En 1985 paraissait en Grande-Bretagne un ouvrage de Nicholas Goodrick-Clarke intitulé The Occult Roots of Nazism (Les racines occultes du Nazisme) [2]. Il s’agissait d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université d’Oxford et dont une traduction française a été publiée en 1989 aux éditions Pardès [3].
L’auteur, un germaniste diplômé en sciences politiques et économiques, y examine en historien les affirmations de certains livres à succès [4] selon lesquels le national-socialisme serait sorti de sociétés secrètes inféodées à un pouvoir caché qui contrôlait Hitler.
Pour mener à bien son enquête, ce chercheur a consulté plusieurs centaines d’articles et d’ouvrages de première main. Il en résulte un exposé bien écrit, bien construit, globalement fiable, et dont on ne saurait trop recommander la lecture (même si ce spécialiste, universitaire “bon teint”, ne tire pas toujours toutes les conséquences des faits qu’il met en lumière).
Pour démonter le mécanisme qui a abouti à l’émergence de ce système monstrueux, Nicholas Goodrick-Clarke s’efforce de suivre l’ordre logique et chronologique des évènements et des faits.
les deux hommes qui travaillèrent le plus efficacement à faire entrer dans la réalité le programme des loges aryosophiques furent incontestablement Hitler et Himmler.
on ne peut exclure absolument qu’il ait été membre, à un moment au moins de son existence, d’une organisation ésotérique, puisque ― comme le reconnaît Nicholas Goodrick-Clarke (p. 278) ― un des premiers nazis, le docteur Steininger, lui dédicaçait ainsi en 1921 un Traité de Tagore sur le nationalisme : « Pour Adolf Hitler, mon cher frère armane ».
le géographe latin Solin, dans son Polyhistor composé vers l’an 230 de notre ère, présente l’île de Thulé comme une oasis où se serait conservée la civilisation de l’Âge d’Or :
Les Orcades sont séparées de Thulé par cinq jours et cinq nuits de navigation. Mais Thulé bénéficie d’abondantes et longues récoltes de fruits. […] Ils [les habitants] mettent en réserve les fruits des arbres en prévision de l’hiver ; les femmes sont en commun, aucun d’eux n’ayant d’union stable
Trois siècles plus tôt (vers 50 avant J.C.), l’historien Diodore de Sicile signalait de son côté l’existence d’une « Ile du Soleil » où l’on pratiquait l’eugénisme et l’euthanasie:
Les emplois sont partagés ; les uns vont à la chasse, les autres se livrent à quelques métiers mécaniques ; d’autres s’occupent d’autres travaux utiles ; enfin, à l’exception des vieillards, ils exercent tous, alternativement et pendant un certain temps, les fonctions publiques. […]
La manière de vivre des habitants est soumise à des règles fixes, on ne sert pas tous les jours le même repas. […]
Une loi sévère condamne à mourir tous ceux qui sont contrefaits ou estropiés. […]
Lorsque les habitants sont arrivés à l’âge indiqué, ils se donnent volontairement la mort par un procédé particulier. […]
Le mariage n’est point en usage parmi eux ; les femmes et les enfants sont entretenus et élevés à frais communs et avec une égale affection. Les enfants encore à la mamelle sont souvent changés de nourrices, afin que les mères ne reconnaissent pas ceux qui leur appartiennent. Comme il ne peut y avoir ni jalousie ni ambition, les habitants vivent entre eux dans la plus parfaite harmonie. […]
Dans les fêtes et les grandes solennités, ils récitent et chantent des hymnes et des louanges en l’honneur des dieux, et particulièrement en l’honneur du Soleil auquel ils ont consacré leurs îles et leurs personnes. [12]
L'auteur nous apprend que Hitler aurait pu appartenir à la secte ésotérique dénommée "société de Thulé":
"Parmi les chrétiens aussi, il y eut des bourreaux et des victimes ; mais les masses se sont sûrement comportées comme des spectateurs passifs qui gardaient les yeux fermés devant cette brutale réalité."
"pourquoi la résistance chrétienne contre la brutalité sans limite des crimes nazis ne s'est pas manifesté dans la proportion et la clarté qu'on pouvait légitimement escompter".
Si l’arbre de paix, planté par Nous en toute pureté d’intention dans la terre allemande, n’a pas produit les fruits que, dans l’intérêt de votre peuple, Nous désirions si ardemment, personne au monde, ayant des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, ne pourra dire aujourd’hui que la faute en est à l’Église ou à son Chef.
Les expériences des dernières années mettent les responsabilités en pleine lumière : elles révèlent des intrigues qui dès le début ne visaient qu’à une guerre d’extermination.
Dans les sillons où Nous Nous étions efforcé de semer le germe d’une paix sincère, d’autres répandirent − tel l’« inimicus homo » de la Sainte Écriture (Matth., XIII, 25) − l’ivraie de la méfiance, du mécontentement, de la haine, de la diffamation, d’une hostilité de principe, soit voilée soit ouverte, alimentée à mille sources et agissant par tous les moyens, contre le Christ et son Église.
Eux, et eux seuls, avec leurs silencieux ou leurs bruyants complices, sont aujourd’hui responsables si, au lieu de l’arc-en-ciel de la paix, c’est l’orage des funestes luttes religieuses qui se montre à l’horizon de l’Allemagne.
Nous ne Nous sommes pas lassé, Vénérables Frères, de représenter aux dirigeants responsables des destinées de votre pays les conséquences qui devaient nécessairement résulter de la tolérance, et même de la faveur dont profitent de tels courants d’idées.
Nous avons tout fait pour défendre la sainteté de la parole solennellement donnée et l’inviolabilité des engagements librement consentis contre des théories et des pratiques qui − au cas où elles seraient officiellement approuvées − tueraient nécessairement toute confiance, et ôteraient d’avance toute valeur à tout engagement d’honneur.
Quand une fois le temps sera venu de mettre au grand jour sous les yeux du monde ces efforts qui furent les Nôtres, tous les hommes d’intention droite sauront où chercher les défenseurs de la paix et où ses perturbateurs.
Tous ceux dont l’esprit n’a pas encore perdu tout sens de la vérité, tous ceux qui conservent au fond du cœur un reste de justice, conviendront que durant ces années, difficiles et lourdes d’événements, qui ont suivi la conclusion du Concordat, chacune de Nos paroles a été prononcée, chacun de Nos actes a été accompli sous la loi de la fidélité aux traités.
Mais ils devront constater aussi, non sans étonnement et réprobation profonde, comment de la part de l’autre partie contractante une interprétation qui faussait le contrat ou le détournait de son but, ou le vidait de son contenu et aboutissait finalement à sa violation plus ou moins officielle, devint la loi inavouée selon laquelle on agissait.