Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=637256
images/icones/neutre.gif  ( 637256 )Notre Père par Odonate (2012-06-20 20:42:54) 

Dans ma jeunesse, j'ai appris le Notre Père en disant " ne nous laissez pas succomber à la tentation". Aujourd'hui en dehors du tutoiement, il est récité en disant "ne nous soumets pas à la tentation".
Pouvez vous m'expliquer?
Dans mon esprit, Dieu ne nous soumet pas à la tentation, c'est le diable qui nous tente.
En revanche je comprends que nous demandions au Seigneur de nous aider à résister à cette tentation.

Pourquoi ce changement?
Merci pour toutes les explications que vous pourrez m'apporter.
images/icones/livre.gif  ( 637261 )Traduction du Pater noster par Quodvultdeus (2012-06-20 21:10:17) 
[en réponse à 637256]

Voici un extrait d'un livre qui vient de paraître :

"Vers de nouvelles traductions liturgiques", éditions de L'Homme Nouveau :


C’est la sixième demande du Notre Père qui pose le plus gros problème de traduction : Et ne nos inducas in tentationem.

Voici ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église Catholique (§ 2846) :

« Hæc petitio radicem attingit præcedentis, quia peccata nostra fructus sunt consensus tentationi. Patrem nostrum rogamus ne nos in eam “inducat”. Difficile est vocem Græcam uno vertere verbo: hæc significat “ne permittas intrare in”, (cf. Mt 26, 41) “ne sinas nos tentationi succumbere”. “Deus enim non tentatur malis, ipse autem neminem tentat” (Iac 1, 13), vult e contra nos a tentatione liberare. Eum precamur ne nos sinat ingredi viam quæ ad peccatum ducit. In colluctationem incumbimus inter “carnem et Spiritum”. Hæc petitio Spiritum implorat discretionis et roboris. »

Ce qui donne dans notre traduction personnelle :

« Cette demande atteint la racine de la précédente, car nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous demandons à notre Père de ne pas nous y “induire”. Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie “ne permets pas d’entrer dans” (cf. Mt 26, 41), “ne nous laisse pas succomber à la tentation”. “Dieu ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne” (Jc 1, 13), il veut au contraire nous en libérer. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat entre “la chair et l’Esprit”. Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force. »

Grammaticalement parlant, la phrase ne nos inducas in tentationem ne pose pas de problème. On pourrait traduire ainsi : ne nous induis pas dans la tentation (dans la tentation plutôt que en tentation, cf. à ce sujet les remarques pertinentes de l’abbé Carmignac et les remarques ci-dessous).
Mais est-ce bien ce que Jésus a voulu dire ? Il semble que non, et l’abbé Carmignac, à partir de la grammaire hébraïque, le démontre brillamment.
Mais restons-en au latin.
Le gros Gaffiot (comprenez le gros dictionnaire latin-français de Félix Gaffiot) indique, pour le verbe inducere (acception 7. a) : introduire, faire entrer.

Si, dans la traduction ci-dessus, on remplace le verbe in(tro)duire par l’expression synonyme faire entrer, on devra se poser la question suivante : doit-on faire porter la négation sur faire ou sur entrer ? Autrement dit, faudra-t-il comprendre :
- ne nous fais pas entrer dans la tentation
ou bien
- fais que nous n’entrions pas dans la tentation ?

Ceux qui connaissent bien les nuances de notre langue verront tout de suite la différence. Et le Catéchisme de l’Église Catholique nous indique la bonne réponse : c’est la deuxième formulation qui est la bonne.
Et si l’on se réfère à ce que Jésus disait à Ses disciples durant Sa passion : Veillez et priez pour ne pas entrer dans la tentation (Mt 26, 41), on comprend sans peine que l’expression « entrer dans la tentation » signifie « y succomber ».

Il est intéressant de noter que saint Augustin s’étonnait déjà, vers la fin du quatrième siècle, de la traduction latine de la sixième demande du Pater. Voici ce qu’il écrivait dans son commentaire du Sermon sur la Montagne (livre II, 9. 30) :

« Sexta petitio est: Et ne nos inferas in tentationem. Nonnulli codices habent inducas, quod tantundem valere arbitror; nam ex uno græco quod dictum est εἰσενέγκῃς utrumque translatum est. Multi autem in precando ita dicunt: Ne nos patiaris induci in tentationem, exponentes videlicet, quomodo dictum sit inducas. Non enim per se ipsum inducit Deus, sed induci patitur eum quem suo auxilio deseruerit ordine occultissimo ac meritis. Causis etiam sæpe manifestis dignum iudicat ille quem deserat et in tentationem induci sinat. Aliud est autem induci in tentationem aliud tentari. »

En français :

« La sixième demande est : Et ne nous emporte pas dans la tentation. Quelques ‘codex’ ont in(tro)duis, ce qui, je pense, veut dire la même chose : car l'un et l'autre sont traduits du mot grec εἰσενέγκῃς. Beaucoup disent, en priant : Ne souffre pas que nous soyons in(tro)duits dans la tentation, afin de mieux expliquer le sens de l’expression in(tro)duis. Car Dieu par lui-même n'in(tro)duit point dans la tentation, mais souffre qu’y soit in(tro)duit celui à qui il a retiré son secours par un secret dessein et par punition. Souvent même c'est pour des causes manifestes que Dieu le juge digne de cet abandon et le laisse être in(tro)duit dans la tentation. Mais autre chose est d’être in(tro)duit dans la tentation, autre chose d'être tenté. »

Dans ce texte très éclairant de saint Augustin, l’expression induci in tentationem = être in(tro)duit dans la tentation signifie y tomber, y succomber.

D’après certaines indiscrétions, il semblerait que l’on s’achemine vers la traduction suivante : « Ne nous laisse pas entrer en tentation » ou quelque chose de similaire. Or, ce serait encore une faute, car entrer en tentation et entrer dans la tentation, ce n’est tout de même pas la même chose :
- entrer en tentation = commencer à être tenté ;
- entrer dans la tentation = succomber à la tentation.


C’est une de ces subtilités qui sont propres à la langue française. Que l’on se donne la peine également de comparer chacune des expressions suivantes et d’y discerner les subtiles nuances :

en bateau – dans le bateau ; en bois – dans le bois ; en campagne – dans la campagne ; en civil – dans le civil ; en communauté – dans la communauté ; en cours – dans le cours ; en danger – dans le danger ; en Église – dans l’Église ; en famille – dans la famille ; en jeu – dans le jeu ; en partie – dans la partie ; en religion – dans la religion ; en semaine – dans la semaine ; en terre – dans la terre ; en train – dans le train ; en vie – dans la vie ; en ville – dans la ville ; etc.


Pour cette sixième demande du Notre Père, la plupart des langues européennes traduisent littéralement le latin (le décalquent) :

italien : non c’indurre in tentazione
corse : ùn ci induce micca in tentazione
anglais : lead us not into temptation
néerlandais : leid ons niet in bekoring
danois : led os ikke ind i fristelse
norvégien : led oss ikke inn i fristelse
allemand : führe uns nicht in Versuchung
luxembourgeois : féier eis nët an d’Versuchung

Seules les langues de la péninsule ibérique ont une traduction ressemblant à l’ancienne traduction française (ne nous laissez pas succomber à la tentation) ou à la traduction – non officielle – berrichonne (ne nous laissa pas tomber dins la tentation) :

espagnol castillan : no nos dejes caer en la tentación (ne nous laisse pas tomber dans la tentation) ;
portugais : não nos deixeis cair em tentação (ne nous laissez pas tomber dans la tentation) ;
catalan : no permeteu que nosaltres caiguem a la temptació (ne permettez-pas que nous tombions dans la tentation).

Pourquoi la version française actuelle est-elle si gravement fautive ? Tout simplement parce qu’elle n’est ni un décalque du latin (inducere, induire), ni une traduction fondée sur une exégèse approfondie, cherchant à rendre le mieux possible la pensée de Notre-Seigneur, mais une interprétation. Le malheur est que cette interprétation attribue à Dieu ce qui est le propre du démon. Si l’on demande à Dieu ne nous soumets pas à la tentation, c’est qu’on L’estime capable de nous y soumettre. Or, qui soumet les hommes à la tentation sinon le démon, appelé à juste titre le Tentateur ? Le Catéchisme de l’Église Catholique renvoie à ce verset de l’épître de saint Jacques : Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : « C’est par Dieu que je suis tenté » (Jc 1, 13a).

L’Association des Amis de l’Abbé Carmignac propose la très belle traduction suivante : Gardez-nous d’entrer dans la tentation. Cette traduction, sans doute très fidèle à la pensée de Jésus, a en outre le mérite de rappeler l’une des dernières recommandations du Seigneur à Ses disciples : Veillez et priez pour ne pas entrer dans la tentation (Mt 26, 41 ; Mc 14, 38 ; Lc 22, 40).
images/icones/mitre4.png  ( 637265 )L'explication du Cardinal Ratzinger par frantiz (2012-06-20 21:56:42) 
[en réponse à 637261]

C'est à lire ICI
Après je trouve que c'est un peu se torturer l'esprit pour arriver au résultat "Ne ne nous laissez pas succomber à la tentation"
images/icones/interdit.gif  ( 637266 )Votre lien pue le souffre ! par Jéhu (2012-06-20 22:08:51) 
[en réponse à 637265]

Votre lien mène au forum "Viens, Seigneur Jésus".

Je ne connaissais pas, j'ai un peu regardé, et ca sent le forum d'illuminés à plein nez !
Par exemple, avec les soi-disant messages de la Vierge sur la bataille d'Harmagédon, vieille réthorique des témoins de Jéhovah.

Je ne suis pas allé plus loin. Ca a une drole d'odeur... Le connaissez-vous, ou l'avez-vous trouvé en cherchant le texte du cardinal Ratzinger ?

Par ailleurs, jusqu'en 1970, les traductions fantaisistes, ou douteuses théologiquement étaient quand même plutot rares. Alors, un peu de respect pour la vieille formule du Notre Père en français, qui n'a pas été trouvée par les derniers des imbéciles, et conservée par d'autres grands imbéciles.

Cordialement.
images/icones/5b.gif  ( 637268 )forum: le texte du Cardinal par frantiz (2012-06-20 22:32:38) 
[en réponse à 637266]

C'est en cherchant le texte du Cardinal Ratzinger, je n'ai pas l'habitude de fréquenter ce forum.
Ce qui
images/icones/1a.gif  ( 637374 )J'en suis rassuré ! par Jéhu (2012-06-21 15:47:40) 
[en réponse à 637268]

Tout est dans le titre.
images/icones/livre.gif  ( 637271 )L'Abbé Olivier Günst-Horn... par Paterculus (2012-06-20 22:47:20) 
[en réponse à 637261]


"Vers de nouvelles traductions liturgiques", éditions de L'Homme Nouveau


L'Abbé Olivier Günst-Horn est l'auteur de ce nouveau livre, qu'on ne saurait que conseiller à quiconque s'intéresse au sujet, et je connais trois évêques qui sont dans ce cas.
L'Abbé Olivier Günst-Horn est un polyglotte averti, et de plus il est diplômé en latin ecclésiastique. Son livre est sûr.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/1a.gif  ( 637755 )[réponse] par Odonate (2012-06-25 09:14:11) 
[en réponse à 637261]



merci pour toutes ces nombreuses explications.
images/icones/ancre2.gif  ( 637270 )C'est sur Pageliasse, bien sûr ! par Paterculus (2012-06-20 22:43:01) 
[en réponse à 637256]

Ma contribution est sur Pageliasse.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/hein.gif  ( 637275 )Vous ne trouvez pas par Quaerere Deum (2012-06-20 23:13:05) 
[en réponse à 637270]

qu'il y a un problème de redondance entre la sixième et la septième demande, quelles que soient les traductions (actuelle et celle de Carmignac) ? Ces redondances ne sont pas dans les habitudes de Jésus pourtant.

Par ailleurs, je n'arrive toujours pas à comprendre le sens du «mais» entre les deux. Où se trouve l'opposition ?

Ainsi,
1/ Pourquoi ne pas considérer la tentation comme celle du peuple de d'Israël envers Dieu, à Massa («jours de tentation et de défi») ?

2/ Sinon, peut-on remplacer tentation par «épreuve» : ne nous soumets pas à l'épreuve ?

Je n'y connais rien en exégèse. Pouvez-vous m'éclairez sur ces points, monsieur l'abbé, s'il vous plait ?
images/icones/neutre.gif  ( 637280 )Je vais essayer... par Paterculus (2012-06-20 23:31:58) 
[en réponse à 637275]

... de vous répondre mais à cette heure, je ne garantis pas le résultat.

A mon avis, il n'y a pas une simple redondance entre les deux dernières demandes, la septième demande étant plus large que la sixième : il s'agit de tout mal, alors que la tentation n'est qu'un mal parmi d'autres. En fait, le texte grec permet d'interpréter "Mal" avec une majuscule, il s'agit alors du démon, qui est à l'origine de tout mal.

Le "mais" se justifie dans certaines traductions mieux que dans d'autres : si l'on insiste davantage sur l'action de Dieu (avec des expressions comme "garde-nous"), le "mais" se justifie moins, il signifie "et en plus". En revanche si l'on dit "ne nous laisse pas", le "mais" montre que c'est plutôt dans la septième demande qu'on attend le plus l'action de Dieu.

Par ailleurs c'est vrai que la tentation peut être bénéfique : quand elle est surmontée, elle est une épreuve, c'est à dire une occasion de manifester notre fidélité et notre amour à Dieu.

Voici donc la traduction du « Pater noster » par M. l'abbé Jean CARMIGNAC :
« Notre Père des Cieux, que, sur la Terre comme au ciel, Ton Nom soit glorifié, Ton Règne arrive, Ta Volonté soit faite. Donne-nous aujourd'hui notre pain jusqu'à demain. Acquitte-nous de nos dettes comme, nous aussi, nous avons acquitté nos débiteurs. Garde-nous de consentir à la tentation, mais écarte-nous du démon. »

VdP
images/icones/neutre.gif  ( 637305 )Merci par Quaerere Deum (2012-06-21 08:42:40) 
[en réponse à 637280]

Si l'on considère le mal comme étant «le Malin» dans la dernière demande, et que c'est lui le Tentateur, alors on peut tout de même considérer que la septième demande inclus la sixième.

Je ne peux pas juger de la traduction de Carmignac, mais elle a l'avantage de sa littéralité.
En revanche, je ne suis pas sûr que sa forme soit adaptée à un usage litrugique.
images/icones/fleur.gif  ( 637277 ) Merci par Steve (2012-06-20 23:15:23) 
[en réponse à 637270]

Merci pour votre analyse.

Question subsidiaire.
- Comment cette mauvaise traduction a-t-elle été reçue et répétée avec l'incroyable docilité dont nous sommes témoins ?

images/icones/ancre2.gif  ( 637281 )Rupture, autoritarisme et panurgisme par Paterculus (2012-06-20 23:47:25) 
[en réponse à 637277]

Je vois trois raisons, cher Steve, au fait que cette traduction si gravement fautive (comme pour toute la messe) ait pu être acceptée ainsi.

Il y a d'abord l'herméneutique de la rupture : il fallait que tout soit renouvelé, pensait-on, et on se jetait sur toutes les nouveautés sans discernement. Puisque, disait-on, nous sommes parvenus à un degré de développement scientifique, philosophique et moral jamais atteint, nous sommes à même de tout comprendre mieux que nos devanciers : la rupture est le propre du progressisme.

Ensuite il y a l'autoritarisme : on a usurpé l'autorité de l'Eglise pour faire passer des choses qui n'étaient pas la volonté de l'Eglise. Dans un domaine proche du nôtre, pensez à la façon dont on a supprimé le latin dans la liturgie en disant que c'était le concile qui le voulait, alors que le concile dit le contraire.

Enfin il y a le fait que dans les séminaires on enseigne à suivre le mouvement général, et l'on traque les manifestations d'initiative. Celui qui sort du lot est nécessairement un excessif, un insoumis, un désobéissant. On a de cette façon marginalisé tous ceux qui voulaient simplement le bon sens et l'application des normes romaines.

Et tout cela dure encore !

VdP

PS Si mes informations sont exactes, la traduction renouvelée va ressembler à celle proposée par Carmignac, avec l'expression "garde-nous".
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 637284 )Où peut-on trouver le dessin en 7 branches par Glycéra (2012-06-20 23:56:19) 
[en réponse à 637270]



qui relie le Notre Père à la ménorah ?

7 demandes,
3 à gauche, avec pour accolade le "Sur la terre comme au Ciel" , selon ce que souligne l'abbé Carmignac.
1 centrale : le Pain qui relie la terre (pied du chandelier) au Ciel
3 à droite

Chacune de gauche est répondante, et co-re(s)pondante à celle de droite...

Je serais vraiment très très heureuse d'avoir un texte pour méditer cela.
On m'avait dit qu'un dominicain l'avait exposé...
Mais je n'ai aucun nom, et n'ai pas de téléphone pour appeler le Paradis demander à qui m'en a parlé...



images/icones/fleche3.gif  ( 637286 )Trouvé ceci... par Glycéra (2012-06-21 00:05:12) 
[en réponse à 637270]

Un tout petit paragraphe donne la symétrie des demandes...
Il me laisse sur ma faim...

Que pensez-vous de ce texte d'explication du Notre Père ?

En vous remerciant, je vous adresse mes respectueuses salutations, et des prières à vos intentions

Glycéra
images/icones/ancre2.gif  ( 637419 )Je n'aurai pas le temps... par Paterculus (2012-06-21 20:53:16) 
[en réponse à 637286]

... de lire tout cela ce soir, donc à mon tour je vais vous laisser sur votre faim.
Mais ce que j'ai vu de ce texte en le parcourant me fait penser qu'il est bon.
Simplement la symétrie des demandes ne m'inspire pas beaucoup...

VdP,
qui vous remercie pour vos prières, spécialement quand on se penche sur mon futur pour l'année pastorale prochaine.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 637782 )La symétrie, n'est-ce pas notre échelle par Glycéra (2012-06-25 14:05:18) 
[en réponse à 637419]

la symétrie me rappelle :
Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
(et donc symétriquement en bas comme en haut)

L'échelle que les Anges montent et descendent.

Et aussi "tout bien reçu est un devoir" (à rendre).

Nous avons à mettre la force reçue comme productive : le levier fait entrer la grâce, et l'acte rend au Ciel le fruit des talents.

Chaque plante donne du fruit, là où elle est enracinée, c'est de la sainte écologie, c'est cela fructifier en nous.
"Fleurit où tu es planté"
Le climat se lit dans les êtres du lieu.

Tout ceci est, pour moi, la vision d'un "renvoi d'ascenseur", une respiration de la création, et notre respiration.



Et prendre les demandes du Notre Père "à rebours" est aussi tellement nourrissant.
- Délivrés du Mal,
-- > nous avons le Nom sanctifié partout.
- Pas tombés sous les tentations,
-- > c'est le règne du Royaume où Dieu est.
- Pardonnant (si quelqu'un a des dettes envers nous), nous serons aussi blanchis,
-- > et la Volonté de Dieu circule, agit, librement.

Tout ceci avec le Pain du Ciel donné en portions de bonne mesure, quotité du jour
-- > sur la terre comme au Ciel.


Je vois cette symétrie, toute Un.
Elle me permet de mastiquer le Pater Noster, dans tous les sens...
J'en ai le goût : le pain se digère en bouche, l'amylase digère là, l'amidon change de saveur, avant qu'on ne l'ingère plus avant. La vie n'est plus fade.


Mais j'ai envie de plus... j'ai besoin du levain pour changer la pâte et la rendre Vrai Pain.


Prières pour vous ,Sieur Paterculus.
Belle et bonne vie en votre sacerdoce.
Merci de votre message.
Avec mes bien respectueuses salutations.

Glycéra
images/icones/5a.gif  ( 637287 )Avec le lien vers la page, c'est mieux par Glycéra (2012-06-21 00:06:13) 
[en réponse à 637270]

pour le lire :

Les sources juives du Notre Père
images/icones/livre.gif  ( 637289 )réponse en bibliographie par Luc Perrin (2012-06-21 00:38:09) 
[en réponse à 637256]

Les actes du petit colloque de Lourdes publiés en 2011 :
Quand vous priez dîtes : Notre Père, NDL éditions, 181 p.

J'y ai donné une contribution : "La langue du Notre Père de Bernadette à nos jours".

Je me suis appuyé sur l'étude de Florian Michel : "Exégèse, traduction et compromis : le Notre Père oecuménique (1966)" parue dans Cristianesimo nella storia, 31, 2010, p. 165-198.

Cette "traduction" très controversée depuis l'origine est en passe d'être changée nous avait alors dit Mgr Perrier, assez séduit comme beaucoup aujourd'hui par l'explication lumineuse de l'abbé Carmignac.
On s'oriente, semblait-il en 2010, vers une formule proche de l'ancienne traduction reçue.
images/icones/pelerouin1.gif  ( 637311 )La Bible de Jérusalem par Jean Ferrand (2012-06-21 10:06:41) 
[en réponse à 637289]

La Bible de Jérusalem (1998), à mon avis, éclaire bien le problème.
Elle traduit la fin du verset 11, 4 de Luc par les mots "et ne nous soumets pas à la tentation" sans grande originalité jusque là.

Mais elle commente en note ad locum :


La traduction proposée est équivoque. Dieu nous soumet à l'épreuve mais il ne tente personne (Jc 1, 12; 1 Co 10, 13). Le sens permissif du verbe araméen, utilisé par Jésus, "laisser entrer" et non "faire entrer" n'a pas été rendu par le grec et la Vulgate. Dès les premiers siècles, beaucoup de manuscrits latins remplaçaient Ne nos inducas par Ne nos patiaris induci.Nous demandons à Dieu de nous délivrer du Tentateur et nous le prions de ne pas entrer en tentation.


La Jérusalem montre bien que la difficulté n'existe pas seulement en français, mais dans le latin, et dans l'original grec.

La thèse de l'abbé Carmignac a ce défaut qu'elle s'appuie sur la grammaire de l'araméen. Malheureusement l'original du Pater que nous possédons, aussi bien dans la version de saint Luc (11, 1-4) que dans celle de Matthieu grec (6, 9-13), est en grec et non pas en araméen. Nous ignorons donc le mot exact dont s'est servi Jésus puisque nous ne possédons pas d'évangile araméen. Celui, présumé, de l'apôtre Matthieu (les fameux logia du Seigneur) s'est perdu. Le mot original est seulement supposé, au moyen d'une rétroversion, par Carmignac et d'autres.
images/icones/hein.gif  ( 637314 )La note par Quaerere Deum (2012-06-21 10:19:14) 
[en réponse à 637311]

de la BJ est ambigüe : que signifie «nous le prions de ne pas entrer en tentation» ?

Au passage, la BJ 1998 est une réimpression de la version 1973 ou la dernière édition ?
images/icones/1i.gif  ( 637322 )comment se fait-il que durant par blamont (2012-06-21 10:58:05) 
[en réponse à 637314]

tant de siècles les catholiques furent victimes de cette erreur d'écriture du Pater Noster?
heureusement que LE concile, le seul le vrai, le big boss est survenu avec ses génies.
Bossuet, Saint François de Sales, Saint Thomas étaient-ils donc des tanches pour n'avoir pas soulevé la question?

finalement, les hérétiques Hugenots sont dans le vrai puisque l'on reprend leur prière.

images/icones/1i.gif  ( 637326 )On ne voit par Quaerere Deum (2012-06-21 11:08:53) 
[en réponse à 637322]

pas le rapport avec le Concile.

D'ailleurs, l'Eglise n'a jamais interdit pas de se poser des questions.
images/icones/nounours.gif  ( 637385 )faux blamont, faux... mais par Luc Perrin (2012-06-21 16:53:10) 
[en réponse à 637322]

c'est expliqué dans le texte que j'ai donné pour le colloque de Lourdes.

1) cette traduction n'a aucun lien direct, prescriptif j'entends, avec le concile Vatican II.

2) elle a été mise en avant par l'esprit oecuménique des années 1960 en zone francophone. F. Michel explique par quels méandres et traquenards, on a capitulé devant une exigence huguenote au sein d'un minuscule comité d'experts.

En fait, cette mauvaise traduction francophone est un prélude des dysfonctionnements qui auront lieu dans le cadre du Consilium manipulé par le terrible Annibale Bugnini cm. Le laboratoire d'experts qui "fabrique" quelque chose et l'autorité hiérarchique qui ne joue pas vraiment son rôle, comme tétanisée par les "experts".
F. Michel montre d'ailleurs que plusieurs évêques sont très mécontents du choix final mais n'osent pas s'y opposer plus fortement parce que l'accord avec les protestants serait alors à reprendre à zéro. La plupart sont très conscients du risque théologique de la traduction et signalent qu'il faudra une grosse catéchèse de la part des prêtres pour éviter l'erreur de compréhension.

3) Les évêques anglophones ont conservé le Lead us not into temptation traditionnel directement décalqué du latin mais qui n'est pas très bon théologiquement parlant.

4) Le fait que le latin lui-même pousse à l'erreur d'interprétation que la formule française de 1966 ne fait qu'accroître a également pesé pour minimiser le problème et pousser à accepter le changement.
Vatican II au passage n'est pour rien dans le texte latin du Pater ...
images/icones/fssp.gif  ( 637347 )L'édition par Jean Ferrand (2012-06-21 13:25:06) 
[en réponse à 637314]

L'édition de 1998 que j'ai en main porte : Nouvelle édition revue et augmentée. Mais l'imprimatur est encore celui de 1955. Ce n'est donc pas la dernière édition. Wikipédia m'apprend : Troisième édition, imprimatur: Rome, le 30 septembre 1999. Je ne la possède pas.

Pour la note, je ne l'ai peut-être pas bien recopiée. Il faut lire exactement : "Nous le prions pour ne pas entrer en tentation (cf. Mt 26, 41 et parallèles), c'est-à-dire l'apostasie."

Excuses. Est-ce plus clair maintenant ?
images/icones/1b.gif  ( 637349 )Je suis surpris par Quaerere Deum (2012-06-21 13:36:32) 
[en réponse à 637347]

que l'édition de 1998 soit celle de 1955. En toute rigueur, ce devrait être celle de 1973. Est-elle repassée à chaque fois par l'imprimatur ?
En tout cas, la troisième édition est critiquée (je crois qu'elle ne recoupe plus l'hébreux avec le grec pour la traduction de l'A.T.)

Merci pour la note recopiée, cela dissipe mes interrogations.
images/icones/icrsp.gif  ( 637362 )Non, c'est seulement par Jean Ferrand (2012-06-21 14:46:01) 
[en réponse à 637349]

Non, c'est seulement l'Imprimatur qui est resté celui de 1955. Mais le texte est très modifié (et pas toujours en bien !) par rapport à l'édition originale de 1956 que j'ai aussi en main.

Mon exemplaire, acheté en Algérie, en 1959 je crois, est tellement dépenaillé à force d'usage, qu'il tombe en loques. Mais je le conserve précieusement.

Coïncidence ? Le père Eon, à Sainte-Croix de Nantes, nous a lu ce matin à la messe l'institution du Pater d'après saint Matthieu et il en a fait son homélie (liturgie du N.O.M.). Il nous a dit que le Pater était imité du Kaddish juif, et qu'il résumait à grands traits toute l'expérience de l'ancien Israël. Que c'était éminemment pour nous l'Oraison dominicale, c'est-à-dire la prière du Seigneur. Que c'était Jésus-Chrit qui le récitait en nous et que, par le Notre Père nous nous unissions au coeur du Christ qui lui-même s'unit au coeur du Père.

Malgré l'estime que j'ai pour le père Eon (je ne suis même sûr de l'orthographe de son nom), je pense qu'il y avait quelques erreurs dans son propos.

Ce n'est pas certain que le Pater soit imité du Kaddish juif, qui est peut-être plus récent, et qui tout au moins n'a été codifié que plus tard. Il serait issu des milieux étudiants de Babylone, peut-être du temps du second Temple.

le Pater est la prière de Jésus en ce sens qu'il nous l'a enseigné, mais pas parce qu'il l'a récité, ou le récite lui-même. Ni Jésus-Christ ni la Sainte Vierge n'ont jamais récité le Notre Père. Ce serait un mensonge dans leur bouche. Mon voisin de messe, Etienne Corbel, me le faisait remarquer à voix basse.

Le père Eon a récité imperturbablement le "ne nous soumets pas à la tentation", sans faire la moindre allusion à la difficulté de traduction. Dans le N.O.M., le Notre Père, tel quel, est vraiment entré dans les moeurs, d'autant plus que les lectures bibliques y consonnent aussi. En cas de modification, il faudrait changer non seulement la récitation publique, ou privée, mais encore les livres liturgiques. Enorme tâche !
images/icones/1a.gif  ( 637365 )Merci par Quaerere Deum (2012-06-21 15:09:49) 
[en réponse à 637362]

de ces précisions (il s'agit bien du père Eon cf le site du diocèse)

Question sans rapport, par curiosité : savez pourquoi la communauté saint Joseph quitte la paroisse ?
images/icones/pelerouin1.gif  ( 637387 )"énorme tâche" en cours et prescrite par Luc Perrin (2012-06-21 17:05:52) 
[en réponse à 637362]

La rectification des traductions n'est pas optionnelle, à la libre décision des groupes épiscopaux linguistiques , comme vient de le rappeler de manière très appuyée et lourdement insistante le pape aux évêques allemands qui pensaient, sur la base d'une opinion et conviction personnelles comme il est dit dans un autre fil, pouvoir s'en dispenser.

Le travail a été mené à son terme dans l'espace anglophone.

Les évêques américains très favorables à la révision exigée depuis 2001 déjà (!!!) n'ont pas eu de mal à rétorquer à l'argument de l'erreur "entrée dans les moeurs" qu'en 1964, on avait brutalisé les fidèles avec une traduction anglaise faite à la va-vite de la Messe sans s'en soucier ... Or ce sont les néo-liturges d'aujourd'hui qui réclament des délais, de ne pas brusquer le sentiment des fidèles ... qui a bon dos.

Mgr Perrier nous avait dit en 2010 que le travail de révision pour l'ensemble des livres en effet est assez avancé pour le groupe francophone. On peut escompter une issue prochaine maintenant.