Léon XIII demande aux monarchistes d’abandonner la monarchie, au nom de la religion et pour mener plus vigoureusement le seul combat religieux. Mais ce besoin d’intensifier le combat religieux par l’abandon de la querelle politique apparaît comme un prétexte. Par ses directives pratiques, par le choix des hommes qu’il soutenait ou qu’il écartait, Léon XIII n’a pas intensifié le combat religieux. Il a recherché l’apaisement par le compromis. Mais il ne l’a pas dit. Pas officiellement. Officiellement, il invoquait les motifs les plus sacrés pour que l’on sacrifie tout à un combat auquel lui-même ne croyait pas, et qu’il n’avait nullement l’intention de poursuivre. Je ne lui reproche pas d’avoir préféré la voie de l’apaisement à celle de la lutte ; je ne suis pas en train de disputer le point de savoir s’il s’est trompé en cela. Le plus grave n’est pas là. Il est d’avoir dit une chose et d’en avoir fait une autre. Bien entendu, ce qu’il réclamait officiellement avait un côté chimérique : se rallier à la république tout en proclamant que les républicains constituaient une secte tyrannique imposant une législation criminelle, cela ne pouvait guère se distinguer, en pratique, d’une contestation du régime républicain lui-même, — une contestation de cette république-là, maçonnique, laïque, travaillant à la déchristianisation de la France. Mais il n’y croyait pas : il calculait que le ralliement à la république atténuerait forcément le combat contre la législation républicaine ; il pensait que l’apaisement par le compromis était tout ce que l’on pouvait faire pour limiter la nocivité de cette législation. Il a trompé les catholiques : non pour les trahir mais, dans sa pensée, pour leur bien. Il fallait, pensait-il, calmer leurs revendications : elles étaient justes, mais elles n’avaient selon lui aucune chance, et pas d’autre résultat que d’aggraver encore la situation du catholicisme en France. Les catholiques français lui paraissaient en train de perdre la partie pour la double raison qu’ils étaient politiquement monarchistes et religieusement intransigeants. Ne pouvant leur imposer une double abdication, il leur enjoint de renoncer à leur politique monarchiste pour mieux faire valoir leur juste intransigeance religieuse : mais cette motivation sacrée n’est que pour recouvrir un tour de passe-passe, et pour préparer les voies à un accommodement entre l’Église et le pouvoir établi maçonnique. (J. Madiran, Les deux démocraties, N.E.L. 1977, p. 122 et sv.)
“Le plus grave n’est pas là. Il est d’avoir dit une chose et d’en avoir fait une autre.”Raoul ne reprochait d’ailleurs rien d’autre à Mgr Fellay. Capito ?
Laissez-moi dire que ceux d’entre vous qui connaissent la pensée de l’Église dans sa vérité, dans son audace, qui a sa noblesse comme elle peut avoir aujourd’hui, pour bien des esprits, son scandale, ceux-là ne contesteront pas ce que je dis, car il est impossible que, lorsqu’on a proclamé que Dieu est si intimement mêlé aux choses humaines qu’il s’est incarné dans un individu humain et qu’il a transmis à une Église le droit de continuer cette incarnation, il est impossible que Dieu ne reste pas incarné dans cette Église comme la puissance souveraine et exclusive devant laquelle les individus, les sociétés, les patries, toutes les forces de la vie, doivent s’incliner. Voilà la contradiction des deux mondes, voilà la contradiction des deux principes et voilà, par conséquent, quand nous arrivons au problème de l’enseignement, la dualité et le conflit. Si les hommes de la Révolution poussent jusqu’au bout le principe révolutionnaire et si les chrétiens poussent au bout le problème de l’Église, c’est, dans une société unie en apparence, c’est, dans une société où nous aurons tous la même figure d’hommes, le plus prodigieux conflit qui se puisse imaginer.
(…)
Nos adversaires nous ont-ils répondu ? Ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution l’entière pensée catholique qui revendique pour Dieu, pour le Dieu de la révélation chrétienne, le droit non seulement d’inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés ; ils ont chicané sur des détails d’organisation. Ils n’ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l’âme de l’Église.
Pie X ? Je ne l’ai pas toujours compris, mais ce sont vos évêques qui m’ont égaré. C’étaient de braves gens, sincères et de bonne volonté. Mais ils avaient les yeux tournés vers le passé. Ils ne voyaient pas l’avenir comme Pie X...