Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 636444 )Chants profanes dans une basilique par Jean Kinzler (2012-06-14 13:40:48) 

C’est pourtant vendredi dernier que l’intitulé prenait tout son sens : Laurent Voulzy se produisait dans la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le site cadre à merveille avec l’inspiration médiévale de Lys and Love, dernier album du compositeur, dont il offre sur scène la presque intégralité. L’origine du disque fut la lecture des poèmes d’exil de Charles d’Orléans (1394-1465), prince de France dont le tombeau se situe justement dans la basilique.

Sous la nef, 1 200 austères chaises en paille attendent les fidèles. Pas de buvette pour patienter. Ni de Rockollection à attendre, la chanson n’est pas au programme de la tournée. A la place, harpe, violon, violoncelle, claviers et harmonies vocales célestes. Après une intro récitée ambiance Nom de la rose (avec musiciennes encapuchées), le chanteur apparaît dans une lumière bleutée qui tombe des ogives, veste et gilet grenat, pantalon noir et baskets blanches montantes.

Dentelle. Dans les premières minutes, on ressent un sentiment étrange, quelque chose d’inhabituel qui ne tient pas qu’à la majesté du lieu : l’oreille ne retrouve pas ses habitudes, cette assise rythmique basse-batterie rarement absente de la liturgie scénique. Ici, la batterie se réduit à une paire de caisses claires utilisées avec parcimonie, la basse électrique n’étant audible que sur quelques morceaux.

L’esthétique sobre magnifie les chansons de Lys and Love, réarrangées puisque le CD a été le fruit de longs mois de travail en studio, avec multiples superpositions d’instruments et de voix. Les titres plus anciens du répertoire sont choisis pour s’intégrer au propos : le Rêve du pêcheur, Caché derrière… Seule chanson à thème proprement religieux, Jésus est un bouleversant cantique sur l’homme. La chanson fut commanditée par ATD Quart Monde, dont l’artiste est un soutien fidèle, même si, contrairement à d’autres, il n’a jamais cherché à médiatiser cet engagement.

Deux reprises s’invitent dans l’ensemble : Orléans Beaugency, comptine du XVe siècle parmi les plus anciennes chansons du patrimoine français ; et sa contemporaine Scarborough Fair, ballade anglaise d’amour courtois qui fut la matrice de Girl of the North Country de Dylan, avant d’être un tube mondial dans la version harmonisée à deux voix de Simon & Garfunkel, qui la tenaient, via l’Ecossais Martin Carthy, d’Ewan MacColl et Peggy Seeger.

Pour Ma Seule Amour (de Charles d’Orléans), enchaînée avec Liebe, arrive un chœur de huit voix sous la direction de Philippe Legris. Là encore, pas d’effet de masse vocale pour remplir l’espace, mais un travail tout en dentelle, très insolite dans un contexte de concert pop rock, même haut de gamme. En rappel, Belle Ile en mer, murmurée par le public, s’orne d’une dédicace, «Merci Alain pour ce texte», adressée à son éternel complice Souchon, présent dans l’assistance.

Peu après ces quatre-vingt-dix minutes hors du temps, Voulzy recevait un triple disque de platine pour les 300 000 ventes de Lys and Love en six mois. Un triomphe qui devrait se prolonger au fil de la tournée qui débute : 60 dates programmées jusqu’en décembre. «Ce moment restera longtemps dans ma mémoire, confie le chanteur. J’ai regardé le fond de la nef, où repose Charles d’Orléans, et j’ai eu l’impression d’être spectateur de mon concert.»

Ossuaires. Mais la dépouille du prince poète est-elle bien dans l’église ? Difficile de le savoir : en 1793, un vote de la Convention décida de l’exhumation des corps des rois, reines et princes, qui, profanés, finirent dans une fosse commune. En 1817, les restes royaux revinrent dans l’église, scellés pêle-mêle dans deux ossuaires. Le fait qu’elle n’hébergeât pas de têtes couronnées a peut-être sauvé la tombe de Charles d’Orléans de l’ire des sans-culottes. Les soubassements du mausolée présentent 24 statues, parmi lesquelles on remarque un saint Laurent.ICI
images/icones/1a.gif  ( 636455 )Merci pour ces précisions indispensables! par Sic transit (2012-06-14 14:33:34) 
[en réponse à 636444]

Je n'ai pas suivi la discussion sur ce sujet il y a quelques jours, et j'aurais eu tendance à m'enflammer moi aussi devant ce scandale.
On apprend grâce à vous que le thème et les conditions de ce concert n'ont rien à voir avec l'idée qu'on pouvait s'en faire.

J'apprends en même temps que les poèmes de Charles d'Orléans, que je viens de faire découvrir à plusieurs de mes classes, ont été mis en musique: soit l'information n'est pas allée jusqu'à ces élèves, soit ils n'ont pas vu le rapport entre ce qu'ils ont (peut-être) entendu et ce que je leur ai fait lire...
images/icones/1h.gif  ( 636458 )bémols... par Sic transit (2012-06-14 14:46:50) 
[en réponse à 636455]

Je viens d'écouter quelques titres, "titres" est bien le mot et si les élèves n'ont pas reconnu les textes il n'y a pas à s'en étonner!
Disons que l'inspiration est louable, mais que la réalisation n'est pas du tout ce que j'imaginais dans un moment d'enthousiasme qui me faisait même envisager une utilisation pédagogique de ces chansons!
images/icones/hein.gif  ( 636469 )Je ne vois pourtant pas par Nemo (2012-06-14 15:25:28) 
[en réponse à 636455]

Je ne vois pas en quoi le fait que la manifestation n'ait rien de scandaleux la rende adaptée dans un lieu de culte.
La réception de disques d'or est un acte commercial.
On ne dit pas que les marchands du temple vendaient des objets scandaleux. Et pourtant le Christ avait trouvé leur présence inconvenante dans l'enceinte.
Je crois qu'il existe des salles de concert dans la région. Il y a même un stade.
images/icones/neutre.gif  ( 636494 )Eglises : endroit préféré des chorales... par Véronique (Lala) (2012-06-14 17:43:12) 
[en réponse à 636444]

Ce midi pendant un déjeuner professionnel, j'ai entendu une conversation.
Des personnes expliquaient leur bonheur d' « aller écouter des chorales dans des églises car l'endroit est très approprié » disaient-elles « il n’y en a pas de meilleur ! »

Elles ne se rendent pas compte que Dieu est là, que les églises sont des lieux sacrés, et le pire, c’est qu’on y laisse faire des concerts payants.
Moi qui croyais que c’était interdit !! du moment que c’était payant justement.

Fraternellement
Véronique