Le Forum Catholique

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images/icones/fleche3.gif  ( 633217 )la messe en langue vernaculaire et ses erreurs depuis le concile par jejomau (2012-05-15 17:28:49) 

Dans le passage du latin aux langues modernes beaucoup de richesses des textes originaux ont été perdues. Dans un livre - "La Voix de l'Eglise en Prière" par Uwe Michael Lang, le liturgiste que le pape estime le plus... fait l'inventaire des dégâts. Et il explique comment ils se sont produits:

L’histoire de la traduction de la Bible commence avec la version des Septante, qui a rendu les Écritures hébraïques accessibles à la langue grecque et au monde hellénistique. On ne soulignera jamais assez l'importance religieuse et culturelle de ce projet de traduction, qui n’a pas d’équivalents dans le monde antique.

Tandis que la nouvelle foi chrétienne se répandait même dans les parties les plus reculées du monde connu, la question de la traduction devenait plus urgente. Au cours de ce processus, une préférence s’est manifestée pour la traduction littérale, "mot pour mot", en faveur de laquelle se présentaient les raisons théologiques suivantes : la traduction "signification pour signification" présuppose que le traducteur soit en mesure de comprendre la pleine signification du texte original, ce qui serait en contradiction avec l'infinie richesse des Écritures.

Saint Jérôme, ayant été chargé par le pape Damase de produire une nouvelle version de la Bible en latin, qui a été connue par la suite sous le nom de Vulgate, exprimait lui aussi cette idée lorsqu’il écrivait que dans les Saintes Écritures "l’ordre des mots est aussi un mystère" (Lettre 57, 5).

Toutefois il est fréquent que la traduction littérale ne parvienne pas, dans le passage de la langue de départ à la langue d’arrivée, à communiquer le message du texte dans les langues contemporaines, en particulier lorsqu’il s’agit de textes anciens, par exemple bibliques ou liturgiques.

Bien évidemment, toute traduction cherche à transmettre le contenu spirituel et doctrinal d’une manière qui tienne compte des règles et des conventions de la langue d'arrivée.

Certaines herméneutiques de traduction vont bien au-delà, en ce sens qu’elles ne tendent plus à une traduction qui reproduise autant que possible la structure formelle de l'original. Leur objectif est plutôt d’identifier le message contenu dans le texte original et de le dégager de sa forme linguistique. Lorsque l’on traduit, il faut créer une nouvelle forme qui possède des qualités équivalentes et qui soit en mesure d’exprimer de manière plus adéquate le contenu original. En utilisant cette nouvelle forme, la traduction se propose d’avoir dans la langue d’arrivée le même effet informatif et émotif qu’aurait le texte dans sa langue d'origine.

Indiscutablement il y a des questions de méthodologie qui se posent, avant tout celle de savoir comment déterminer la signification d’un texte en la dégageant de sa forme.

En 1966 une traduction en anglais du Nouveau Testament a été publiée sous le titre "Good News for Modern Man" : "bonnes nouvelles pour l'homme moderne". La version de l'Ancien Testament ayant été achevée en 1976, la Good News Bible (GNB), contenant les livres deutérocanoniques, a été publiée en 1979. Les problèmes de cette version résultent de sa confrontation avec la Revised Standard Version (RSV), qui s’insère dans la grande tradition des Bibles en langue anglaise, sous une forme mise à jour et au courant des sciences historiques.

Voici quelques exemples, en traduisant de l’anglais : là où la RSV parle d’être rachetés par "le sang précieux du Christ", la GNB écrit "le précieux sacrifice du Christ" (1 Pierre, 1, 19). Il s’agit d’une paraphrase, plutôt que d’une traduction, qui écarte l'immédiateté de l'expression biblique et ses échos dans la tradition des Écritures.

La parole du Christ : "Dieu est esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et vérité" (RSV) est rendue dans la GNB par : "Dieu est Esprit et ce n’est que dans la puissance de son Esprit que l’on peut l’adorer tel qu’il est vraiment" (Jean, 4, 24). Dans ce passage central, le sens de la phrase qui était un précepte d’adorer Dieu “en esprit et vérité” passe à une déclaration générale selon laquelle on est en mesure d’adorer Dieu “tel qu’il est”. On perd également les nuances trinitaires et christologiques de ce passage (cf. Jean, 6, 63 e 14, 6).

Le choix méthodologique consistant à dégager le message essentiel pour le communiquer dans la langue moderne ne relève donc pas seulement de questions de style et d’expression littéraire, il soulève également des problèmes de nature doctrinale.
L’un des exemples les plus connus est le récit de l'Annonciation par Luc, dans lequel la GNB traduit le mot grec "parthènos" (Luc, 1, 29) par “jeune femmeau lieu de “vierge, masquant ainsi une affirmation essentielle de l’Évangile.

Cependant ces théories ont influencé la traduction des nouveaux livres liturgiques dans les langues vernaculaires et elles ont été appliquées de la manière la plus cohérente dans la version anglaise du "Missale Romanum" de Paul VI, publiée en 1974.

On ne peut pas présenter ici un tableau détaillé, mais il peut être utile de faire apparaître de manière générale quelques tendances qui sont évidentes surtout dans les prières variables de la messe. Très souvent la version anglaise restructure la prière originale, en ne prêtant pas grande attention à la succession des idées théologiques et à leur expression rhétorique, qui sont caractéristiques de l’eucologie romaine classique.

Il n’est pas rare que ceux au nom de qui la prière est faite soient réduits à un “nous” indéterminé, dont on suppose qu’il faut l’identifier à l’assemblée particulière. Cela a pour effet de limiter l’objectif universel de très nombreuses prières, qui inclut toute la communauté chrétienne ou même l’humanité tout entière.

Des phrases typiques comme "praesta, ut" ou "concedere, ut", par lesquelles est exprimée la supplication à Dieu, sont habituellement traduites par une variante d’“aide-nous”. De cette façon, on introduit une conception faible de la causalité divine et on réduit l'action mystérieuse de la grâce divine dans le cœur de l’homme, avec une nuance semi-pélagienne.

Dans le texte de la collecte du vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire, la tendance générale à rendre l'original en paraphrases a été si loin que le concept biblique concret d’amour de la loi divine ("id amare quod praecipis") est transformé en “valeurs” ("values"). On ne peut pas ne pas y voir un pas vers l'auto-sécularisation et peut-être aussi vers le relativisme moral (dans la mesure où le concept de “valeurs” est communément employé pour remplacer le discours relatif à un ordre moral objectif). Si l’on se demande quelles sont ces “valeurs”, la version anglaise donne la réponse : ce sont celles "qui nous apporteront une joie durable dans ce monde qui change (that will bring us lasting joy in this changing world)". Alors que, quand l'ancienne collecte romaine parle d’"inter mundanas varietates", on perçoit aussi les connotations négatives qui sont au contraire perdues dans la phrase qui parle du monde qui change.

Plus important encore : le texte original ne demande pas la joie durable au milieu des incertitudes de ce monde, mais il prie plutôt pour que notre cœur soit fixé là où se trouve la vraie joie, dans la réalité transcendante du ciel : "ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia". Dans la version anglaise on ne trouve plus l'écho de Luc, 12, 34, "là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur".

La conscience que cette traduction était trop éloignée de la "lex orandi" du rite romain a conduit au grand projet de révision lancé par l’instruction du Saint-Siège "Liturgiam Authenticam", publiée en 2001.

Par la suite, on a préparé une nouvelle traduction du "Missale Romanum", qui a été introduite de manière définitive dans un très grand nombre de pays anglophones le premier dimanche de l’Avent de l'année dernière.

Même si une traduction peut seulement se rapprocher de l'élégance et de la concision des anciennes oraisons latines avec leur rythme de prose et leurs figures rhétoriques, le nouveau "Roman Missal", à la différence de son prédécesseur, ouvre fidèlement et intégralement le trésor de la tradition liturgique latine à l’Église dans le monde anglophone.

D’autre part il contribue notablement à la formation d’“une langue sacrée vernaculaire”, comme le prévoit l’instruction "Liturgiam authenticam" (n° 47) : un langage de culte qui se distingue du langage quotidien et qui est perçu comme la voix de l’Église en prière.

"À travers ces textes sacrés et les actes qui les accompagnent, le Christ sera rendu présent et actif parmi les siens. La voix qui a contribué à faire jaillir ces paroles aura achevé sa tâche" (Benoît XVI, Discours aux membres du comité “Vox clara”, le 28 avril 2010).

Pour les pasteurs, à qui est confiée la mission d’introduire la nouvelle traduction dans leurs communautés, c’est aussi une occasion unique d’enseigner la "lex credendi" qui trouve dans ces prières une belle et profonde expression, une occasion qui "devra être saisie fermement" (Benoît XVI)



LIEN

images/icones/livre.gif  ( 633240 )Un rappel clair de l'utilité du latin par le père Levavasseur par Jéhu (2012-05-15 21:12:57) 
[en réponse à 633217]

Ou le père Stercky, je ne sais pas : pages 30 et 31 du célèbre Manuel de liturgie et cérémonial selon le rit romain.

images/icones/1q.gif  ( 633241 )Mais comment fait-on pour mettre une image ? par Jéhu (2012-05-15 21:14:33) 
[en réponse à 633240]

Qui ne provienne pas d'internet, donc sans lien URL ?
J'ai voulu mettre une image qui était enregistrée dans ma galerie Windows live, et ca n'a pas marché...
images/icones/computer.gif  ( 633243 )Il faut la stocker d'abord sur... par Gaspard (2012-05-15 21:22:51) 
[en réponse à 633241]

un site gratuit et anonyme et sans incription préalable d'hébergement d'image, qui fournira le lien. Voir par exemple : Casimages
images/icones/1a.gif  ( 633248 )Désolé, je n'y arrive pas ! par Jéhu (2012-05-15 22:09:58) 
[en réponse à 633243]

Je tombe bien sur le site, je mets l'emplacement, je valide, et l'ordinateur tourne... Sans obtenir quelque chose.

Est-ce parce que c'est une image tirée d'un pdf (j'ai sélectionné la partie qui m'intéressait, puis je l'ai enregistrée comme image) ?

Merci beaucoup !
images/icones/1a.gif  ( 633271 )vous pouvez aussi..... par Philomène-Renée (2012-05-16 09:07:59) 
[en réponse à 633241]

.... utiliser "servimg" ici
images/icones/fleche3.gif  ( 633311 )"Servimg", désolé mais j'ai essayé et par Boanergues (2012-05-16 16:46:23) 
[en réponse à 633271]

j'ai enregistré le site malgré la mise en garde de mon antivirus Esed Nod 32 et mal m'en pris puisque ce programme m'a empêché d'utiliser Google ou internet explorer, me branchant sur un serveur inconnu.

J'ai dû faire intervenir le support technique de mon spécialiste en informatique pour me débarrasser de cette bestiole !

Il m'a conseiller d'utiliser le site qui se trouve ne tapant "Hébergeur d'images" : "ici"http://hpics.li/439e93d

Vous recevez la première image que je poste sur le FC !

Bien à vous

Boanergues
images/icones/neutre.gif  ( 633272 )nuances par jbbourgoin (2012-05-16 09:21:07) 
[en réponse à 633217]


Dans le passage du latin aux langues modernes beaucoup de richesses des textes originaux ont été perdues.



Il faudrait nuancer cette phrase introductive, ainsi que le titre qui laisse entendre que la messe en langue vernaculaire est par essence sujette à erreur.

1) Ça n'est pas ce que dit Uwe Michael Lang

2) Si tel était le cas, alors il faudrait également "attaquer" la Vulgate qui est elle aussi une traduction dans la langue vernaculaire des romains...

Nous voyons bien que dans ce texte ce qui est en cause ce sont les premières traductions du missel de Paul VI.

Je remarque d'ailleurs que vous ne soulignez pas l'une des phrases les plus importantes de ce texte :


Même si une traduction peut seulement se rapprocher de l'élégance et de la concision des anciennes oraisons latines avec leur rythme de prose et leurs figures rhétoriques, le nouveau "Roman Missal", à la différence de son prédécesseur, ouvre fidèlement et intégralement le trésor de la tradition liturgique latine à l’Église dans le monde anglophone.



Nous attendons nous-même le résultat du trop long travail de retraduction de la liturgie en langue française dont le premier élément publié sont très certainement les très belles Heures Grégoriennes de la Communauté Saint-Martin.
images/icones/livre.gif  ( 633336 )Merci: Un rappel clair de l'utilité du latin par le père Levavasseur par Jéhu (2012-05-16 19:46:38) 
[en réponse à 633217]

Ou le père Stercky, je ne sais pas : pages 30 et 31 du célèbre Manuel de liturgie et cérémonial selon le rit romain.

[Je n'ai réussi à utiliser aucun des hébergeurs d'images proposés, car ils ne supportent que peu de mégaoctets, et l'image que je voulais mettre, tirée d'un fichier pdf, pèse 19 Mo. Ca n'a marché sur aucun site, et j'en ai essayé pas mal... Personne n'a une autre idée ? En attendant, je l'ai tapé, c'était tout compte fait assez rapide. Je vous remercie tous de vos conseils ! ]


ARTICLE IV
La langue liturgique


31. – Le latin, langue liturgique obligatoire.

1. Nous désignons sous le nom de langue liturgique, la langue officiellement employée dans la liturgie romaine, celle dans laquelle sont écrits les livres liturgiques : Missel, Bréviaire, Rituel et Pontifical, et dans laquelle sont célébrés les Offices liturgiques.

2. Dans toutes les Eglises qui suivent la liturgie romaine, le latin est la langue liturgique obligatoire, à l’exclusion des langues vulgaires.
3. Il y a obligation pour le Prêtre de célébrer dans cette langue, la Messe[1] et tous les autres offices liturgiques : récitation du Bréviaire, administration des sacrements et des sacramentaux.


32. – Raisons de conserver le latin comme langue liturgique (I).

1. Tous les hérétiques, protestants, jansénistes, vieux-catholiques ont reproché à l’Eglise l’emploi dans la célébration de la liturgie d’une langue qui n’est plus comprise par les fidèles, et par là même, de priver ceux-ci de la consolation d’unir leurs voix et leur prière à celle de l’Eglise.

2. – Malgré ces reproches, auxquels des catholiques mal éclairés ont parfois fait écho, malgré l’inconvénient réel signalé pour les fidèles, le Saint-Siège s’est toujours opposé avec force à toute tentative de substituer les langues vulgaires à la langue latine dans la liturgie romaine. De cette conduite pleine de sagesse de l’Eglise, on peut alléguer les raisons suivantes :
Le souci de l’unité dogmatique. L’Eglise, dépositaire des vérités de la foi, tient par-dessus tout à l’intégrité de ses dogmes. Or, l’emploi exclusif du latin, dans sa liturgie, est pour elle un moyen des plus efficaces de prévenir des erreurs auxquelles les traductions, sans cesse renouvelées, auraient pu donner lieu.
Le souci de la stabilité. Le langage du peuple se modifie perpétuellement et profondément. Célébrer les Offices dans la langue vulgaire, c’eût été condamner le texte liturgique, qui doit rester immuable, à de continuels remaniements et à des variations sans fin.
Le souci de la tradition. L’Eglise a le culte de la Tradition. « Elle trouve qu’il est grand et beau que nous priions comme ont prié nos pères, avec les mêmes formules, les mêmes rites, la même langue[2]. »

3. – Ces avantages de première importance compensent largement l’inconvénient d’ailleurs réel que présente pour les fidèles l’usage exclusif d’une langue qu’ils ne comprennent pas. L’Eglise, d’autre part, chercher à y remédier autant que possible, en faisant à ses Ministres, une obligation d’expliquer souvent au peuple le sens des formules et des rites de la sainte liturgie : explications sans lesquelles les formules liturgiques, même traduites en langue vulgaire, resteraient lettre morte pour le plus grand nombre. Ajoutons enfin que, de nos jours, les fidèles ont à leur disposition des traductions autorisées qui leur permettent de comprendre les formules du culte, et de s’unir ainsi d’esprit à la grande prière publique de l’Eglise.


___________________

(I) Cf. Dom Guéranger, Institutions liturgiques, t. III, p. 52-86 ; Dict. de Théol. Cath., Langues liturgiques, par L. Godefroy, col. 2580 – col. 2591

1 Codex, can. 819

2 L. Godefroy, loc. cit., col. 2590



On pourrait commenter et s'imprégner de chaque phrase, elles sont toutes ciselées, concises, d'une grande clarté et d'une grande romanité.

Il faut se rappeler qu'à l'époque (fin XIX° pour Levavasseur), le vernaculaire n'était pas encore à la mode... Il arrive plutôt au temps de Stercky (1935, pour cette édition). Ils avaient malgré tout les idées plus nettes qu'aujourd'hui !

Jbbourgoin note ceci;

Je remarque d'ailleurs que vous ne soulignez pas l'une des phrases les plus importantes de ce texte :

"Même si une traduction peut seulement se rapprocher de l'élégance et de la concision des anciennes oraisons latines avec leur rythme de prose et leurs figures rhétoriques, le nouveau "Roman Missal", à la différence de son prédécesseur, ouvre fidèlement et intégralement le trésor de la tradition liturgique latine à l’Église dans le monde anglophone."



Mais le texte que je donne contredit (par anticipation) les vues de Lang ;

2° Le souci de la stabilité. Le langage du peuple se modifie perpétuellement et profondément. Célébrer les Offices dans la langue vulgaire, c’eût été condamner le texte liturgique, qui doit rester immuable, à de continuels remaniements et à des variations sans fin.


Et oui ! Une traduction se doit de changer... Elle peut être belle à un moment, mais elle changera... Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?

Je me limiterai à ce seul commentaire, qui me semble révélateur de la différence de mentalité entre le début du XX°, chez les auteurs "conservateurs", et le début du XXI°, avec le même type d'auteurs "conservateurs". Quelque chose s'est perdu en route...