Le Forum Catholique

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images/icones/livre.gif  ( 634368 )Réflexions politiques pour la Pentecôte par Jean Madiran par Diafoirus (2012-05-28 11:55:39) 

Réflexions politiques pour la Pentecôte

En relisant pour la Pentecôte une page ou l’autre des Propos de Minimus d’Henri Charlier, je suis tombé sur les lignes que voici :

« Les nations occidentales dans leur ensemble sont gagnées par l’esprit mercantile, c’est-à-dire par Mammon ; elles rejettent sans le dire ouvertement l’appel du Christ et de sa croix, car elles ne cherchent qu’à s’enrichir pour jouir davantage et cette corruption a gagné beaucoup de vrais chrétiens qui s’en défendent assez mal. Ces nations occidentales sont donc menacées prochainement d’une chute analogue à celle de Jérusalem. Le crédit bancaire sur lequel repose leur richesse est chose très fragile. Son effondrement dans une seule des nations importantes provoquerait une misère générale. »

Henri Charlier écrivait cela il y a un demi-siècle, en 1961.

Dire que les nations occidentales sont gagnées par l’esprit mercantile, et que le crédit bancaire sur lequel repose leur richesse est une chose très fragile, n’est plus, dans l’Europe de 2012, un propos surprenant.

Mais le propos dit aussi que ces nations occidentales ont rejeté « l’appel du Christ et de sa croix », et une telle pensée est aujourd’hui tenue pour incompréhensible, ou plutôt comme entièrement dénuée de signification. La religion est tenue pour une affaire privée, qui n’a droit à aucune place dans l’espace public, et d’ailleurs elle n’intéresse plus grand monde. Les catholiques pratiquants sont en France 4 % de la population. Les hommes politiques qui s’avouent catholiques assurent que cela ne regarde personne et n’a aucune influence sur leur comportement politique. Tel est, dirait Georges Laffly, « l’état des lieux ». On ne voit pas comment la nation française, maintenant représentée par son Etat laïque, pourrait continuer à se dire « la fille aînée de l’Eglise ».

Que l’Etat soit « laïque », c’est-à-dire qu’il soit distinct de tout pouvoir religieux, et autonome dans sa compétence politique, c’est à l’Eglise qu’on le doit, en application de la parole de Jésus, nouvelle dans l’histoire : « Rendez à César… » Cette origine chrétienne est bien oubliée par l’actuelle laïcité républicaine, mais il n’est pas inutile de rappeler que la laïcité de l’Etat n’est pas une invention socialiste, ni démocratique, ni même moderne.

La République ne veut plus que la nation française soit la fille aînée de l’Eglise, mais la France ne peut cesser de l’être : simplement ce refus républicain en fait une fille apostate, et cette apostasie n’est pas un sentiment ou une opinion, elle est une réalité politique actuellement vécue dans toutes ses conséquences.

Cette réalité n’empêche pas les catholiques de participer, chacun selon son état et ses responsabilités, à toute action publique conforme à la loi naturelle, ou même à toute action politique tendant à en limiter ou en atténuer les transgressions. Cela dit, cela fait, il importe de garder et transmettre la mémoire de cette vérité supérieurement décisive : l’autonomie politique n’est pas étrangère, elle ne peut pas être extérieure aux grands mystères et aux lois divines de la Création et de la Rédemption. L’« appel du Christ et de sa croix » s’adresse certes à toute âme individuelle et à sa vie intérieure, mais aussi à toute autorité temporelle en tant que telle.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 7609 de Présent du Samedi 26 mai 2012

http://www.present.fr/index.php?id_rubrique=5&valid=ok
ICI
images/icones/bulle.gif  ( 634385 )“La démocratie moderne, c’est la démocratie classique en état de péché mortel” par Vianney (2012-05-28 13:38:19) 
[en réponse à 634368]

Que « la loi » soit « l’expression de la volonté générale », et seulement cela, et nullement autre chose, est une grande nouveauté dans l’histoire du monde. Cette proclamation de 1789 n’a pas inventé la démocratie, elle lui a donné un autre contenu. Elle a imposé dans la vie politique une morale nouvelle et un nouveau droit.

Toujours, dans toutes les civilisations jusqu’en 1789 (et ensuite encore, mais alors par survivance de plus en plus fragile, de plus en plus implicite), la loi était l’expression d’une réalité supérieure à l’homme, d’un bien objectif, d’un bien commun, que l’homme traduisait, interprétait, codifiait librement, mais non arbitrairement. Le législateur faisait ce qu’il pouvait, pas toujours ce qu’il devait : mais sa fonction reconnue était de formuler de grands impératifs qu’il n’avait pas inventés, mais découverts, à moins qu’il les ait simplement reçus comme Moïse sur le Sinaï. La loi était l’expression humaine de la volonté de Dieu sur les hommes, conformément à la nature qu’il leur a donnée, à la destinée qu’il leur veut. Quand Dieu était inconnu ou méconnu, la loi demeurait néanmoins l’expression d’une raison, d’une justice, d’un ordre supérieurs aux volontés humaines :

« Tes décrets à toi, Créon, déclare Antigone, n’ont pas le pouvoir d’obliger un mortel à transgresser d’autres lois, les lois non écrites, inébranlables, des dieux. Elles ne datent ni d’aujourd’hui ni d’hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-là, pouvais-je donc, par crainte de qui que ce fût, m’exposer à leur vengeance chez les dieux ? »

Ainsi la légitimité de la loi, celle du pouvoir, celle des gouvernants résidaient dans leur conformité à cet ordre supérieur, indépendamment d’une désignation régulière des magistrats et des législateurs. Cette régularité est une légalité qui a son importance. Mais la légitimité, c’est-à-dire la justice, se fonde sur le bien commun, c’est-à-dire sur le décalogue, c’est-à-dire en Dieu. Les païens eux-mêmes, faute d’en avoir une connaissance claire, en avaient au moins le sentiment très vif. Date terrible dans l’histoire du monde, la date où des hommes ont décidé que désormais la loi serait « l’expression de la volonté générale », c’est-à-dire l’expression de la volonté des hommes ; la date où des hommes ont décidé de se donner à eux-mêmes leur loi ; la date où ils ont décliné au pluriel le péché originel.

Car au singulier, vouloir se donner à soi-même sa loi, c’est exactement le péché d’Adam selon sa plus classique description : « Le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal » (2). « Le premier homme pécha principalement en recherchant la ressemblance de Dieu quant à la science du bien et du mal, comme le démon le lui suggéra ; en ce sens que, par la vertu de sa propre nature, il se déterminât à soi-même ce qu’il est bon ou ce qu’il est mal de faire... » (3) « ...afin que, comme Dieu, par la lumière de sa nature, régit toutes choses, de même l’homme, par la lumière de sa nature, sans le secours d’une lumière extérieure, pût se régir lui-même... » (4).

Péché fondamental ; révolte essentielle par laquelle l’homme veut à lui-même se donner sa loi morale, écartant celle qu’il avait reçue de Dieu. En 1789, cette apostasie s’est faite collective. Elle est devenue le fondement du droit politique. La démocratie moderne, c’est la démocratie classique en état de péché mortel.

(2) Gen., III, 5.
(3) Saint Thomas, S. théol., II-II, 163, 2.
(4) Saint Thomas, Comm. des sentences, II, XII, I, 2, ad 2.
Source : Jean Madiran, Les deux démocraties, N.E.L. 1977, p. 14-18.
images/icones/fleche2.gif  ( 634724 )La "démocratie" antique ou classique n'a pas à être idéalisée. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-31 09:02:09) 
[en réponse à 634385]

Bonjour Vianney,

1. Je vous recommande, et je recommande, d'une manière générale, aux liseurs du FC, de connaître le plus possible et de comprendre le mieux possible

- d'une part, l'histoire de la Grèce antique, aux V ° et IV ° siècles avant Jésus-Christ,

- d'autre part, l'histoire de la Rome antique, du début des deux derniers siècles avant Jésus-Christ à la fin des deux premiers siècles après Jésus-Christ.

J'aime beaucoup Léo STRAUSS, mais je n'idéalise absolument pas la "démocratie" antique ou classique ; elle aussi a fini en état de péché mortel.

2. Je n'oublierai jamais cette interpellation de Jacqueline DE ROMILLY par le journaliste Eric LAURENT, il y a déjà plusieurs années, à la télévision :

" Pardonnez-moi Madame, mais l'histoire de la Grèce antique a été traversée par des guerres civiles, des guerres au sein et entre les cités grecques, des guerres de conquête ou de défense contre des voisins non grecs, de l'esclavage, de la colonisation, de l'impérialisme, or, vous n'en parlez presque jamais dans vos livres... "

" Oui, mais ce n'est pas cette Grèce là qui m'intéresse. "

N'est-ce pas là une réponse un petit peu "facile" ?

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 634723 )"La démocratie n'existe pas". par Scrutator Sapientiæ (2012-05-31 08:39:02) 
[en réponse à 634368]

Bonjour Diafoirus,

Voici :

Henri Dumas

Pour ma part, je pense que l'auteur de l'article n'a oublié qu'une seule étape, celle de l'intimidation, qui précède, à mon sens, l'étape de la spoliation.

Les cycles de la pensée collective permettent de comprendre ce qu'il se passe en politique, mais aussi en religion : il était prévisible que l'utopie des "progressistes" se transformerait en une certaine forme de violence contre les "intégristes" et contre ce qu'ils représentent.

De même, il est prévisible que cette violence des uns contre les autres laisse la place à un cycle de déni, de honte, d'oubli, en amont de l'émergence d'un nouveau rêve, propice à celle d'une nouvelle utopie.

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée.

Scrutator.