Le Forum Catholique

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images/icones/croix.gif  ( 637143 )Il y a 25 ans… par Diafoirus (2012-06-19 20:59:33) 

Il y a 25 ans, le 19 juin 1987, disparaissait Michel de Saint-Pierre, grand écrivain français et courageux défenseur de la Tradition catholique et de Mgr Lefebvre.

RIP



« Je le connaissais depuis ses Nouveaux Prêtres, un roman de mœurs contemporaines qui avait donné lieu contre lui à une fameuse chasse à l’homme un véritable lynchage médiatique devant lequel, avant d’en être indigné et meurtri, il était resté pantois. Il ne savait pas encore. On dirait d’ailleurs que personne ne sait jamais avant d’en avoir été soi-même la victime. Je connaissais bien cette musique-là, dix ans plus tôt elle m’avait été jouée, la même exactement, en 1955, quand j’avais publié Ils ne savent pas ce qu’ils font, un mince volume sur la non-résistance au communisme d’une grande partie de la presse catholique : pour ce livre qui ne mettait en cause ni les évêques ni La Croix, je fus marqué au fer rouge d’anathèmes définitifs par La Croix et par les évêques. Un et même deux d’entre eux s’étaient prononcés en faveur de mon ouvrage : on les fit promptement se dédire et rentrer dans le rang. Depuis lors – cela fait maintenant trente-deux ans – tout le monde catholique officiel de France a maintenu contre moi un apartheid sans fissures. Cela ne faisait encore que dix ans d’apartheid au moment des Nouveaux Prêtres.

De l’apartheid écumant qui se mettait en place contre lui, Michel de Saint Pierre était bouleversé, épouvanté, mais plus encore surpris : c’était son premier contact personnel avec le monde clos du mensonge, dressé devant lui, toutes ses bouches crachant l’injure et la calomnie, par feux de salve tirés comme au commandement. Alors il écrivit, le premier jour de février 1965, cette lettre « A nos évêques, à nos prêtres », qu’il fit tenir personnel­­lement à chaque évêque de France, et qui est profondément émouvante par son étonnement et sa bonne volonté. »

Jean Madiran; Extraits d’Itinéraires n° 317 novembre 1987

images/icones/carnet.gif  ( 637160 )Son dernier article pour Itinéraires par Vianney (2012-06-19 23:25:23) 
[en réponse à 637143]

...si l’on excepte l’entretien sur Montherlant accordé à Rémi Fontaine qui parut en juin 1987, avait été envoyé à Madiran sous forme d’une lettre, qui parut dans le n° 302 (avril 1986) d’Itinéraires, à propos de la question juive dans l’Église, un sujet qui lui tenait à cœur. On y lit sa souffrance à voir Jean-Paul II s’écarter davantage encore que Paul VI de la doctrine catholique :
Lettre à Jean Madiran sur la question juive dans l’Église

par Michel de Saint Pierre


      Cher Jean Madiran,

   J’ai lu avec un intérêt très vif votre article dans ITINÉRAIRES de mars 1986, intitulé : « La question juive dans l’Église ».

   Une fois de plus, vos citations — et les commentaires que vous en faites — expliquent lumineusement votre propos.

   1°) Je déplore avec vous que les relations avec les juifs soient rattachées au Secrétariat de l’Unité, ce qui — compte tenu de mes nombreux séjours en Israël et des rapports que j’ai pu y entretenir avec des personnalités du rabbinat — est proprement incompréhensible pour moi.

   2°) Notre « patrimoine spirituel commun », entre chrétiens et juifs, est à coup sûr important, cela ne fait pas de doute, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de l’Ancien Testament.

   3°) Mais l’ambiguïté que Paul VI, puis Jean-Paul II ont entretenue et entretiennent autour de cette notion est particulièrement choquante.

   4°) Car enfin, comment ose-t-on « rapprocher » ainsi — aux yeux de la communauté catholique qui est ici scandaleusement abusée — le Dieu que nous adorons avec celui des juifs, ou avec celui des musulmans ? Sous prétexte de monothéisme, que ne dit-on pas ? Je crois que nous sommes, en effet, tout près d’entendre que musulmans et chrétiens ont, eux aussi, foi en un même Dieu.

   5°) Or le Dieu des juifs, c’est évident, n’est pas le nôtre. Il faut voir avec quelle opiniâtreté farouche les « théologiens » juifs affirment que le Messie n’est pas encore venu — et que le Christ n’était donc qu’un prophète parmi les autres. À partir du moment où le Dieu Trinitaire révélé par l’Évangile est effacé, à partir du moment où la personne du Christ n’est plus divine, il ne peut s’agir, entre chrétiens et juifs, du même Dieu. Et je le répète : la spiritualité juive est non seulement contraire, mais terriblement hostile à la spiritualité chrétienne, surtout pour ce qui touche le Christ et Sa Mère.

   En ce qui concerne les musulmans, je n’ai pas besoin d’insister. Pour qui a lu le Coran de première ou seconde main, comment la confusion serait-elle possible ?

   6°) J’en déduis que, de la part du pape ou de ses conseillers, dire qu’il faut « en tout cas se débarrasser de la conception traditionnelle » — et surtout, oser dire (de la part d’une Commission pontificale) que nous devons prendre notre responsabilité « de préparer le monde à la venue du Messie », c’est exactement tenir un propos hérétique.

   7°) Enfin, après les si étranges discours de Paul VI (à l’ONU et ailleurs), quelle tristesse est la nôtre d’entendre Jean-Paul II aller plus loin que son maître, appelant les chrétiens à pratiquer avec les juifs « une étroite collaboration vers laquelle nous pousse notre héritage commun, à savoir le service de l’homme ».

   Tout cela, hélas, se tient fort bien. Je pense, pour ma part — et je pourrais même dire, j’en suis sûr, compte tenu des documents que nous avons eus entre nos mains — qu’il s’agit bel et bien là d’une massive et lente manœuvre maçonnique, tendant à faire perdre à l’Église catholique, dans un premier temps, son identité (ou du moins, à nous la faire perdre de vue) — d’autre part, à changer dans ses profondeurs une religion qui n’aura plus de « catholique » que le nom. Les documents dont je parlais plus haut nous montrent que ce dessein est déjà vieux de plus de cent ans. N’en doutons pas une seconde, cher Jean Madiran : Satan lui-même est à l’œuvre.

   Enfin, ayant approché deux fois le pape Jean-Paul II, l’ayant d’autre part vu prier tout à côté de moi, à Lourdes, en 1983, je ne puis croire à une intention maligne de sa part. Mais je crois que ce Slave subit peu à peu la contagion de ses propres charismes. Non seulement il ne gouverne pas l’Eglise (qui est en fait gouvernée par Sylvestrini et Casaroli interposés), mais il commence, me semble-t-il, à divaguer (je ne vois pas d’autre mot) en matière d’œcuménisme. De cet œcuménisme dont Paul VI disait qu’il serait « la partie la plus mystérieuse de son pontificat ».

   Deux exemples entre vingt autres :

   — Cette photo prise récemment aux Indes, où l’on voit le pape recevant du pouce d’une jeune Indienne, sur le front, « le signe de reconnaissance des adorateurs de Shiva ». Je vous recommande à ce sujet les commentaires de l’abbé Sulmont dans son dernier bulletin que je viens de recevoir. Voici la conclusion de l’abbé Sulmont : « Les chrétiens se souviennent qu’ils ont reçu le jour de leur confirmation, sur le front, l’onction de l’Esprit-Saint, et ils ne pensent pas que cette onction ait besoin d’une surimpression quelconque pour que le message évangélique parvienne jusqu’aux extrémités du monde. » La foi dans le Christ serait-elle donc réservée, désormais, à quelques démocraties occidentales ?

   — D’autre part, le pape Jean-Paul II aurait dit (et je crois que c’est rigoureusement exact) à New-Delhi : « La collaboration entre toutes les religions est une exigence pour la cause de l’humanité. Hindous, musulmans, sikhs, bouddhistes, jaïnas, parsis et chrétiens, nous sommes réunis pour proclamer la vérité sur l’homme... Les discriminations basées sur la race, la couleur, le credo, le sexe ou l’origine ethnique sont radicalement incompatibles avec la dignité humaine. » Le mot « Credo » placé entre les mots « couleur » et « sexe », c’est proprement scandaleux, au sens le plus évangélique du mot.

   Compte tenu de mes relations avec certains cardinaux amis, il y a longtemps que je n’espère plus grand chose du pontificat de Jean-Paul II.

   À présent, il me semble que la mesure est dépassée — et pour ma part, à 70 ans, je déclare ne pas vouloir changer d’un iota les vérités ni les exigences de la foi, telles qu’elles m’ont été enseignées. J’ai l’intention de publier les commentaires de l’abbé Sulmont sur le voyage du pape aux Indes dans l’un des prochains bulletins de CREDO...

   Tout cela, je vous l’assure, ne va pas sans une grande souffrance. Voici longtemps que nous sommes quelques-uns à batailler — et vous avez toujours été au premier rang. Quant à moi, l’année 1985 passée presque entièrement à l’hôpital m’a servi de retraite, puisque je pouvais dire chaque jour mon chapelet, et puisque je pouvais chaque jour communier. Le seul problème, pour moi, est de savoir jusqu’où je puis aller dans l’exercice de l’influence qui m’est actuellement accordée. L’essentiel, c’est le bien des âmes. Et je ne veux pas, nous ne voulons pas connaître d’autre but...

   Croyez, cher Jean Madiran, à mes sentiments les plus reconnaissants, fidèles et fraternels.


Michel de Saint Pierre.

13 mars 1986.

 
images/icones/bravo.gif  ( 637198 )intéressant car muet sur l'État catholique exclusif par Luc Perrin (2012-06-20 10:55:37) 
[en réponse à 637160]

qui ne le passionne plus à la différence de quelques uns ici.

En revanche le texte confirme (ce que j'écrivais dès le début) que le clivage principal n'est plus dès 1986 (cf. Assise I) le rapport Église/État mais bel et bien le "dialogue" interreligieux par rapport à la Mission et par conséquent la place du Christ et de sa véritable Église dans le salut des hommes.

Pour rebondir sur mon débat avec Theonas dans un autre fil, Michel de Saint Pierre posait bien la question du statut de l'erreur (et quelle erreur que l'idolâtrie, un rejet enraciné dans la tradition judéo-chrétienne) devant Dieu et non devant l'État.
Je cite l'écrivain à propos du danger proprement religieux et qui n'a rien à voir avec le droit public ecclésiastique :

"faire perdre à l’Église catholique, dans un premier temps, son identité (ou du moins, à nous la faire perdre de vue) — d’autre part, à changer dans ses profondeurs une religion qui n’aura plus de « catholique » que le nom."

L'abbé Pfluger que j'ai réécouté plusieurs fois évoque en passant et en quelques mots (pas même une phrase entière en plus d'une heure) la question de D.H. sans en dire grand chose pour développer par contre une quantité d'autres thèmes où le clivage est bien plus net, pas forcément d'ailleurs avec le Magistère romain lui-même : il cite notamment le discours contradictoire entre les membres de la CDF et le cardinal Koch, pourtant président de dicastère lui-même.

Le contraste est total avec Mgr Tissier de Mallerais qui semble revenu à 1864 (parution du Syllabus) plus que 1962 et de toute façon loin de 2012 avec les vrais problèmes doctrinaux et pastoraux qui se posent hic et nunc.
Merci à Vianney tout spécialement, lui qui aussi semble dans d'autres fils avoir cassé sa pendule à 1864 et m'accusait d'inventer la critique de la dissolution interreligieuse de la foi catholique, d'apporter avec ce texte une preuve supplémentaire de la pertinence ... de ce que j'écrivais.


nb. décédé en 1987, Michel de Saint Pierre n'a pu s'exprimer sur Dominus Iesus, parue plusieurs années après : c'est dommage.
images/icones/1g.gif  ( 637180 )Lamentable..... par Anne Charlotte Lundi (2012-06-20 09:43:45) 
[en réponse à 637143]

Pas une réédition envisagée pour cet anniversaire.
Seuls trois de ses livres sont disponibles actuellement !
...le marché du livre d'occasion est florissant !
images/icones/1p.gif  ( 637188 )Faites attention à vos titres Anne-Charlotte par Jean-Paul PARFU (2012-06-20 10:24:17) 
[en réponse à 637180]

car on a l'impresion qu'il se rapporte à celui de Vianney juste au-dessus et que le dernier article donné à la revue Itinéraires par Michel de St Pierre était lamentable !
images/icones/1a.gif  ( 637194 )Mille excuses par Anne Charlotte Lundi (2012-06-20 10:36:01) 
[en réponse à 637188]

adressées à Vianney.
Je fustigeai le monde de l'édition...
L'oeuvre littéraire de Michel de Saint Pierre aurait mérité une réédition .
Nos suggestions aurpès des "gros bonnets de l'édition" n'ont pas eu de succès !


images/icones/1b.gif  ( 637213 )Avouez que vous avez surtout... par Vianney (2012-06-20 14:08:58) 
[en réponse à 637194]

...le sens de la publicité : “Lamentable” est un titre qui intrigue (témoins les réactions qu’il a suscitées), donc qui fait lire...

Mais j’accepte d’autant plus volontiers vos excuses que j’agis comme vous quand l’occasion se présente !

V.
 
images/icones/1w.gif  ( 637197 )Moi j'aime bien... par Deo Vindice (2012-06-20 10:46:48) 
[en réponse à 637188]

ce titre.... Il me rappelle celui d'une constitution apostolique de saint Pie X !
images/icones/1n.gif  ( 637190 )Ce titre était curieux à cette place sous votre plume... par Glycéra (2012-06-20 10:30:43) 
[en réponse à 637180]

vous auriez dit que ce qui s'est passé il y a 25 ans était lamentable ou que le commentaire qu'on faisait était lamentable ?
J'ai ouvert parce que c'était signé de vous...

Je me suis fait souvent cette remarque : quand on répond, ayant au coeur et en tête le contenu du message on oublie le premier plan de lecture que sont les titres empilés, déjà expressifs : que ce soit dans leur sécheresse ou leur concentré.

Voili...
Juste pour donner mon "feed-back"
Avec mes bonnes salutations, Dame connu pour se positions carrées ...
Glycéra