Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 633455 )la réconciliation FSSPX-Rome vue par un néo-moderniste par Luc Perrin (2012-05-18 13:58:02) 

On parle beaucoup, c'est bien normal, des opposants déclarés ou des critiques parmi les traditionalistes qui regrettent la démarche convergente de Benoît XVI et de Mgr Fellay (et son Conseil).
On parle moins des autres opposants, bien plus nombreux et qui disposent de relais dans l'épiscopat, le Sacré Collège et même la Curie (les récentes déclarations généralisantes du cardinal Koch, les réserves exprimées par des cardinaux lors de la récente plenaria de la CDF etc.).

J'ai trouvé ce blog intéressant de Philippe Clanché, un journaliste à T.C. qui commente une conférence de l'abbé Laurent Touze O.D. sur la question. J'en garde les paragraphes conclusifs qui traduisent bien la féroce haine envers les traditionalistes en général (l'I.B.P. est nommément visé) et la F.S.S.P.X en particulier.
Notons que le même se réjouit des groupes de prêtres contestaires et voit dans la ligne semi-schismatique de l'Église autrichienne et de son chef un ... modèle.
L'épouvante de notre militant du néo-christianisme libéral à l'idée d'un accueil de la F.S.S.P.X est telle qu'il en vient à montrer l'Opus Dei comme modèle de conformité et d'intégration à sa version néo-catholique. C'est dire à quelles extrémités les néo-modernistes sont prêts pour empêcher un accord entre Rome et Menzingen. Souvenons-nous qu'en 2002, peu avant de mourir le cardinal Eyt de Bordeaux - qui était lui un néo-conservateur pâle - s'était félicité de l'arrêt des discussions en vue d'un accord dont il ne voulait à aucun prix.
Le texte est à lire attentivement, c'est un vrai bijou - si j'ose dire - qui plaide plutôt pour l'ardente nécessité d'un accord, tant la décomposition mentale, spirituelle et doctrinale d'un certain (néo)catholicisme occidental qu'il exprime paraît grande.

"Quand on l'interroge [l'abbé Touze] sur les dégâts prévisibles dans les diocèses français en cas de réintégration, le professeur avance l’arme juridique proposé par le Vatican : la prélature personnelle. Dans cette structure (utilisée pour l'Opus Dei), « le droit canon prévoit que les conférences épiscopales soient consultées avant que des équipes s'installent dans un pays ». Ce ne fut pas le cas pour l’intégration des dissidents traditionalistes ralliés, grâce à la commission pontificale Ecclesia Dei, dont l'Institut du Bon Pasteur (1). Cette procédure serait censée nous mettre à l'abri d'une catastrophe pastorale. On en doute.

Car comment donc prêtres et fidèles vont collaborer avec des impétrants qui les traitent d'hérétiques depuis des décennies ? Le prêtre de l'Opus Dei donne cette réponse désarmante. « Un ami prêtre a été nommé à Rome dans une paroisse dont un vicaire ne croit pas à la Résurrection ». Comprenez, la diversité des idées est grande dans l'Église. Certes, et cela ne date pas d'hier. De là à penser qu'il est concevable de faire cohabiter des prêtres conciliaires avec d'autres persuadés que ce qui s'est passé entre 1962 et 1965 fut une catastrophe pour l'Église de toujours, le pas est grand.

La différence majeure entre l’hypothétique arrivée des Lefebvristes dans l'Église romaine et la présence de quelques prêtres un peu hérétiques, vient du fait que ces derniers n'ont pas l'arrogance des premiers. L’Église peut, doit vivre, et vit depuis toujours une grande diversité. [SIC]

Ainsi la présence de l'Opus dei en France, si elle a interrogé au début, est acceptée parce que ces membres partagent 99% des convictions de la majorité et acceptent la pluralité et le jeu collectif de la vie des diocèses.

L'expérience du Bon Pasteur est un échec cuisant dans ce domaine. L'intransigeance et la certitude de détenir l'unique vérité demeurent chez les prêtres et les fidèles de cet institut. L'argument de Don Laurent Touze (ainsi que les professeurs sont appelés en Italie) ne tient donc pas. En France, l'arrivée de Lefebvristes, sauf un très improbable reniement complet de leurs théories - de l'ordre du lavage de cerveau - seraient une catastrophe aux conséquences incommensurables.

Et si le jour funeste d'un accord à Rome devait arriver, je donnerais cher pour assister à la consultation canonique du cardinal Vingt-Trois, préalable à l'intégration dans nos diocèse de membres de la Fraternité. Comme son prédécesseur et mentor Jean-Marie Lustiger, le président de la Conférence des Évêques de France n'a jamais porté les lefebvristes dans son cœur. Osera-t-il dire non pour protéger une Église de France déjà fragile ou cédera-t-il devant Rome (voir un de mes billets précédents)?


Espérons que les tous prochains événements nous mettent à l'abri de cette funeste décision. Qu'on en finisse une fois pour toute avec ce mariage impossible et à éviter à tout prix.

(1) Leur installation à Bordeaux était prévue ad experimentum. Une commission d'évaluation doit rendre son avis cette année. On attend ses conclusions avec impatience. Sans se faire d'illusion sur la réelle liberté du diocèse de Bordeaux de dire ce qu'il pense vraiment de l'apport de l'abbé Laguérie et de ses troupes au service de tous."

source : http://cathoreve.over-blog.com/article-integristes-de-l-art-de-minimiser-la-possible-catastrophe-103348305.html
images/icones/fleche3.gif  ( 633459 )le fond de l'affaire par jejomau (2012-05-18 14:44:19) 
[en réponse à 633455]

réside dans un crise majeure propre à la société moderne.

a) Cette société a rejeté le Père. L'idée même du Père. Et tout commence avec la Révolution Française qui coupe la tête au roi.

b) Les conséquences du fait cité ci-dessus sont répandues à tous les échelons : dans les familles (il n'y a plus de "chef de famille"); dans les entreprises (délégation des responsabilités) qui se sont profondément modifiées depuis le XIX° siècle; dans toutes les institutions où l'on favorise les femmes plus que les hommes

c) Car la conséquence majeure est là : le rejet de l'homme lui-même et de ce qu'il représente avant tout : l'autorité.

d) le désordre permanant qui s'est instauré partout, c'est ce rejet da l'autorité dont l'exercice se fait par l'exigence de l'Obéissance déjà pour commencer.

Nous vivons une révolution silencieuse dont le but ultime est de détruire l'Autorité définitivement. L'Autorité en effet est l'attribut principal (pami les autres) de Dieu. Que le Saint-Père ait déposé sa tiare dans les années 60 est plus qu'un signe.

Vous indiquez les propos de l'abbé Touze. Ils ne sont pas faux certes. Mais le manque de charité que vous tentez de souligner au sein des clercs en question n'aura jamais lieu sans d'abord remettre le problème de l'Obéissance (et de l'Autorité) comme étant LA problématique centrale de l'Eglise catholique aujourd'hui... Dans le chaos, il ne peut rien advenir de bon. C'est dans l'ordre que les choses peuvent se faire. Et l'ordre présuppose la reconnaissance de l'Autorité qu'on remet sans cesse en cause aujourd'hui... Survient ensuite la Charité illuminée par La Vérité et dans la Vérité.
images/icones/nul.gif  ( 633465 )100% d'accord avec vos remarques ! par Frédéric (2012-05-18 15:16:59) 
[en réponse à 633459]

Dans le titre
images/icones/info2.gif  ( 633472 )clarification pour jejomau & C° par Luc Perrin (2012-05-18 15:57:46) 
[en réponse à 633459]

Il semble que certains aient lu un peu trop en diagonale et tout mélangé. Redisons donc qui dit quoi :

- j'ai mis le post avec un chapeau en commentaire : c'est la seule part qui me revient.

- le texte est, comme il est clairement indiqué dans le chapeau et bien mis entre guillemets - marque de la citation - d'un laïc catholique Ph. Clanché, journaliste à Témoignage chrétien.

- enfin l'abbé Laurent Touze est cité par Ph. Clanché dont le blog commentait la conférence.

Ce n'est pas tant la vision de l'abbé Touze qui importe - mépris intellectuel envers le traditionalisme mais obéissance perinde ac cadaver à Rome donc favorable à la réconciliation sans en rien comprendre des enjeux et des difficultés - mais celle du néo-catholique Ph. Clanché.

C'est cela qu'il faut lire avec attention et mettre en parallèle avec son pendant exprimé dans la lettre ad intra des 3 évêques ou les sites sous influence L.H.R. et autres.
images/icones/fleche3.gif  ( 633474 )oui... par jejomau (2012-05-18 16:19:05) 
[en réponse à 633472]

Je vous donnai une réflexion de fond très personnelle sur tout çà en ce qui me concerne.

Mais s'il faut aborder cette soi-disant "arrogance" dont parle notre journaliste, je vous dis tout de go que je ne cautionne pas son analyse.

Je distingue :

- certains tenants de l'intégrisme - des laïcs surtout et de rares prêtres - qui ont des prises de positions affirmées dans des médias. Ils sont prêts à en découdre avec un monde jugé dans l'ensemble évoluant dans l'erreur. Ce sont des personnes qui arrivent à faire beaucoup de bruit et qui donnent une image de la FSSPX... qui est celle qu'ils veulent donner ! Puis il y a surtout la grande majorité:

- les prêtres, séminaristes, prieurés, écoles, familles, laïcs divers, etc... de la FSSPX qui sont très discrets en général et qu'on n'entend jamais - contrairement à ce que prétend ce journaliste - Ils sont implantés dans tous les diocèses et on ne les voit jamais. On ne les entend jamais. Et ils font beaucoup d'apostolat...

La deuxième catégorie : c'est la réalité du terrain. Je ne vois donc pas pourquoi les "progressistes" les trouveraient arrogants. En revanche, ce dont je suis sûr, c'est qu'ils voudraient les obliger à avaler toutes sorte de couleuvres doctrinales, liturgiques, etc... et c'est leur ... résistance qui passe pour eux en une forme d'arrogance envers eux!

La FSPP a connu la même chose quand elle est devenue incontournable et qu'elle s'est imposé dans les diocèses. Il a fallu alors engager un vrai bras de fer avec eux.. Eux qui voulaient absolument qu'elle admette les deux formes du rit dans ses statuts. Idem avec l'IBP récemment.

images/icones/bravo.gif  ( 633481 )oui par louisdefunes (2012-05-18 17:11:40) 
[en réponse à 633459]

tout a fait d'accord
images/icones/neutre.gif  ( 633466 )la haine par Aigle (2012-05-18 15:17:30) 
[en réponse à 633455]

Cher Luc vous mettez en valeur un point important : la haine à légard des tradis comme à l'égard de la Tradition que manifestent le néo-modernistes. Comment l'expliquer ?

Pour eux, ils pensent que les tradis ont défiguré le message de l'Evangile. Ils croient que le Christ était une sorte de hippie venu prêcher la désobéissance civile et que l'Eglise a corrompu ce message en le mêlant à la philosphie grecque et au légalisme romain (qu'ils haissent). Bref là ou Maurras pardonne à l'Eglise ses racines juives au nom de la raison greco-latine, eux (les néo-modernistes) voient un impérieux besoin de rompre avec tout le passé de l'Eglise. Ils se considèrent comme les seuls et les vrais Chrétiens.

Pour nous (ou du moins pour moi), il me semble au contraire que ces clercs néo-modernistes ont été intoxiqués par deux propagandes successives : la communiste qui a affirmé qu'on ne pouvait être chrétien et bourgeois, qu'un chrétien cohérent devait être aux côtés des ouvriers (les "pauvres") - mais les communistes aspiraient tout de même à remplacer l'ordre "bourgeois" par un aute ordre (marxiste léniniste). Puis la doxa gauchiste qui a affirmé que les chrétiens sont des ennemis de l'ordre. On arrive alors logiquement au rejet de tout effort intellectuel (assimilé à la philosophie grecque qu'on deteste) ou institutionnel (assimilé à l'empire romain) mais aussi au rejet de l'humilité ou de l'obéissance ou de l'ascèse (assimilées à l'acceptation du systeme bourgeois).

Mais leur drame est celui de l'immigration et du dialogue interrerligieux car l'Islam comme le Judaisme sont fondées sur des armatures doctrinales et légalistes extrêmement fortes - et aux antipodes du gauchisme hippie...
images/icones/neutre.gif  ( 633478 )J'ajoute par Aigle (2012-05-18 16:40:38) 
[en réponse à 633466]

J'ajoute peut-être hâtivement que notre Foi est fondée (pour simplifier) sur deux formes inséparables d'amour : pour Dieu et pour nos prochains.

Or les néo-modernistes s'ils ne sont pas avares de déclarations de solidarité avec divers groupes humains qu'ils regardent comme l'image des pauvres de l'Evangile (les ouvriers jadis, les immigrés aujourd'hui), ils parlent assez peu de Dieu et leur vision du prochain débouche assez souvent sur une hostilité aigue qui s'apparente souvent à une gressivité haineuse (à l'égard des riches, de la société ... voire des ouvriers qui ont la mauvaise idée de voter Marine Le Pen).
images/icones/neutre.gif  ( 633520 )j'ajoute encore par Aigle (2012-05-19 11:13:33) 
[en réponse à 633478]

j'ajoute encore que les catholiques "classiques" (type Lustiger) rejettent ces deux courants. ils condamnent le traditionnalisme vu comme un pharisaisme voire comme la simple traduction religieuse d'opinions politiques (Maurras encore et toujours) - de même qu'ils condamnent parallèlement le progressisme ou néo-modernisme qui cherche à bâtir sur terre le Royaume de Cieux en prêchant la discorde au sein de la société et la haine de la culture...

je pense que nous devons intégrer ces données pour mieux situer le combat en faveur de la Tradition - et peut-être faire notre autocritique sur certains points ...
images/icones/neutre.gif  ( 633476 )Philippe clanché met le doigt sur deux points intéressant et Aigle sur un troisième par le torrentiel (2012-05-18 16:25:12) 
[en réponse à 633455]

PH. clanché:

1. Hérésie contre arrogance. Ce que j'appelle, moi, non pas l'exigence de concorde doctrinale, mais l'exigence de respect des personnes. Du temps où on disputait avec les hérétiques en les excommuniant, mais sans les faire brûler par le bras séculier, ce respect leur était assuré, moyennant quoi les controverses pouvaient être très vives. Dans notre époque de "respect humain", l'âpreté dans le débat est assimilée à de l'agressivité qui veut détruire l'adversaire. Il faut reconnaître que ce manque de respect est quelquefois plus qu'une simple hauteur de ton. Il serait difficile, en l'état, de faire travailler ensemble, en tout cas harmonieusement, quelqu'un qui soupçonne que l'évêque ou ses collaborateurs sont des fossoyeurs de l'eglise, et le conseil épiscopal. Nulle part on ne parle de faire coexister au sein d'une même paroisse un prêtre diocésin et un prêtre de la FSSPX. D'où la raison de la "prélature personnelle", dont on espère que le pape n'en a pas abandonnné l'idée. Dans l'état de la société, où la vérité des personnes importe plus que la vérité des opinions, voire des doctrines, dans la mesure où il s'agit d'obtenir un "accord pratique", on devrait en effet aller jusqu'au bout du modernisme et n'exiger qu'un respect des personnes, préalable à tout accord doctrinal, qui peut très bien ne jamais venir, si on se fige sur le côté doctrinal de l'affaire, car un concile peut très bien n'être jamais reçu.


2. Que pense véritablement le diocèse de bordeaux, mais plus directement le cardinal ricard de la présence de saint-Eloy dans sa ville? Pour le moment, on en est réduit aux protestations d'amitié de Monsieur l'abbé Laguérie. L'abbé véla me paraît une personne fort conciliante, mais quel est l'avis du cardinal Ricard, en sa double qualité d'archevêque de Bordeaux et de membre de la commission "Eclesia dei", étant évoqué au passage que c'est encore grâce à une rencontre personnelle dans un avion entre l'abbé Aulagnier et le cardinal ricard que celui-ci a été sensibilisé à la problématique traditionaliste...


3. Pour Aigle, les marxistes ont eu la tâche facilitée dans leur assimilation des pharisiens aux bourgeois par le ton très véhément de l'Evangile envers ceux qui pratiquent des signes extérieurs de bonne moralité. Il n'y a pas très longtemps que l'exégèse a quelque peu réhabilité les pharisiens aux yeux du grand public, en commençant par expliquer qui ils étaient.