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On ira tous au paradis... par Jean Madiran par Henry (2012-06-02 10:42:19)
Desserrer la tension eschatologique !
« On ira tous au paradis »
Des savants, enfin des érudits, peut-être des pédants, cherchent à nous persuader qu’un effet bienfaisant du Concile aura été de « desserrer la tension eschatologique ». Sans forcément être compris, leur discours est applaudi parce qu’il parle de « desserrer » et que la tendance mondainement dominante, qu’elle soit religieuse, morale ou politique, est à coup sûr au desserrage universel, au desserrement des liens, des obligations, des devoirs, des fidélités, tout desserrer est le premier pas du nihilisme bourgeois ou universitaire en direction, mais il ne le sait pas, de tout anéantir.
Dans un très bref mais foudroyant article de Monde et Vie, qu’il a en outre opportunément reproduit sur son blog, l’abbé Guillaume de Tanoüarn a décrypté d’une manière radicale la perfidie diabolique d’avoir voulu, au nom du Concile, desserrer la tension eschatologique dans l’Eglise. Ce qui, pour le simple fidèle, se dissimule derrière ce mot grec passablement ésotérique d’eschatologie, c’est tout simplement ce qu’il avait appris à la première ou à la deuxième page de son catéchisme : « Nous avons été créés pour connaître Dieu, l’aimer et le servir, et ainsi obtenir la vie éternelle. » Ou bien : « La fin (le but, la destination) de la vie chrétienne est la vie éternelle. » On dit plus doctement : les fins dernières. Au pluriel parce que, si l’on veut un énoncé complet, elles sont quatre : la mort (dernière chose qui arrive à l’homme en ce monde), le jugement de Dieu (dernier jugement que l’homme ait à subir), l’enfer (dernière issue pour les condamnés), le paradis (dernier état des sauvés).
Le desserrement eschatologique, explique l’abbé de Tanoüarn, consiste donc « à moins parler des fins dernières ou en tout cas, et plus exactement, à ne pas les présenter comme un enjeu ». C’est alors, précise-t-il, « la doctrine du salut universel », et si elle « n’a jamais été explicitement professée à Vatican II, elle est toutefois dans l’air que respirent les Pères conciliaires ». Et pas seulement, ajouterai-je, les Pères conciliaires : nous avons tous chanté, ou du moins entendu On ira tous au paradis. C’était, il me semble, une chanson de Michel Polnareff, ce n’était pas un traité de théologie, mais c’était un signe dans l’air du temps et ce l’est toujours.
Conséquence logique, observe l’abbé de Tanoüarn : « le salut n’est plus un enjeu de la vie des hommes, la conversion n’est plus une urgence, la foi n’est pas nécessaire au salut ». Alors à quoi bon une religion ? Elle n’est plus « une parole de salut », mais « simplement une parole de sagesse, comme une philosophie ».
L’Eglise peut alors, dans une démocratie moderne, espérer se faire entendre comme une opinion parmi d’autres. C’est ainsi que les successifs présidents de la Conférence épiscopale française, plus ou moins explicitement, surtout le cardinal Ricard puis le cardinal Vingt-Trois, en des textes que j’ai souvent cités et commentés ici, s’efforcent d’assurer dans l’espace public, pour leur « opinion démocratique parmi d’autres », une modeste place que la République cherche toujours à leur refuser au nom de sa « laïcité ». Même quand cette opinion consiste à professer que le socialiste Jacques Delors « incarne les options de Vatican II » et qu’il doit « continuer à inspirer nos projets et à guider notre action ».
Assurément, il faut là-contre une sagesse naturelle. Il faut une doctrine sociale. Il faut un art politique. A condition pourtant qu’il ne s’agisse pas d’un « desserrage » un peu court en philosophie et pas mal démuni de sagesse.
Mais il faut surtout que Jésus nous garde sous tension… Sous sa tension… eschatologique !
JEAN MADIRAN dans Présent du samedi 2 juin 2012

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eh oui par jejomau (2012-06-02 11:09:18)
[en réponse à 634980]
on a "desserré" les boulons de la pensée au point d'obtenir le gloubi-boulga des cerveaux frappés aujourd'hui au marteau de l'émotionnel. Avec un fil directeur : "l'option préférentielle pour les pauvres".
Il faut retenir ces quelques mots.
Ainsi un journaliste dit "chrétien" doit obligatoirement utiliser ces quelques mots au moins une fois par jour s'il veut satisfaire sa rédaction. De même, un évêque de l'église-en-france doit prononcer au moins trois fois par jour ces quelques mots pour être accepté par la nomenklatura bien-pensante : le matin en se levant; à 10h00 quand il réunit l'organisme administratif ecclésial de son "secteur"; à 15h00 lors d'un coup de fil passé avec "La Croix" ou "La Vie"... Et ce même évêque le dira une quatrième fois pendant l'homélie dite lors du "partage fraternel" fait "en communion" le dimanche au moment du rassemblement oecuménique à 10h30...
"L'option préférentielle pour les pauvres" en France, c'est le condensé du Concile. Avec çà on a tout dit . On met en exergue la théologie de le Libération, applaudit celle de l'enfouissement, on justifie tous les dérapages de l'abbé Pierre, on y rattache la seule sainte de l'église : soeur Emmanuelle... On est en pâmoison devant le socialisme et tous ses dérivés, et celà permet de détruire la véritable Eglise du Seigneur en y raccrochant les problèmes du "frère migrant", en attaquant la "hiérarchie", et de jeter à la trappe ce pourquoi l'Eglise a été constituée : le Salut des âmes...
Le Salut de l'âme des pauvres ???? Circulez ! Vous n'avez rien compris ! C'est tradi çà .. L'église nouvelle, vous dis-je, c'est "l'option préfentielle des pauvres". Et qu'on ne creuse pas trop surtout... Certainement la nouvelle eschatologie.. pour pauvres cerveaux amochés, ersatz de vérité conciliaire...

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Damnation, perdition, enfer : expressions rarement employées au Concile. par Scrutator Sapientiæ (2012-06-02 11:34:41)
[en réponse à 634980]
Bonjour et merci à Henry,
Intrigué, je viens d'effectuer une première recherche.
On ne peut pas dire que les notions de damnation, de perdition, d'enfer, abondent, dans les textes du Concile.
Il y a bien le chapitre VII de LG, consacré au caractère eschatologique de l'Eglise en marche, et à son union avec l'Eglise du ciel, mais il n'est pas consacrée à ces notions ni à ces réalités.
Il y aussi, dans d'autres textes, quelques évocations du jugement de Dieu :
AG 8
GS 93
DH 11
NA 1
NA 3.
Mais je n'ai pas davantage l'impression que la notion de paradis ait été, en tant que telle, fréquemment employée au Concile.
Un effet du Concile aurait donc bien été de "desserrer la tension eschatologique", même s'il évidemment plus contestable, ou en tous cas plus discutable, que cet effet ait été "bienfaisant".
Et le desserrement de la tension eschatologique au Concile ne serait donc pas le produit de l'imagination d'un progressiste rupturiste, qui s'en réjouirait, ni de celle d'un intégriste rupturiste, qui s'en attristerait, mais bien une réalité objective.
Je dirais même, mais c'est un point de vue personnel, qu'au Concile on a pris le risque de laisser entendre que l'on était passé d'une eschatologie sotériologique, centrée sur l'aboutissement de la destinée personnelle, à une eschatologie téléologique, centrée sur l'accomplissement du devenir collectif.
Je vous prie de bien vouloir pardonner ma prudence, mais j'ai appris sur les index thématiques dont je dispose, index qui peuvent toujours comporter quelques lacunes, mais enfin, peut-être pas, quand même, sur de telles notions.
A bientôt.
Scrutator.