Le Forum Catholique

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images/icones/fleche3.gif  ( 630987 )le commentaire de Kyrie Eleison et Saint Thomas d'Aquin par jejomau (2012-04-23 18:13:47) 

Mgr Williamson veut montrer ici que Vatican II pose "problème"... comme on dit....


"Il y a deux semaines se trouvait dans ce « Commentaire » la promesse d’examiner trois citations de Vatican II qui ont beaucoup contribué à la dissolution de l’Église de Jésus-Christ, laquelle est l’Église catholique. Il y a une semaine s’y trouvait l’avertissement que les textes de Vatican II sont ambigus, de telle sorte qu’on peut toujours les interpréter comme s’ils ne contiennent aucune erreur. Mais si l’une des deux significations est innocente, l’autre est mortelle pour l’Église catholique, comme l’ont prouvé ces quarante dernières années.

La première citation est prise de Lumen Gentium # 8. La voici : «Cette unique Église du Christ» comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui ». Mais que signifie ce mot «subsiste» ici? L’ambiguïté réside en ce que ce mot peut signifier:

- ou bien que l’Église du Christ existe principalement et uniquement dans l’Église catholique romaine, vérité que l’Église a toujours enseignée jusqu’à Vatican II,
- ou bien que l’Église du Christ existe principalement mais non pas uniquement dans l’Église catholique, auquel cas l’Église du Christ existe aussi en partie en dehors de l’Église catholique.

Ceci ouvre la porte à l’œcuménisme conciliaire qui détruit la proclamation dogmatique selon laquelle l’Église catholique est l’unique arche de salut: «Extra Ecclesiam nulla salus» (en dehors de l’Église, pas de salut).

Le problème ici, c’est que c’est aussi un dogme que l’Église est une. Lors de chaque Messe dominicale nous écoutons ou nous chantons que nous croyons à «l’Église une, sainte, catholique et apostolique». Donc, comment l’Église du Christ peut-elle être divisée en quelques communautés plus ou moins semblables à une église? Si l’Église est une, elle ne peut être plusieurs. Si elle est plusieurs, elle ne peut être une. Dans son livre sur «Benoît XVI et comment l’Église se voit elle-même», le Dr. Wolfgang Schüler donne une série de citations de Joseph Ratzinger pour montrer comment en jeune théologien il a promu avec enthousiasme la destruction de l’exclusivité de l’Église Catholique, mais comment en tant que Cardinal et Pape il a lutté pour maintenir en même temps l’unicité de l’Église.

La deuxième citation est prise de Unitatis Redintegratio # 3: «Parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Église se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup, et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique». Or, la signification évidente de ces paroles c’est que de même que des pièces d’or peuvent former un tas, mais enlevées au tas elles restent des pièces identiques d’or comme avant, ainsi les éléments de l’Église, dont le Concile cite comme exemples «foi, espérance, charité et autres dons de l’Esprit Saint», peuvent être reconnus comme existant identiques hors de l’Église catholique. Mais Notre Seigneur dit que les branches coupées de sa vigne sèchent et meurent (Jn.XV, 6). Et quelle est sa vigne si ce n’est son Église?

La troisième citation tire la conclusion logique, un peu plus loin dans le même document (U.R. # 3) : « En conséquence, ces Églises et communautés séparées (de l’Église catholique) ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut». Mais comme l’a dit Monseigneur Lefebvre: «Dans la mesure où ces communautés se trouvent séparées de l’Église catholique, elles ne peuvent jouir de l’assistance de l’Esprit Saint, puisque leur séparation signifie une résistance à l’Esprit Saint. Celui-ci ne peut agir directement que sur des âmes, il ne peut utiliser directement que des moyens, qui ne montrent aucun signe de séparation ».

Vatican II a mal compris ce qu’est l’essence même de l’Église. Voyons ensuite avec l’aide du Dr. Schüler comment Benoît XVI a en même temps et freiné et accéléré cette incompréhension".

Kyrie eleison




Bien. A titre personnel,, nous pensons également que les textes ont parfois effectivement une ambiguité qu'il serait bon de lever... Néanmoins, en lisant le commentaire de Mgr Williamson, j'ai pensé à la fameuse question que Saint Thomas d'Aquin pose en constatant que :

- l'Esprit-Saint touche des personnes (païens) qui n'ont jamais entendu parler du Christ. Il se pose cette question car l'Eglise affirme effectivement depuis l'origine qu'en Elle seule peut circuler la Grâce; l'Esprit-saint ayant fait sa demeure en Elle.... Dès lors comment LA Vérité peut-elle atteindre le païen auquel pense Saint Thomas.. ?

Voilà ce qu'il en dit dans la "Somme de Théologie, I-II, q.109, a.1, ad 1" :


Question :L'homme peut-il sans la grâce, connaître quelque chose de vrai ?

Objection 1 : Il ne semble pas, car à propos de S. Paul (1 Co12,3) : "Nul ne peut dire 'Jésus est Seigneur', que sous l'action de l'Esprit Saint", nous lisons dans la Glose ambrosienne : "Tout ce qui est vrai, dit par quiconque, vient de l'Esprit Saint". Or le Saint-Esprit habite en nous par la grâce. Donc, sans la grâce, nous ne pouvons connaître la vérité.

Solution 1 : Toute vérité, quel que soit celui qui l'exprime, vient de l'Esprit Saint comme source de la lumière naturelle et comme exerçant sur l'esprit de l'homme une motion pour saisir et dire le vrai. Non comme habitant en lui par la grâce sanctifiante ou comme le gratifiant de quelque don habituel surajouté à la nature : cela ne se rencontre que pour certaines vérités à connaître et à dire, spécialement dans ce qui a rapport à la foi ; c'est précisément de cela que parlait l'Apôtre.




Qu'en pensez-vous ? Peut-on faire une analogie entre le problème posé par Mgr Willamson concernant la question soulevée par lui et la solution qu'apporte Saint Thomas à propos d'une Grâce particulière touchant à la Foi en ce domaine très précis ?

Merci pour vos réponses éventuelles...
images/icones/info2.gif  ( 631003 )Saint Thomas parle de l’homme par Vianney (2012-04-23 20:18:24) 
[en réponse à 630987]

...alors que Vatican II parle de religions et de communautés religieuses dont l’Esprit-Saint se servirait en tant que telles comme moyens de salut : c’est sur ce point qu’il y a contradiction avec l’enseignement antérieur.

La possibilité d’être sauvé sans appartenir visiblement à l’Église (et donc sans avoir reçu ses sacrements) n’a jamais été niée : “Dieu ne permet pas, dans sa souveraine bonté et clémence, que celui qui n’est pas coupable de faute volontaire soit puni par les supplices éternels” (Pie IX, Quanto conficiamur).

V.
 
images/icones/bible.gif  ( 631026 )Pour répondre à jejomau par Jean-Paul PARFU (2012-04-24 06:58:01) 
[en réponse à 631003]

Il faut redire, ce que j'ai déjà dit à de mutiples reprises sur ce forum.

Dieu agit :

- soit en tant que Créateur dans le cadre de Sa Providence naturelle ;

- soit en tant que Rédempteur dans le cadre de Sa Providence surnaturelle.

Dans le cadre surnaturel, Dieu agit :

- soit dans le cadre surnaturel ordinaire qui est celui de l'Eglise et des sacrements qu'Il a institués ;

- soit, plus rarement, dans le cadre surnaturel extraordinaire, où Il intervient directement, sans intermédiaire, mais en général pour amener à l'Eglise et aux sacrements, donc à l'ordre surnaturel ordinaire.

L'histoire profane des hommes est la trame sur laquelle Dieu écrit "l'histoire du salut".

L'ordre naturel et l'ordre surnaturel sont imbriqués, mais néanmoins distincts !

L'Eglise, dans son enseignement, n'a pas assez insisté sur ces points, ou les a considérés comme implicites dans son enseignement, comme allant de soi, alors que son enseignement aurait toujours dû être explicite sur ces points et considérer que ça n'allait pas de soi du tout pour la plupart des hommes.


Enfin, vous avez sans doute remarqué jejomau qu'il existait des hommes très intelligents qui n'étaient pas baptisés et des hommes baptisés très bêtes.

La grâce ne modifie pas la nature, elle la redresse seulement, si je puis dire, en vue du salut !

Et Dieu se sert, dans Sa Providence naturelle et Sa Providence surnaturelle (ordinaire ou extraordinaire) des uns et des autres pour l'amélioration naturelle (progrès techniques etc ...) et le salut du plus grand nombre !
images/icones/fleche3.gif  ( 631038 )merci pour ces réponses par jejomau (2012-04-24 11:18:12) 
[en réponse à 630987]

très interressantes. Mais alors je reviens sur les propos de Mgr Lefebvre, mis en exergue par Mgr Williamson, et qui dit :

«Dans la mesure où ces communautés se trouvent séparées de l’Église catholique, elles ne peuvent jouir de l’assistance de l’Esprit Saint, puisque leur séparation signifie une résistance à l’Esprit Saint. Celui-ci ne peut agir directement que sur des âmes, il ne peut utiliser directement que des moyens, qui ne montrent aucun signe de séparation »


Celà va bien dans le sens rappelé par Vianney. Et celà servirait à démontrer que le Concile est trop ambigu quand il parle d'assistance de l'Esprit à des églises qui ne seraient pas suceptibles de pouvoir le recevoir...

Néanmoins... !

Néanmoins si l'on considère ces églises comme la réunion d'âmes toutes baptisées (et dont le baptême est reconnu par l'Eglise catholique), ne peut-on considérer alors une assistance "particulière" de l'Esprit-Saint envers ces églises et ce, d'une manière bien différente que pour des païens ou les tenants d'une autre religion ?
CAR, ces personnes chrétiennes - par le baptême - voient le péché originel éradiqué, et en elles habite la Grâce comme en toute personne "baptisée au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit".. ce qui leur permet d'aller au Salut puisqu'elles croient en Jésus-Christ, seul Sauveur.

J'ai presque envie de dire que, pour aller plus loin, en l'Eglise catholique SUBSISTE en fait la Grâce particulière de l'Autorité - attribut principal et premier de Dieu - ce qui indique qu'Elle seule EST toujours dans LA Vérité et peut l'enseigner.... Tandis que les autres églises séparées sont habitées par les autres caractéristiques de la Grâce dont elles peuvent bénéficier puisque leurs fidèles sont baptisés...

Je vais peut-être trop loin.. ou je m'égare ?
images/icones/hum2.gif  ( 631042 )Attention au mot "Eglises" par Jean-Paul PARFU (2012-04-24 11:41:40) 
[en réponse à 631038]

Ne constituent des "Eglises" pour l'Eglise catholique, que celles qui ont la succession apostolique !

Ni les Anglicans, ni les Calvinistes ni les Luthériens ne sont des "Eglises", comme le rappelle d'ailleurs l'instruction "Dominus Jesus" !

Les Protestants ne constituent pas des "Eglises", mais des communautés plus ou moins chrétiennes.

Quant aux Orthodoxes, ils constituent bien des Eglises, mais des Eglises locales, en outre séparées de l'Eglise universelle !

La grâce que reçoivent les Protestants au baptême ne peut croître et les péchés mortels que commettent forcément les membres de ces communautés le rendent de fait inefficace !

Enfin, il est toujours possible à Dieu d'agir de manière extraordinaire, par grâce prévenante, pour rapprocher leurs membres de l'Eglise catholique ou de permettre leur salut !

images/icones/idee.gif  ( 631054 )Suggestion par Vianney (2012-04-24 15:05:12) 
[en réponse à 631038]

Ce que certaines communautés religieuses dissidentes ont de bon, elles l’ont en commun avec l’Église catholique (1) : même s’il peut arriver que des représentants de l’Église catholique soient sur certains points moins édifiants que des représentants d’autres religions, il ne manque fondamentalement rien à l’Église catholique en tant que telle, alors que les points (aussi peu nombreux soient-ils) à propos desquels les autres communautés chrétiennes divergent de l’Église catholique sont fondamentaux : le Dieu qui sauve s’est présenté à nous en disant “Je suis la Vérité” (Jean XIV, 6), ce qui exclut le moindre mélange d’erreur.

J’ajouterai que le danger de certaines déclarations ambiguës de Vatican II est bien illustré par l’interprétation plus hétérodoxe qui en a été donnée depuis lors, entre autres par Jean-Paul II.

(1) Par exemple, certains sacrements, mais là encore, rien de vraiment nouveau : en cas de danger de mort, un catholique pouvait se confesser validement auprès d’un prêtre schismatique à défaut de pouvoir recourir à un prêtre catholique.
 
images/icones/neutre.gif  ( 631161 )tentative de réponse par Réginald (2012-04-25 08:42:55) 
[en réponse à 631038]

Mgr Williamson a une vision trop juridique de l’appartenance à l’Eglise. C’est le principe du « tout ou rien ». Au contraire, il faut envisager différents degrés d’appartenance au travers du concept thomiste de participation.

Je voudrais revenir ici sur les degrés d’appartenance à l’Eglise la notion de « communion imparfaite ».

Première approche de la participation : dans l’ordre naturel

* Approche inductive par l’analogie entre la quantité et les qualités : « dans l’ordre quantitatif des corps, on dit qu’une chose est grande lorsqu’elle est amenée à la parfaite quantité qu’elle doit avoir ; ainsi y a-t-il des dimensions qu’on estime grandes pour l’homme et qui ne le sont pas pour l’éléphant. De là dans l’ordre des formes, on dit que quelque chose est grand dès lors que c’est parfait » (I-II, 52, 1)

* Exemple : la science géométrie peut être possédée de façon plus ou moins parfaite chez ceux dans laquelle elle se trouve. Chez Euclide, les principes de la géométrie sont possédés de la manière la plus parfaite possible. Chez l’instituteur de CM2, ces principes sont bien possédés, mais pas totalement : il n’a pas la connaissance de tous les principes de la géométrie. Chez l’élève qui apprend la géométrie, il n’a qu’une connaissance imparfaite de la géométrie : non seulement il ne les connaît pas tous, mais, dans les principes qu’il connaît, il ne voit pas toujours le lien qui existe entre eux.

* Enoncé du principe de participation : toute perfection qui existe mélangée d'imperfection est une participation actuelle à une source qui la possède par soi et sans mélange.

* Approfondissement du principe : la perfection peut être envisagée de deux façons : selon la forme en elle même et selon la façon dont le sujet participe à cette forme. Ainsi pour la science, on peut la considérer
a) en elle-même comme quand on dit qu’une « science est plus ou moins grande selon qu’elle s’étend à plus ou moins de choses » (ibid.)
b) dans la participation du sujet : « cela veut dire qu’une science égale est reçue plus profondément chez un autre suivant une diversité de nature de la nature ou de l’habitus » (ibid)

* Exemple : si l’on reprend le cas de la géométrie dans un agrégé de mathématique à 25 ans et à 40 : l’agrégé à 40 ans ne sait pas forcément plus de choses qu’à 20 ans. Seulement, à 40 ans, la méditation de la science qu’il possède lui aura fait voir les connections entre les principes qu’il connaît ; il en aura une connaissance plus parfaite. On dira qu’il participe encore davantage à la géométrie qu’à l’âge 25 ans.

Deuxième approche de la participation : dans l’ordre surnaturel

Ce que nous venons de dire pour l’autre naturel vaut aussi pour l’autre surnaturel. Reconnaissons d’abord qu’il y a des choses qui ne sont pas participées : le caractère baptismal par exemple : on n’est baptisé ou on ne l’est pas. Il n’y a pas de milieu.

Cependant, ce n’est pas le cas de toutes les réalités surnaturelles et notamment des vertus théologales (foi, espérance, charité). Donnons là aussi quelques exemples pour illustrer notre propos: la vertu de foi est possédée par l’enfant dès son baptême, cependant, elle n’est pas possédée avec la même intensité que chez un professeur de théologie : d’une part, l’enfant, bien qu’ayant la foi, n’est pas capable d’expliciter son acte de foi (il n’a pas appris le catéchisme !), d’autre part, le professeur de théologie, pour avoir médité longuement les vérités de la foi, non seulement connaît tous les dogmes, mais voit également les liens qui existent entre ces vérités. Il en est de même pour la charité ou la grâce : celui qui sort du confessionnal, après avoir confessé un adultère, est bien en état de grâce, comme Jean de la Croix, cependant l’amitié surnaturelle entre Jean de la Croix et le Bon Dieu est bien plus forte que chez notre homme un peu volage….
Pour la même raison que précédemment, on peut dire que les trois vertus sont participées : certains les possèdent d’une manière plus parfaite que d’autres, et parmi les créatures, l’une d’entre elles les possède à leur degrés maximal et de la façon la plus parfaite possible : la Très Sainte Vierge Marie. Chez la Sainte Vierge Marie en effet, les vertus de foi, d’espérance et de charité existe à leur degré maximal : il ne peut y avoir de foi plus parfaite que celle qui a dit le Fiat ; il ne peut y avoir de charité plus parfaire que c’est qui a été choisie pour être la Mère de Dieu.

Application du principe à l’appartenance à l’Eglise

Concernant l’Eglise, nous savons quatre choses :

« 1° qu’il n’y a pas de salut sans appartenance au Christ et à son Église (c’est l’axiome « Hors de l’Eglise pas de salut »)
2° que certains pécheurs, privés de la charité, appartiennent au Christ et à l’Église mais d’une manière stérile, non salutaire
3° que certains justes, qui n’appartiennent pas encore corporellement au Christ et à l’Église, leur appartiennent pourtant spirituellement, d’une manière initiale, tendancielle, déjà salutaire: ils sont pareils à ces brebis de bonne volonté qui, entravées par quelqu’une des formes de l’ignorance invincible, sont en marche, sans toujours le savoir, vers le seul troupeau régi par le seul berger. » (Journet) C’est le cas des hommes de bonne foi qui peuvent être sauvés bien que n’appartenant pas extérieurement à l’Eglise, même s’ils sont dans une situation indigente.
4° que certains hommes non seulement appartiennent au Christ à l’Eglise de façon visible (en professant la foi et en étant soumis au Pontife Romain), mais aussi et surtout, en étant en état de grâce.

La première conclusion que l’on peut tirer de ces faits est que le mode d’appartenance à l’Eglise est analogique et non univoque : il y a diverses façons plus ou moins parfaites d’appartenir à l’Eglise, la façon la plus parfaite, naturellement, étant d’y appartenir selon le quatrième mode.

Allons un peu plus loin. La communion parfaite à l’Eglise se définira par une triple unité :

« Est pleinement incorporé à l'Église catholique celui qui, ayant l'Esprit du Christ, est uni à elle par les liens de la profession de foi, des sacrements, du gouvernement ecclésiastique et de la communion. » (Compendium n° 168)

En d’autres termes, est pleinement incorporé à l'Église catholique celui qui
1) a l’état de grâce
2) professe la foi catholique et participe aux sacrements
3) est soumis au Pontife Romain et aux évêques

Cependant, comme on vient de le dire, si d’une part on peut pas être sauvé en dehors de l’Eglise et si d’autre part certains hommes ont l’état de grâce sans être pleinement incorporés à l’Eglise, il faut donc conclure que ces hommes appartiennent d’une certaine façon à l’Eglise.
Maintenant, supposons qu’on essaye de ranger ces hommes selon la perfection de leur amour, en en imaginant en eux par hypothèse une égale intensité de la charité, on obtiendrait le schéma suivant :
- les justes des Églises orthodoxes dissidentes, en qui la grâce n’est pas pleinement orientée par la soumission au Pape;
- les justes baptisés du protestantisme, en qui la grâce n’est pas pleinement sacramentelle (ils n’ont pas l’eucharistie);
- puis les justes des groupes monothéistes qui n’ont même pas le baptême: sectes protestantes, judaïsme, islam;
- puis les justes des religions préchrétiennes.

Le Cardinal Journet commente ainsi ces états :

« En tous ces justes, qu’ils le sachent ou non, la grâce aspire secrètement à rencontrer son centre qui est le Christ et à former autour de lui l’Église en acte achevé. C’est ce que l’on veut signifier quand on dit qu’ils appartiennent à l’Église en acte initial, latent, tendanciel. Mais, en tous ces justes, des malentendus, pour eux insurmontables, entravent le mouvement spontané de la grâce, ’empêchent de rejoindre le seul lieu où elle pourrait pleinement éclore. Elle est en eux comme contrariée, mutilée; elle ne donnera pas ici-bas sa pleine floraison. Et l’unité qui les attache à l’Église, quoique profonde et divine est, elle aussi, contrariée, mutilée. Elle non plus ne donnera pas ici-bas ses pleins fruits. »

Réginald
images/icones/neutre.gif  ( 631226 )Oui mais par Meneau (2012-04-25 16:00:48) 
[en réponse à 631161]

Si l'on reprend votre catégorisation :

- les justes des Églises orthodoxes dissidentes, en qui la grâce n’est pas pleinement orientée par la soumission au Pape;
- les justes baptisés du protestantisme, en qui la grâce n’est pas pleinement sacramentelle (ils n’ont pas l’eucharistie);
- puis les justes des groupes monothéistes qui n’ont même pas le baptême: sectes protestantes, judaïsme, islam;
- puis les justes des religions préchrétiennes.


on peut donc dire que ces différents "justes" appartiennent effectivement plus ou moins à l'Eglise catholique. Mais quand on les considère en tant que groupes d'individus unis pas leur religion ou leur croyance, c'est justement des religions ou croyances qui les empêchent de parvenir à une participation plus active à l'Eglise. La religion en tant que telle n'est donc pas un moyen de salut utilisé par l'Esprit Saint, mais bien un obstacle au salut. En sorte que lesdits "justes" se sauvent malgré leur fausse religion, et non pas grâce à elle. Et les éléments salutaires qu'ils ont pu obtenir "grâce" à leur religion (par exemple le baptême pour votre première catégorie), sont en fait des éléments appartenant en propre à la religion catholique.

Cordialement
Meneau