Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 633424 )Nostra aetate est-il adapté à notre temps ? par jejomau (2012-05-18 08:11:54) 

Relisant la Déclaration sur les Relations de l'Eglise avec les religions non "Nostra Aetate, je me suis réellement posé la question de savoir si ce document conciliaire n'était pas daté et encore d'actualité (?)

Le Document aborde le sujet des relations qui doivent être établies entre les membres de l'Eglise et ceux des religions non-chrétiennes. C'est le Préambule qui est interressant à cet égard :

"À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples se multiplient, l’Église examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non chrétiennes"


Paul VI souligne bien que le monde a changé et par ces quelques mots il montre que l'Eglise ne peut plus agir de la même manière qu'avant. La mondialisation est en quelque sorte déjà mis en exergue ici. Le mot n'existait pas encore mais l'Eglise pressent son arrivée.

Suit un paragraphe d'ordre général qur les diverses religions non chrétiennes puis un autre sur la religion musulmane et sur la religion juive.

C'est dans le paragraphe sur la religion musulmane qu'on est frappé de l'idée générale qui en ressort. Je vous livre la fin du paragraphe:

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté


On a l'impression (et plus que l'impression) que le Concile s'exprime autant pour les catholiques - ce qui est normal - que pour les musulmans ! C'est très curieux. Il faut , je pense, se référer au contexte de l'époque. Le monde est dominé par l'Occident (essentiellement chrétien). Le Saint Père est aussi un homme de son époque. C'est pourquoi il s'adresse en priorité aux chrétiens à qui il demande de faire l'effort de comprendre que les religions qu'ils côtoient tendent à rechercher Dieu; et dans le même temps, dans un sorte d'esprit paternaliste (peut-on dire) il fait la même recommandation aux musulmans.... colonisés à l'époque !
Mais les musulmans sont-ils tenus par ce document ? Les musulmans acquiescent-ils toujours à "Nostra aetate" ? Il me semble vraiment important de se poser cette question. C'était facile sous la colonisation d'édicter ce document.. mais à l'heure actuelle ?... Autrement, cette Déclaration Conciliaire me paraît datée. les rapports qui président au dialogue ou à des échanges sont faussés.. aujourd'hui ! L'Islam a changé d'esprit : il est conquérant, il est violent, il ne cherche absolument pas à oublier le passé , la compréhension mutuelle, ou à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté !!!!

Concernant la suite du document je n'aurai rien à ajouter, le Concile de Trente ayant déjà condamné les thèses de l'antisémitisme. Mais là aussi par exemple si l'on demandait aujourd'hui leur avis aux Palestiniens occuppés : aurait-ils la même vision que ce qui ressort du document, à savoir l'impression que les juifs sont toujours persécutés depuis des siècles ? Evidemment ce problème n'existait pas quand Nostra Aetate fut écrit !

En conclusion, le fait que Nostra Aetate ne me paraisse plus vraiment adapté à notre époque alors qu'il perçoit bien le phénomène de la mondialisation à venir me paraît préoccupant pour les chrétiens. Car ceux-ci se trouvent alors dans une position qui n'est pas une relation d'égal à égal envers la religion musulmane. Dès lors comment parler de dialogue ? Comment essayer même de se comprendre si l'une des religions ne le.. veut pas ? C'est sur ce point que Nostra aetate ne me semble plus à "jour".
images/icones/fleche2.gif  ( 633433 )Nostra aetate est-il adapté, notamment, à Lumen Gentium 16-17 ? par Scrutator Sapientiæ (2012-05-18 10:06:51) 
[en réponse à 633424]

Bonjour jejomau,

I. Voici :

" 16. Les non-chrétiens

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu [32] et, en premier lieu, ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [33]. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique [34] et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie. Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir. C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures» (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions.

17. Le caractère missionnaire de l’Église

En effet tout comme il a été envoyé par le Père, le Fils lui-même a envoyé ses Apôtres (cf. Jn 20, 21) en disant : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des temps » (Mt 28, 18-20). Ce solennel commandement du Christ d’annoncer la vérité du salut, l’Église l’a reçu des Apôtres pour en poursuivre l’accomplissement jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 8). C’est pourquoi elle fait siennes les paroles de l’Apôtre : « Malheur à moi si je ne prêchais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16) : elle continue donc inlassablement à envoyer les hérauts de l’Évangile jusqu’à ce que les jeunes Églises soient pleinement établies et en état de poursuivre elles aussi l’œuvre de l’évangélisation. L’Esprit Saint la pousse à coopérer à la réalisation totale du dessein de Dieu qui a fait du Christ le principe du salut pour le monde tout entier. En prêchant l’Évangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ pour croître en lui par la charité jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude. Son activité a le résultat non seulement de ne pas se laisser perdre tout ce qu’il y a de germe de bien dans le cœur et la pensée des hommes ou de leurs rites propres et leur culture ; mais de le guérir, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme. À tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de l’expansion de la foi [35]. Mais si le baptême peut être donné aux croyants par n’importe qui, c’est aux prêtres cependant qu’il revient de procurer l’édification du Corps par le sacrifice eucharistique en accomplissant les paroles de Dieu quand il dit par la voix du prophète : « De l’Orient jusqu’au couchant, mon Nom est grand parmi les nations, et en tous lieux est offert à mon Nom un sacrifice et une offrande pure » (Ml 1, 11) [36]. Ainsi, l’Église unit prière et travail pour que le monde entier dans tout son être soit transformé en Peuple de Dieu, en Corps du Seigneur et temple du Saint-Esprit, et que soient rendus dans le Christ, chef de tous, au Créateur et Père de l’univers, tout honneur et toute gloire. "

II. Par ailleurs, la phrase de NA que vous citez me donne l'occasion d'y rappeler la présence de quelques-unes des limites du Concile que jy déplore le plus : l'ambivalence, l'aveuglement, l'imprécision, l'incomplétude, l'angélisme, l'irénisme, l'utopisme :

" Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. "

En effet, ces questions s'imposent à moi, à la lecture de cette phrase :

a) entre chrétiens et musulmans, y a t-il avant tout ou seulement une question de dissensions et d'inimitiés qui seraient, elles aussi, avant tout ou seulement d'ordre relationnel, ou y a t-il également, voire suprêmement, une question d'hétérogénéité ou d'incompatibilité beaucoup plus fondamentale que conjoncturelle ?

b) pourquoi donc exhorter qui que ce soit à oublier le passé ? Celui-ci est toujours présent, à tout le moins, à l'état latent, même s'il n'influence pas ou n'origine pas tout le présent.

Je dirai même que plus on essaie d'oublier le passé, plus on s'expose à un risque fatal : le retour du refoulé, le choc en retour, intrusif, des questions mémorielles.

Oublier le passé est impossible ; ce qui est "exhortable", c'est de pardonner les offenses, ce qui est à la fois plus difficile, plus salutaire, moins amnésique et moins schizophrène.

c) la question est de savoir si les Chrétiens et les musulmans, dans leur ensemble, partagent la même conception et la même pratique de la justice sociale, des valeurs morales, de la paix et de la liberté.

Pour ma part, je n'en suis pas absolument certain. Or, il est singulier, voire dangereux, d'exhorter ainsi les uns et les autres à communier et à converger autour d'idéaux généraux et généreux

- qui engagent à presque tout, d'une manière imprécise,

- mais qui n'obligent à presque rien, d'une manière précise,

- qui ne contrarient presque personne,

- qui ne contredisent presque rien.

On peut être un communiste, un hédoniste, ou un islamiste, et être un partisan résolu "de la justice sociale, des valeurs morales, de la paix et de la liberté", pourvu que l'on soit

- un partisan résolu du fondement et du contenu particuliers, de l'intention et de l'horizon particuliers que l'on donne soi-même, à la justice sociale, aux valeurs morales, à la paix et à la liberté,

- avant tout ou seulement en plein accord avec soi-même, et non en plein accord avec une double exigence de vérité objective et de liberté responsable compatible avec la Foi, l'Espérance, la Charité.

III. Je vous recommande la relecture de cette partie de NA, qui en montre bien toute la tournure mentale à caractère "dialectique" :

La thèse : "L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions (est-ce à dire qu'elle rejette encore tout ce qui est faux et malsain dans ces religions ?). Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes".

L'anti-thèse : "Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses."

La "synthèse" : "Elle exhorte donc (?) ses fils pour que, avec prudence et charité (est-ce à dire que, s'ils exhortaient les musulmans à la conversion, ce serait par manque de prudence et de charité ?), par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes (le témoignage existentiel en lieu et place de la prédication confessionnelle ?), ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles (précisément, lesquelles ?) qui se trouvent en eux."

Bonne journée. Compte tenu, notamment, du nombre incroyable de vos messages sur lesquels j'ai pris appui, depuis que j'interviens sur le FC, je vous dis un grand merci.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 633435 )Pour continuer cette réflexion.... par Praecantor (2012-05-18 10:53:55) 
[en réponse à 633433]

Merci à Scrutator et à Jejomau pour la présentation de la problématique posée par Nostra Aetate versus Lumen Gentium.
Je trouve quant à moi que LG16 en particulier pose plus de problèmes pastoraux ou théologiques que Nostra Aetate, dans le sens où cela force une interprétation de nos relations à l'islam qui est fondamentalement erronée.
En particulier, la partie sur les "semences du verbe".
On a l'impression que les pères du Concile identifient "ce qu'il y a de bon et de vrai" dans les autres religions avec "les semina verbi" des religions païennes d'avant la primo-évangélisation.
Or la situation n'est pas la même, ne peut plus être la même. La plupart des idéologies d’aujourd’hui (et l'islam au premier chef) ne se positionnent qu'en fonction de la vérité évangélique (et en l’occurrence en ce qui concerne l'islam tout à fait contre). Ce qu'il y a de vrai et de bon dans l'islam n'est alors plus une "préparation évangélique", mais un recyclage de la bonne nouvelle pour aller contre le Christ. Ce que je reproche à cette phrase de Vatcian II ce n'est en fait pas seulement une demande d'oubli des inimitiés entre chrétiens et musulmans, mais la négation de la profondeur historique des relations entre les hommes et Dieu, marquée de façon irréfutable par l'évènement central de l'histoire de l'humanité : l'incarnaiton du verbe, niée et combattue de toutes ses forces par l'islam.
Et je crois que ce texte de LG16, qui n'est bien sûr pas faux en lui même mais maladroit avec cette phrase
"Quidquid enim boni et veri apud illos invenitur, ab Ecclesia tamquam praeparatio evangelica aestimatur et ab Illo datum qui illuminat omnem hominem, ut tandem vitam habeat"

où sont associées "semina verbi","praeparatio evangelica" et "boni et veri apud illos invenitur" a eu des conséquences négatives y compris dans la rédaction du cathéchisme de l'Eglise catholique. Car on oublie souvent le début de la phrase suivante quand on le cite :
At saepius homines, a Maligno decepti, evanuerunt in cogitationibus suis, et commutaverunt veritatem Dei in mendacium, servientes creaturae magis quam Creatori
(et la traduction française rend mal le saepius : "le plus souvent" e "bien souvent" : Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, [Ce qui pourrait être une préparation évangélique est cependant « le plus souvent » une cause de chute et de malheur] ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur".

On trouve en effet cette torsion de la pensée jusque dans le CEC 1281 qui cherche à définir qui est sauvé ; dans la première édition (datant de 1992) :
“Ceux qui subissent la mort à cause de la foi, les catéchumènes et tous les hommes qui, sous l’impulsion de la grâce, sans connaître l’Église, cherchent sincèrement Dieu et s’efforcent d’accomplir sa volonté, sont sauvés, même s’ils n’ont pas reçu le Baptême (cf. LG 16)”.


Corrigé dans les éditions suivantes :

“Ceux qui subissent la mort à cause de la foi, les catéchumènes et tous les hommes qui, sous l’impulsion de la grâce, sans connaître l’Église, cherchent sincèrement Dieu et s’efforcent d’accomplir sa volonté, peuvent être sauvés, même s’ils n’ont pas reçu le Baptême (cf. LG 16)”.

Le problème c'est que hors de son contexte, la phrase reste fausse, puisque les martyrs de la foi (qui sont assurément sauvés du fait de leur martyre qu'on a pu appeler le baptême du sang) les catéchumènes (qui peuvent être justifiés de par leur démarche de conversion) ou les hommes de bonne volonté (qui sont peut être sauvés par des moyens dont l'Eglise ne dispose pas) sont mis sur le même plan... On est encore une fois en pleine confusion... D'où tous les problèmes théologiques afférents et les condamnations par la Congrégation de la Foi d'un Jacques Dupuy, ou les élucubrations et autres divagations d'un Christian Troll... Bref, on est dans un noeud ecclésiologique, ô combien d'actualité...
images/icones/apple2.gif  ( 633436 )le dogme du péché originel "nié" ? par jejomau (2012-05-18 11:09:48) 
[en réponse à 633435]

Vous soulevez une problématique récurrente aux textes conciliaires.

Scrutator - dans le dévelloppement qu'il fait - parle "d'irénisme" ... alors que je relève votre phrase, je cite : "la négation de la profondeur historique des relations entre les hommes et Dieu".

S'il y avait un point sur lequel il faudrait mettre en exergue dans les textes conciliaires , c'est justement celui-ci : le dogme du péché originel qui est nié au profit d'un monde nouveau, "utopique", dans lequel les hommes doivent vivre en harmonie tous ensemble, toutes religions confondues....

Et n'est-ce pas ainsi que le Concile est finalement perçu par l'église de france depuis l'origine ?



images/icones/fleche2.gif  ( 633438 )Perception par Praecantor (2012-05-18 11:37:16) 
[en réponse à 633436]

Je suis bien d'accord. Cette négation du péché originel ce n'est évidemment pas le Concile qui l'exprime, mais c'est bien dans ce sens que l'on cherche à faire aller une certaine théologie en s'appuyant sur les imprécisions du texte de LG en particulier.
Parce qu'au delà de la négation du péché originel - qui reste difficile au sens natruel, puisqu'on voit bien qeu ce monde est marqué par le péché... ! - c'est la figure du rédempteur qui est attaquée, en en particulier par une certaine "théologie de la rencontre entre les religions" qui est vigoureusement combattue par la congrégation de la doctrine de la foi (cf. notamment la notification de 2001 sur la théologie de la rencontre entre les religions, et bien sûr Dominus Iesus)
Cette théologie est même est de toutes façons dépassée doctrinalement par le CEC lui même si on sait bien le lire avec le le numéro 634 :

La Descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.


Et explicitée par Benoît XVI dans Spe Salvi, qui souligne à merveille la question des rapports entre chronologie, a-chronologie et histoire :
Spe Salvi (2007) au n° 6 :

“ Le vrai pasteur est Celui qui connaît aussi la voie qui passe par les ravins de la mort … Il a parcouru lui-même cette voie, il est descendu dans le royaume de la mort, il l’a vaincu et il est maintenant revenu pour nous accompagner et pour nous donner la certitude qu’avec Lui on trouve un passage”.


La question de la durée en rapport avec l’achronologie du salut dans le "mystère de la Descente" est également abordée dans Spe Salvi : (n° 47) :

“La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s’écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son coeur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu ». … Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le « moment » transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c’est le temps du coeur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ”.



Et c'est pour ça qu'il faut chanter les Ténèbres du Samedi saint...!
images/icones/fleche2.gif  ( 633439 )Palimpseste : le péché originel n'est pas absent du Concile. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-18 12:00:34) 
[en réponse à 633436]

Rebonjour jejomau,

A. Voici :

A A 7 "Au cours de l’histoire, l’usage des choses temporelles a été souillé par de graves aberrations. Atteints par la faute originelle, les hommes sont tombés souvent en de nombreuses erreurs sur le vrai Dieu, la nature humaine et les principes de la loi morale : alors les mœurs et les institutions humaines s’en sont trouvées corrompues, la personne humaine elle-même bien souvent méprisée. De nos jours encore, certains, se fiant plus que de raison aux progrès de la science et de la technique, sont enclins à une sorte d’idolâtrie des choses temporelles : ils en deviennent les esclaves plutôt que les maîtres.

C’est le travail de toute l’Église de rendre les hommes capables de bien construire l’ordre temporel et de l’orienter vers Dieu par le Christ. Il revient aux pasteurs d’énoncer clairement les principes concernant la fin de la création et l’usage du monde et d’apporter une aide morale et spirituelle pour que les réalités temporelles soient renouvelées dans le Christ."

I M 7 "Troisièmement, le récit, la description ou la représentation du mal moral peuvent assurément apporter, grâce aux moyens de communication sociale, une connaissance et une analyse plus profondes de l’homme, une manifestation et une exaltation du vrai et du bien en toute leur splendeur, si l’on ménage par ailleurs les effets dramatiques appropriés.

Cependant, pour que cela soit plutôt profitable que nuisible aux âmes, il faut se conformer rigoureusement à la morale, surtout quand il s’agit de thèmes qui exigent une certaine réserve ou qui éveillent plus facilement des désirs mauvais chez l’homme blessé par le péché originel."

L G 59 "Mais Dieu ayant voulu que le mystère du salut des hommes ne se manifestât ouvertement qu’à l’heure où il répandrait l’Esprit promis par le Christ, on voit les Apôtres, avant le jour de Pentecôte, « persévérant d’un même cœur dans la prière avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14) ; et l’on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre. Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute souillure de la faute originelle [182], ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel [183], et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort [184]."

G S 13 "1. Établi par Dieu dans un état de justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu. Ayant connu Dieu, « ils ne lui ont pas rendu gloire comme à un Dieu (...) mais leur cœur inintelligent s’est enténébré », et ils ont servi la créature de préférence au Créateur [10]. Ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre enclin aussi au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création.

2. C’est donc en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. Bien plus, voici que l’homme se découvre incapable par lui-même de vaincre effectivement les assauts du mal ; et ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes. Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors le prince de ce monde (cf. Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché [11]. Quant au péché, il amoindrit l’homme lui-même en l’empêchant d’atteindre sa plénitude.

Dans la lumière de cette Révélation, la sublimité de la vocation humaine, comme la profonde misère de l’homme, dont tous font l’expérience, trouvent leur signification ultime."

G S 18 "1. C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. Et c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort. Toutes les tentatives de la technique, si utiles qu’elles soient, sont impuissantes à calmer son anxiété : car le prolongement de la vie que la biologie procure ne peut satisfaire ce désir d’une vie ultérieure, invinciblement ancré dans son cœur.

2. Mais si toute imagination ici défaille, l’Église, instruite par la Révélation divine, affirme que Dieu a créé l’homme en vue d’une fin bienheureuse, au-delà des misères du temps présent. De plus, la foi chrétienne enseigne que cette mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché [21], sera un jour vaincue, lorsque le salut, perdu par la faute de l’homme, lui sera rendu par son tout-puissant et miséricordieux Sauveur. Car Dieu a appelé et appelle l’homme à adhérer à lui de tout son être, dans la communion éternelle d’une vie divine inaltérable. Cette victoire, le Christ l’a acquise en ressuscitant [22], libérant l’homme de la mort par sa propre mort. À partir des titres sérieux qu’elle offre à l’examen de tout homme, la foi est ainsi en mesure de répondre à son interrogation angoissée sur son propre avenir. Elle nous offre en même temps la possibilité d’une communion dans le Christ avec nos frères bien-aimés qui sont déjà morts, en nous donnant l’espérance qu’ils ont trouvé près de Dieu la véritable vie."

G S 22 "1. En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir [27], le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. Il n’est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en lui leur source et atteignent en lui leur point culminant.

2. « Image du Dieu invisible » (Col 1, 15) [28], il est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée [29], par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme [30], il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché [31]."

G S 25 "1. Le caractère social de l’homme fait apparaître qu’il y a interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale [44], est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale n’est donc pas pour l’homme quelque chose de surajouté ; aussi c’est par l’échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l’homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation.

2. Parmi les liens sociaux nécessaires à l’essor de l’homme, certains, comme la famille et la communauté politique, correspondent plus immédiatement à sa nature intime ; d’autres relèvent plutôt de sa libre volonté. De nos jours, sous l’influence de divers facteurs, les relations mutuelles et les interdépendances ne cessent de se multiplier : d’où des associations et des institutions variées, de droit public ou privé. Même si ce fait, qu’on nomme socialisation, n’est pas sans danger, il comporte cependant de nombreux avantages qui permettent d’affermir et d’accroître les qualités de la personne, et de garantir ses droits [45].

3. Mais si les personnes humaines reçoivent beaucoup de la vie sociale pour l’accomplissement de leur vocation, même religieuse, on ne peut cependant pas nier que les hommes, du fait des contextes sociaux dans lesquels ils vivent et baignent dès leur enfance, se trouvent souvent détournés du bien et portés au mal. Certes, les désordres, si souvent rencontrés dans l’ordre social, proviennent en partie des tensions existant au sein des structures économiques, politiques et sociales. Mais, plus radicalement, ils proviennent de l’orgueil et de l’égoïsme des hommes, qui pervertissent aussi le climat social. Là où l’ordre des choses a été vicié par les suites du péché, l’homme, déjà enclin au mal par naissance, éprouve de nouvelles incitations qui le poussent à pécher : sans efforts acharnés, sans l’aide de la grâce, il ne saurait les vaincre."

B.

I. Le progressisme rupturiste et schismatique, ou en tout cas schismatisant, a tendance à nier le dogme, ou en tout cas le mystère, du péché originel ("mystère" ne signifie pas que l'on ne peut rien en dire), non pas tant par confiance en l'avenir que par nostalgie du paradis terrestre, et par angoisse face à la présence de la matrice du mal moral personnel, conscient, volontaire, dans le coeur de chaque homme.

II. En ce sens, le progressisme est régressif, car il veut se tourner vers l'en-deçà de l'origine de l'apparition du mal en ce monde, avant d'être transgressif, vis-à-vis de la normativité et de l'objectivité de la Foi catholique, y compris sur cette question essentielle.

III. Et pourquoi met-il ainsi entre parenthèses le péché originel ? Parce que celui-ci, en tant qu'acte personnel, conscient, volontaire, et aux conséquences à la fois fondamentales et universelles, est en contradiction avec la "foi" en l'homme, fondamentalement et universellement bon, qui n'est mauvais que par accident ou par atteinte à sa dignité et à sa liberté, de par les conditionnements et déterminations dont il est plus victime que coupable, du point de vue du progressisme rupturiste schismatisant.

IV. On comprend mieux, à partir de là, l'indulgence durable et profonde des catholiques progressistes pour le communisme, voire aussi pour l'islamisme : dans cet ordre d'idées, ce qui s'auto-proclame bon, pour la construction de l'au-delà dès ici-bas, ne peut être mauvais qu'à cause d'abus ou d'excès inconscients, involontaires, conjoncturels, locaux, ponctuels, mais pas fondamentalement ou universellement, ni du fait d'actes conscients et volontaires, réfléchis et répétés, posés par des hommes ou par des femmes.

V. Sans oublier la forme la plus perverse et subtile de la négation des conséquences du péché originel : le mépris ou l'oubli de ses conséquences "anthropo-pneumatologiques" : les actions et options religieuses ou spirituelles erronées, telles qu'elles se manifestent, dans les religions erronées,

- comme s'il n'y avait plus avant tout des péchés "verticaux", des errements ou des manquements conscients, personnels, volontaires, contre le seul vrai Dieu,

mais

- comme s'il y avait seulement des péchés "horizontaux", dans les domaines moraux, sociaux, domestiques, politiques, écologiques ou économiques.

Je suis preneur de toute remarque ou suggestion sur cette interprétation.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 633442 )Je pensais aussi, voire surtout, à LG 17. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-18 12:11:53) 
[en réponse à 633435]

Rebonjour,

Voici :

" 17. Le caractère missionnaire de l’Église

En effet tout comme il a été envoyé par le Père, le Fils lui-même a envoyé ses Apôtres (cf. Jn 20, 21) en disant : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit.

Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des temps » (Mt 28, 18-20).

Ce solennel commandement du Christ d’annoncer la vérité du salut, l’Église l’a reçu des Apôtres pour en poursuivre l’accomplissement jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 8).

C’est pourquoi elle fait siennes les paroles de l’Apôtre : « Malheur à moi si je ne prêchais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16) : elle continue donc inlassablement à envoyer les hérauts de l’Évangile jusqu’à ce que les jeunes Églises soient pleinement établies et en état de poursuivre elles aussi l’œuvre de l’évangélisation.

L’Esprit Saint la pousse à coopérer à la réalisation totale du dessein de Dieu qui a fait du Christ le principe du salut pour le monde tout entier.

En prêchant l’Évangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ pour croître en lui par la charité jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude.

Son activité a le résultat non seulement de ne pas se laisser perdre tout ce qu’il y a de germe de bien dans le cœur et la pensée des hommes ou de leurs rites propres et leur culture ; mais de le guérir, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme.

À tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de l’expansion de la foi [35].

Mais si le baptême peut être donné aux croyants par n’importe qui, c’est aux prêtres cependant qu’il revient de procurer l’édification du Corps par le sacrifice eucharistique en accomplissant les paroles de Dieu quand il dit par la voix du prophète : « De l’Orient jusqu’au couchant, mon Nom est grand parmi les nations, et en tous lieux est offert à mon Nom un sacrifice et une offrande pure » (Ml 1, 11) [36].

Ainsi, l’Église unit prière et travail pour que le monde entier dans tout son être soit transformé en Peuple de Dieu, en Corps du Seigneur et temple du Saint-Esprit, et que soient rendus dans le Christ, chef de tous, au Créateur et Père de l’univers, tout honneur et toute gloire. "

Je répète :

" En prêchant l’Évangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, LES ARRACHE A L'ESCLAVAGE DE L'ERREUR et les incorpore au Christ pour croître en lui par la charité jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude. "

Son activité a le résultat non seulement de ne pas se laisser perdre tout ce qu’il y a DE GERME de bien dans le cœur et la pensée des hommes ou de leurs rites propres et leur culture ; mais de LE GUERIR, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu, LA CONFUSION DU DEMON et le bonheur de l’homme.


Il faudra que l'on m'explique en quoi le dialogue interreligieux, sans annonce de la seule vraie religion, contribue à "arracher à l'esclavage de l'erreur", à "guérir le germe de bien (présent) dans le coeur et la pensée des hommes ou de leurs rites propres et leur culture", (notamment) "pour la confusion du démon".

A bientôt.

Scrutator.
images/icones/1f.gif  ( 633460 )C'est bien la peine par Quaerere Deum (2012-05-18 14:48:57) 
[en réponse à 633435]

De demander aux fidèles d'adhérer au Concile si celui-ci contient des enseignements erronés!
Finalement, ceux qui disent que certains enseignements seraient en contradiction avec le magistère anterieur n'auraient pas forcément tort?
images/icones/idee.gif  ( 633461 )VaticanII / CEC / choses fausses par Praecantor (2012-05-18 14:59:46) 
[en réponse à 633460]

Ce qui j'affirme être erroné, ce n'est pas Lumen Gentium 16, c'est une phrase du CEC qui a d'ailleurs été corrigée partiellement après la première édition de 1992.
Lumen Gentium 16 est souvent cité hors contexte pour renforcer des thèses plus que discutables (celle de Christian Troll, celle de Chrsitian Salenson) par exemple... Alors même que justement Lumen Gentium 17 ou d'autres parties du Concile sont très claires... Mais peu lues (ça doit déranger...)
images/icones/fleche2.gif  ( 633470 )Ce que disent le Compendium ET Dominus Iesus. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-18 15:57:03) 
[en réponse à 633461]

Rebonjour Praecantor,

1. Voici ce que dit le Compendium :

" 261. Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ? (cf n° 1257 du CEC) : Le Baptême est nécessaire pour ceux auxquels l’Évangile a été annoncé et qui ont la possibilité de demander ce sacrement.

262. Peut-on être sauvé sans le Baptême ? cf n° 1258-1261, 1281-1283 du CEC) : Parce que le Christ est mort pour le salut de tous les hommes, peuvent aussi être sauvés sans le Baptême ceux qui sont morts à cause de la foi (Baptême du sang), les catéchumènes et de même ceux qui, sous la motion de la grâce, sans avoir la connaissance du Christ ni de l’Église, recherchent sincèrement Dieu et s’efforcent d’accomplir sa volonté (Baptême de désir). Quant aux petits enfants morts sans Baptême, l’Église dans sa liturgie les confie à la miséricorde de Dieu. "

2. Voici ce que dit Dominus Iesus :

DI

" V. ÉGLISE, ROYAUME DE DIEU ET ROYAUME DU CHRIST

18. La mission de l'Église est « d'annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre ».68 D'un côté, l'Église est « sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ».69 Elle est donc signe et instrument du Royaume: appelée à l'annoncer et à l'instaurer. De l'autre côté, l'Église est le « peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint »;70 elle est ainsi « le règne du Christ déjà mystérieusement présent »,71 puisqu'elle en constitue le germe et le principe. Le Royaume de Dieu a en effet une dimension eschatologique: c'est une réalité présente dans le temps, mais elle ne se réalisera pleinement qu'à la fin ou accomplissement de l'histoire.72

À partir des textes bibliques et des témoignages patristiques, comme des documents du Magistère de l'Église, on ne déduit une acception univoque ni pour Royaume des Cieux, Royaume de Dieu et Royaume du Christ ni pour leur rapport avec l'Église, elle-même mystère irréductible à un concept humain. Diverses explications théologiques peuvent donc exister sur ces problèmes. Cependant, aucune de ces explications possibles ne doit refuser ou réduire à néant le lien étroit entre le Christ, le Royaume et l'Église. En effet, le « Royaume de Dieu tel que nous le connaissons par la Révélation » ne peut être séparé « ni du Christ ni de l'Église [...]. Si l'on détache le Royaume de Jésus, on ne prend plus en considération le Royaume de Dieu qu'il a révélé, et l'on finit par altérer le sens du Royaume, qui risque de se transformer en un objectif purement humain ou idéologique, et altérer aussi l'identité du Christ, qui n'apparaît plus comme le Seigneur à qui tout doit être soumis (cf. 1 Co 15,27). De même, on ne peut disjoindre le Royaume et l'Église. Certes, l'Église n'est pas à elle-même sa propre fin, car elle est ordonnée au Royaume de Dieu dont elle est germe, signe et instrument. Mais, alors qu'elle est distincte du Christ et du Royaume, l'Église est unie indissolublement à l'un et à l'autre ».73

19. Affirmer l'union inséparable entre Église et Royaume ne signifie cependant pas que le Royaume de Dieu — même considéré dans sa phase historique — s'identifie avec l'Église dans sa réalité visible et sociale. On ne doit pas oublier « l'action du Christ et de l'Esprit Saint hors des limites visibles de l'Église ».74 On doit donc garder en mémoire que « le Royaume concerne les personnes humaines, la société, le monde entier. Travailler pour le Royaume signifie reconnaître et favoriser le dynamisme divin qui est présent dans l'histoire humaine et la transforme. Construire le Royaume signifie travailler pour la libération du mal dans toutes ses formes. En un mot, le Royaume de Dieu est la manifestation et la réalisation de son dessein de salut dans sa plénitude ».75

En considérant les rapports entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l'Église, il est de toute manière nécessaire d'éviter des formulations unilatérales comme ces « conceptions qui mettent délibérément l'accent sur le Royaume et se définissent comme “régnocentriques”; elles mettent en avant l'image d'une Église qui ne pense pas à elle-même, mais se préoccupe seulement de témoigner du Royaume et de le servir. C'est une “Église pour les autres” dit-on, comme le Christ est “l'homme pour les autres” [...]. À côté d'aspects positifs, ces conceptions comportent souvent des aspects négatifs. D'abord, elles gardent le silence sur le Christ: le Royaume dont elles parlent se fonde sur un “théocentrisme”, parce que — dit-on — le Christ ne peut pas être compris par ceux qui n'ont pas la foi chrétienne, alors que les peuples, les cultures et les diverses religions peuvent se rencontrer autour de l'unique réalité divine, quel que soit son nom. Pour le même motif, elles privilégient le mystère de la création qui se reflète dans la diversité des cultures et des convictions, mais elles se taisent sur le mystère de la rédemption. En outre, le Royaume tel qu'elles l'entendent, finit par marginaliser ou sous-estimer l'Église, par réaction à un “ecclésiocentrisme” supposé du passé et parce qu'elles ne considèrent l'Église elle-même que comme un signe, d'ailleurs non dépourvu d'ambiguïté ».76 Ces thèses sont contraires à la foi catholique parce qu'elles nient l'unicité de rapport du Christ et de l'Église avec le Royaume de Dieu.

VI. L'ÉGLISE ET LES RELIGIONS FACE AU SALUT

20. Ce qui a été jusqu'ici rappelé impose nécessairement des étapes au chemin que la théologie doit parcourir pour élucider le rapport de l'Église et des religions avec le salut.

On doit avant tout croire fermement que l'« Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut: or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16,16; Jn 3,5), c'est la nécessité de l'Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu'il nous a confirmée en même temps ».77 Cette doctrine ne doit pas être opposée à la volonté salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4); aussi, « il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l'Église pour le salut ».78

L'Église est « sacrement universel de salut »,79 parce que, de manière mystérieuse et subordonnée, toujours unie à Jésus-Christ sauveur, sa Tête, elle a dans le dessein de Dieu un lien irremplaçable avec le salut de tout homme.80 Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'Église, « le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiquée par l'Esprit Saint ».81 Elle est liée à l'Église, qui « tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père ».82

21. Sur la modalité de transmission aux non-chrétiens de la grâce salvifique de Dieu, toujours donnée par le Christ en l'Esprit et dans un rapport mystérieux avec l'Église, le Concile Vatican II s'est contenté d'affirmer que Dieu la donne « par des voies connues de lui ».83 La théologie cherche à approfondir cette idée. Ce travail théologique doit être encouragé, parce qu'il sert sans aucun doute à une meilleure compréhension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur réalisation. Cependant, d'après ce qui a été rappelé jusqu'ici sur la médiation de Jésus-Christ et sur la « relation singulière et unique »84 entre l'Église et le Royaume de Dieu parmi les hommes — qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel —, il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres. Les autres religions seraient complémentaires à l'Église, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu.

Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu,85 et font partie de « ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions ».86 De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s'ouvrir à l'action divine.87 On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens.88 Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut.89

22. Avec l'avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l'Église par lui fondée fût l'instrument du salut de toute l'humanité (cf. Ac 17,30-31).90 Cette vérité de foi n'enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l'Église pour les religions du monde, mais en même temps, elle exclut radicalement la mentalité indifférentiste « imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” ».91 S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut.92 « Tous les fils de l'Église doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; s'ils n'y correspondent pas par la pensée, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement ».93 On comprend ainsi que, suivant le commandement du Seigneur (cf. Mt 28,19-20) et comme exigence d'amour pour tous les hommes, l'Église « annonce, et est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses ».94

La mission ad gentes, dans le dialogue interreligieux aussi, « garde dans leur intégrité, aujourd'hui comme toujours, sa force et sa nécessité ».95 En effet, « “Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (1 Tm 2,4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de la vérité. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l'Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut; mais l'Église, à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C'est parce qu'elle croit au dessein universel de salut qu'elle doit être missionnaire ».96 Le dialogue donc, tout en faisant partie de la mission évangélisatrice, n'est qu'une des actions de l'Église dans sa mission ad gentes.97 La parité, condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties, non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions. L'Église en effet, guidée par la charité et le respect de la liberté,98 doit en premier lieu annoncer à tous la vérité définitivement révélée par le Seigneur, et proclamer la nécessité, pour participer pleinement à la communion avec Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, de la conversion à Jésus-Christ et de l'adhésion à l'Église par le baptême et les autres sacrements. D'autre part la certitude de la volonté salvifique universelle de Dieu n'atténue pas, mais augmente le devoir et l'urgence d'annoncer le salut et la conversion au Seigneur Jésus-Christ. "

A bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 633477 )Absoluement par Praecantor (2012-05-18 16:26:31) 
[en réponse à 633470]

Les documents magistériels les plus récents donnent la seule bonne clef de lecture possible de LG16 et CEC 1281 (dans sa version corrigée après 1992).
Cela n'empêche pas certains théologiens d'avoir pignon sur rue et d'enseigner le contraire.
Le num. 1281 du CEC ne peut être correctement interprété qu'à la lumière des num. 634 et 635 :

634 "La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts ..." (1P 4,6). La descente aux enfers est l'accomplissement, jusqu'à la plénitude, de l'annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d'extension de l'oeuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.

635 Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12,24 Rm 10,7 Ep 4,9) afin que "les morts entendent la voix du Fils de l'Homme et que ceux qui l'auront entendue vivent" (Jn 5,25). Jésus, "le Prince de la vie" (Ac 3,15), a "réduit à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort" (He 2,14-15). Désormais le Christ ressuscité "détient la clef de la mort et de l'Hadès" (Ap 1,18) et "au Nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers" (Ph 2,10).

Un grand silence régne aujourd'hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s'est calmée parce que Dieu s'est endormi dans la chair et qu'il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles ... Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils ... 'Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t'ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l'enfer. Relève-toi d'entre les morts, je suis la Vie des morts' (Ancienne homélie pour le Samedi Saint).



Le problème c'est qu'il reste pas mal de recherche théologique à faire pour résoudre tout cela, et c'est ce que souligne Dominus Iesus :


le Concile Vatican II s'est contenté d'affirmer que Dieu la donne « par des voies connues de lui ».83 La théologie cherche à approfondir cette idée. Ce travail théologique doit être encouragé, parce qu'il sert sans aucun doute à une meilleure compréhension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur réalisation. Cependant, d'après ce qui a été rappelé jusqu'ici sur la médiation de Jésus-Christ et sur la « relation singulière et unique »84 entre l'Église et le Royaume de Dieu parmi les hommes — qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel —, il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres. Les autres religions seraient complémentaires à l'Église, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu.



Et pourtant.
Christian Salenson :


« Il ne suffit pas de dire, à juste titre, que nous ne devons pas relativiser la foi chrétienne et affirmer l'universelle médiation du Christ, encore faut-il en tirer les conséquences c'est-à-dire, en Église, recevoir un visage du Christ qui nous vient précisément de cette médiation universelle dans les cultures et les religions. » (p. 126)
«Puisque la médiation salvifique s'exerce dans l'islam, et que les chrétiens ne peuvent prétendre tout connaître du Christ qui dépasse les frontières des religions, les chrétiens doivent recevoir aussi le Christ de l'islam. Que signifie recevoir le Christ de l'islam? Certainement, recevoir avec bienveillance ce que le Coran dit du Christ : « je suis sûr que le Christ du Coran a quelque chose à voir avec celui de notre foi ». Il faut aussi recevoir ce que l'islam vécu nous fait mieux comprendre du Christ : « pour enrichir notre connaissance partielle du moment, nous avons besoin de ce que l'autre peut y ajouter par ce qu'il est, ce qu'il fait, ce qu'il croit » (Christian de Chergé, « L’invincible espérance, p. 174)
Mais pour pouvoir recevoir le Christ aussi d'une autre tradition religieuse, il faut accepter de vivre le mystère pascal dans la compréhension que nous avons du Christ: Comme les apôtres, il faut accepter de perdre le Christ, la connaissance que nous en avons et Le retrouver.
« II nous faut perdre le Christ, Le laisser mourir dans l'humanité tellement nôtre dont nous l'avons revêtu et parfois maquillé, pour le laisser renaître, autre et identique, dans ce surcroît d'humanité où notre place est marquée, celle de l'autre aussi » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 7 juillet 81).
Notre connaissance du Christ est partielle, si elle est absolutisée elle devient enfermante.
« Pour entrer en vérité dans le dialogue, il nous faudra accepter, au nom du Christ, que l'islam ait quelque chose à nous dire de la part du Christ » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 12 juin 82)



Louis Massignon :


“L’Islam constitue une réponse mystérieuse de la grâce à la prière d’Abraham pour Ismaël et les Arabes” auxquels “Dieu a donné le Coran en signe de bénédiction” (Parole donnée, Paris, Seuil, rééd. 1983, p.267).



Pierre Roclave (ancien ambassadeur de France dans divers pays arabes et coauteur très islamophile d’un livre avec Mohammed Hamidullah):

“Jusqu’à Massignon, le christianisme cherchait à convertir. Lui préconise une attitude de compassion-substitution... Pour lui, l’Islam est non seulement une vraie religion, avec ses saints (Hallaj, Salmân,...), mais une religion vraie qui a sa place dans l’histoire de la Révélation” (Louis Massignon et l’Islam, coll. Témoignages et documents n° 2, Institut Français, Damas, 1993, p.28.95).



Christian de Chergé :

En 1988, l'une des salles du monastère, donnant sur la rue, leur est prêtée [aux Musulmans] pour en faire leur mosquée. Dès lors se noue ici un double appel à la prière celui du muezzin et celui des cloches, tous deux orientés vers une même direction, celle de Dieu. C'est là, l'intuition fondamentale de la théologie de Christian de Chergé : chrétiens et musulmans sont frères en Dieu, et leurs prières respectives n'ont pas d'autre fin que la rencontre du Créateur.
Ainsi cloche et muezzin se correspondent ou se succèdent à l'intérieur du même enclos, et il est difficile de pas accueillir l'appel à la prière, d'où qu'il vienne, comme un rappel de la communion qui prévaut au cœur de Celui vers qui nous nous tournons avec le même abandon » Christian de Chergé, L'Invincible Espérance op. cit., « Chrétiens et Musulmans, pour un projet commun de société », p. 191.


Sur ces sujets, qui ne sont pas sans rapports avec l'actualité politique et théologique, on lira aussi avec intéreêt cet article sur Liberté politique

http://www.libertepolitique.com/L-information/Decryptage/Islam-et-laicite-le-blocage-theologique

images/icones/fleche3.gif  ( 633464 )le Concile Vatican II a un défaut majeur par jejomau (2012-05-18 15:09:08) 
[en réponse à 633460]

Scrutator dit : " Par ailleurs, la phrase de NA que vous citez me donne l'occasion d'y rappeler la présence de quelques-unes des limites du Concile que jy déplore le plus : l'ambivalence, l'aveuglement, l'imprécision, l'incomplétude, l'angélisme, l'irénisme, l'utopisme "

Je vous cite maintenant Mgr Lefebvre qui dit dans sa deuxième intervention au Concile :

"Nous sommes des pasteurs et, nous le savons bien, nous ne parlons pas le même langage à des théologiens et à des non-initiés ; et non plus de la même façon à des prêtres et à des laïcs. Comment donc définir notre doctrine de telle sorte qu’elle ne donne plus lieu aux erreurs d’aujourd’hui et, dans une même texte, rendre cette vérité intelligible à des gens non versés dans la science théologique ? Ou bien notre doctrine n’est pas présentée comme il se doit pour devenir intelligible à tout le monde ; ou bien cette doctrine est parfaitement bien exposée, mais la formule n’en est plus intelligible pour les non-initiés".


"Cette difficulté est accrue dans notre Concile, parce que, du fait des circonstances actuelles et du désir explicite du Souverain pontife, l’exigence de s’adresser directement à tout le monde paraît davantage que dans les Conciles précédents".



Voyez combien Mgr Lefebvre avait vu juste à cette époque. Il ne remet pas en cause le Concile. Il se pose la question (et la pose à tous les Pères) sur l'écueil particulier de ce Concile qui se veut compréhensible à tous ! Ce qui lui paraît.. difficile !

images/icones/fleche2.gif  ( 633468 )En contradiction formelle ou en dépassement dialectique. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-18 15:34:41) 
[en réponse à 633460]

Rebonjour,

A titre personnel, mais d'autres que moi l'ont écrit avant moi et mieux que moi, je ne raisonnerai

- ni en termes de contradiction formelle, vis-à-vis du Magistère antérieur,

- ni en termes d'enseignements erronés, à l'intérieur du Concile lui-même.

Je raisonnerai plutôt, et c'est, à mon avis, "la part de vérité" de l'herméneutique de la rupture, en ce qu'elle a de plus objectif et de moins partisan, je raisonnerai plutôt

- en termes de dépassement dialectique d'une partie du Magistère antérieur,

et

- en termes d'enseignements :

- en partie ambigus et aveuglants, formalisés par des "enseignants" en partie inspirés par leur irénisme,

- en partie imprécis et incomplets, notamment sur des questions sur lesquelles sur ces "enseignants" irénistes avaient le devoir d'être à la fois précis et complets.

Si vous préférez, là où certains disent qu'il s'agit d'un Concile hérétique, je dirais plutôt qu'il s'agit d'un Concile équivoque.

N'oubliez pas d'autres aspects : les innovations sémantiques et les innovations thématiques ne sont pas sans importance, au Concile ; grosso modo,

- on y a donné à certain mots "stratégiques" un sens différent du sens que ces mots avaient dans le Magistère antérieur, sans toujours "démontrer", d'une manière absolument convaincante, c'est un premier euphémisme, que ce sens différent n'était pas nécessairement un sens contraire, comme dans le cas, à mon avis, de la liberté religieuse ;

- on y a abordé plusieurs thèmes qui étaient, à ce niveau là, à peu près absents du Magistère antérieur, sans toujours "démontrer", d'une manière totalement convaincante, c'est un deuxième euphémisme, que le Magistère antérieur se serait exprimé, certes, d'une manière différente, sur une matière similaire, mais dans la même direction.

Si vous voulez (re)lire les textes du Concile qui sont à la fois les moins ambigus et les plus importants, parmi les constitutions, déclarations et décrets les plus célèbres, je vous recommande de (re)lire Dei Verbum et Lumen Gentium ; vous y verrez que le Concile comporte aussi, merci Seigneur, des documents qui ont une certaine valeur.

C'est une vraie joie pour moi d'échanger et d'écrire sur toutes ces questions, merci à vous et merci à tous ceux grâce à qui je partage cette joie, même si j'ai bien conscience du fait que cette "problématique", dans les deux sens du terme, a été, est encore, et, peut-être, sera toujours, y compris, parfois, pour moi, une source de douleurs, de tourments, de peines et de pleurs.

Bon après-midi.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 633483 )un fil pertinent sur un sujet majeur par Luc Perrin (2012-05-18 18:35:02) 
[en réponse à 633468]

Nous touchons là, merci aux contributeurs pour ces posts de qualité, au coeur du problème et c'est bien autre chose que la fameuse liberté religieuse qui a bien trop polarisé l'attention, faisant office à mon avis de leurre.

Nostra aetate (pas tout) et certains points de Dei verbum ont été des portes ouvertes vers le dérapage doctrinal observé chez les tenants de l'herméneutique de rupture, certaines formulations aussi de Sacrosanctum concilium.

Scrutator a raison de souligner l'équivoque recherchée - cas fameux du subsistit in voulu par Y. Congar - et l'élaboration d'un lexique qui propage la confusion surtout dans l'après-Concile. Les mots "ministre" et "ministère", justes et catholiques en soi, se prêtent parfaitement à la confusion par opposition avec "sacerdoce"/"sacerdotal" que certains ont voulu bannir ; toute une novlangue plastique s'est imposée : le mot "messe" est écarté etc.
La novlangue permet d'être compris en un sens catholique orthodoxe mais aussi de travers, avec le plus souvent une acception type protestantisme libéral.
Qui peut sans être un peu formé voir que "sacerdoce commun" des baptisés est une expression catholique et "sacerdoce universel" une hérésie profonde commune à tous les protestants ? Pour le quidam dans la rue, les 2 formules sont synonymes à l'oreille.

Pourtant Jean XXIII, dans sa célèbre allocution d'ouverture de Vatican II, donnait à ce concile un modèle et une exigence :

"Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est l'adhésion de tous, dans un amour renouvelé, dans la paix et la sérénité, à toute la doctrine chrétienne dans sa plénitude, transmise avec cette précision de termes et de concepts qui a fait la gloire particulièrement du Concile de Trente et du premier Concile du Vatican." (Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962)

images/icones/hein.gif  ( 633763 )Pardonnez-moi par Quaerere Deum (2012-05-22 10:40:44) 
[en réponse à 633468]

de revenir sur le sujet quelques jours après, n'ayant pas été en mesure de répondre.

J'ai bien compris votre argumentation et vous en remercie.

Quelques interrogations cependant.
Qu'est-ce qui fait que les textes de ce Concile puissent avoir de tels défauts ? Quel est le rôle de l'Esprit Saint dans ce Concile oecuménique ?
En quoi les Conciles précédents, auxquels ont oppose souvent le dernier, ne pourraient-ils pas souffrir de ces défauts ?
images/icones/1b.gif  ( 633769 )j'ai une tentative de réponse à vous proposer par jejomau (2012-05-22 11:50:07) 
[en réponse à 633763]

mais je voudrai vous la proposer en prenant un exemple lié à la vie courante.

Un Père de famille appelle ses enfants à table. Le dogme intangible qui ne se discute pas, c'est qu'il faut se laver les mains avant de s'installer à cette table. Dogme qui ne se discute pas car on connait le bien-fondé de la Règle en question.

Premier cas de figure : (Avant le Concile) "passez à table. Celui qui ne se lave pas les mains est puni. Me suis-je bien fait comprendre ?"

Deuxième cas de figure : (Après le Concile) "passez à table. Mais ce serait bien si vous vouliez vous laver les mains ainsi que "Christ" nous l'a gentiment proposé en son temps. C'est dans cette Liberté envers "Christ" que nous saurons grandir et nous élever à lui. Ne doutez pas de mon pardon si vous veniez à ne pas obéir."

1) La même chose a été dite : il faut respecter le "dogme" en question
2) Mais la façon d'expliquer ou de proposer le message est différente. Dans le premier cas de figure, on a la sanction de l'anathème qui est très précise. Dans le deuxième cas, on insiste bien surtout sur le fait que Dieu pardonne tout d'emblée.

C'est très simpliste ce que je vous propose. Mais c'est très simple à comprendre finalement.
images/icones/neutre.gif  ( 633791 )Excellent par Aigle (2012-05-22 15:50:10) 
[en réponse à 633769]

merci jejomeau de cet exemple tout à fait parlant.

Je suis bien incapable de vous contredire à propos des textes conciliaires mais je voudrais humblement appeler votre attention sur deux petits points.

Primo les textes conciliaires ont été votés à d'écrasantes majorités (de l'ordre de 99% de "placet") - ces majorités résultent pour partie du fait que ce textes mélangent des éléments tout à fait traditionnels, des nouveautés mineures qui ne créent pas de vraies difficultés et quelques nouveautés qui peuvent être lues de façon traditionnelle (d'où l'approbation des Pères conservateurs) ou bien du fait de l'ambiguité des termes lues de façon "rupturiste" (comme le dit Scrutator sapientiae).

Bref à mon sens il n'y a pas volonté de rupture de la part de la majorité des Pères même si certaines expressions ambigues pevent être source de confusion. d'où la nécessité pour la magistère ultérieure de faire prévaloir une interprétation "continuiste".

Secundo, au-delà des intentions de la majorité des Pères, ou d'une minorité active, il y a je crois une méthode d'interprétation à dégager qui ne doit pas se fonder sur la volonté de rupture d'une minorité "progressiste" même appuyée par les médias) ni sur l'indignation d'une autre minorité "traditionaliste" ayant également adopté la lecture de rupture. Au contraire il faut imposer la doctrine de l'inérrence de l'Eglise - même dans ses décisions réformables qui impose unelecture "consensualiste" en accord avec le magistère antérieur lorsqu'il était définitif.
images/icones/fleche3.gif  ( 633804 )oui par jejomau (2012-05-22 19:54:38) 
[en réponse à 633791]

mais c'est exactement ce que je pense. Je me souviens qu'une fois un débat avait porté sur le fait de savoir si ce Concile était dans une rupture. La seule chose qui m'est venue alors à l'esprit, c'est que je ne voyais pas comment des milliers de Pères (conciliaires) avaient pu se fourvoyer tous ensemble !

images/icones/1n.gif  ( 633806 )C’est pourtant déjà arrivé par Vianney (2012-05-22 20:42:23) 
[en réponse à 633804]

Par exemple, lors des conciles de Rimini et de Séleucie, où l’arianisme avait réussi à duper même des évêques attachés à la foi trinitaire. Et ce devait être suffisamment grave pour que saint Basile, alors simple diacre, se soit retiré pour ce motif de la communion de son évêque, avec lequel il était jusqu’à alors resté en bons rapports !

La différence, c’est que ni à Rimini ni à Séleucie, les formules équivoques des ariens n’ont été confirmées par le pape.

V.
 
images/icones/1e.gif  ( 633807 )Très bien par Quaerere Deum (2012-05-22 21:00:33) 
[en réponse à 633769]

mais la première assertion semble en contradiction avec l'objectif pastoral du Concile.

Or, la reformulation pour une meilleure explicitation du message présuppose une connaissance préalable de tout ce qui est explicité.

A quoi bon utiliser l'anathème sauf pour définir quelque chose de nouveau ? (ce qui est peut-être le cas pour quelques avancées dogmatiques, me direz-vous ?)
images/icones/fleche2.gif  ( 633814 )J'essaie de vous répondre le plus brièvement et complètement possible. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-22 22:05:47) 
[en réponse à 633763]

Bonsoir Quaerere Deum,

1. Paul VI voulait la quasi unanimité des Pères du Concile sur chacun des seize textes ; le procédé qui a été trouvé a consisté

- à accorder à la minorité conservatrice "des pénalties de compensation" dans les textes susceptibles de donner lieu aux approbations les moins unanimes : vous trouverez ces "dispositifs de réassurance", notamment, dans DH et dans UR ;

- à soumettre la majorité rénovatrice à des "recadrages" "de par l'autorité supérieure" ; vous trouverez ces "éléments de recadrage", notamment, dans DV et dans LG ;

- à retirer de l'ordre du jour du Concile les sujets donnant lieu aux débats potentiellement les plus brûlants et les plus clivants, à savoir

a) - la question du célibat sacerdotal, traitée par Paul VI dans Sacerdotalis Caelibatus (24 juin 1967),

b) - la question de la transmission de la vie humaine, traitée par Paul VI dans Humanae Vitae (25 juillet 1968).

Paul VI était en effet persuadé que la quasi unanimité sur chaque texte renforcerait, en quelque sorte, l'autorité morale du Concile.

2. L'Eglise catholique est une, sainte, catholique et apostolique, mais, au Concile, la primauté a été accordée à l'esprit d'unité, au sein et autour de l'Eglise, et la secondarité a été accordée, dans les faits, à l'esprit de sainteté, lequel repose notamment sur l'esprit de vérité et sur l'esprit de charité.

3. Beaucoup de choses se sont donc passées exactement comme si le couple charité - unité l'avait emporté, dans la dynamique et dans le dispositif conciliaires, sur le couple sainteté - vérité.

4. Je pense avoir répondu à votre première question, et je ne suis pas assez qualifié pour répondre à votre troisième question ; en revanche, je peux formuler une "dernière" remarque, au contact de votre deuxième question.

5. Dois-je vous rappeler que c'est LE MEME Esprit Saint,

- qui est censé avoir inspiré d'abord les schémas qui avaient été préparés par les commissions de préparation, en amont du début du Concile,

ET

- qui est censé avoir inspiré ensuite les schémas qui ont été préparés par les commissions conciliaires, pendant les quatre sessions du Concile,

alors que les premiers schémas, qui ont été rédigés par les uns, en 1961-1962, ont été refusés, dès le mois de juillet 1962, puis mi octobre 1962, par les autres, futurs rédacteurs des seconds schémas, lesquels sont devenus les textes officiels et définitifs du Concile ?

6. Le Saint-Esprit se contredit-il ? Non : ce sont les hommes, et notamment les hommes d'Eglise, qui sont ou qui se disent inspirés par lui,

A° - qui sont contredits par d'autres, comme cela a été le cas, pour les rédacteurs des premiers schémas du Concile,

ou

B° - qui en contredisent d'autres, comme cela a été le cas, pour les rédacteurs des seconds schémas du Concile, dont la forme et le style de pensée, pour le pas dire plus, ont été a-scolastiques, voire anti-scolastiques, aux antipodes de la forme et du style de pensée des rédacteurs des premiers schémas

ou

C° - qui se contredisent les uns les autres, comme cela a été le cas, pour les approbateurs des seconds schémas du Concile, qui en ont également été les applicateurs,

a) - les uns, les moins nombreux, retenant, de certains de ces schémas, des éléments de langage plus conservateurs,

b) - les autres, les plus nombreux, retenant d'autres schémas, ou des mêmes schémas, des éléments de langage plus rénovateurs.

7. Vous l'aurez compris :

1° non seulement je suis un promoteur résolu de LA DEMYTHOLOGISATION DU CONCILE, tâche urgente à accomplir, d'autant plus qu'elle a été tenue pour impossible, pour ne pas dire sacrilège, par et sous Jean-Paul II, dont on peut dire qu'il avait une approche un peu plus affective et un peu moins réfléchie que Benoît XVI, sur le Concile en tant que tel ;

2° mais en outre je suis extrêmement sceptique, pour ne pas dire critique, sur les interprétations "progressistes rupturistes" du Concile qui relèvent de grilles d'analyse à caractère pneumatico-mystique et / ou à caractère symbolico-gnostique, comme je l'ai déjà écrit ici-même, il y a quelques jours.

Vraiment merci beaucoup de m'avoir donné l'occasion de préciser ou de rappeler ces différents points ; il y aurait des nuances à apporter, mais j'ai écrit en fonction de la passion qui m'anime et du temps dont je dispose.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 633815 )Merci par Aigle (2012-05-22 22:21:03) 
[en réponse à 633814]

Merci cher Scrutator de votre analyse toujours de haute volée.

Pour ma part, je ne crois pas - sur un plan historique (notamment à la lecture du journal du Card de Lubac) - à la coexistence d'une majorité et d'une minoritéclaires et stables. Il me semble qu'il y a plutôt un groupe conservateur appuyé sur la curie et le Coetus (les "intégristes" disait on déjà) : 15% des Pères. Un groupe de rénovateurs radicaux (évêques allemands, belges, néerlandais et quelques français) qui était également minoritaire quoique plus nombreux que le Coetus. Et entre les deux une majorité un peu molle soucieuse de respect de la saine doctrine, d'ouverture au monde et d'obéissance au Pape ...

Le Pape a toujours manoeuvré pour qu'il n'y a jamais de choix tranché à 51/49. Le seul cas de division franche à ma connaissance fut le refus de consacrer un document entier à la sainte Vierge - revendication des "intégristes" combattue au nom de l'oecuménisme. Le vote a été joué me semble-t-il à 100 voix près (1200 contre 1100). Ce qui montre que le courant "traditionnel" allait bien au-delà du Coetus. Le motif principal du vote contre (qui fut majoritaire) était l'oecuménisme (ne pas choquer les Protestants).

De plus les groupes évoluaient selon les sujets : la liberté religieuse était soutenue par des évêques politiquement "à droite" (nombreux Américains et Polonais) car c'était le seul moyen de condamner le communisme et de vanter les Etats Unis dans un Concile où il ne fallait pas parler de politique !

Certains avaient des obsessions - par exemple la Révélation a-t-elle deux sources (l'Ecriture et la Tradition) ou une seule (la parole de Dieu qui est exprimée par l'Ecriture et la Tradition)? sujet dont nul ne parle plus de nos jours ...

Une dernière observation : je ne crois pas que le St Esprit ait inspiré les travaux préparatoires qui émanaient de fonctionnaires de curie et de quelques universitaires. L'inspiration du St Esprit se limite à mon sens aux textes définitifs votés par les Pères et approuvés par le Pape.
images/icones/fleche2.gif  ( 633820 )Mais c'est moi qui vous remercie ! par Scrutator Sapientiæ (2012-05-23 00:01:07) 
[en réponse à 633815]

Bonsoir et merci, Aigle.

Très rapidement, faute de temps, ces éléments sont à prendre en compte.

1. A mon sens, au Concile,

- la majorité rénovatrice était "majoritaire" dans la mesure où les rénovateurs disposaient de beaucoup de moyens institutionnels et opérationnels, pour être des accélérateurs de rénovation, au sein ou à la tête des commissions, et parmi les modérateurs ;

- la minorité conservatrice était "minoritaire" dans la mesure où les conservateurs ne disposaient que de beaucoup moins de moyens de même nature, pour être des freins à la rénovation, à chaque fois qu'ils le jugeaient indispensable, ou qu'ils la jugeaient préjudiciable.

Cette première remarque complète, bien plus qu'elle ne contredit, les trois premiers paragraphes de votre message : oui, il y a eu des coalitions de circonstances et des majorités, ou des minorités, à géométrie variable, mais une logique d'appareil, à tonalité rénovatrice, s'est constituée, dès le début du Concile, et a prévalu, jusqu'au bout du Concile, puis en aval de sa clôture fin 1965.

2. Je cite votre quatrième paragraphe : "Certains avaient des obsessions - par exemple la Révélation a-t-elle deux sources (l'Ecriture et la Tradition) ou une seule (la parole de Dieu qui est exprimée par l'Ecriture et la Tradition)? sujet dont nul ne parle plus de nos jours ..."

Je ne vous donne pas tort, au contact et compte tenu de votre appréciation, mais, entre nous, vous ne trouvez pas que c'est un beau sujet, la question de savoir si la Révélation

- a plutôt un fondement englobant

ou

- a plutôt deux fondements bien distincts ?

Et vous ne trouvez pas qu'il est un peu dommage que ce soit un sujet dont "nul ne parle plus de nos jours ...", si tant est que cela soit totalement vrai ?

3. Je me permets de vous renvoyer à ce que raconte AMERIO dans IOTA UNUM, et qui est proprement inoui, mais je ne cite que de mémoire et en substance : en 1982, à Rome, il y a eu, à l'occasion du 20 ° anniversaire du Concile, une conférence, de presse, me semble-t-il, donnée par un responsable du Saint-Siège, au cours de laquelle cet homme d'Eglise a rendu hommage, entre autres choses, aux travaux préparatoires effectués en amont du Concile.

A ce moment là, un journaliste, qui connaissait le dessous des cartes, demanda à cet ecclésiastique quel sens cela pouvait avoir de rendre ainsi hommage aux travaux préparatoires effectués en amont du Concile, puisque c'était précisément ces travaux là dont le Concile lui-même n'avait pas voulu.

D'après AMERIO, l'ecclésiastique interrogé sur cette question eut un sourire un peu gêné et passa à autre chose...

Cela fait partie des choses qui me choquent le plus, dans cette affaire : nous sommes en présence de personnes qui n'ont jamais

- ni affiché, dans toutes ses origines doctrinales, plus philosophiques que théologiques,

- ni assumé dans toutes ses conséquences, liturgiques et pastorales, mais aussi catéchétiques et même magistérielles,

l'ampleur et la portée, la nature et la profondeur, de la MUTATION, d'aucuns diraient du RENIEMENT, qu'ils ont entendu imposer, ou, en tout cas, essayé d'imposer, en plein accord avec eux-mêmes, à l'Eglise catholique.

Bonne...nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/1a.gif  ( 633845 )Merci par Quaerere Deum (2012-05-23 13:39:00) 
[en réponse à 633814]

à vous d'avoir pris le temps de répondre.

Je vais aussi me pencher sur l'autre intervention que vous avez faite il y a quelques jours.
Pas toujours facile d'y voir clair ans cette histoire :P