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Le tournant des années du concile par Theonas (2012-05-06 00:35:01)
Dernièrement,
l’Institut du Bon Pasteur a été invité ( ou sommé ?) non seulement à faire du rite tridentin son rite propre et non plus exclusif, mais aussi à intégrer l’enseignement de Vatican II et celui qui lui est postérieur dans la formation dispensée au séminaire de Courtalain. Or, plus que jamais, nous pouvons mesurer les effets dévastateurs des textes issus du Concile.
Dans mon article d’hier je relevais que les années du Concile ont été celles où se mit en place la morale inversée ( j'ai abordé les questions de la criminalité, de la dépression, du suicide je reviendrai sur le sujet la semaine prochaine en traitant les questions de l’avortement et de l’homosexualité) créant un véritable appel du vide dans lequel se sont engouffrés violence, désespoir, souffrance. Mais au même moment de nombreux prélats s’éprirent de formules creuses, fantasmèrent une grande réconciliation entre la tradition libérale ( donc l’esprit des Lumières et de la Révolution) et la tradition catholique. C’est à ce moment-là que Paul VI fit une proclamation qui résume à elle seule l’esprit du concile «
La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ?( …)Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. » Oui, au moment même où le monde faisait converger toutes ses attaques pour détruire la morale traditionnelle – cette digue derrière laquelle les flots de la détresse psychologique, de la violence, de la criminalité, des troubles de l'identité étaient contenus – un Concile se mirait dans le miroir que lui tendait la maçonnerie, un Concile renonçait à la rigueur du langage scolastique, abandonnait toute prudence et livraient les fidèles à la meute des loups qui n’attendaient que cette occasion pour créer la confusion dans les esprits, subvertir la foi, privant en conséquence les catholiques de repères stables, clairs, les empêchant d’être une force d’opposition résolue et déterminée à la déferlante de la morale inversée ce qui favorisa l’accélération du démantèlement de la morale traditionnelle et de la famille. Pour mieux s’en convaincre, je reproduis ici la conclusion d’un article passionnant ( Qu’est-ce qu’un concile pastoral?) paru dans le dernier numéro de la revue
Le sel de la Terre, de Mgr Tissier de Mallerais.
« Mais comme on ne juge mieux l’arbre qu’à ses fruits, il nous reste à décrire quelques-uns des fruits pastoraux de ce magistère pastoral.
- La liberté religieuse des adeptes de toutes les religions n’a-t-elle pas favorisé
la laïcisations des Etats encore catholique, la multiplication de sectes, la construction de mosquées en pays chrétiens, à l’encontre de la justice et du bien commun ?
-
Nostra aetate voit des rayons de lumière et des semences du Verbe dans les fausses religions ( non chrétiennes) et Jean-Paul II y voit « l’effort de l’homme, qui a le Christ pour aboutissement unique et définitif » (
Tertio millenio adveniente).
Quoi d’étonnant alors à ce que ces religions inventées par le diable pour perdre les hommes soient prises pour des voies de salut ?
- L’œcuménisme considère que les communions chrétiennes non catholiques comme des « éléments ecclésiaux », voire des « Eglises particulières » « dont l’Esprit-Saint ne refuse pas de se servir »(Unitatis redintegratio,3,4) :
quoi d’étonnant alors à ce qu’il parvienne à ce résultat de bloquer les conversions des non catholiques à l’Eglise et de protestantiser les rites catholiques ?
- Le prétentu « sacerdoce commun » des fidèles baptisés(
Lumen Gentium) n’a-t-il pas dévalué le sacerdoce ministériel des prêtres et bouleversé les sanctuaires et la liturgie ?
En conséquence, n’a-t-il pas, pour sa part, tari les vocations sacerdotales, vidé les séminaires et contribué à faire perdre aux prêtres eux-mêmes la conviction de leur identité sacerdotale ?
- La constitution conciliaire sur la liturgie n’a-t-elle pas programmé le nouvel ordo missae de Paul VI, sans l’offertoire à caractère sacrificiel, jugé être une anticipation déplorable de la consécration ? Cette liturgie nouvelle n’a-t-elle pas été faite pour être dite par le prêtre face au peuple et en langue vernaculaire ? N’a-t-elle pas conduit à estomper la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, confondue avec sa présence spirituelle dans l’assemblée des fidèles(
Institutio generalis, n.7) ? N’a-t-elle pas fait presque silence sur la nature propitiatoire du sacrifice eucharistique ? Na-t-elle pas diminué le rôle hiérarchique du prêtre à l’autel et sa fonction de consécrateur comme ministre du Christ-Prêtre ?
N’est-elle pas responsable du fait que, dès vingt après son approbation par Vatican II, une grande partie du clergé et des fidèles ne croyait plus à ces vérités de foi définies comme des dogmes par le concile de Trente ?
- La constitution Sacrosanctum concilium n’a-t-elle pas conduit l’Eglise à une banalisation du culte liturgique, devenu sans beauté, ni attrait, privé qu’il est du chant grégorien(latin) et des amples mouvements des ministres sacrés dans le vaste sanctuaire d’antan ? N’est-ce pas la misérable pauvreté des rites « rénové » qui a jeté de nombreux fidèles assoiffés de mystère et de symbolisme dans les bras des sectes gnostiques ou charismatiques hétérodoxes ? Au lieu d’un nouveau printemps de l’Eglise, n’a-t-on pas connu une rapide désertification des rites et une désertion des églises ?
- Le nouveau code de droit canon promulgué le 25 janvier 1983 par Jean-Paul II comme « un grand effort de transcrire en langage canonique la doctrine même, à savoir l’ecclésiologie conciliaire »(codex, p.XI) a voulu en reprendre « le caractère de nouveauté qui ne s’éloigne jamais de la Tradition législative de l’Eglisde »(p.XII) En réalité sa note de nouveauté ne semble-t-elle pas estomper celle de la Tradition ?Il exalte en effet le « peuple de Dieu » aux dépens de la hiérarchie sacrée, le pouvoir des collèges épiscopaux aux dépens de ceux, de droit divin, du pape sur l’Eglise entière et des évêques sur leurs diocèses, les droits de la personne aux dépens de l’autorité hiérarchique – tout cela selon l’idéologie démocratique. N’a-t-il pas favorisé par conséquent l’indiscipline du clergé, l’arbitraire d’un pouvoir pontifical et d’un pouvoir épiscopal affaiblis et, par compensation, inflexible ( voir le De Delictis et poenis, qui excuse souvent les délinquants, et le De judicis, qui les livre trop facilement à la procédure administrative du pouvoir judiciaire de l’Eglise).
La perte de l’autorité à tous les niveaux dans l’Eglise n’aboutit-elle pas finalement à la contestation et à la rébellion des clercs ?
- Selon
Gaudium et spes( GS 47,1) le lien sacré du mariage est conclu « en vue du bien des époux, des enfants et aussi du genre humain » ; et « l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation » ; et « cette union intime, ce don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité ». Mais de ces trois affirmations ne ressortent pas la nature ni l’ordre exact des deux fins du mariage, qui, selon la Tradition, sont comme fin première « la procréation et l’éducation de la progéniture », et comme fin secondaire « l’aide mutuelle et le remède de la concupiscence »( code de 1917, can.1013, par 1)
Or le nouveau code de droit canon(canon 1055 par 1) tait la concupiscence et son remède, et, inversant l’ordre des deux fins, place « le bien des conjoints » avant la procréation et l’éducation des enfants, à l’encontre de toute la Tradition et contrairement aux monitions explicites du pape Pie XII( cf AAS, t.36, année 1944, p.63-66).
Ce faisant , le nouveau code, précisant le flou du Concile, a dévoyé la doctrine du mariage : il a favorisé la contraception, l’avortement, et causé d’innombrables déclarations nulles de nullité de consentement, grâce aux nouveaux canons 1095( 2 et 3) et 1098.
Que ces fruits mortifères soient le produit de l’assimilation impossible des idéaux libéraux, démocrtatiques et personnalistes par la doctrine de la foi grâce à l’œuvre du Concile, c’est ce qui est patent par ce qu’on vient d’exposer. A la question initiales posée par Jean XXIII : comment remédier à la foi superficielle des années cinquante ? Comment guérir l’Eglise de son ronronnement tranquille sociologique ? Comment ancrer de nouveau et faire vivre de la foi les âmes chrétiennes contemporaines ? Le Concile pastoral a cru devoir répondre « Changeons le visage de l’Eglise, réformons la doctrine de la foi, de manière adaptées à un monde à qui elles étaient l’une et l’autre devenues étrangères » A un vrai problème, le Concile pastoral a apporté une fausse solution. Il lui a manqué de prêter attention aux échos de la la voix de Saint Pie X lui disant : «
Non ! Ce n’est pas cela qu’il faut faire malheureux ! Prêchez donc Jésus-Christ, Prêtre et Roi, son sacerdoce, son sacrifice, son règne social ! Et ainsi ramenez tout sous un seul chef, le Christ (Ep 1,10) »
ESCHATON

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Renouveau dans la continuité...du renouveau théologique antérieur. par Scrutator Sapientiæ (2012-05-08 10:43:34)
[en réponse à 632290]
Bonjour Théonas,
I.
Première remarque : j'ai déjà fait part, à plusieurs reprises, de mes remarques critiques, sur l'herméneutique "bénédictine" du renouveau dans la continuité, non avant tout de la Tradition-objet, mais avant tout de l'Eglise-sujet, il est vrai.
Je considère en effet qu'il s'agit d'une herméneutique
1. qui n'a rien de totalement nouveau : c'était déjà l'herméneutique "paulinienne", notamment au cours des années 1965-1968 ;
2. qui minimise l'ampleur et la portée du renouveau, plutôt SANS la continuité que DANS la continuité, vis-à-vis du Magistère et de la pastorale antérieurs, renouveau qui a été instauré au moment et au moyen du Concile ;
3. qui ne peut déboucher que sur un recentrage palliatif, et non sur une restauration curative, notamment dans le contexte européen.
Deuxième remarque : il y a une autre manière, iconoclaste, ou en tout cas indépendante, de recourir à la notion de "renouveau dans la continuité" : sous un certain angle, le Concile Vatican II est évidemment synonyme de renouveau (doctrinal, liturgique, pastoral) dans la continuité...du renouveau théologique qui a eu lieu, qui s'est produit, en amont du Concile,
- avec un premier départ, en 1937-1938,
- avec un deuxième départ, en 1945-1946,
- puis avec une décennie entière de montée en puissance, en grande partie "contra-positionnelle", par rapport au Magistère de Pie XII, dans les années 1950.
En ce sens, il est possible de dire que le Concile Vatican II est bien synonyme de renouveau, dans la continuité, id est dans le prolongement, vis-à-vis du renouveau théologique qui l'a précédé et préparé, sur d'assez nombreux points, dans les années antérieures.
Troisième remarque : si l'on part de la constatation, que je crois objective, selon laquelle c'est le tournant THEOLOGIQUE des années antérieures au Concile qui précède et prépare le tournant MAGISTERIEL du Concile lui-même, on se donne la possibilité de comprendre le dispositif et la dynamique conciliaires en pensant un peu moins aux années du Concile, c'est-à-dire aux années 1960, et un peu plus aux années du pré-Concile, c'est-à-dire aux années 1950.
Je veux dire par là que trop souvent, nous sommes d'autant plus "remontés" contre la part de renouveau immodéré, incontrôlé, pour ne part dire de rupture, inhérente au Concile, que nous sommes victimes d'une association d'idées, voire d'un raisonnement de cause à effet : les années 1960 ont commencé par le Concile et se sont terminées par l'année 1968, "DONC" le Concile est à l'origine du fait que bien des hommes d'Eglise ont plus été asservis à l'esprit du monde, tel qu'il s'est manifesté, en 1968, qu'ils n'ont résisté à cet esprit du monde.
Cette association d'idées n'est pas totalement erronée, ce raisonnement de cause à effet n'est pas complètement infondé, mais je voudrais dire que les théologiens et les évêques qui ont fait Vatican II ont été au moins aussi sensibles au renouveau intellectuel, philosophique et surtout théologique, qui a précédé et préparé le Concile, qu'au renouveau culturel et matériel, moral et social, qui s'est produit, en Europe occidentale, pendant "le tournant des années du Concile".
Quatrième remarque : là où vous posez un lien de concomitance, entre la mise en place d'une morale inversée, non plus avant tout responsable, mais avant tout libertaire, et d'une religion inversée, non plus avant tout au service du seul vrai Dieu, mais avant tout au service de tous les hommes, je suis tenté de poser un lien de causalité entre une THEOLOGIE inversée, non plus édificatrice mais émancipatrice, à coloration "anthropocentrique" et oecuméniste, et un MAGISTERE inversé, moins prescripteur et plus suggestif, à tonalité "anthropologale", respectueuse de la dignité et de la liberté de l'Homme.
Or, "l'Eglise du Concile" peut très bien à la fois
- continuer à dire OUI à cette inversion théologique et magistérielle,
- continuer à dire NON, a minima aux abus et aux excès véhiculés par cette inversion morale et par cette inversion religieuse,
sans pour autant RELIRE le Concile à la lumière de la Tradition dans un but qui serait de RELIER le Concile à la lumière de la Tradition, dans ses aspects les moins "anthrocentriques" ou "anthropologaux".
En guise de conclusion sur ce point, je veux dire qu'il pourrait être réducteur de donner à croire que le Concile a été ce qu'il a été, avant tout parce qu'il y a eu "une interaction dialectique" entre le texte du Concile et le contexte des années 1960, au point ou au risque de faire passer au second plan les textes, théologiques, qui ont précédé et préparé le texte, magistériel, du Concile.
II. Je me permets de vous renvoyer à la (re)lecture de Tertio Millenio Adveniente, comme à une assez bonne illustration magistérielle de ce que j'ai essayé de dire dans la première partie du présent message :
" 6. Jésus est né dans le peuple élu, en accomplissement de la promesse faite à Abraham et constamment rappelée par les prophètes. Ceux-ci parlaient au nom et à la place de Dieu. L'économie de l'Ancien Testament, en effet, vise essentiellement à préparer et à annoncer la venue du Christ Rédempteur de l'univers et de son Règne messianique. Les livres de l'Ancienne Alliance sont ainsi des témoins permanents d'une pédagogie divine attentive.(8) Cette pédagogie atteint son but dans le Christ. Celui-ci, en effet, ne se limite pas à parler « au nom de Dieu » comme les prophètes, mais c'est Dieu même qui parle dans son Verbe éternel fait chair. Nous touchons ici le point essentiel qui différencie le christianisme des autres religions, dans lesquelles s'est exprimée dès le commencement la recherche de Dieu de la part de l'homme. Dans le christianisme, le point de départ, c'est l'Incarnation du Verbe. Ici, ce n'est plus seulement l'homme qui cherche Dieu, mais c'est Dieu qui vient en personne parler de lui-même à l'homme et lui montrer la voie qui lui permettra de l'atteindre. C'est ce que proclame le prologue de l'Évangile de Jean: « Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l'a fait connaître » (1, 18). Le Verbe incarné est donc l'accomplissement de l'aspiration présente dans toutes les religions de l'humanité: cet accomplissement est l'œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C'est un mystère de grâce.
Dans le Christ, la religion n'est plus une « recherche de Dieu comme à tâtons » (cf. Ac 17, 27), mais une réponse de la foi à Dieu qui se révèle: réponse dans laquelle l'homme parle à Dieu comme à son Créateur et Père; réponse rendue possible par cet Homme unique qui est en même temps le Verbe consubstantiel au Père, en qui Dieu parle à tout homme et en qui tout homme est rendu capable de répondre à Dieu. Plus encore, en cet Homme, la création entière répond à Dieu. Jésus Christ est le nouveau commencement de tout: en lui, tout se retrouve, tout est accueilli et est rendu au Créateur de qui il a pris son origine. De cette façon, le Christ est la réalisation de l'aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l'aboutissement unique et définitif. Si, d'un côté, Dieu, dans le Christ, parle de lui-même à l'humanité, de l'autre, dans le même Christ, l'humanité entière et toute la création parlent d'elles-mêmes à Dieu, plus encore, elles se donnent à Dieu. Ainsi, tout retourne à son principe. Jésus Christ est la récapitulation de tout (cf. Ép 1, 10) et en même temps l'accomplissement de toute chose en Dieu, accomplissement qui est à la gloire de Dieu. La religion qui a pour fondement le Christ Jésus est la religion de la gloire, c'est exister dans la nouveauté de la vie à la louange de la gloire de Dieu (cf. Ép 1, 12). Toute la création est en réalité une manifestation de sa gloire; en particulier, l'homme (vivens homo) est une épiphanie de la gloire de Dieu, il est appelé à vivre de la plénitude de la vie en Dieu. "
"Le Verbe incarné est donc (?) l'accomplissement de l'aspiration présente dans toutes les religions de l'humanité: cet accomplissement (?) est l'œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C'est un mystère de grâce."
"De cette façon (?), le Christ est la réalisation de l'aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l'aboutissement (?) unique et définitif."
Il me semble que l'on peut voir dans ces deux phrases des éléments de continuité, relative ou sectorielle, entre le renouveau théologique pré-conciliaire et le renouveau magistériel conciliaire, sans que l'on puisse par ailleurs considérer que leur auteur a souscrit à la morale inversée et à la religion inversée qui se sont déployées à partir des années 1960.
Le spécifique du renouveau conciliaire résiderait donc davantage dans sa subordination au renouveau philosophique et surtout théologique antérieur que dans sa subordination au climat ambiant qui a caractérisé les années 1960, en morale et en religion.
Bonne journée.
Scrutator.