Le Forum Catholique

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images/icones/bulle.gif  ( 635671 )Le “mensonge du ralliement” par Vianney (2012-06-08 14:58:50) 

Les réflexions de Raoul sur le “ralliement” en cours de la FSSPX me remettent en mémoire celles de Jean Madiran sur le prototype du genre si j’ose dire, celui de Léon XIII à la république française (c’est moi qui ai souligné certains passages) :

Léon XIII demande aux monarchistes d’abandonner la monarchie, au nom de la religion et pour mener plus vigoureusement le seul combat religieux. Mais ce besoin d’intensifier le combat religieux par l’abandon de la querelle politique apparaît comme un prétexte. Par ses directives pratiques, par le choix des hommes qu’il soutenait ou qu’il écartait, Léon XIII n’a pas intensifié le combat religieux. Il a recherché l’apaisement par le compromis. Mais il ne l’a pas dit. Pas officiellement. Officiellement, il invoquait les motifs les plus sacrés pour que l’on sacrifie tout à un combat auquel lui-même ne croyait pas, et qu’il n’avait nullement l’intention de poursuivre. Je ne lui reproche pas d’avoir préféré la voie de l’apaisement à celle de la lutte ; je ne suis pas en train de disputer le point de savoir s’il s’est trompé en cela. Le plus grave n’est pas là. Il est d’avoir dit une chose et d’en avoir fait une autre. Bien entendu, ce qu’il réclamait officiellement avait un côté chimérique : se rallier à la république tout en proclamant que les républicains constituaient une secte tyrannique imposant une législation criminelle, cela ne pouvait guère se distinguer, en pratique, d’une contestation du régime républicain lui-même, — une contestation de cette république-là, maçonnique, laïque, travaillant à la déchristianisation de la France. Mais il n’y croyait pas : il calculait que le ralliement à la république atténuerait forcément le combat contre la législation républicaine ; il pensait que l’apaisement par le compromis était tout ce que l’on pouvait faire pour limiter la nocivité de cette législation. Il a trompé les catholiques : non pour les trahir mais, dans sa pensée, pour leur bien. Il fallait, pensait-il, calmer leurs revendications : elles étaient justes, mais elles n’avaient selon lui aucune chance, et pas d’autre résultat que d’aggraver encore la situation du catholicisme en France. Les catholiques français lui paraissaient en train de perdre la partie pour la double raison qu’ils étaient politiquement monarchistes et religieusement intransigeants. Ne pouvant leur imposer une double abdication, il leur enjoint de renoncer à leur politique monarchiste pour mieux faire valoir leur juste intransigeance religieuse : mais cette motivation sacrée n’est que pour recouvrir un tour de passe-passe, et pour préparer les voies à un accommodement entre l’Église et le pouvoir établi maçonnique. (J. Madiran, Les deux démocraties, N.E.L. 1977, p. 122 et sv.)


Un peu plus loin, Madiran souligne que la politique de Léon XIII a eu entre autres l’effet pervers d’habituer les catholiques “à tenir pour clauses de style et remontrances platoniques la doctrine traditionnelle de l’Église sur l’origine et l’exercice du pouvoir civil”. On en aperçoit mieux les conséquences à présent...

V.
images/icones/1d.gif  ( 635676 )et avez-vous le texte du ralliement par JVJ (2012-06-08 15:25:26) 
[en réponse à 635671]

de l'Eglise à l'héliocentrisme ?

Et l'acceptation du concordat de 1801 ?

Et l'abandon des évêques d'Ancien Régime et de la géographie diocésaine ?

M. Madiran a-t-il aussi des lumières et des critiques à formuler ?

Le passage de la gauche grâce à l'abstention ou la politique du pire ?

Dans votre idéal, les évêques sont nommés par le roi, par le Pape, sont élus par le chapitre cathédral et confirmé par l'archevêque, le deviennent de père en fils comme dans la Bretagne du XIe siècle ?

Vos soucis de ""ralliement"" sont très franco-français.
Voulez-vous que le Saint-Siège retrouve sa souveraineté sur le Comtat Venaissin ? Que les évêques retrouvent leurs anciens palais et leurs fiefs ? Que les Catholiques retrouvent la propriété des églises ? C'est la faillite dans l'année ou des ventes à la pelle...

Vous vous faîtes plaisir dans votre coin. Si cela vous fait du bien...

Pauvre Mgr Fellay...

images/icones/1w.gif  ( 635684 )Je m’aperçois une fois de plus... par Vianney (2012-06-08 16:01:26) 
[en réponse à 635676]

...qu’on ne vous a pas appris à lire (ou que vous avez oublié ce qu’on vous a appris). Madiran écrit pourtant de façon très compréhensible, et qui plus est, pour les adeptes de la lecture rapide j’avais pris soin de souligner les passages importants :
“Le plus grave n’est pas là. Il est d’avoir dit une chose et d’en avoir fait une autre.”
Raoul ne reprochait d’ailleurs rien d’autre à Mgr Fellay. Capito ?

V.
 
images/icones/1v.gif  ( 635680 )S'agissant de la FSSPX et s'agissant de Léon XIII par Jean-Paul PARFU (2012-06-08 15:44:50) 
[en réponse à 635671]

I) S'agissant de la FSSPX, il y a, comme je l'ai déjà dit, de bons arguments de part et d'autre.

Ce qui m'étonne, c'est qu'on soit passé aussi rapidement de discussions doctrinales

(qui avaient simplement, après le Motu proprio et la levée des excommunications :

- le mérite d'exister ;
- de mettre les désaccords sur la table et ainsi de clarifier la situation),

à un ultimatum ou à un soi-disant ultimatum qui l'obligerait tout à coup à régulariser dans les meilleurs délais sa situation canonique, dans le temps même où l'on apprend que le St Siège tente :

- d'avoir morceaux par morceaux ceux qui continuent à s'opposer à "l'Aggiornamento" des années 1959-1969 (voir les articles de Mercier dans l'hebdomadaire "La Vie") ;

- et ensuite de les étouffer comme le boa étouffe sa proie (voir l'annexe de la lettre du secrétaire de la commission ED au supérieur de l'IBP)

et que donc, il a des arrières-pensées et n'a pas renoncé à son projet moderniste.


II) S'agissant de Léon XIII, il est clair, à première vue, que sa politique du "ralliement" n'a pas donné grande chose, puisqu'elle n'a pu empêcher ou a finalement abouti aux lois anti-congrégations et à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Deux choses cependant :

1) C'est parce que la France monarchiste attendait toujours le retour du roi, ne reconnaissait pas la République et ne participait pas aux élections que la 3ème République a pu s'installer et une 3ème République très anti-religieuse, très anti-chrétienne, très anti-catholique !

D'une certaine manière, il aurait fallu, je n'hésite pas à le dire, que Pie IX ou Léon XIII demandent, beaucoup plus tôt encore et beaucoup plus fermement et fortement, aux catholiques français de s'investir dans la politique, quel que soit le régime en place, au début d'ailleurs encore très flou et incertain ;

2) Si Léon XIII et surtout Pie XI n'ont pas compris ou pas suffisamment compris la spécificité française, qui tient à la Révolution française, Révolution qui est davantage qu'une simple Révolution, qui est aussi un évènement mystérieux, satanique, Madiran et les Maurrassiens français, de leur côté, envisagent trop les décisions du Pape ou des Papes, à travers l'exception française, d'où un dialogue de sourds.
images/icones/neutre.gif  ( 635694 )La vraie raison du succès des ennemis du catholicisme par Vianney (2012-06-08 16:35:08) 
[en réponse à 635680]

...a été exposée magistralement par Jaurès lors de la discussion de la loi de séparation (J. Ousset, Pour qu’Il règne, D.M.M. 1986, p. 243) :

Laissez-moi dire que ceux d’entre vous qui connaissent la pensée de l’Église dans sa vérité, dans son audace, qui a sa noblesse comme elle peut avoir aujourd’hui, pour bien des esprits, son scandale, ceux-là ne contesteront pas ce que je dis, car il est impossible que, lorsqu’on a proclamé que Dieu est si intimement mêlé aux choses humaines qu’il s’est incarné dans un individu humain et qu’il a transmis à une Église le droit de continuer cette incarnation, il est impossible que Dieu ne reste pas incarné dans cette Église comme la puissance souveraine et exclusive devant laquelle les individus, les sociétés, les patries, toutes les forces de la vie, doivent s’incliner. Voilà la contradiction des deux mondes, voilà la contradiction des deux principes et voilà, par conséquent, quand nous arrivons au problème de l’enseignement, la dualité et le conflit. Si les hommes de la Révolution poussent jusqu’au bout le principe révolutionnaire et si les chrétiens poussent au bout le problème de l’Église, c’est, dans une société unie en apparence, c’est, dans une société où nous aurons tous la même figure d’hommes, le plus prodigieux conflit qui se puisse imaginer.
(…)
Nos adversaires nous ont-ils répondu ? Ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution l’entière pensée catholique qui revendique pour Dieu, pour le Dieu de la révélation chrétienne, le droit non seulement d’inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés ; ils ont chicané sur des détails d’organisation. Ils n’ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l’âme de l’Église.


Dans le même sens, on peut du reste citer, comme le fait Jean Sévillia dans son livre Quand les catholiques étaient hors la loi, le bel éloge posthume de saint Pie X par le politicien de gauche Aristide Briand :

Pie X ? Je ne l’ai pas toujours compris, mais ce sont vos évêques qui m’ont égaré. C’étaient de braves gens, sincères et de bonne volonté. Mais ils avaient les yeux tournés vers le passé. Ils ne voyaient pas l’avenir comme Pie X...


Amusant, non, que ce soit un diplomate républicain qui reconnaisse avec lucidité que les consignes de résistance de saint Pie X se sont révélées beaucoup plus payantes que la diplomatie frileuse de certains évêques français ? Et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est ce courage qui manque encore aujourd’hui à bien des catholiques, à tous les niveaux de la hiérarchie...

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 635705 )Je suis d'accord avec vous Vianney ! par Jean-Paul PARFU (2012-06-08 17:57:34) 
[en réponse à 635694]

Une explication n'empêche pas l'autre !
images/icones/idee.gif  ( 635709 )Oui, plusieurs facteurs ont joué par Vianney (2012-06-08 18:29:06) 
[en réponse à 635705]

...c’est certain, mais je pense que vous êtes tout de même injuste envers Madiran : dans Les deux démocraties (et déjà dans On ne se moque pas de Dieu) il ne condamne pas la démocratie en tant que mode d’élection, et il souligne à cet égard les limites de l’analyse de Maurras.

Il s’en prend par contre, à la suite de saint Pie X dans sa lettre sur le Sillon :
– à l’idée que la démocratie serait le seul régime conforme à la justice,
– et surtout à l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 : “Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.” Ce qui revient à nier implicitement jusqu’à l’autorité paternelle, et plus généralement le droit naturel voulu par Dieu.

V.
 
images/icones/fleche2.gif  ( 635712 )C'est vrai Vianney ! par Jean-Paul PARFU (2012-06-08 19:03:12) 
[en réponse à 635709]

Mais si vous relisez bien St Pie X, vous verrez qu'il se réfère sans arrêt aux encycliques ou autres écrits de Léon XIII, et notamment pour condamner le Sillon !
images/icones/idee.gif  ( 635724 )Sur le plan doctrinal... par Vianney (2012-06-08 20:46:36) 
[en réponse à 635712]

...les deux papes étaient fondamentalement d’accord, au point que saint Pie X a approuvé la mise à l’Index de deux ouvrages de son ami l’abbé Barbier, trop critiques vis-à-vis de la politique de Léon XIII. Madiran montre fort bien que c’est sur le seul plan pratique que ce dernier faisait parfois fausse route, minimisant en quelque sorte la portée de ses propres enseignements !

Croyez-moi, lisez Les deux démocraties, vous ne le regretterez pas.

V.
 
images/icones/fleche3.gif  ( 635701 )Ah, le 'ralliement', le 'ralliement'... par New Catholic (2012-06-08 17:51:29) 
[en réponse à 635671]

Pauvre Léon XIII - et pauvre Pie XI: les tradis français ne perdonneront jamais ces grands papes...
images/icones/fleche2.gif  ( 635707 )Leurs intentions ne sont pas en cause par Vianney (2012-06-08 18:05:59) 
[en réponse à 635701]

...mais comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ils étaient moins clairvoyants que saint Pie X, c’est tout.

On peut toutefois remarquer que Pie XI n’a pas renouvelé en Espagne l’erreur qu’il avait commise au Mexique : le droit à l’insurrection a été pleinement reconnu aux catholiques espagnols en butte avec le régime anticatholique du Frente popular.

V.