Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=637158

( 637158 )
Mgr Simon dans Ouest-France: approche fossilisée par Gaspard (2012-06-19 22:54:45)
Curieuse interview de Mgr Simon, évêque de Clermont. Alors que viennent de se conclure plus de deux ans de discussione doctrinales entre la FSSPX et Rome, laissant penser au plus distrait qu'il y a tout de même une certaine substance en jeu, il affirme que les "lefebvristes" ont des arguments "simplistes"... sans rentrer dans aucun argument sérieux. Simpliste ? C'est celui qui dit qui y'est comme on dit à la récré !
Interview Mgr Simon

( 637163 )
(réponse) par Alsaco63 (2012-06-19 23:46:39)
[en réponse à 637158]
Quand je lis cela, j'ai l’impression de lire un 68atre qui ne comprend pas que le monde veut de la stabilité pas le foutoir. Il accuse la fsspx d'avoir un regard simpliste. (...) Mgr vous ne voulez pas de la fsspx, belle affaire.... La fraternité dans votre diocèse (avec deux chapelles soit env. 250 paroissiens) a ordonné et envoyé plus de prêtre au séminaire que vous. Mgr où est votre bilan?

( 637165 )
AFP… par Olivier Figueras (2012-06-20 00:06:54)
[en réponse à 637158]
Juste une précision, cher Gaspard, c'est un entretien donné à l'AFP – comme le précise d'ailleurs le site auquel vous renvoyez.
Précision que vous jugerez peut-être futile. Mais je constate tous les jours combien ces reprises par des sites d'informations généralistes finissent par fausser les recherches, le jour où l'on a besoin de retrouver une référence.
Bien à vous,
Olivier Figueras

( 637166 )
Mgr Simon donne raison à Mgr Tissier de Mallerais par Jean-Paul PARFU (2012-06-20 05:38:42)
[en réponse à 637165]
puisqu'il oppose, dans ce court entretien, une doctrine subjectiviste à celle, objective, de la vérité et de l'erreur.
Or, c'est précisément le reproche que Mgr Tissier de Mallerais fait au modernisme, au Concile Vatican II (et d'ailleurs à certains écrits du cardinal Ratzinger).
Enfin, la critique du modernisme ne se limite pas à la critique de la liberté religieuse.
Les propos de l'évêque manifestent clairement l'opposition de l'épiscopat français à tout rapprochement ou, en tout cas, à tout rapprochement qui laisserait trop de marches de manoeuvres à la FSSPX.
La guerre est loin d'être terminée dans l'Eglise. La crise que nous vivons est sans doute la crise la plus affreuse que l'Eglise ait connue depuis sa fondation, puisqu'elle récapitule, en quelque sorte, toutes les autres crises !

( 637177 )
Erratum par Jean-Paul PARFU (2012-06-20 09:34:10)
[en réponse à 637166]
"marges de manoeuvres" (et non marches) bien entendu !

( 637178 )
En insistant sur la liberté religieuse par Jean-Paul PARFU (2012-06-20 09:40:32)
[en réponse à 637177]
Mgr Simon veut faire croire aux gens que la FSSPX est contre la liberté. Vous pouvez ainsi apprécier le côté démagogique du personnage.
Sur la liberté de conscience, il ne distingue pas, par exemple, le fait d'être contraint, du fait de ne pas être empêché.
Tout le monde comprend bien pourtant que si on ne peut obliger quelqu'un à se convertir, ce même quelqu'un peut être empêché de dire ou de faire n'importe quoi, y compris en matière religieuse, et selon les Papes jusqu'à Pie XII inclus, y compris si l'ordre public (notion d'ailleurs fluctuante selon les pays et les époques) n'est pas en jeu (puisque c'est l'offense faite à Dieu qui est la mesure du trouble) !

( 637186 )
Non par l'Hermitte (2012-06-20 10:15:13)
[en réponse à 637166]
C'est faux.
Ce n'est pas ce que dit Mgr Simon. Ce n'est pas parce qu'on a de gros points d'opposition avec quelqu'un qu'il faut déformer ses propos et n'y trouver finalement que ce qu'on y cherche.
On peut certainement dire que Mgr montre dans cette interview qu'il semble ne pas connaître le fond du problème. Certes, on ne peut pas obliger quelqu'un en conscience à croire ou ne pas croire. C'est quand même tout le fondement de la liberté que nous a donné Dieu de le servir ou non, par amour et non par crainte/contrainte.
On a donc le droit, donné par Dieu, de ne croire ou ne pas croire, d'aimer ou ne pas aimer. Sans ce droit notre amour ne serait pas libre et donc pas véritable.
Quand bien même on serait dans un Etat catholique, on ne pourrait pas obliger quelqu'un à croire. Quant à imaginer aujourd'hui un Etat qui interdirait d'autres cultes publics que le culte catholique, ce n'est que de la masturbation de neurones sans lien avec le réel donc sans intérêt.
Je ne crois pas me souvenir que Mgr Lefebvre ait été contre la liberté de conscience dans le sens où l'homme doit être libre d'agir selon ce que commande sa conscience (et donc d'aimer Dieu) et non d'avoir une conscience "libérale".
Sur la liturgie, Mgr Simon fait preuve au pire de mauvaise foi, au mieux de méconnaissance de l'histoire la plus élémentaire de la liturgie que Saint Pie V n'a fait que recadrer sur de l'existant.
On peut ne pas être d'accord avec l'évêque de Clermont (évidemment), mais ça ne permet pas de dire n'importe quoi.
Bon et puis alors ? La crise n'est pas finie ? Quelle belle découverte ! Quant à savoir si cette crise est la pire de tous les temps, j'avoue ne pas avoir votre connaissance sans doute immense de toute l'histoire des crises dans l'Eglise.
Et je m'en tape d'ailleurs.
En revanche je suis heureux de voir que le vrai combat de fond de la FSSPX est remis à l'honneur par ses plus hautes instances et que les outrances déconnectées du réel sont priées de se faire discrètes.
Merci aux courageux qui ont permis ceci.

( 637219 )
en effet l'Hermitte il y a 2 aspects dans la position de Mgr Simon par Luc Perrin (2012-06-20 15:15:27)
[en réponse à 637186]
1. Le premier tient à sa réponse sur la liberté religieuse. Elle est un peu floue pour le quidam qui ne suit pas ces débats comme ici et aurait pu reflèter plus pédagogiquement la position néo-intransigeante (mais plus intransigeante) du Magistère romain. L'Église ne reconnaît pas la "liberté de conscience" individuelle, au sens de la philosophie libérale et laïque : un baptisé n'est pas libre de choisir sa Tradition ou la portion de Tradition qui lui plaît, comme il le souligne lui-même en relevant correctement que c'est alors entrer dans la modernité, autre nom du libéralisme. Ce dont il fait grief aux traditionalistes concernés par cette attitude.
[j'ai fait une synthèse en réponse à Theonas dans le fil sur l'État catholique exclusif quelques pages plus bas]
Toutefois on ne peut que donner raison à Mgr Simon là dessus : le déplacement de la position du Magistère est amplement justifié par l'histoire bimillénaire de l'Église et plus particulièrement depuis la Révolution (libérale) française.
Vouloir bâtir un vrai schisme comme semble le suggérer Mgr Tissier de Mallerais sur ce seul point qui relève au moins autant du prudentiel/pastoral que de la doctrine, c'est ahurissant et contribue à ridiculiser la critique traditionaliste. Mgr Simon le relève à bon droit.
J'invite néanmoins respectueusement l'archevêque de Clermont-Ferrand à ne pas voir l'ensemble du traditionalisme mondial à travers le prisme déformant de Mgr Tissier de Mallerais ainsi que des fougueux Vianney-Parfu-Theonas du F.C.
Les traditionalistes romains depuis longtemps et, semble-t-il, une très large part de la F.S.S.P.X, à commencer par le Supérieur général et ses Assistants, ne font plus de cet aspect une priorité absolue et je le redis c'est sur Assise I et sa défiance quant au statut canonique et aux évêques à consacrer que Mgr Lefebvre a posé des actes schismatiques en 1988. Pas sur D.H. sinon il l'aurait fait bien plus tôt.
Mgr Simon pourra constater à écouter l'abbé Pfluger le peu de place (pas un mot quant à l'État catholique exclusif en fait) que tient ce point dans la critique actuelle de la direction de la Fraternité saint Pie X.
2. La divergence porte, bien sûr, sur les 2 autres réponses de Mgr Simon où le vice-président de la C.E.F. est prisonnier d'une vision dépassée (années 1960-début 1980) qui ne prend pas en compte les développements du débat intra-ecclésial depuis Jean-Paul II et les inflexions apportées par Benoît XVI, en particulier avec Summorum Pontificum mais aussi via l'allocution du 22 décembre 2005.
- la question de la néo-liturgie est bien posée et elle ne fait que grandir dans l'Église depuis 1970 que ce soit dans la Forme ordinaire actuelle, avec les partisans en nombre croissant de la Forme extraordinaire - bien que très minoritaires encore, c'est vrai - et même au sein des Églises orientales catholiques (ex. les Syro-malabars). Le synode des évêques de 2005 a bien tenté de réduire le débat à l'ars celebrandi mais il n'a pu l'étouffer.
L'échec de la néo-liturgie dans nos pays, Europe de l'Ouest et Amérique du Nord, est patent : Mgr Simon doit le savoir comme Mgr Roland pour son diocèse et combien d'autres évêques confrontés à la désertification des églises que la nouvelle liturgie devait, croyait-on en 1964-1970, remplir de fidèles à nouveau.
Mgr Simon devrait replacer les interrogations liturgiques des traditionalistes dans un ensemble beaucoup plus vaste : ils sont un maillon important mais un maillon d'une chaîne qui comprend le Père Louis Bouyer et Joseph Ratzinger, Adoremus-Solesmes-Pro liturgia, une majorité d'évêques américains, des prélats africains, un nombre grandissant de jeunes prêtres et séminaristes, pas mal de laïcs souvent lettrés etc. Tout ne se limite pas, l'archevêque le sait bien, à la question de la langue liturgique même si l'attachement à une langue liturgique non vernaculaire est un trait anthropologique universel. On a donc bien tort de l'évacuer avec un sourire : pour cela l'interreligieux est utile.
- cela vaut pour sa dernière réponse qui réduit la revendication de "repères forts" et d'identité au seul tout petit segment traditionaliste. Mais Monseigneur c'est la revendication de "conciliaires" aussi indiscutables que Paul VI et Jean-Paul II, de Mgr Elchinger qui sa vie durant n'a cessé de réclamer un retour aux "repères forts" et cela est porté aujourd'hui bien au-delà des traditionalistes qui suivent Mgr Fellay ou s'apprêteraient à suivre Mgr Tissier de Mallerais si, par malheur celui-ci persiste dans l'impasse où il semble vouloir se diriger.
Il serait temps que l'ensemble de l'épiscopat français voit où sont les réserves de dynamisme pour la Nouvelle évangélisation de notre pays qui est devenu post-chrétien et de plus en plus a-chrétien voire parfois anti-chrétien (cf. un historien "conciliaire" René Rémond). Dans cette société anomique libérale, les "repères forts" sont en un effet un "radeau" mais pas le "premier venu" car la Bonne Nouvelle est peut-être la pierre rejetée des bâtisseurs libéraux mais c'est elle qui doit devenir la pierre d'angle.
Le traditionalisme catholique n'est pas à lui seul toute la pierre mais il en représente une part, le radeau est solide il flotte malgré les tempêtes depuis 2000 ans. On comprend que de plus en plus de catholiques (quelquefois d'autres chrétiens) parmi ceux qui restent fidèles à l'Église viennent s'y arrimer : les évêques devraient les y inviter et les encourager et non pas les en dissuader, à mon très humble avis.

( 637224 )
Le radeau tradi en train de couler aussi par Babakoto (2012-06-20 16:28:29)
[en réponse à 637219]
Il me semble que le nombre de vocations, pour n'utiliser que ce critère là, baisse aussi chez les traditionalistes, même si cette baisse est plus contenue.
D'autre part, quand vous parlez de revendication de "repères forts" je ne suis pas certain que cela suffise.
La crise de l'Eglise est une crise d'autorité, une crise fondamentale qui revient à cette question toute simple:
POURQUOI (HIC ET NUNC) DEVRAIS-JE CONTINUER A FAIRE CONFIANCE A L'EGLISE CATHOLIQUE?
La réponse identitaire qui consiste à dire que c'est la religion de ma famille et de mes ancêtres, ne pèse pas très lourd. Tout-le-monde, loin s'en faut n'a pas eu la chance de naître dans une famille catholique. A certains égards, cette réponse est une insulte à l'Eglise et à l'intelligence.

( 637230 )
votre post est très bizarre par Luc Perrin (2012-06-20 18:03:28)
[en réponse à 637224]
J'avoue être déconcerté par ce que vous écrivez qui semble décalé complètement tant du propos de Mgr Simon que du mien.
Personne, sauf vous apparemment, n'assimile la "réponse identitaire" au fait de naître dans une famille catholique. Cela n'a rien à voir.
Les catholiques "identitaires" sont souvent, à l'inverse, nés dans des familles peu voire pas pratiquantes ou sont carrément des convertis.
Ce qu'on appelle couramment dans les media généraux, dans les livres de sociologie et dans les textes romains parfois diocésains, l'affirmation d'une identité catholique est une vie chrétienne au grand jour pour les familles, au travail, la participation à des groupes/mouvements catholiques, des activités collectives repérables (ex. J.M.J., pèlerinage de Chartres ...).
Pour le clergé, c'est le refus de s'enfouir, afficher son état de vie à travers l'habit prescrit, prêcher l'Évangile à temps et surtout à contre-temps sans crainte [cf. les "repères forts"], l'opposé de l'abbé de la Morandais si vous voulez, l'anti-G*lias etc.
En bref, les catholiques "identitaires" ne se posent guère la question qui vous préoccupe - celle mise en capitales - car ils/elles sont au-delà de cette question : ils/elles y répondent dans leur engagement de laïcs ou de clercs ou de religieuses chaque jour et dans leur vie spirituelle alimentée par la grâce reçue dans les sacrements et les dévotions diverses, nourrie de lectures, raffermie par la doctrine sociale de l'Église ...
Ceux et celles qui se posent cette question sont à chercher plutôt chez les théologiennes du doute type Mme Soupa, chez les religieux perdus dans la modernité type P. Valadier sj, dans le courrier des lecteurs de La Croix et chez les néo-chrétiens de G*lias qui sont "en recherche" et ne trouvent jamais sauf pour dénaturer la Bonne Nouvelle et vomir sur Rome et la Hiérarchie.
Je ne sais pas où vous voyez le "radeau tradi en train de couler" : cela ne correspond statistiquement et qualitativement à rien de factuel. Mgr Simon ne dit pas cela non plus .... à moins que vous ne soyiez obsédé par les exalté(e)s qui veulent tirer la FSSPX vers un groupuscule sectaire ?
J'ai confiance que seule une très petite minorité se laissera abuser si Mgr Fellay et le pape tiennent l'un et l'autre fermement le cap sans fléchir et en assurant un bon Préambule doctrinal et un bon statut canonique.

( 637242 )
Mais enfin, Luc Perrin, vous vous entêtez dans une généalogie des "actes chismatiques" par le torrentiel (2012-06-20 19:40:53)
[en réponse à 637219]
posés par mgr Lefebvre plutôt que d'essayer de faire la généalogie de ce qu'il est convenu d'appeler avec lui la tradition.
Je dis avec lui, car avant lui, on a tenté de trouver d'autres formes d'intransigeance pour ressusciter la société traditionnelle, mais c'est sous son inspiration que la tradition est devenue un milieu sociologique de fidèles, s'opposant au reste de l'Eglise sous quatre chefs d'accusation, qu'il il s'agirait de mettre bout à bout pour en en déterminer la cohérence, ou les rapports de cause à effet.
Mgr Simon n'a pas tort de dire aux traditionalistes qu'ils définissent eux-mêmes leur propre tradition. Il serait plus précis en leur disant qu'ils la périodisent, qu'ils lui assignent une certaine date de départ et un point d'arrivée, après lequel on ne fera plus un pas, entre le syllabus et le pontificat de Pie XII, accepté en bloc, mais plus formellement que dans ses implications politiques réelles, le démocratisme, l'européisme de ce pape, que les traditionalistes ne veulent cependant pas contester ouvertement, car Pie XII est le pape qui a précédé le concile, et le concile fournit une borne facile pour élever et concentrer des griefs précis et étayés.
Vous dites vous-même que l'intransigeance contre-révolutionnaire ultraréactionnaire, par opposition aux tentatives positivistes (et, pour simplifier, maurrassiennes) d'instrumentalisation de l'eglise qui ont eu cours au début du XXème siècle, a prétendu figer une espèce de "fin de l'histoire" sous la forme d'un rêve syllabusien, de l'idéal inaccessible de retrouver un Etat confessionnel, catholique, exclusif.
Ce rêve a essayé de contrecarrer la dérive laïciste de l'etat, en germe depuis la révolution, dont les concordats, transformant profondément les relations de l'Eglise et de l'Etat, ont été une "paix armée", qui est devenue une guerre plus du tout larvée avec les lois dites de séparation, guerre vis-à-vis de laquelle nous vivons une forme d'armistice, mais le bras séculier est bien séparé du pouvoir spirituel, les deux glaives n'ont nullement l'intention de faire cause commune, dans nos pays de vieille chrétienté, et particulièrement en france, terre de cristallisation de ces antagonismes, fille aînée de l'Eglise et de la révolution.
Mgr Lefebvre a refusé que l'Etat dérobe à l'Eglise des ouailles et des âmes pour le salut. Le missionnaire en lui ne pouvait se résoudre à cela. D'où le premier levier de sa contestation, qui a été "la liberté religieuse", levier susceptible d'élancer les esprits d'une imprégnation d'autant plus puissante qu'avec les migrations qui peuplaient le pays de non catholiques après la perte de la classe ouvrière, le refus de "la liberté religieuse" pouvait fédérer derrière mgr Lefebvre tous ceux qui refusaient que la france changeât de religion et que, la nature ayant horreur du vide, le laïcisme trouve très vite à montrer ses limites.
La collégialité correspondait à un entérinement sans le dire par les évêques du fait que, pour avoir encore voix au chapitre dans un etat laïque, ils devaient s'organiser comme une espèce de concistoire, ce qui était tout à fait contraire au génie provinciale de l'Etat (et l'on pourrait même dire du royaume) catholique. Il était donc logique que mgr Lefebvre, voulant redonner à l'etat une forme catholique, qu'il appela à la suite du cardinal Pie "la royauté sociale de notre Seigneur Jésus-christ", refusât de cautionner l'organisation de ces concistoires version catholique allant à l'encontre du pouvoir particulier de chaque évêque, qu'étaient les Conférences episcopales, moyens qu'avaient trouvé les évêques d'exercer un contre-pouvoir dans un etat séparé de l'Eglise, ou du moins de faire en sorte que cette séparation se fasse à l'amiable, dans un dialogue du collège épiscopal au pouvoir civil, pour que l'Eglise soit en mesure de demeurer l'éducatrice d'un peuple gouverné par un etat centralisé et jacobin.
Pour donner à la tradition les formes de son intransigeance, mgr Lefebvre a, pour ainsi dire, syllabusé la liturgie en parlant de "messe de toujours"; mais sans doute saurez-vous me dire qui a, le premier, inventé cette expression qui est aussi fause que c'est à tort que l'on parle de "la Rome éternelle", comme si rome n'avait pas été fondée, mais surtout avait toujours été la rome catholique, un peu comme les Israéliens les plus intransigeants voudraient que Jérusalem soit la "capitale éternelle et indivisible de l'Etat d'Israël", en commençant par oublier que Jérusalem avait été la ville des gébusites, avant que le roi david n'en fasse la cité de sa maison royale, puis le siège du Temple, dans lequel fut transférée l'arche d'alliance. Ces expressions de "rome éternelle" ou de "Jérusalem, capitale éternelle" pourraient passer pour métaphoriques si ceux qui les emploient n'avaient fini par y croire.
Mgr Lefebvre a également vertébré ce syllabusisme liturgique sur une intransigeance doctrinale, qui dépassait les articles de foi pour englober la connaissance, non seulement des catéchismes, mais des points les plus précis des textes du magistère, des papes et des docteurs, comme si ce magistère n'avait jamais connu des évolutions et des contradictions et comme si la religion du dépassement de la loi par une morale de conséquence devait devenir davantage une orthonomie qu'une orthodoxie. Mais il fallait reposer les fondations ou les soubassements d'un catholicisme capable d'en imposer à l'Etat pour tenir l'ensemble dans une unité fantasmatique.
Qu'ensuite, le dialogue interreligieux ait été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase aux yeux du vénérable prélat, dialogue qui prenait ouvertement parti pour la thèse missiologique selon laquelle les religions non chrétiennes étaient des moyens ordinaires de salut, ce qui rendait, non seulement la mission caduque, mais le conseil évangélique tout autant, dialogue prôné à d'autant plus grande échelle que l'Etat cessait d'être le cadre naturel où se faisait la politique, puisqu'on acceptait la mondialisation, et donc le mondialisme comme un fait, pourquoi ne pas vous l'accorder? Mais pourquoi tenir à donner plus d'importance qu'il n'en a à ce catalyseur et ne pas voir comment s'emboîtent ces différentes couches de protestation qui ont donné naissance, de façon panoramique, à ce phénomène qui s'est auto-intitulé la Tradition? C'est ce que je ne comprends pas dans votre approche, sauf à le mettre sur le compte de la précision de l'historien, qui cherche davantage la cause immédiate qu'il ne voit quelquefois les idées dans leur enchaînement à la fois aléatoire et rigoureux!

( 637251 )
pour répondre brièvement à votre long hors sujet par Luc Perrin (2012-06-20 20:24:36)
[en réponse à 637242]
Mon analyse des propos de Mgr Simon renvoie, comme lui, d'abord au traditionalisme aujourd'hui. Je ne cherche pas à me perdre, comme vous ?, dans une généalogie de la Tradition ... complètement hors sujet.
Et hors de ma compétence : je ne suis pas exégète, je ne suis pas historien du christianisme antique ou médiéval. Refaire l'histoire du christianisme ne nous éclairerait en rien sur les questions présentes de la FSSPX née en 1969-1970.
Le Magistère du XIX-XXe siècle est partie intégrante de "la Tradition" : il est même très important puisqu'il aborde une situation inédite, la Modernité, inconnue des siècles précédents, inconnue et impensable ; en ce sens saint Thomas d'Aquin trouve quelques limites et les Pères de l'Église chers aux partisans/acteurs du "renouveau" des années 1940 à 1960 aussi.
Il est bien normal que les traditionalistes s'intéressent en 1er à ces apports du Magistère, ils ne sont pas les seuls et Vatican II ne saurait se comprendre sans ce corpus : pas de Gaudium et spes par ex. sans la doctrine sociale de l'Église, le décret sur l'apostolat des laïcs lui doit énormément (cf. Pie XI), les recherches bibliques, l'oecuménisme et le rapport aux autres religions, la question de l'État, tout cela renvoie au Magistère précité et pas du tout au IIIe siècle ou au XIIIe.
Le dialogue interreligieux et ses conséquences perverties ne sont pas une "goutte d'eau". Il est vraiment fou de le prétendre, c'est vraiment ne rien connaître au missionnaire spiritain que fut Marcel Lefebvre. Reportez vous à la biographie de Mgr Tissier de Mallerais svp si vous ne saviez pas que la mission est au coeur de la vie et de la pensée de Mgr Lefebvre.
Or la mission est indépendante de tout ce que vous collationnez : collégialité, État catholique exclusif etc. tout cela existe en dehors, les sujets ne sont pas connectés.
Une fois encore, le sacres sont intervenus en 1988 deux ans après Assise I et non en 1966 comme vous voudriez nous le faire croire.
Il faut être rigoureux avec les dates même en histoire contemporaine.
ps. relisez le texte de Michel de Saint Pierre : pas un mot sur votre liste, tout sur les déviations interreligieuses et leur conséquence sur la nature de l'Église et de la foi.

( 637291 )
Je ne fais pas l'exégèse de la Tradition de l'Eglise, par le torrentiel (2012-06-21 00:54:04)
[en réponse à 637251]
répondre à la va-vite vous aura vraiment fait mal me lire; je ne prétends proposer qu'une généalogie très approximative et intuitive des quatre chefs d'accusation que mgr Lefebvre a portés contre le concile et sur lesquels repose, encore aujourd'hui, la Tradition, au sens qu'il a donné à ce terme. Ces quatre chefs d'accusation sont:
- la liberté religieuse (avec la fin de l'Etat confessionnel et la renonciation au Règne Social proclamé de notre Seigneur Jésus-christ);
-la collégialité (que je place dans le prolongement de cette déconfessionalisation , comme une forme de contre-étatisme clérical censée parler au monde);
-la liturgie (et la doctrine (avec la condamnation de l'oecuménisme et de la possibilité de s'entendre avec les "frères séparés");
-enfin le dialogue inter-religieux, expression de la mondialisation des religions, symétrique à la mondialisation des Etats, dont mgr Lefebvre pouvait d'autant moins s'accommoder qu'il était le fils d'une nation anciennement chrétienne et avait été missionnaire "au temps béni des colonies" (les guillemets exprimant que je ne reprends pas cette expression, issue d'une chanson populaire, à mon compte, mais mgr Lefebre était content des bons rapports qu'il entretenait avec les représentants des autorités françaises au sénégal).
(On est libre, bien sûr, de ne pas partager ni adopter ma "généalogie de la tradition" et d'articuler ces chefs d'inculpation selon un autre ordre de priorités, mais j'aurais cru qu'un historien l'aurait comprise, sans que j'aie à lui remâcher le travail, en lui réexpliquant tout par le menu.)
De plus, je méconnais si peu l'importance du missionnaire dans le spiritain que fut Marcel Lefebvre que j'ai abondé dans votre sens en disant que c'était la perte de l'unicité du salut dans le christ qui avait pu lui faire ressentir le dialogue inter-religieux et la réunion d'Assise comme la dernière gifle intolérable infligée par l'autorité romaine à ses conceptions antisyncrétiques et aussi peu relativistes que possible.
Désolé de vous redire un peu vertement que, si vous lisez avec une aussi grossière capacité de commettre un contresens les documents d'histoire contemporaine soumis à votre analyse, que vous vous êtes mépris sur ma modeste prose, en étant capable de croire que je faisais une exégèse de la Tradition dans l'eglise alors que je ne cherchais, dans cette brève mise au point, qu'à emboîter les chefs d'accusation de mgr Lefebvre contre le concile, dans la logique qui a donné naissance à la tradition telle qu'entendue par lui et repris jusqu'aujourd'hui dans le milieu dit traditionaliste, je crains beaucoup que vos analyses ne soient biaisées, même si vos contresens sont imputables aux lourdeurs d'expression des documents que vous consultez, auxquels je n'aurai pas l'outrecuidance de comparer mon charabia amphigourique.
Autrement dit, je ne donnerai pas latitude à un historien de m'avoir mal compris sous prétexte que je me serais mal exprimé, c'est à lui de me traduire, car il y a quantité de gens qui écrivent mal ou compliqué; et si l'historien ne comprend pas et commente malgré tout, il commet une double faute: une faute de transmission et une faute d'interprétation, c'est-à-dire qu'il déchoit dans les deux choses qu'on attend de lui: communiquer un document et l'analyser. (Je répète que ma position n'est pas un document, ce n'est qu'une opinion).

( 637195 )
Le pape regarde l'avenir, Mgr Simon se barricade dans le passé par Gaspard (2012-06-20 10:39:17)
[en réponse à 637166]
C'est un peu triste, triste qu'un évêque s'obstine à ignorer ce que fait le pape et parle comme s'il était en 1970 et qu'il n'y avait ni la levée des excommunications, ni le Motu proprio de 2007, ni deux ans de discussions doctrinales, ni la proposition d'une prélature personnelle à la FSSPX, ni de nombreuses vocations classiques ou tradis aujourd'hui, ni un effondrement du nombre des fidèles et des prêtres en France.
Bref, le pape regarde l'avenir, ouvre les bras, alors que Mgr Simon est figé dans une approche complètement datée et dépassée, et qui heureusement ne représente pas l'épiscopat français, mais seulement une partie - la plus âgée.