Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 635018 )Herméneutique : un discours du Pape qui en éclaire un autre. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-02 18:32:01) 

Bonjour,

Nous gagnerions peut-être à lire le discours, méconnu, du Pape Benoît XVI, en date du 25 avril 2005, juste avant de relire celui, plus connu, du même Souverain pontife, discours en date du 22 décembre 2005.

Nous aurions ainsi confirmation du fait suivant : si le Concile Vatican II ne comporte pas, à proprement parler, de dogmes, il comporte, en revanche, au moins deux...je vous laisse le soin de découvrir l'expression employée par Benoît XVI :

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AUX DÉLÉGUÉS DES AUTRES ÉGLISES ET COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES ET DES AUTRES TRADITIONS RELIGIEUSES

Salle Clémentine Lundi 25 avril 2005

" Chers Délégués des Eglises orthodoxes, des Eglises orthodoxes orientales et des Communautés ecclésiales d'Occident,

C'est avec joie que je vous accueille, quelques jours après mon élection. J'ai été particulièrement sensible à votre présence hier sur la Place Saint-Pierre, après avoir vécu ensemble les tristes moments de la disparition du regretté Pape Jean-Paul II. L'expression de sympathie et d'affection que vous avez offertes à mon inoubliable prédécesseur est allée bien au-delà d'un simple geste de courtoisie ecclésiale. Un long chemin a été accompli au cours des années de son Pontificat et votre participation au deuil de l'Eglise catholique lors de sa disparition a montré combien la passion commune pour l'unité est grande et véritable.

En vous saluant, je voudrais rendre grâce au Seigneur qui nous a bénis par sa miséricorde et qui a fait naître en nous une disposition sincère à faire nôtre sa prière: ut unum sint. Il nous a ainsi rendu toujours plus conscients de l'importance de marcher vers la pleine communion. Nous pouvons échanger les dons reçus par l'Esprit avec une amitié fraternelle et nous nous sentons incités à nous soutenir mutuellement car nous annonçons le Christ et son message au monde, qui aujourd'hui apparaît souvent troublé et inquiet, inconscient et indifférent.

Notre rencontre de ce jour est particulièrement significative. Elle permet avant tout au nouvel Evêque de Rome, Pasteur de l'Eglise catholique, de répéter à tous, avec simplicité: Duc in altum! Allons de l'avant dans l'espérance. Sur les traces de mes Prédécesseurs, en particulier Paul VI et Jean-Paul II, je ressens fortement le besoin d'affirmer de nouveau l'engagement irréversible, pris par le Concile Vatican II et poursuivi au cours des dernières années grâce aussi à l'action du Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens. Le chemin vers la pleine communion voulue par Jésus pour ses disciples comporte dans une docilité concrète à ce que l'Esprit dit aux Eglises, courage, douceur, fermeté et espérance de parvenir au but. Il comporte par-dessus tout la prière insistante et d'un même coeur, pour obtenir du Bon Pasteur le don de l'unité pour son troupeau.

Comment ne pas reconnaître avec un esprit de gratitude envers Dieu que notre rencontre a aussi la signification d'un don déjà accordé? En effet, le Christ, le Prince de la Paix, a agi au milieu de nous, il a répandu à pleines mains des sentiments d'amitié, il a atténué les discordes, il nous a enseigné à vivre avec une plus grande attitude de dialogue, en harmonie avec les engagements propres à ceux qui portent son nom. Votre présence, chers Frères dans le Christ, au-delà de ce qui nous divise et qui jette des ombres sur notre communion pleine et visible, est un signe de partage et de soutien pour l'Evêque de Rome, qui peut compter sur vous pour poursuivre le chemin dans l'espérance et pour croître vers Lui, qui est la Tête, le Christ.

En cette occasion si particulière, qui nous voit réunis ensemble précisément au début de mon service ecclésial accueilli avec crainte et dans une confiante obéissance au Seigneur, je vous demande à tous de donner avec moi l'exemple de cet oecuménisme spirituel, qui dans la prière réalise sans obstacles notre communion.

Avec mes saluts les plus cordiaux, je confie ces intentions et ces réflexions à chacun de vous, afin que, à travers vos personnes, elles puissent être transmises à vos Eglises et communautés ecclésiales.

Je m'adresse à présent à vous, chers amis des différentes traditions religieuses, et je vous remercie sincèrement de votre présence lors de l'inauguration solennelle de mon Pontificat. Je présente mes saluts cordiaux et affectueux à vous tous et à ceux qui appartiennent aux religions que vous représentez. Je suis particulièrement reconnaissant de la présence parmi nous de membres de la communauté musulmane, et j'exprime ma satisfaction pour le développement du dialogue entre musulmans et chrétiens, tant au niveau local qu'international. Je vous assure que l'Eglise désire continuer à construire des ponts d'amitié avec les fidèles de toutes le religions, dans le but de rechercher le bien authentique de chaque personne et de la société dans son ensemble.

Le monde dans lequel nous vivons est souvent marqué par des conflits, la violence et la guerre, mais il aspire réellement à la paix, une paix qui est surtout un don de Dieu, une paix pour laquelle nous devons prier sans cesse. Toutefois, la paix est également un devoir pour lequel tous les peuples doivent s'engager, en particulier ceux qui se réclament des traditions religieuses. Nos efforts pour nous rencontrer et promouvoir le dialogue constituent une précieuse contribution pour construire la paix sur de solides fondements. Au début du nouveau Millénaire, le Pape Jean-Paul II, mon vénérable prédécesseur, a écrit que "le nom du Dieu unique doit devenir toujours plus ce qu'il est, un nom de paix et un impératif de paix" (Novo Millennio ineunte, n. 55). C'est pourquoi il est impératif de s'engager dans un dialogue authentique et sincère, construit sur le respect de la dignité de chaque personne humaine, créée, comme nous chrétiens le croyons fermement, à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27).

Au début de mon Pontificat, je vous adresse, ainsi qu'aux croyants des traditions religieuses que vous représentez et à tous ceux qui recherchent la Vérité d'un coeur sincère, une invitation pressante à devenir ensemble des artisans de paix, dans un engagement réciproque de compréhension, de respect et d'amour.

J'adresse à tous mon salut cordial. "

Entendons-nous bien : je ne suis ni attristé, ni étonné, ni indigné, ni offusqué, mais ce texte montre assez bien quelles ont été, dès l'origine, et quelles resteront, sans doute, les limites, si j'ose dire, "les points non négociables" qui seront maintenus en vigueur malgré la part de remise en cause du Concile, et surtout de l'après-Concile, qui est susceptible de découler de la mise en oeuvre de l'herméneutique du renouveau dans la continuité.

D'aucuns ont cru, à partir de fin 2005, au contact du fameux discours du 22 décembre 2005, que Benoît XVI allait (enfin) commencer à refermer la parenthèse que constitue, du point de vue des mêmes, le Concile Vatican II.

J'ai été, après d'autres et moins bien qu'eux, de ceux qui ont mis en garde tel ou tel liseur, en faisant remarquer que le Concile Vatican II, dans l'esprit de Benoît XVI, n'était pas une parenthèse, mais une stratégie globale, sur laquelle il est hors de question de revenir, dès lors que l'un des "engagements irréversibles" est susceptible d'être menacé par une remise en cause endogène potentielle.

" OUI à un recentrage liturgique et pastoral ad intra,

MAIS

NON à une restauration dogmatique et doctrinale ad extra "

Telle semble avoir été l'intention de Benoît XVI, à telle enseigne qu'il a cru devoir "rassurer" ses interlocuteurs, chrétiens non catholiques et croyants non chrétiens, dès le début de son pontificat.

Je précise, à toutes fins utiles, qu'il n'y a dans mon propos, ni dépit, ni regret, ni colère, ni tristesse, en l'occurrence, contre le Pape Benoît XVI ; par ailleurs, j'ai bien conscience du fait que mon "réveil", si réveil il y a, est quelque peu tardif, puisque ce discours du discours du 25 avril 2005 éclaire huit mois à l'avance le discours du 22 décembre 2005.

Ce discours m'inspire néanmoins la remarque suivante : il n'y a pas,

- d'un côté, les évêques "rénovateurs", partisans résolus de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux, qui seraient tous à distance, sur ces deux questions, de l'intention de Benoît XVI,

- de l'autre côté, les fidèles "traditionnels", réservés ou sceptiques, vis-à-vis de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux, qui seraient tous beaucoup plus proches, sur ces mêmes questions, de l'objectif de Benoît XVI.

A partir de là, on peut toujours s'interroger : Benoît XVI prononcerait-il le même discours, aujourd'hui ? N'est-il pas désappointé, désenchanté, par ce que sont devenus, entre 2005 et 2012, les "fruits" de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux ? Peut-être...

Il n'empêche : en faisant de l'année 2012-2013 à la fois une Année de la Foi et une année de commémoration du Concile, le Pape nous dit, en substance, que la consolidation de la Foi catholique, au sein de l'Eglise, ne doit, EN AUCUN CAS, être de nature à aboutir, même implicitement ou indirectement, à la remise en cause des "engagements irréversibles" qui ont été souscrits, ad extra, au Concile.

OUI à l'explicitation ad intra de la vérité révélée,

MAIS

NON à l'explicitation ad extra de la radicalité et de la spécificité des éléments constitutifs de la vérité révélée qui sont susceptibles de générer des blocages et des clivages, dans les relations

- entre l'Eglise et les autres confessions, religions ou traditions,

- entre les catholiques et les autres croyants, chrétiens ou non.

Telle semble être la ligne de crête, des plus étroite, qui est l'une des conséquences de la relecture du discours du 22 décembre 2005, à la lumière du discours du 25 avril 2005.

Bonne fin d'après-midi à tous.

Scrutator.
images/icones/rose.gif  ( 635025 )vous esquivez un point majeur de contentieux par Luc Perrin (2012-06-02 20:46:50) 
[en réponse à 635018]

D'abord merci de revenir à ce discours peu connu, comme celui de l'homélie à St-Jean de Latran de mai 2005 aussi.

Quels contenus souligne Benoît XVI dans la démarche oecuménique et dans le dialogue interreligieux ?

- "l'oecuménisme spirituel" celui de la prière commune des chrétiens pour l'unité, celui de l'abbé Paul Couturier mort en 1953 sous Pie XII

- "Toutefois, la paix est également un devoir pour lequel tous les peuples doivent s'engager, en particulier ceux qui se réclament des traditions religieuses. Nos efforts pour nous rencontrer et promouvoir le dialogue constituent une précieuse contribution pour construire la paix sur de solides fondements."

Là aucun des papes avant Paul VI n'aurait écrit/dit cela ainsi, c'est un fait. On peut d'ailleurs penser qu'il s'agit, pour l'essentiel, d'un voeu pieux - pieux tout de même - qui n'a en 40 ans quasiment rien apporté de concret à l'échelle du monde : il suffit de lister les zones de conflit où les religions sont impliquées (ex. le plus récent le Nord du Mali et les massacres de Boko Haram au Nigeria, le judaïsme en Israël est-il impliqué dans la paix avec les Palestiniens et le respect des chrétiens ? etc.).

Toutefois est-ce une validation des constructions biscornues des théologies des religions visant à promouvoir des syncrétismes à géométrie variable ? En rien.
Est-ce un renoncement à affirmer que dans l'Église du Christ subsiste dans l'Église catholique romaine et que c'est dans cette Église que les fondements théologiques de la paix se trouvent au plus haut degré ? Aucunement.

En d'autres termes, on en revient bien au discernement dans Vatican II de ce qui est sûrement de l'ordre de la novation mais pas incompatible pour autant avec la Tradition, et par conséquent au discours du 22 décembre 2005.
images/icones/fleche2.gif  ( 635027 )Esquive involontaire - Merci beaucoup pour toute réponse à ma question. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-02 21:31:21) 
[en réponse à 635025]

Bonsoir et merci, Luc PERRIN.

1. Tout d'abord, merci beaucoup pour cette phrase : " Là aucun des papes avant Paul VI n'aurait écrit/dit cela ainsi, c'est un fait. On peut d'ailleurs penser qu'il s'agit, pour l'essentiel, d'un voeu pieux - pieux tout de même - qui n'a en 40 ans quasiment rien apporté de concret à l'échelle du monde : il suffit de lister les zones de conflit où les religions sont impliquées (ex. le plus récent le Nord du Mali et les massacres de Boko Haram au Nigeria, le judaïsme en Israël est-il impliqué dans la paix avec les Palestiniens et le respect des chrétiens ? etc.). "

2. Ensuite, je "rebondis" un instant sur votre paragraphe, car je suppose que c'est lui qui contient l'esquive, involontaire, que vous m'attribuez :

" Toutefois est-ce une validation des constructions biscornues des théologies des religions visant à promouvoir des syncrétismes à géométrie variable ? En rien.

Est-ce un renoncement à affirmer que dans l'Église du Christ subsiste dans l'Église catholique romaine et que c'est dans cette Église que les fondements théologiques de la paix se trouvent au plus haut degré ? Aucunement. "

J'ai parfaitement conscience du bien-fondé de vos deux phrases et de leur relation à la réalité, mais l'impression que je retire de ce que vous rappelez, à savoir l'impression d'être en présence de ce que j'appelle la pastorale de l'oxymore, n'en est que plus grande.

Pour ma part, je n'ai jamais parlé, dans ce domaine, de syncrétisme, mais plutôt d'éclectisme fédéraliste, à propos des rencontres ou réunions interreligieuses, et de modalisme pluraliste, à propos de la théologie du pluralisme religieux.

3. Ma question est celle-ci : il semble "parfois" qu'il y a un cloisonnement radical, une différenciation singulière, entre les discours et messages pontificaux adressés aux non catholiques, et ceux destinés aux catholiques eux-mêmes :

- est-ce juste une impression, que je ressens à tort ?

- cela ne pose-t-il pas un "petit" problème de cohérence ou de pertinence ?

- il peut être utile de distinguer, entre les destinataires ad intra, et ceux qui sont ad extra, mais enfin, le kérygme n'a-t-il pas vocation à être, sinon dans sa forme, du moins dans son fond, le même pour tous, compte tenu de son caractère fondamental et de sa destination universelle ?

4. Je ne vois pas, moi non plus, de contradiction entre ce discours du 25 avril 2005 et celui du 22 décembre 2005, mais le premier éclaire le second : l'herméneutique du renouveau dans la continuité est propice à la délégitimation de toute une vision "progressiste rupturiste" de bien des abus ou excès post-conciliaires, mais il n'est pas dans l'intention de Benoît XVI d'en faire un cheval de Troie qui, une fois dans la place, s'en prendrait, depuis l'intérieur de l'Eglise, à des engagements "impératifs" (autant dire : catégoriques) et "irréversibles" (autant dire : définitifs) : "l'ouverture" et "l'unité" : deux des cinq "quasi-dogmes" du Concile auxquels j'ai déjà fait allusion.

Merci beaucoup pour toute réponse et bonne soirée.

Scrutator.
images/icones/ancre2.gif  ( 635070 )Avec Luc Perrin... par Paterculus (2012-06-03 19:14:19) 
[en réponse à 635027]

Avec Luc Perrin, je crois devoir tempérer votre jugement.

Tout d'abord merci de nous faire lire (ou relire) ce texte d'avril 2005.

Mais je ne crois pas qu'il permette de voir une opposition entre le message délivré "ad intra" et celui délivré "ad extra".

Simplement parce que dans le contexte de ce discours, où se côtoyaient des représentants de religions extrêmement diverses, on ne pouvait pas dialoguer, ni présenter autre chose qu'un message global d'intentions.

Je crois que le dialogue mené ensuite avec les différents groupes l'a été sur la base de la doctrine catholique la plus pure. En tout cas rien dans le discours que vous reproduisez ne permet d'affirmer le contraire.

Entre le discours ad intra et le discours ad extra, la présentation doit nécessairement changer. Quand on parle à des catholiques, on peut supposer leur accord avec le magistère de l'Eglise, on doit donc éclairer celui-ci. Quand on dialogue avec des chrétiens, on s'adapte à chaque communauté pour partir des points qui nous sont communs et montrer que la position catholique est en harmonie avec ces points communs. Quand on dialogue avec des non-chrétiens les points communs sont ténus et on doit recourir davantage à la philosophie.

Donc l'engagement irréversible à mener ces dialogues ne m'apparaît pas induire une contradiction entre le discours ad intra et le discours ad extra.

Mais peut-être vous ai-je mal compris ?

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche2.gif  ( 635079 )Pas "contradiction" mais "éclairage"+Quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-03 21:19:33) 
[en réponse à 635070]

Bonsoir et merci, Paterculus.

Ce qui a retenu mon attention, c'est le fait que le discours du 25 avril 2005 apporte davantage d'éclairages que de contradictions, quand on le met en relation avec le discours du 22 décembre 2005.

A partir de là, je prends appui sur votre propos :

1. " Entre le discours ad intra et le discours ad extra, la présentation doit nécessairement changer. " : oui, dès lors qu'il y a bien présentation, pas nécessairement dans les mêmes termes humains, mais des mêmes réalités divines.

Je me trompe sans doute, mais il me semble qu'il arrive qu'il y ait, sinon une contradiction, du moins un décalage, entre ce que le dialogue est et ce qu'il devrait pouvoir être (au service de l'annonce)

- compte tenu de ce que l'Eglise prend bien soin de dire, quand elle confesse la Foi ad intra,

mais aussi

- compte tenu de ce que l'Eglise prend grand soin de taire, quand elle dialogue ad extra.

Donc, je suis d'accord avec vous, quand vous écrivez : " Entre le discours ad intra et le discours ad extra, la présentation doit nécessairement changer. ", mais j'ajoute aussitôt : encore faut-il qu'il y ait présentation, y compris ad extra.

2. " Quand on parle à des catholiques, on peut supposer leur accord avec le magistère de l'Eglise, on doit donc éclairer celui-ci. "

Je suis d'accord, et je ne "développe" pas.

3. " Quand on dialogue avec des chrétiens, on s'adapte à chaque communauté pour partir des points qui nous sont communs et montrer que la position catholique est en harmonie avec ces points communs. "

A juste titre ou non, je suis des plus "réservé" : le dialogue oecuménique honnête et loyal doit-il conduire avant tout ou seulement à DIRE les points de convergence et à TAIRE les points de divergence, au moyen d'une auto-censure magistérielle, dans une optique de diplomatie inter-confessionnelle, qui ne contrarie personne, car elle ne contredit rien ? J'espère que non.

4. " Quand on dialogue avec des non-chrétiens les points communs sont ténus et on doit recourir davantage à la philosophie. "

A raison ou à tort, je me permets

a) de transposer, dans le cadre du dialogue interreligieux, la même "réserve" que celle que j'ai mentionnée ci-dessus, à propos du dialogue oecuménique ;

b) de vous poser la question suivante : quand vous dites : "Quand on dialogue avec des non-chrétiens (...) on doit recourir davantage à la philosophie", précisément, à votre avis, de quelle philosophie s'agit-il ?

5. Pour moi, c'est le problème de fond : quel est le fondement philosophique du dialogue interreligieux ? Quelle est la philosophie, et notamment la philosophie du phénomène religieux, ou des valeurs véhiculées par les religions, qui sous-tend la théologie du dialogue inter-religieux ? Cette philosophie fondatrice du dialogue inter-religieux est-elle d'inspiration réaliste ou d'inspiration idéaliste ? Se présente-t-elle, en quelque sorte, sous la forme d'une "axiomatique" ou sous celle d'une "herméneutique" ?

Quelle conception "philosophico-théologique" de la religion, en général, des religions, en particulier, a présidé, et semble présider encore, au dialogue interreligieux ? Pour moi, c'est toute la question.

Je vous remercie pour votre message, qui m'a donné l'occasion de clarifier ma position, et je vous souhaite une bonne fin de dimanche et une bonne semaine.

Scrutator.
images/icones/fleur.gif  ( 635093 )d'accord avec les 2 par Luc Perrin (2012-06-03 22:16:34) 
[en réponse à 635079]

oui M. l'abbé, il y a une différence en effet entre ce qui est conçu en direction de l'ad extra et ce qui est pensé pour l'ad intra.

Le couple dialogue interreligieux/essence missionnaire (Paul VI tous les 2) est le mariage du lapin et de la carpe.

Mais cela a des répercussions ad intra, là je rejoins Scrutator : la démobilisation des congrégations missionnaires des années 1960-1980 et qui en a mis plus d'une par terre est un effet voyant ; celui qui a le plus frappé Mgr Lefebvre et pour cause.

De même le lapin dialogique court un peu partout et bien au-delà des différents Assise et de Dominus Iesus. Les théologies des religions à visée syncrétiste existent Scrutator, croyez moi et à défaut consulter la Note sur les écrits du P. Dupuis, les problèmes posés par T. Balasuriya et plusieurs autres théologiens indiens ou américains en particulier.
Le fédéralisme pluraliste ou plus éthéré encore avec un C. Theobald sj affaiblit considérablement ce que vit l'Église, ce qu'elle est, ce qu'est son être missionnaire.

Un lecteur du courrier des lecteurs de La Croix le disait benoîtement : ce qu'il avait préféré d'un article, c'était un dessin mettant un ? sur l'évangile ouvert.
Traduction pratique : ce "catholique" ne peut plus réciter le Credo ni dire le Pater car il ne sait pas s'il est chrétien ni ce que cela veut dire.

Voilà le problème ad intra des discours flous ad extra.
Problème que les traditionalistes ont tout de suite perçu comme le Maritain de 1966 en paysan de la Garonne mais qui ensuite n'a plus osé aller à contre-courant hélas.
images/icones/ancre2.gif  ( 635098 )A mon tour... par Paterculus (2012-06-03 22:42:03) 
[en réponse à 635079]

... je vous remercie de votre message.

"Ad primum" :
Quand vous dites :

Je me trompe sans doute, mais il me semble qu'il arrive qu'il y ait, sinon une contradiction, du moins un décalage, entre ce que le dialogue est et ce qu'il devrait pouvoir être (au service de l'annonce)


Je pense que vous ne vous trompez pas : trop souvent on brade ce qui peut gêner l'interlocuteur. Mon propos, dans mon message précédent, était de dire que ce défaut n'est pas le fait de Benoît XVI.
Je suis d'accord avec vous que le dialogue est toujours en vue de l'annonce, simplement je crois qu'avec raison les autorités romaines y ajoutent une autre fin, celle de la coexistence pacifique des communautés religieuses au sein des nations. Ce dernier point ne doit pas conduire à brader les impératifs de l'annonce, mais souvent la coexistence dans le respect est la condition de l'annonce. J'avoue ne pas être d'accord quand on dit que le dialogue peut être totalement indépendant de l'annonce ; certes telle partie du dialogue en particulier peut n'avoir pas pour objet propre l'annonce, mais la perspective de celle-ci devrait toujours être en arrière-plan chez l'interlocuteur catholique, car ce serait mépriser son interlocuteur que de ne pas souhaiter sa conversion.

"Ad tertium" :
Là encore nous sommes d'accord : on part des points communs, mais ensuite on va jusqu'au bout.
Que dans la pratique ce ne soit pas souvent le cas au niveau des groupes de discussion, diocésains par exemple, est une évidence.

"Ad quartum" :
Je suis d'accord avec votre réserve a).
b) Il s'agit de la philosophie admise par les deux parties, par exemple le principe de non-contradiction. Cela peut donner : "Vous dites que Dieu est tout-puissant, pourquoi ne pourrait-Il pas s'incarner ?" - Expérience faite on vous répondra sans doute : "Pourquoi devrait-Il s'incarner ?" ; je vous laisse élaborer votre réponse, capable de convaincre un non-chrétien : le dialogue n'est pas toujours facile.

"Ad quintum" :
Je reproduis votre texte :

Pour moi, c'est le problème de fond : quel est le fondement philosophique du dialogue interreligieux ? Quelle est la philosophie, et notamment la philosophie du phénomène religieux, ou des valeurs véhiculées par les religions, qui sous-tend la théologie du dialogue inter-religieux ? Cette philosophie fondatrice du dialogue inter-religieux est-elle d'inspiration réaliste ou d'inspiration idéaliste ? Se présente-t-elle, en quelque sorte, sous la forme d'une "axiomatique" ou sous celle d'une "herméneutique" ?
Quelle conception "philosophico-théologique" de la religion, en général, des religions, en particulier, a présidé, et semble présider encore, au dialogue interreligieux ? Pour moi, c'est toute la question.


Je ne sais s'il y a une philosophie qui sous-tend le dialogue inter-religieux. Mais il y a des faits qui l'imposent : le fait que des religions différentes coexistent dans les mêmes communautés naturelles (et au niveau mondial) et que la plupart de ces religions se sentent une vocation universelle. Finalement c'est la volonté de paix qui sous-tend ce dialogue.
Dés lors ce sont plutôt les théologies respectives des diverses religions qui sous-tendent le dialogue et c'est ce qui fait sa difficulté, puisqu'il fait dialoguer sur des bases différentes. Une bonne partie du dialogue consiste donc à mettre au jour les présupposés des uns et des autres.

Je crains, avec vous je crois, que beaucoup d'intervenants catholiques dans tous ces dialogues se soient fourvoyés, peut-être sous influence de la franc-maçonnerie, à cause de cette fausse idée que toutes les religions se valent.
Ce principe ne peut en aucun cas présider au dialogue inter-religieux sous peine de le ruiner. Ainsi, pour un musulman, s'il est vrai que Mahomet est l'ultime prophète, l'islam ne peut être considéré que comme l'unique religion vraie dans sa totalité. Et il est évident que pour nous chrétiens, puisque Jésus est le Fils de Dieu, toutes les religions non-chrétiennes sont ou bien incomplètes ou même lourdement fausses.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche2.gif  ( 635101 )Un grand merci à Luc Perrin et à Paterculus. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-03 23:27:36) 
[en réponse à 635098]

Bonsoir et merci beaucoup à tous les deux.

Volontairement, j'en reste là pour ce soir, mais sachez que je puise bien des encouragements dans vos réponses respectives et convergentes.

Je tiens d'autant plus à vous remercier pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de mes messages, que la complexité de leur formulation découle de ma volonté d'être le plus utilement méthodique et le moins inutilement polémique possible, sans être iréniste pour autant.

A bientôt sur le Forum, sur cette question ou sur une autre.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 635110 )bonjour ! par jejomau (2012-06-04 06:54:28) 
[en réponse à 635101]

La dernière partie abordée par Paterculus me plaît. Il aborde le dialogue inter-religieux. Je pense que ce qui pèche souvent dans ce type de relations part du principe que l'homme d'Eglise qui aborde ce dialogue-là (concrètement parlant quand il est en face de l'autre) pratique un dialogue "inter-religions" plutôt que le dialogue inter-religieux nécessaire.

Automatiquement, celà place les religions (et leurs religieux) à égalité. Ce ne devrait justement pas être possible. Si le religieux catholique se doit d'être à égalité en tant qu'homme affable et courtois devant un de ses congénères, il ne doit (et ne peut pas) être à égalité dans la proposition de sa doctrine qui est .. simplement LA Vérité. Le mélange est, en pratique, souvent toujours fait !

Certainement très difficile comme équation à résoudre. Mais justement, il me semble nécessaire d'avoir des hommes d'Eglise extrêmement bien formés, à la Foi forte, pour dialoguer avec l'autre. Ce qui, très souvent n'est pas le cas...

Bon, voilà. Et à Plus également !
images/icones/neutre.gif  ( 635114 )distinction précise par Aigle (2012-06-04 08:19:42) 
[en réponse à 635025]

pardonnez moi cher Luc Perrin de ne pas entrer dans une analyse aussi fouillée que la vôtre et de me borner à une lecture de premier degré.

Il me semble comprendre que pour le Saint-Père, il existe une communauté spirituelle entre Chrétiens (en particulier entre catholiques et orthodoxes) qui rend posible la prière commune : adresser au même Dieu, défini de la même façon, les mêmes mots dans les mêmes intentions. Ce qui est exclu avec les musulmans par exemple.

Quant au dialogue, il aurait une finalité plutôt politique voire simplement sécuritaire : éviter toute simplification, toute caricature, voire tout mensonge qui généère mépris, haine et enfin violence. il s'agit d'éviter des violences au quotidien entre fidèles de religions différentes - et d'empêcher que les gouvernements ou les partis politiques n'instrumentalisent les querelles religieuses...

Ce dialogue en vue d'une paix concrète vise notamment à protéger les chrétiens minoritaires en terre d'Islam. Il ne doit pas conduire à des prières communes. Il ne doit pas exclure l'activité missionnaire.
images/icones/neutre.gif  ( 635115 )Ambiguité du dialogue par Aigle (2012-06-04 08:29:31) 
[en réponse à 635018]

Je pense que le concept de DIR (dialogue inter-religieux) présente une ambiguité typique de Vatican II. On peut en faire une lecture bénigne et simplement considérer qu'il vaut mieux se parler calmement plutôt que de s'insulter les uns les autres. Cette attitude permet d'échapper à la critique fréquente chez les athées : les religions ne servent qu'à opposer les hommes entre eux et créer ainsi des conflits qui n'existeraient pas sans elles ....Elle crée cependant le risque symétrique : les religieux sont tous de menteurs qui s'entendent comme larrons en foire pour duper les pauvres gens..

Bien plus grave est la lecture maligne selon laquelle le DI s'est substitué à la volonté missionnaire. Cette lecture me semble néanmoins absurde car l'engagement missionnaire a des racines explicites dans les Evangiles et les épitres. Bâtir une théologie des religions fondée sur l'équivalence universelle me semble intenable du point de vue catholique (et même simplement chrétien) et ne peut se faire qu'en renoncant aux Ecritures, à la Tradition constante et unanime ainsi qu'au magistère même le plus récent (notamment le décret "ad gentes" du concile Vatican II). Pourtant j'ai le sentiment que cette conception tend parfois à se répandre.

Bref les dialoguistes acharnés sont ils des ennemis du concile Vatican II ? Appelons au secours Mgr Rouet pour dénoncer cette horreur ... hé hé hé ...
images/icones/1y2.gif  ( 635125 )Le DI.... par Introibo (2012-06-04 10:48:47) 
[en réponse à 635115]

a surtout lancé l'absurdité selon laquelle on dialogue gentiment... comme si les deux partis en présence étaient de même valeur. La vérité catholique s'abaisse et se renie pour dialoguer avec l'erreur, l'hérésie, le schisme...
images/icones/1y.gif  ( 635126 )Erreur de conception ? par Glycéra (2012-06-04 10:54:44) 
[en réponse à 635125]



Dialoguer, c'est couper, séparer, savoir ce qui est de l'un et ce qui est de l'autre : chacun donne ce qu'il dit, le précise, et l'expose en vérité.

Sans sincérité, point de dialogue.

Comment faites-vous pour exposer ce que dit l'Eglise sans parler à votre interlocuteur ?
Monologue, cours magistral, exposé savant unilatéral, est-ce que cela est rencontre de l'autre ?

Si l'incroyant parle seul, comment pourrez-vous lui dire les mots que Dieu demande qu'il entende ?
Si l'homme pieux parle, et lui seul, comment saura-t-il ce qui est compris, compréhensible et utilisable par son auditeur ?

Dialoguer demande de parler d'âme à âme.
Rien d'autre.

Préjuger avant d'avoir parler, étudier, écouté, entendu, précisé n'est pas oeuvre utile.


Maintenant, il n'est pas de la charge de tous d'aller dialoguer avec des gens qui ont étudié ou des gens qui ont décidé de prendre un position assortie de surdité !


Alors ?
Oui, le dialogue est écoute égale.
Ne pas confondre avec contenu égal.


ah la la !

Glycéra
images/icones/5b.gif  ( 635133 )Alors.... par Introibo (2012-06-04 12:06:15) 
[en réponse à 635126]

à quoi le DI a-t-il servi concrètement ?
images/icones/1a.gif  ( 635134 )Est-ce que les fourmis ... par Glycéra (2012-06-04 12:18:08) 
[en réponse à 635133]

savent immédiatement de quoi les aigles ont avancé ?

Im-médiat = sans intermédiaire...
Il faut du temps aux choses pour bouger..

Dieu merci,
sinon, cela aussi pourrait être démoli en un seul instant !

Oui, le dialogue a servi.
Toute purification est utile.
Un vrai dialogue entre deux personnes décidées à se comprendre sans fards ni voiles est une purification.

Je peux vous en citer des cas, mais les croirez-vous ?

Si vous lisiez par exemple cet ouvrage du Père Wallace (1910)
"du protestantisme au catholicisme par le route des Indes", vous verriez sa démarche.

Pasteur protestant, il part pour les Indes.
Se rend compte de l'épaisseur des mots qui entravent les échanges avec les savants hindous, brahmanes sages, et se met à l'étude du sanscrit, pour employer les mêmes mots avec les mêmes contenus que ceux qu'il rencontre.
Et là... se rend compte qu'il ne peut être plus avant protestant... seule la foi catholique est vraie...

Il a déshabillé, purifié les concepts, vu à travers les voiles et ...

Seuls les coeurs purs verront Dieu.
C'est cela qu'il faut faire, avec tous ceux qu'on trouve dans notre emploi du temps.
"Et en plus, il mange avec les pharisiens, et parle aux femmes de mauvaise vie !"
Qu'importe les petites cases, quand un homme parle à un homme, c'est la clarté du coeur du compte.

Sincérité va avec pureté.

Ce dont les instances religieuses (de gens reliés à l'Invisible) parlent et ce qu'elle déblaient dans les fatras qui gênent la claire vision n'est pas à portée de vue des fourmis.

Le travail des fourmis et des forumis(tes) est de fourmiller, et elles ont le temps de prier en le faisant.

Si les fourmis cessent de fourmiller, la reine ne sera plus protégée, soutenue, et la colonie mourra... Ma comparaison a des limites, mais je sais que vous aurez vu où elle vaut.

Entr'aide !
entre gens d'humanité.

Avec mes bonnes salutations
Glycéra