Le Forum Catholique

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images/icones/livre.gif  ( 633180 )1981 : Le théologien Ratzinger n’hésitait pas à bousculer la vache sacrée par Sénéchal (2012-05-15 13:46:08) 

de Vatican II.

C’est ce que l’on peut lire dans l’excellent ouvrage « L’esprit de la musique », récente compilation de textes de Joseph Ratzinger / Benoît XVI, que l’on doit au bon abbé Iborra de la paroisse Saint-Eugène de Paris (Editions Artège, 22€)

En 1981, le cardinal Ratzinger, archevêque de Munich et Freising et bientôt préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, publie « La célébration de la Foi - Essai sur la théologie du culte divin ».
D’emblée, il regrette un tension dialectique créée par les textes conciliaires, entre une musique liturgique dite « utilitaire », c'est-à-dire les chansonnettes (le cardinal utilise le mot de «rengaine»), censées exprimer la participation du « peuple de Dieu » à la célébration de la Messe, et la « musique d’Eglise » dite « ésotérique » -grégorien et polyphonies – censées devoir être reléguées au musée : « Il faut avouer qu’effectivement on perçoit nettement dans les textes du Concile une certaine tension… Le repli sur l’utilitaire n’a pas rendu la liturgie plus ouverte, elle l’a seulement appauvrie. »
Joseph Ratzinger décèle dans ce bouleversement (dont témoigne aussi la relégation des statues et des tableaux) une funeste tendance iconoclaste : « Cette orientation (la glorification de Dieu par l’image) a été dans une large mesure remise en question dans l’Eglise catholique post conciliaire et on y a propagé l’idée que seule l’absence d’images était possible, ce qui relève du même état d’esprit que la volonté d’écarter du culte divin la "musique d’église proprement dite". »
Plus loin il parle du « rationalisme banal de l’ère postconciliaire…qui en arrive ainsi à proscrire l’art, comme à banaliser de plus en plus la parole » et « curieusement, le pluralisme postconciliaire s’est montré, au moins sur un point, favorable à l’uniformisation : il ne veut plus permettre une certaine hauteur d’expression. »
Enfin le cardinal égratigne encore, de façon précise, Vatican II dans sa Constitution liturgique Sacrosanctum Concilium : « Les articles 28 et 30 de la Constitution liturgique qui définissent la participation active peuvent avoir favorisé cette restriction de sens, en insistant longuement sur les actes extérieurs. N’a-t-on pas ici rapetissé l’homme, en prétendant qu’il n’est capable de saisir que ce qui est exprimé oralement ? » De plus, « la Constitution liturgique recommande d’accorder à la tradition musicale de certaines régions – surtout en pays de mission – l’estime qui lui est due…Ces déclarations ont à juste titre été accueillies en théologie et en pastorale avec satisfaction, quoiqu’on n’ait parfois pas assez réfléchi au fait qu’on n’était pas pour autant dispensé de l’effort de "purification"…Ne faudrait-il accorder respect et "place convenable" dans la liturgie (art. 119) qu’aux traditions non chrétiennes ? » J. Ratzinger rappelle avec raison que « le Concile lui-même s’oppose heureusement à une logique aussi absurde, lui qui demande "la plus grande sollicitude" pour "conserver et cultiver" ce "trésor" (il parle ici de la tradition de la grande musique sacrée occidentale et en particulier celle des pays d’Europe), regrettant « le froid que fait passer sur nous la morne liturgie postconciliaire, ou tout simplement l’ennui que provoque son goût pour le banal et sa médiocrité artistique. » « Si l’Eglise doit transformer le monde, l’améliorer, l’"humaniser", comment pourra-t-elle y parvenir si en même temps elle renonce à la beauté qui est étroitement lié à la charité et est avec elle la vraie consolation ? »

images/icones/neutre.gif  ( 633186 )précision par jbbourgoin (2012-05-15 14:19:08) 
[en réponse à 633180]

Précisons que ce qui est attaqué c'est clairement la mise en application du Concile en matière liturgique, et pas le Concile lui-même sur lequel il ne reporte que quelques regrets sur des points de détails mineurs.

Exemple : «Les articles 28 et 30 de la Constitution liturgique qui définissent la participation active peuvent avoir favorisé cette restriction de sens, en insistant longuement sur les actes extérieurs.»

Il n'est pas dit que le Concile a professé la réduction aux seuls actes extérieurs, mais que l'insistance peut avoir favorisé cette réduction.

C'est tout le sens de la lecture du Concile avec les lunettes de la Tradition. Si on s'arrête à Vatican II on peut être tenté de favoriser les actes extérieurs uniquement, si on lit cela avec toute la Tradition, il est évident que les choses ne se présentent plus ainsi.
images/icones/hum2.gif  ( 633199 )Mff.... par Sénéchal (2012-05-15 15:15:16) 
[en réponse à 633186]

Là on tombe dans la capillotraction.

Pas besoin de faire du contorsionnisme intellectuel et sémantique pour comprendre ce qui doit être compris, pour défendre ce qui n'a pas besoin d'être défendu.

A propos je viens de lire dans "Le Parisien" d'aujourd'hui qu'un tableau inestimable de l'école flamande du XVIIème siècle (une Conversion de Saint Paul) venait d'être réinstallé dans la cathédrale de Tours, après complète restauration. Il avait été découvert par hasard par le sacristain il y a six ans, couvert de poussière, entre deux planches, derrière un placard dans les combles.



Encore un "point de détail mineur" qui a fini par échapper (ironiquement, grâce à l'Etat laïc et à son bras armé la Direction Régionale des Affaires Culturelles) aux iconoclastes gavés de Vatican II qui commencent heureusement à peupler les maisons de retraite pour évêques et prêtres.
images/icones/neutre.gif  ( 633215 )capillotraction ? par jbbourgoin (2012-05-15 17:19:04) 
[en réponse à 633199]

Il ne s'agit pas de capillotraction, il s'agit simplement de restituer la pensée de Ratzinger.

Mais je suis un peu étonné par votre remarque, puisque vous même vous rendez bien sa pensée.

Ainsi faites-vous suivre :

«le Concile lui-même s’oppose heureusement à une logique aussi absurde, lui qui demande "la plus grande sollicitude" pour "conserver et cultiver" ce "trésor"»


Par :

«le froid que fait passer sur nous la morne liturgie postconciliaire, ou tout simplement l’ennui que provoque son goût pour le banal et sa médiocrité artistique»

Ce qui montre bien que c'est l'application de la réforme qui est en jeu (le "postconciliaire" et pas le "conciliaire" si on peut dire).

Je ne comprends donc pas bien votre remarque.
images/icones/1a.gif  ( 633220 )Bien par Sénéchal (2012-05-15 18:11:33) 
[en réponse à 633215]

C'est pourtant simple.
Dans les textes conciliaires il semble bien qu'il y ait parfois du bon et parfois du mauvais (et parfois même à quelques lignes d'écart , sinon dans la même phrase). Un embrouillamini dont les acteurs de la révolution liturgique et doctrinale ont usé et abusé.
C'est bien l'intérêt des remarques du cardinal Ratzinger de nous le faire remarquer, et de ce précieux livre de l'abbé Iborra de nous remettre ces textes du futur pape en pleine lumière.
Si cela pouvait décourager les adorateurs de Vatican II de nous le présenter comme une parole incréée façon Coran alternatif, ce serait déjà cela de gagné.
images/icones/ancre2.gif  ( 633251 )D'accord avec votre interprétation... par Paterculus (2012-05-15 22:28:38) 
[en réponse à 633186]

... de la pensée du Cardinal Ratzinger.
Votre dévoué Paterculus