
( 635743 )
l'esprit du Concile est défendu par les conservateurs d'un modèle dépassé par jejomau (2012-06-08 22:39:27)
Un bon billet de Monsieur l'abbé Demets qui remet les pendules à l'heure :
Nous ne nous lasserons jamais de le répéter : la liturgie est éminement éducative. Elle est même plus que cela ; elle est un facteur de civilisation en élevant les arts et la culture. Cela découle du fait qu’elle établit une relation entre les hommes et Dieu - c’est son essence même puisqu’elle est le plus sublime acte de la vertu de religion. Or, lorsque les hommes sont proches de Dieu, ils ne peuvent qu’être meilleurs et produire de meilleures œuvres. La civilisation occidentale, l’Europe en particulier qui a pour patron Saint Benoît, ne seraient pas devenues ce qu’elles sont sans la liturgie.
On notera le lien établi par l'abbé Demets entre la civilisation et la prière. Ce qui, bien évidemment, se vérifie en sens contraire:
nous ne craignons pas de dire que l’une des causes de la crise du monde occidental que nous traversons - et nous disons bien une des causes, car ces dernières sont bien évidemment multiples - est à trouver dans la dérive liturgique des dernières décennies.
De même que dans l'ordre temporel, la civilisation disparaît pour laisser la place à l'empire du Mal et au chaos - et ce dans le monde entier - Mr l'abbé Demets rappelle qu'on ne peut faire abstraction de cet "
esprit du Concile" imposé au même moment:
Depuis le Concile Vatican II, et même avant, on cherche à ouvrir l’Eglise sur le monde, et tous les moyens sont bons pour cela. Ainsi on aura complètement changé la façon de célébrer, ce que l’on appelle l’Ars celebrandi
Ceux qui pensaient être les hommes - ou les femmes - du progrès, il y a quelques décennies à peine, sont devenus aujourd’hui les conservateurs d’un modèle maintenant dépassé. Ce n’est donc certainement pas avec eux que nous pourrons rebâtir une civilisation digne de ce nom. D’ailleurs est-ce notre but ?
de fide catholica
Oui! Par Saint Michel, que le règne de Dieu soit annoncé !

( 635786 )
D'où LA question:que sont liturgie et piété pour les humanitaristes ? par Scrutator Sapientiæ (2012-06-09 12:01:11)
[en réponse à 635743]
Rebonjour,
C'est un problème que je crois situé au croisement de l'anthropologie, de la civilisation, de l'ecclésiologie et de la pneumatologie : quels sont les fondements et les contenus, quels sont l'intention et l'horizon de la liturgie et de la piété, d'un point de vue catholique humanitariste ?
Je n'ai pas de réponse à cette question, mais je prends appui sur l'expression suivante, qu'affectionnent certains d'entre eux : l'expression "faire église".
Qu'est-ce qui "fait liturgie" et qu'est-ce qui "fait piété",
Qu'est-ce qui "fait prière" et qu'est-ce qui "fait sacrement",
d'un point de vue catholique humanitariste ?
Merci bien de me dire ce que vous en pensez.
Scrutator.

( 635794 )
un point de vue complémentaire par jejomau (2012-06-09 13:23:27)
[en réponse à 635786]
Etant très pris par le temps du fait des premières communions qui se préparent demain.. Il m'est difficile de vous répondre immédiatement. Néanmoins j'ai trouvé ceci sur le site
proliturgia :
Les vrais problèmes auxquels est confrontée l’Eglise en France viennent de ce que les mots « liturgie » et « concile » n’ont plus du tout le même sens selon qu’ils sont prononcés par le Pape, ou qu'ils le sont par les évêques ou les fidèles.
Le pape enseigne que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est souvent défigurée par ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre et que le Concile a été mal compris. Les évêques de France, eux, sont persuadés - ou feignent d’être persuadés - qu’ils respectent la liturgie actuelle et qu’ils appliquent les directives conciliaires. Or il suffit de lire les textes conciliaires et le missel romain pour constater qu’il n’en est rien...
Quant aux fidèles, ils n’ont généralement plus aucune idée ni de ce que le Concile a vraiment dit, ni de ce qu’est la liturgie célébrée fidèlement comme le demande l’Eglise. Leurs connaissances sur ces sujets se limitent à quelques slogans entendus dans des réunions paroissiales.
Dans un tel contexte, tout le monde parle mais personne ne comprend plus personne.
Et la voix du Souverain Pontife se perd dans un désert d’indifférence.
On ne sortira de cette situation calamiteuse que le jour où les célébrants (prêtres et surtout évêques) auront enfin compris que la liturgie n’a pas pour but de leur permettre de s’exhiber, mais de donner à chacun qui y participe de pouvoir s'arracher à sa subjectivité en lui offrant non les mots et les gestes du ministre de l’autel mais ceux de toute l’Eglise s’exprimant dans la communauté locale. Alors pourra commencer une authentique mise en application des enseignements conciliaires.

( 635806 )
Pour cause de monisme:indistinction entre le profane et le sacré. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-09 17:51:37)
[en réponse à 635743]
Rebonjour,
Ce qui suit n'est qu'une clef de compréhension, parmi d'autres possibles.
1. Ce que j'appelle l'horizontalisme humanitariste, je pourrais aussi bien l'appeler l'eudémonisme immanentiste, tant il vise à faire passer la religion du salut pour une religion du bonheur.
2. A partir du moment où il y a indistinction entre le domaine du profane et le domaine du sacré, voire effet de substitution,
- certains éléments matériels, propices à la consolidation de la piété, à la prise de conscience du sacré, au recueillement, étant retirés des églises,
- certains éléments de langage, porteurs et vecteurs de messages valorisant le déploiement de la dignité du profane, étant introduits dans les églises,
le risque est qu'il y ait une dégradation de la notion de satisfaction, dans la relation à la liturgie, au sacrement :
- il ne s'agirait plus avant tout, pour l'individu, de renouer, d'une manière personnelle, avec la satisfaction de Dieu,
mais
- il s'agirait bien avant tout, pour la communauté, de partager et de ressentir son intention collective de se satisfaire devant Lui.
3. L'indistinction entre le profane et le sacré peut ainsi aboutir à la désacralisation des rites, du site, des lectures et des paroles, des actions et des gestes, qui constituent les éléments d'appropriation, de communication, de manifestation ou de représentation de l'invisible.
4. L'église ne serait plus tant "la maison de Dieu" que "la maison du Peuple de Dieu", et la messe ne serait plus que l'heure hebdomadaire d'animation et de célébration, liturgique et pastorale, communautaire et sacramentelle.
5. N'étant pas spécialiste dan ce domaine, je n'en dirai pas plus, mais je pense que
- de l'oubli du sens de la distinction entre la nature et le surnaturel, dans l'ordre dogmatique,
- à l'oubli du sens de la distinction entre le profane et le sacré, dans l'ordre liturgique,
il n'y a que quelques pas, plus ou moins vite franchis.
6. Dans le même ordre d'idées, je pense également
- que l'on ne renouera avec aucun de ces deux sens,
ou
- que l'on renouera avec chacun de ces deux sens,
mais que l'on ne renouera pas solidement avec l'un sans renouer également avec l'autre.
7. Je dirai même que si l'on renoue avec la liturgie propice à la distinction entre le profane et le sacré sans renouer, parallèlement, voire préalablement, avec la dogmatique propice à la distinction entre la nature et le surnaturel, le risque est que la réhabilitation de la liturgie réceptrice et transmettrice, notamment, de la distinction entre le profane et le sacré, se fasse
- sur une base économique : la satisfaction d'une demande des fidèles par une offre ecclésiale,
et/ou
- sur une base psychologique : la légitimation, par l'institution, d'une sensibilité "esthético-liturgique".
8. Amateur d'anecdotes éclairantes, je rappelle quels sont, respectivement, les deux évènements "religieux", médiatiquement corrects, les plus importants de la dernière décennie du XX° siècle et de la première décennie du XXI° siècle :
- ce qui s'est passé après la mort et à l'occasion des funérailles de Lady Diana, fin août - début septembre 1997,
et surtout
- ce qui s'est produit après la mort et à l'occasion des funérailles de Mickael Jackson, fin juin - début juillet 2009.
A mon sens, voilà ce qui arrive, quand ce qui relève du profane est fallacieusement sacralisé, et quand ce qui relève du sacré est mensongèrement dissimulé.
Bonne fin d'après-midi et à bientôt.
Scrutator.

( 635863 )
En marge de votre questionnement, le "sacrifice de louange" par le torrentiel (2012-06-10 14:59:23)
[en réponse à 635806]
Cher Scrutator,
est complémentaire de la fonction propitiatoire de la messe, et donc de la notion de satisfaction que doit remplir la liturgie.
Je me suis fait cette remarque hier, justement en assistant à la messe et en me reprochant d'avoir parlé de "célébrer l'Eucharistie" dans une réponse à Paterculus à propos du catéchuménat.
Je précise que ce "sacrifice de louange" n'a pas dans mon esprit pour fonction de permettre au fidèle de "se satisfaire" devant Dieu, même si le risque existe qu'il le vive ainsi.
Si le fidèle doit tirer satisfaction d'un sacrement, en dehors des bienfaits surnaturels que celui-ci lui procure, c'est uniquement du fait de la constante surnaturalité avec laquelle Dieu agit, chaque fois qu'est célébré un Sacrement.
Simple organiste liturgique sans prétention de virtuosité, vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois où j'ai éprouvé physiquement cette assistance de dieu et de ses anges descendant vers les prêtres célébrants et vers moi.