Le Forum Catholique
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( 634496 )
Voltaire et l'infâme par Thomas (2012-05-29 13:24:01)
J'écoutais sur Canal Académie une
émission sur la correspondance entre Voltaire et le Duc d'Uzès où s'exprimait l'historien Philippe Lamarque, co-auteur, avec Jacques de Crussol d'Uzès du livre
Voltaire et le duc d'Uzès : Correspondance de 1751 à 1760.
Et mon attention a été retenue par ce surprenant passage que j'ai retranscrit pour vous le livrer:
Laëtitia de Witt:
Je disais [que] vous mettiez à mal certaines idées reçues sur Voltaire. Une des premières à laquelle vous vous attaquez est la réputation de Voltaire combattant « l'infâme ».
Philippe Lamarque:
Justement. Le fameux accent circonflexe. Cet accent circonflexe ne s'applique pas à... la « famille »... « infamant ». Il n'est qu'à « infâme », que l'on prononce avec des trémolos dans la voix depuis les discours sanguinaires de Saint-Just et de Robespierre. Donc c'est une invention de la Révolution qui est allé piquer à un défunt, à un cadavre presque encore chaud, des notions qu'il n'a jamais défendues, bien au contraire. Et la Révolution a monté ce qu'on appellerait, en langage contemporain, une « OPA » sur la mémoire de Voltaire, avec ce tintamarre autour de la translation des cendres alors qu'il avait bien demandé à être enterré dans le caveau qu'il avait fait préparer chez lui. Bref, la mémoire de Voltaire a été captée par des gens qui avaient des intentions tout sauf objectives. Ce qui signifie que « l'infâme » auquel il s'est attaqué n'est pas du tout celui qui nous est présenté aujourd'hui. En d'autres termes, et je prends quelques risques en vous le disant parce que c'est schématique et que nous sommes à un micro et que nous ne sommes pas là pour donner dans la nuance (et je préfèrerais les nuances. Nous n'avons pas le choix). Ça veut dire que l'Église de son époque est malade comme elle l'est aujourd'hui depuis le concile de Vatican II et que les gens qui ont le pouvoir à cette époque dans l'Église sont des quiétistes et des jansénistes. Et s'il y a vraiment deux catégories de gens pour lesquels Voltaire a une aversion profonde, ce sont ces deux sectes.
Mais ces deux sectes existent toujours puisque ce sont elles qui ont manipulé le concile semi-pélagianiste de Vatican II entre 1962 et 1969. Ce qui signifie que, aujourd'hui, on peut imaginer - pourquoi pas ? C'est un petit plaisir, un petit dévergondage intellectuel d'imaginer un Voltaire vivant - qu'il n'est pas impossible qu'il soit un traditionaliste fervent. Ce serait très amusant. Et ce qui me fait affirmer ce genre de choses, c'est son attitude à l'égard du pouvoir royal parce que, à aucun moment, il ne l'a contesté, bien au contraire.
Voilà un éclairage assez étonnant sur la personnalité de Voltaire qui n'est pas sans intérêt. Qu'en pensent les spécialistes de ce forum ?
Thomas (surpris)

( 634497 )
Merci par Anton (2012-05-29 13:33:12)
[en réponse à 634496]
Merci cher thomas.
Mais vous allez, vous aussi donner des trémolo dans la voix...
Cordialement

( 634503 )
Trémolos ? par Thomas (2012-05-29 14:28:01)
[en réponse à 634497]
Mais je n'ai pas d'accent cironflexe, moi !
Thômâs

( 634506 )
Non !... par Michel (2012-05-29 15:03:15)
[en réponse à 634496]
Certes, Voltaire s'est parfois hypocritement réfugié sous le prétexte de lutter contre les exagérations et le fanatisme, mais c'est bien le christianisme qu'il détestait et voulait abattre.
Voir ici par exemple :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Voltaire#Voltaire_et_le_christianisme
(et c'est au nom de la lutte contre le fanatisme qu'ont été massacrés tant d'innocents, à peine 15 ans après sa mort)

( 634511 )
effectivement sinon pourquoi par blamont (2012-05-29 16:18:38)
[en réponse à 634506]
Voltaire aurait-il tant vanté et fayoté Frédéric II de Prusse qui ne passait pas pour un Guelphe...
s'il critiquait les excès produits par des fanatiques (affaire Calas,Sirven, chevalier de La Barre) il ne défendit pas la religion face à des détracteurs bien plus pernicieux que les faiseurs de bons mots comme Chamfort.
Sa dispute contre Rousseau sur le mode de vie, cache la perversité philosophique dans laquelle il se complaisait:
l'esprit avec les brillants, le matériel avec les puissants.

( 634528 )
propos étranges par baudelairec2000 (2012-05-29 18:22:44)
[en réponse à 634496]
J'avoue ne pas connaître Philippe Lamarque; le jugement qui suit ne me donne pas vraiment l'envie de le lire; "les gens, affirme-t-il, qui ont le pouvoir à cette époque dans l'Eglise sont des Quiétistes et des Jansénistes. Et s'il y a deux catégories de gens pour lesquels Voltaire a une aversion profonde, ce sont ces deux sectes." Un peu n'importe quoi!
Ne parlons pas du style, il relève de l'amateurisme... Quant au fond, il semble que cet auteur oublie les Jésuites que Voltaire ne cessa de tourner en dérision, notamment dans le Traité sur la Tolérance (Lettre écrite au jésuite Le Tellier par un bénéficier le 6 mai 1714) et dans La relation de la maladie du jésuite Berthier. Contre les Jésuites et le Journal de Trévoux, Voltaire multiplia les pamphlets cinglants.
On voit mal comment les Jansénistes alliés aux parlementaires gallicans auraient pu être ses ennemis.
Quant au Quiétisme, il connaît son heure de gloire en France à la fin du XVII e siècle; Bossuet triomphe de ce mysticisme chrétien prôné par Fénelon et Mme Guyon. Pas de survivance donc dans notre pays au XVIII e siècle, mais en Angleterre avec le chevalier de Ramsay, écossais d'origine, disciple de Mme Guyon et maçon notoire qui introduisit en France la maçonnerie de rite écossais.
Je ne saurais trop conseiller à ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette époque Le Siècle de Louis XV de Gaxotte qui dans un chapitre montre bien la collusion des Jansénistes et des Gallicans contre les Jésuites
baudelairec2000 sidéré...

( 634530 )
infamie, infamant, infâme par Sic transit (2012-05-29 18:52:46)
[en réponse à 634496]
Ils sont tous de la même famille mais, en effet, le dernier mot est le seul à porter l'accent circonflexe (le TLFI indique que c'est attesté à partir de 1762).
J'imagine assez bien les trémolos dont parle Philippe Lamarque, il a raison de les mentionner, mais aller plus loin dans l'interprétation est hasardeux...

( 634532 )
Dans la meme veine par Sopotec (2012-05-29 19:36:02)
[en réponse à 634496]
J'ai déjà entendu dire que Voltaire serait mort dans des convulsions horribles en avalant son pot de chambre de rage, ses amis faisant barrage pour que le prêtre appelé n'accède pas à sa chambre.
Légende pieuse ou vérité ?