on dénonce le danger du syncrétisme et d'un avilissement de la foi.

LA PÉDAGOGIE DE LA FOI

100. Fidèle au Seigneur, dès les débuts de son histoire, l'Église a assumé la vérité des récits bibliques et l'a expérimentée dans les rites, réunie dans la synthèse et dans la règle de la foi qui est le Symbole, traduite dans les orientations de vie, vécue dans un rapport filial avec Dieu. Le Pape Benoît XVI a rappelé tout cela dans la lettre par laquelle il proclame l'Année de la Foi, quand, en citant la Constitution Apostolique qui a promulgué le Catéchisme de l'Église Catholique, il affirme que pour pouvoir être transmise la foi doit être «professée, célébrée, vécue et priée».[50]

C'est ainsi qu'à partir du fondement des Écritures, la tradition ecclésiale a créé une pédagogie de la transmission de la foi, qu'elle a développée dans les quatre grands titres du Catéchisme Romain : le Credo, les sacrements, les commandements et la prière du Notre Père. D'un côté, les mystères de la foi en Dieu Un et Trin comme ils sont confessés (Symbole) et célébrés (sacrements) ; de l'autre, la vie humaine conforme à une telle foi (à une foi qui se fait agissante à travers l'amour) qui se concrétise dans la façon de vivre chrétienne (Décalogue) et dans la prière filiale (le Notre Père). Ces mêmes titres forment aujourd'hui le schéma général du Catéchisme de l'Église Catholique.[51]

101. Le Catéchisme de l'Église Catholique nous est remis comme l'instrument d'une double action : il porte les contenus fondamentaux de la foi et en même temps indique la pédagogie de sa transmission. Le but est de faire vivre à chaque croyant la foi dans son entièreté, qui est à la fois offrande de vérité et adhésion à celle-ci. La foi est essentiellement un don de Dieu qui provoque l'abandon de soi au Seigneur Jésus. C'est ainsi que l'adhésion au contenu de la foi devient attitude, décision de suivre Jésus et de conformer sa propre vie sur la sienne, comme l'explique bien l'apôtre Paul, qui nous permet d'entrer à l'intérieur de cette structure pédagogique profonde de la foi: «Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut» (Rm 10, 10). «Il existe une unité profonde entre l’acte par lequel on croit et les contenus auxquels nous donnons notre assentiment [...] La connaissance des contenus à croire n’est pas suffisante si ensuite le cœur [...] n’est pas ouvert par la grâce qui permet d’avoir des yeux pour regarder en profondeur et comprendre que ce qui a été annoncé est la Parole de Dieu».[52]

Ce rappel attentif à la structure et à la signification profonde du Catéchisme de l'Église Catholique, dont on célèbre le vingtième anniversaire de la publication, sert à fournir à la réflexion synodale des instruments pour opérer un discernement sur le grand engagement de l'Église en ces dernières décennies pour le renouvellement de sa catéchèse. À un niveau descriptif, les réponses aux Lineamenta mettent en relief les pas importants faits pour revoir et structurer toujours mieux la catéchèse et les parcours d'éducation à la foi. On y mentionne les projets élaborés, les textes édités, les initiatives mises en œuvre pour former les catéchistes non seulement à l'utilisation des nouveaux instruments mais aussi à la maturation d'une compréhension plus complexe de leur mission.

102. Les jugements exprimés sont généralement positifs : il s'agit d'un effort important, réalisé par l'Église à plusieurs niveaux (Synodes des Évêques des Églises Orientales Catholiques sui iuris, Conférences épiscopales, centres diocésains ou éparchiaux, communautés paroissiales, catéchistes, instituts de théologie et de pastorale), dont le résultat est la maturation de tout son corps vers une foi plus consciente et participée. Les réponses montrent que l'Église dispose des moyens nécessaires pour transmettre la foi, dont l'utilisation active mais aussi critique et vigilante est facilitée par la publication du Catéchisme de l'Église Catholique. Sa publication a été utile aux Églises Orientales Catholiques sui iuris et aux Conférences épiscopales pour avoir un point de référence pouvant conférer unité et clarté d'orientation à l'action catéchétique de l'Église.

103. Les réponses contiennent aussi une évaluation de tout l'effort accompli pour rendre raison de notre foi aujourd'hui. On s'aperçoit que, malgré l'engagement prodigué, la transmission de la foi connaît plus d'un obstacle, surtout dans le changement très rapide de la part de la culture, qui est devenue plus agressive envers la foi chrétienne. Sont cités en outre les nombreux fronts ouverts par le développement du savoir et de la technologie. On insiste sur le fait que la catéchèse est encore perçue comme préparation aux différentes étapes sacramentelles, plus qu'éducation permanente de la foi des chrétiens.

104. Le processus de sécularisation de la culture a aussi mis en lumière que les différentes méthodes de catéchèse sont un signe de vitalité, mais qu'elles n'ont pas toujours permis une maturation pleine pour transmettre la foi. La réflexion synodale devra donc poursuivre la tâche qui a été celle du Synode sur la catéchèse, celle de la double fidélité à Dieu et à l'homme, dans une même attitude d'amour.[53] Le Synode s'interrogera sur la façon de réaliser une catéchèse qui soit intégrale, organique, qui transmette le noyau de la foi de façon intacte, et qui en même temps sache parler aux hommes d'aujourd'hui, à l'intérieur de leurs cultures, en écoutant leurs questions, en animant leur recherche de la vérité, du bien et du beau.

LES SUJETS DE LA TRANSMISSION DE LA FOI

105. Le sujet de la transmission de la foi est l'Église tout entière, qui se manifeste dans les Églises particulières, les éparchies et les diocèses. L'annonce, la transmission et l'expérience vécue de l'Évangile se réalisent dans celles-ci. De plus, le Églises particulières elles-mêmes, outre à en être le sujet, sont aussi le fruit de cette action d'annonce de l'Évangile et de transmission de la foi, comme nous le rappelle l'expérience des premières communautés chrétiennes (cf. Ac 2, 42-47): l'Esprit réunit les croyants autour des communautés qui vivent leur foi de façon fervente, se nourrissant de l'écoute de la parole des Apôtres et de l'Eucharistie, et dépensant leur vie dans l'annonce du Royaume de Dieu. Le Concile Vatican II accueille cette description comme fondement de l'identité de toute communauté chrétienne, quand il affirme que «l'Église du Christ est vraiment présente en toutes les légitimes assemblées locales de fidèles qui, unies à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises. Elles sont, en effet, chacune à sa place, le peuple nouveau appelé par Dieu dans l’Esprit Saint et dans une grande assurance (cf. 1 Th 1, 5). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le Mystère de la Cène du Seigneur est célébré pour que, par le moyen de la Chair et du Sang du Seigneur, se resserre, en un seul Corps, toute la fraternité».[54]

106. La vie concrète de nos Églises a pu constater dans le domaine de la transmission de la foi, et plus généralement de l'annonce de l'Évangile, une réalisation concrète et souvent exemplaire de cette affirmation du Concile. Les réponses ont amplement souligné le fait que le nombre de chrétiens qui, au cours des dernières décennies se sont engagés de façon spontanée et gratuite dans cette tâche, a été tout à fait remarquable et a marqué la vie des communautés comme un véritable don de l'Esprit. Les actions pastorales liées à la transmission de la foi ont permis à l'Église de se structurer au sein des différents contextes sociaux locaux, en manifestant la richesse et la variété des ministères qui la composent et en animent la vie quotidienne. On a pu ainsi comprendre de façon nouvelle la participation, autour de l'Évêque, des communautés chrétiennes et des différents sujets impliqués (prêtres, parents, religieux, catéchistes), chacun avec sa propre tâche et sa propre compétence.

107. Comme nous avons déjà eu l'occasion de le souligner, l'annonce de l'Évangile et la transmission de la foi peuvent devenir un aiguillon positif pour les transformations qui intéressent actuellement de près les communautés paroissiales. Les réponses demandent de mettre au centre de la nouvelle évangélisation la paroisse, communauté de communautés, pas seulement administratrice de services religieux, mais espace de rencontre pour les familles, promotrice de groupes de lecture de la Parole et d'engagement laïc renouvelé, un lieu où est vécue la véritable expérience d'Église grâce à une action sacramentelle vécue dans sa signification la plus authentique. Les Pères synodaux devraient approfondir cette vocation de la paroisse, point de référence et de coordination d'une vaste gamme de réalités et d'initiatives pastorales.

108. Outre le rôle irremplaçable de la communauté chrétienne dans son ensemble, la tâche de transmission de la foi et d'éducation à la vie chrétienne met en cause nombre de sujets chrétiens. Les réponses font appel tout d'abord aux catéchistes. On reconnaît le don reçu : celui de tant de chrétiens qui, de façon gratuite et à partir de leur foi, ont donné une contribution singulière et irremplaçable à l'annonce de l'Évangile et à la transmission de la foi, surtout dans les Églises évangélisées depuis peu de siècles. Comme le soulignent certaines réponses, la nouvelle évangélisation leur demande, ainsi qu'à leur Église envers eux, un plus grand engagement. Les catéchistes sont des témoins directs, des évangélisateurs irremplaçables, qui représentent la force de base des communautés chrétiennes. Ils ont besoin que l'Église réfléchisse plus en profondeur sur leur tâche, leur conférant une plus grande stabilité, une visibilité ministérielle et une formation. À partir de ces prémisses, il est demandé qu'assumant la réflexion déjà entreprise en ces décennies, l'Assemblée synodale s'interroge sur la possibilité de configurer pour le catéchiste un ministère stable et institué au sein de l'Église. En ce moment de grande relance de l'action d'annonce et de transmission de la foi, une décision dans ce sens serait perçue comme une ressource et un soutien très fort à la nouvelle évangélisation à laquelle l'Église tout entière est appelée.

109. Plusieurs réponses mettent relief le rôle important des diacres et de tant de femmes qui se consacrent à la catéchèse. Dans plusieurs réponses, ces constatations positives sont accompagnées aussi d'observations qui expriment une préoccupation. Ces dernières années, à la suite de la diminution du nombre de prêtres et de leur engagement à suivre plus d'une communauté chrétienne, on constate que la catéchèse est toujours plus confiée aux laïcs. Les réponses expriment le souhait que la réflexion synodale puisse aider à la compréhension des changements en cours dans la façon de vivre l'identité presbytérale aujourd'hui. On pourra ainsi orienter ces changements, en sauvegardant l'identité spécifique et irremplaçable du ministère sacerdotal dans le domaine de l'évangélisation et de la transmission de la foi. Plus généralement, il sera utile que la réflexion synodale aide les communautés chrétiennes à donner un nouveau sens missionnaire au ministère des prêtres, des diacres, des catéchistes présents et agissants en leur sein.

LA FAMILLE, LIEU EXEMPLAIRE D'ÉVANGÉLISATION

110. Parmi les sujets de la transmission de la foi, les réponses s'étendent en particulier sur la figure de la famille. D'un côté, le message chrétien sur le mariage et la famille est un grand don qui fait de la famille un lieu exemplaire de témoignage de la foi, pour sa capacité prophétique de vivre les valeurs fondamentales de l'expérience chrétienne : dignité et complémentarité de l'homme et de la femme, créés à l'image de Dieu (cf. Gn 1, 27), ouverture à la vie, partage et communion, dévouement aux plus faibles, attention à l'éducation, confiance en Dieu comme source de l'amour dont découle l'union. Nombre d'Églises particulières insistent sur la pastorale familiale et y investissent des énergies, justement dans une perspective de mission et de témoignage.

111. D'autre part, pour l'Église la famille a le rôle d'éduquer et de transmettre la foi chrétienne dès le début de la vie humaine. C'est de là que naît le lien profond entre Église et famille avec l'aide que l'Église entend donner à la famille et l'aide qu'elle attend de la famille. Souvent les familles sont soumises à des fortes tensions, à cause des rythmes de vie, du travail qui devient incertain, de la précarité croissante, de la fatigue qu'implique une tâche éducative toujours plus ardue. Les familles mêmes qui ont pris conscience de leurs difficultés ressentent le besoin du soutien de la communauté, de l'accueil, de l'écoute et de l'annonce de l'Évangile, de l'accompagnement dans leur tâche éducative. L'objectif commun est une famille avec un rôle toujours plus actif dans le processus de transmission de la foi.

112. Les réponses reflètent les difficultés et les besoins qui se manifestent dans tant de familles actuelles, aussi dans celles chrétiennes : le besoin de soutien manifesté de façon toujours plus évidente dans les nombreuses situations de douleur et d'échec dans l'éducation à la foi, en particulier des enfants. Différentes réponses traitent de la constitution de groupes de familles (locaux ou liés à des expériences et des mouvements ecclésiaux) animés par la foi chrétienne, qui a permis à tant d'époux de mieux affronter les difficultés qu'ils ont rencontrées, témoignant ainsi aussi clairement de leur foi chrétienne.

113. Ce sont justement ces unions de familles qui, d'après beaucoup de réponses, sont un exemple des fruits que l'annonce de la foi engendre dans nos communautés chrétiennes. Les réponses sur ce point expriment un certain optimisme sur la capacité de tant de communautés chrétiennes de garder, même confrontées à des situations provisoires et précaires, la fidélité dans la célébration commune de leur foi, la disponibilité de ressources, même limitée, pour accueillir les pauvres et vivre un témoignage évangélique simple et quotidien.

APPELÉS POUR ÉVANGÉLISER

114. Les réponses parlent de la vie consacrée comme d'un don devant être accueilli avec gratitude. On reconnaît l'importance, aux fins de la transmission de la foi et de l'annonce de l'Évangile, des grands ordres religieux et des diverses formes de vie consacrée, en particulier des ordres mendiants, des instituts apostoliques et des instituts séculiers, avec leur charisme prophétique et évangélisateur même dans les moments de difficulté et de révision de leur style de vie. Leur présence, même cachée, est toutefois vécue dans une optique de foi comme source de nombreux fruit spirituels en faveur du mandat missionnaire que l'Église est appelée à vivre aussi dans le présent. Beaucoup d'Églises locales reconnaissent l'importance de ce témoignage prophétique de l'Évangile, source d'où jaillit la grande énergie nécessaire à la vie de foi des communautés chrétiennes et de tant de baptisés.

Nombreuses sont les réponses qui expriment le souhait que la vie consacrée fournisse un apport essentiel à la nouvelle évangélisation, en particulier dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la charge pastorale, surtout envers les pauvres et les personnes qui ont le plus besoin d'aide spirituelle et matérielle.

C'est dans ce cadre que l'on reconnaît aussi le soutien précieux à la nouvelle évangélisation qui provient de la vie contemplative, surtout dans les monastères. Comme le démontre l'histoire, le rapport entre monachisme, contemplation et évangélisation est solide et porteur de fruits. Cette expérience est le cœur de la vie de l'Église qui garde vivante l'essence de l'Évangile, la primauté de la foi, la célébration de la liturgie, en donnant un sens au silence et à toute autre activité pour la gloire de Dieu.

115. La floraison au cours de ces décennies, souvent de façon gratuite et charismatique, de groupes et de mouvements se consacrant de façon prioritaire à l'annonce de l'Évangile est un autre don de la Providence à l'Église. C'est en regardant à ceux-ci que différentes réponses trouvent les éléments essentiels du style que les communautés et les chrétiens individuellement devraient assumer aujourd'hui pour rendre raison de leur foi. Il s'agit des qualités de ceux que nous pourrions définir les «nouveaux évangélisateurs» : capacité de vivre et de motiver leurs propres choix de vie et leurs valeurs ; désir de professer publiquement leur foi, sans crainte ni fausse pudeur ; recherche active de moments de communion vécue dans la prière et l'échange fraternel ; prédilection spontanée pour les pauvres et les exclus ; passion pour l'éducation des jeunes générations.

116. Cette référence incisive au thème des charismes, vu comme une ressource importante pour la nouvelle évangélisation, exige que la réflexion synodale approfondisse mieux la problématique, ne s'arrêtant pas à la seule constatation de ces ressources, mais en se posant le problème de l'intégration de leur action dans la vie de l'Église missionnaire. Il a été demandé que l'Assemblée synodale s'intéresse à la relation entre charisme et institution, entre dons charismatiques et dons hiérarchiques[55] dans la vie concrète des diocèses, dans leur tension missionnaire. On pourrait de la sorte supprimer les obstacles dénoncés par certaines réponses, et qui ne permettent pas d'intégrer pleinement les charismes afin de soutenir la nouvelle évangélisation. On pourrait développer le thème d'une «co-essentialité» – comme le suggèrent les réponses – de ces dons de l'Esprit à la vie et à la mission de l'Église, dans la perspective d'une nouvelle évangélisation.[56] On pourrait ensuite tirer d'une telle réflexion les instruments pastoraux plus incisifs qui valorisent mieux les ressources charismatiques.

117. Dans les réponses, la naissance de ces nouvelles expériences et formes d'évangélisation est lue en continuité avec l'expérience des grands mouvements, des institutions et des associations d'évangélisation, comme par exemple l'Action Catholique, qui ont surgi le long de l'histoire du christianisme. Les traits qui permettent ces œuvres sont vus dans le radicalisme évangélique qui anime ces types d'expérience et dans leur vocation prophétique dans l'annonce de l'Évangile. C'est de la fascination qu'ils savent exercer et du caractère joyeux de leur vie que découle le don des vocations. Il a été rapporté, plus d'une fois, que certaines formes historiques de vie consacrée et ces nouveaux mouvements ont entrepris un échange réciproque de dons.

RENDRE RAISON DE SA PROPRE FOI

118. Le contexte auquel nous sommes confrontés exige que l'on rende explicite et active la tâche d'annonce et de transmission de la foi qui revient à tout chrétien. Dans plus d'une réponse, il est affirmé que la première urgence de l'Église aujourd'hui est le devoir d'éveiller l'identité baptismale de chacun afin qu'il sache être un témoin authentique de l'Évangile, et qu'il sache rendre raison de sa propre foi. Tous les fidèles, en vertu du sacerdoce commun[57] et de leur participation à l'office prophétique[58] du Christ, sont pleinement engagés dans cette tâche de l'Église. Il revient en particulier aux fidèles laïcs de témoigner comment la foi chrétienne constitue une réponse aux problèmes existentiels que la vie pose à toute époque et dans toute culture et qui intéresse donc tout homme, même agnostique et non croyant. Ceci sera possible si l'on surmontera la fracture entre l'Évangile et la vie, recomposant dans l'activité quotidienne en famille, dans le travail et dans la société, l'unité d'une vie qui trouve dans l'Évangile l'inspiration et la force pour se réaliser en plénitude.[59]

119. Il faut que tout chrétien se sente interpellé par cette tâche que l'identité baptismale lui confie, qu'il se laisse guider par l'Esprit dans sa réponse, suivant sa propre vocation. En un moment où le choix de la foi et de l'imitation du Christ résulte moins facile et peu compréhensible au monde, sinon même contrastée et contestée, augmente la tâche de la communauté et des chrétiens individuellement, à savoir d'être les témoins intrépides de l'Évangile. La logique d'un tel comportement est suggérée par l'apôtre Pierre, quand il nous invite à rendre raison, à répondre à quiconque nous demande raison de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Une nouvelle saison pour le témoignage de notre foi, des nouvelles formes de réponse (apologie) à qui nous demande le logos, la raison de notre foi, sont les chemins que l'Esprit indique à nos communautés chrétiennes. Ceci sert pour nous renouveler nous-mêmes, pour rendre présents, de façon plus incisive dans le monde où nous vivons, l'espérance et le salut que Jésus-Christ nous a donnés. Il s'agit d'apprendre un nouveau style, de répondre «avec respect et douceur, en possession d'une bonne conscience» (1 P 3, 16). C'est une invitation à vivre avec cette force paisible qui nous vient de notre identité d'enfants de Dieu, de l'union avec le Christ dans l'Esprit, de la nouveauté que cette union a engendré en nous, et avec la détermination de celui qui sait que son but est la rencontre avec Dieu le Père, dans son Royaume.

120. Ce style doit être un style intégral, embrassant la pensée et l'action, les comportements personnels et le témoignage public, la vie intérieure de nos communautés et leur élan missionnaire. C'est ainsi que se confirment l'attention éducative et le dévouement attentionné envers les pauvres, la capacité de tout chrétien de prendre la parole dans les milieux où il vit et travaille pour communiquer le don chrétien de l'espérance. Ce style doit faire sienne l'ardeur, la confiance et la liberté de parole (la parousie) qui se manifestaient dans la prédication des apôtres (cf. Ac 4, 31 ; 9, 27-28). C'est là le style que le monde doit trouver dans l'Église et dans tout chrétien, suivant la logique de notre foi. Ce style met en jeu chacun de nous personnellement, comme nous le rappelle Paul VI : «à côté de cette proclamation de l’Évangile sous forme générale, l’autre forme de sa transmission, de personne à personne, reste valide et importante. [...] Il ne faudrait pas que l’urgence d’annoncer la Bonne Nouvelle aux masses d’hommes fasse oublier cette forme d’annonce par laquelle la conscience personnelle d’un homme est atteinte, touchée par une parole tout à fait extraordinaire qu’il reçoit d’un autre».[60]

121. Dans cette perspective, l'invitation qui nous est adressée dans l'Année de la Foi à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, l'unique Sauveur du monde, est une occasion à exploiter au mieux, afin que toute communauté chrétienne, tout baptisé puissent être le sarment qui, en portant du fruit, est émondé «pour qu'il en porte encore plus» (Jn 15, 2) ; et qu'il puisse ainsi enrichir le monde et la vie des hommes avec les dons de la vie nouvelle modelé sur la nouveauté radicale de la résurrection. Dans la mesure de la libre disponibilité de l'homme, ses pensées et les êtres qui lui sont chers, sa mentalité et son comportement sont lentement purifiés et transformés, dans un chemin jamais vraiment achevé ici-bas. La «foi opérant par la charité» (Ga 5, 6) devient un nouveau critère d'intelligence et d'action qui change toute la vie de l'homme (cf. Ep 4, 20-29), portant des nouveaux fruits.

LES FRUITS DE LA FOI

122. Les fruits que cette transformation, rendue possible par la vie de foi, engendre au sein de l'Église comme signe de la force vivifiante de l'Évangile, prennent forme dans la confrontation avec les défis de notre temps. Les réponses indiquent ces fruits ainsi : des familles qui sont un signe véritable d'amour, de partage et d'espérance ouverte à la vie ; des communautés empreintes d'un esprit œcuménique véritable ; le courage de soutenir les initiatives de justice sociale et de solidarité; la joie de donner sa propre vie suivant une vocation ou une consécration. L'Église qui transmet sa foi dans la nouvelle évangélisation dans tous ces domaines montre l'Esprit qui la guide et qui transfigure son histoire.

123. Tout comme la foi se manifeste dans la charité, de même sans la foi, la charité ne serait que philanthropie. Chez le chrétien, foi et charité s'exigent réciproquement, de sorte que l'une soutient l'autre. Dans nombre de réponses il a été souligné la valeur testimoniale de tant de chrétiens qui, avec amour, consacrent leur vie à ceux qui sont seuls, marginalisés ou exclus, car c'est justement dans ces personnes que se reflète le visage même du Christ. Grâce à la foi nous pouvons reconnaître le visage du Seigneur ressuscité en ceux qui demandent notre amour : «Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25, 40). C'est la foi qui permet de reconnaître le Christ ; et c'est son amour même qui pousse à le secourir chaque fois qu'il se fait notre prochain dans le chemin de la vie.

124. Soutenus par la foi, nous regardons avec espérance à notre engagement dans le monde, dans l'attente de «nouveaux cieux et d'une terre nouvelle […] où la justice habitera» (2 P 3, 13). Comme l'affirmait Paul VI, c'est le même engagement évangélisateur qui nous demande «d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut».[61] Un grand nombre de réponses demandent d'encourager tous les baptisés à vivre avec plus de dévouement la tâche spécifique d'évangéliser aussi à travers la Doctrine sociale de l'Église, en vivant leur foi dans le monde à la recherche du véritable bien de tous, dans le respect et dans la promotion de la dignité de chaque personne, en arrivant à intervenir directement – en particulier les fidèles laïcs – dans l'action sociale et politique.

La charité est le langage qui, dans la nouvelle évangélisation, plus que par les paroles, s'exprime dans les œuvres de fraternité, de proximité et d'aide aux personnes dans le besoin, aussi bien spirituel que matériel.

125. Un engagement œcuménique renouvelé est le fruit ultérieur d'une Église qui se laisse transfigurer par l'Évangile de Jésus, par sa présence. Comme le rappelle le Concile Vatican II, la division entre les chrétiens est un contre-témoignage : «une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature».[62] Aller outre les divisions est la condition indispensable pour que l'imitation du Christ soit pleinement crédible. Ce qui unit les chrétiens est beaucoup plus fort de ce qui les divise. Nous devons donc nous encourager réciproquement dans la recherche d'une vie fidèle à notre témoignage de l'Évangile, en apprenant à grandir dans l'unité. Dans ce sens, comme le sollicitent beaucoup d'Églises particulières, la cause de l'œcuménisme est certainement l'un des fruits que nous devons attendre de la nouvelle évangélisation, car ces deux actions entendent promouvoir la communion dans le corps visible de l'Église, pour le salut de tous.

126. La tension de l'homme vers la vérité est elle aussi l'un des fruits que nombre de réponses s'attendent de l'élan de la nouvelle évangélisation. On constate que plusieurs secteurs de la vie actuelle manifestent une sorte d'impatience envers tout ce qui est affirmé comme vérité, en opposition au concept moderne de liberté comprise comme autonomie absolue, qui trouve dans le relativisme la seule forme de pensée possible pour la cohabitation entre les diversités culturelles et religieuses. À cet égard, de nombreuses réponses recommandent que nos communautés et les chrétiens individuellement – justement au nom de cette vérité qui nous fait libres (cf. Jn 8, 32) – sachent accompagner les hommes vers la vérité, la paix et la défense de la dignité de tout homme, contre tout forme de violence et de suppression des droits.

127. Le banc d'essai de ces chemins est sans aucun doute le dialogue interreligieux, qui ne peut pas avoir comme condition de renoncer au thème de la vérité, une valeur qui est par contre propre à l'expérience religieuse : la recherche de Dieu est l'acte qui qualifie de façon suprême la liberté de l'homme. Mais cette recherche n'est véritablement libre que si elle est ouverte à la vérité, qui ne s'impose pas par la violence, mais grâce à la force attractive de la vérité elle-même.[63] Comme l'affirme le Concile Vatican II : «La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue grâce auxquels les hommes exposent les uns aux autres la vérité qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité ; la vérité une fois connue, c’est par un assentiment personnel qu’il faut y adhérer fermement».[64] On s'attend à ce que le Synode relise le thème de l'évangélisation, de la transmission de la foi, à la lumière du principe que le binôme vérité-liberté met en relief.[65]

128. Enfin, de cette logique de la reconnaissance des fruits fait partie aussi le courage de dénoncer les infidélités et les scandales qui existent dans les communautés chrétiennes, comme signe et conséquence d'une chute de tension dans cette tâche d'annonce. Le courage de reconnaître les fautes est nécessaire, tandis qu'on continue à témoigner Jésus-Christ et le besoin constant d'être sauvés. Comme nous l'enseigne l'apôtre Paul, nous pouvons prendre acte de nos faiblesses car c'est ainsi que nous reconnaissons la puissance du Christ qui nous sauve (cf. 2 Co 12, 9; Rm 7, 14 ss). L'exercice de la pénitence comme conversion conduit à la purification et à la réparation des conséquences des erreurs dans la confiance que l'espérance qui nous a été donnée «ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné» (Rm 5, 5). Ces attitudes sont le fruit de la transmission de la foi et de l'annonce de l'Évangile, qui en premier lieu ne cesse de renouveler les chrétiens, leurs communautés et, en même temps, porte au monde le témoignage de la foi chrétienne. "

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Scrutator.