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images/icones/francis1.gif  ( 630242 )Préhistoire et Mythe antique du mont Athos par origenius (2012-04-16 12:09:29) 


Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité.

Genèse, VI, 4.


L'histoire du mont Athos se perd dans le mythe, à des époques antérieures au Déluge, en des temps où, après la défaite de Cronos et des Titans, les dieux, guidés par Zeus, durent affronter une nouvelle menace : les Ouranides. En ces temps-là Gaia, l'antique épouse d'Ouranos, convainquit les puissants Géants de tenter la conquête de l'Olympe. La Gigantomachie s'embrasa depuis l'Occident, se propageant d'abord en Sicile pour gagner les Champs Phlégréens, l'Arcadie, la Thessalie, la Macédoine et enfin la Thrace.

Cette nouvelle phase du conflit entre les forces du bien et celles du mal redessina la face du monde connu. On raconte que la guerre ne cessa que grâce à l'intervention d'Hercule. "On pense - rappelle Macrobe à ce propos - qu'il aurait lui-même occis les Géants, combattant pour la défense du Ciel en tant que symbole de la grandeur des dieux. Quant aux Géants, qu'en penser sinon qu'ils furent la souche d'une race d'hommes impies, niant les dieux, et par conséquent considérés comme cherchant à chasser les dieux de leurs demeures célestes". (*)

(*) Macrobe, Les Saturnales, I, 20, 8. Peut-être est-il permis de rattacher les Géants à la race (semi-divine) de bronze dont parle Hésiode comme "tombée mûre du Frêne". Notons que les Géants sont frères des Nymphes du Frêne, les Méliades, et qu'ils ne véhiculent pas que des aspects négatifs. On peut en effet distinguer de "bons" et de "mauvais" Géants.

L'affrontement avec les Géants fut donc, selon Macrobe, une lutte contre une tradition dégénérée, peut-être contre cette civilisation atlantéenne (c'est-à-dire, étymologiquement, occidentale *) d'origine semi-divine dont parle Platon dans le Critias et le Timée, et qu'il situe au-delà des Colonnes d'Hercule. (**)

(*) Il semble qu'à l'époque historique les savants grecs n'eurent plus conscience de ce que le nom du géant Atlas, qui soutenait le poids du monde au Seuil des Hespérides, reproduisait des phonèmes anciens qui, tous, désignent le lieu où le soleil se couche : l'akkadien et le babylonien ancien attalu, l'araméen et le syriaque atalja, dont dériverait aussi le nom de l'Italie d'après Giovanni Semerano (Le origini della cultura Europea, [Les Origines de la culture européenne] Florence, 1994, Olschki, vol. I).

(**) Il n'entre pas dans notre propos de chercher à déterminer une localisation particulière, mais les thèses qui situent les colonnes mythiques en Méditerranée, comme par exemple la récente étude de S. Frau, Le Colonne d'Ercole - Un 'inchiesta, qui les place, non pas dans le détroit de Gibraltar, mais dans le canal de Sicile (l'Atlantide serait alors la Sardaigne), semblent toutes se faire une idée plutôt limitée des capacités de mouvement des Anciens. Du reste, Platon décrit l'Atlantide comme plus grande que la Libye et que l'Asie, "cependant que, submergée par les tremblements de terre, c'est une vase infranchissable qui empêche les navigateurs de passer... (Critias 108), et en outre le philosophe affirme que la souche atlante régnait aussi au-delà des colonnes jusqu'en Égypte et en Tyrrhénie (Critias 114). Naturellement, toutes ces indications toponymiques pourraient avoir une localisation très différente de la topographie classique, mais il convient de ne pas écarter l'hypothèse d'une ancienne localisation subarctique. Cf. F. Vinci, Omero nel Baltico [Homère en Baltique], Rome, 1994, Palombi.

Voici comment Platon décrit leur déviation :

"Pendant de nombreuses générations et tant que la nature divine fut assez forte en eux, ils obéirent aux lois et leur âme demeura bien disposée à l'égard de la divinité qui avait avec eux une communauté d'origine. [ ... ] Mais lorsque la partie divine vint à s'éteindre en eux, le plus souvent mêlée d'un fort élément de mortalité, et que le caractère humain prit le dessus, alors, devenus incapables de supporter le fardeau du bien-être dont ils disposaient, ils se livrèrent à des comportements inconvenants, et apparurent hideux aux yeux de ceux qui voyaient encore ... "Alors le dieu des dieux, Zeus, résolut de les punir, "ayant compris que cette race juste dégénérait en un état misérable".

On peut encore rapprocher ces géants de ceux dont parle la Genèse VI et surtout le Livre d'Énoch à condition de rappeler que la Bible, comme la tradition classique, fait état de deux moments distincts où se manifesta l'action de la contre-tradition. De même, pour Philon d'Alexandrie qui leur consacra une étude dans son Commentaire allégorique de la Bible (*) les géants ne sont pas seulement des êtres mythiques mais des "hommes de la terre" opposés aux "hommes de Dieu".

(*) Philon d'Alexandrie, Commentaire allégorique de la "Genèse". Même Didyme l'Aveugle, dans son commentaire de la Genèse, affirme que les géants sont des "hommes forts" et "renommés dans l'Antiquité". Didyme l'Aveugle, Sur la Genèse Il, Éditions du Cerf, 1978, Paris.

Quoi qu'il en soit, l'union de Typhon et d'Echidna de laquelle naquirent des monstres comme Cerbère, l'Hydre et la Chimère, semble offrir une analogie avec ce que décrit la Genèse à propos de la progéniture dégénérée des "fils de dieu" et des "filles des hommes" que Dieu, interpellé par les archanges, décida de punir. (*)

(*) Typhon, le monstre "de race divine, non humaine : lion par devant, serpent par derrière, chèvre par le milieu" (Homère, L'Iliade, VI, 180, Classiques Garnier 1958, traduction par Eugène Lasserre), fils de la colère d'Héra et protagoniste de la Titanomachie, est, comme le note Guénon (Symboles de la Science sacrée, ch. XX, Gallimard), identique au dieu égyptien Set, "l'œil noir du soleil couchant", et à son tour la mythologie "dégénérescente" de Seth rappelle parfaitement celle du Lucifer biblique : ils partagent un passé "solaire" dont ils représentent l'aspect destructeur. Ces deux "faces" du soleil se retrouvent dans la Kabbale où l'ange Sorath, le "démon du soleil" s'oppose à l'archange Mikaël, dans le double symbolisme du serpent et de certains fauves comme le tigre, le léopard, le loup et le lion, ainsi que du nombre 666. Selon Guénon, les mystères typhoniens auraient survécu en marge de la tradition égyptienne, suscitant une véritable contre-tradition ; il est significatif que le Livre d'Énoch soit contenu dans la Bible éthiopienne copte.

Les traditions classique comme vétéro-testamentaire conservent donc la mémoire d'une descendance pour un temps divine puis pervertie, mais très puissante, race d'où l'esprit s'était retiré, mais forte et capable de terribles prodiges. Des êtres qui, une fois parvenus à domination, tournèrent le dos à la lumière, à l'autorité spirituelle, pour servir les ténèbres. (*) Par contre, Hercule est le prototype même de ces héros, fils du Ciel, qui ne sont pas destinés à l'Hadès mais à la Vie céleste éternelle, étant initiés aux Mystères divins.

(*) La révolte du temporel contre le spirituel serait figurée par la chasse au sanglier de Calydon, auquel le premier coup fut porté par la vierge Atalante qui avait été nourrie par une ourse (Hercule devait aussi capturer un sanglier ("Le sanglier d'Erymanthe"), mais le ramener vivant (W. Otto, Gli dèi della Grecia, Adelphi, p. 36 ; Les Dieux de la Grèce, Payot, 1981).

Le mythe veut que la Montagne sacrée ait surgi du fracas engendré par le conflit qui opposa un géant, Athos, qui vivait, dit-on, en Thrace voisine (*), et Poséidon. En ces temps-là, le dieu était encore le maître et possesseur de la Terre, le dieu des séismes "dont le pouvoir s'étendait à l'univers tout entier aux époques préhistoriques". (**)

(*) Analogiquement aux Titans, les Géants sont souvent décrits comme les ancêtres de l'humanité, "ou tout au moins de certains peuples, comme les Thraces" (Lycpor, 1357), et par ailleurs on présume qu'Athos est l'éponyme du lieu (cf. A. Brelich, Gli eroi greci [Les Héros grecs], Edizioni dell' Ateneo, Rome, 1978) comme semblent en témoigner les Hymnes homériques eux-mêmes.

(**) W. Otto, op. cit., p. 36. Il ne nous semble pas inutile de rappeler que Martin Bernal associe avec beaucoup de conviction Poséidon et Set, s'agissant évidemment ici de l'aspect positif et "primitif" du dieu égyptien (M. Bernal, Black Athena. Les racines afro-asiatiques de la civilisation classique, vol. I, L'invention de la Grèce antique 1785-1985, PUF, Paris, 1996).


Deux variantes vinrent s'ajouter à ce mythe. La plus citée veut que le géant ait lancé un énorme rocher, peut-être depuis 1'Asie, contre le dieu, mais qui, le manquant, alla s'enfoncer à la pointe la plus orientale de la Chalcidique (dont la forme globale épouse celle d'un trident). L'autre version, qui s'accorde mieux avec le destin général des géants et des titans maléfiques, veut au contraire que ce soit Poséidon qui ait écrasé l'Athos sous le rocher, créant ainsi l'Aghion Oros. (*)

(*) Athos aurait donc subi le même sort que le géant Polybotès, toujours poursuivi par Poséidon (qui l'écrasa sous une portion de l'île de Cos, formant ainsi l'îlot de Nisyros), ou que Typhon bloqué sous l'Etna et d'autres monstres contraints par les dieux à une prison souterraine. Les tremblements de terre et les éruptions volcaniques seraient des tentatives des géants cherchant à se libérer en l'attente de la révolte finale. Les autres traditions offrent de nombreux parallèles : en Inde le roi des Asuras, Avana, bloqué par Shiva sous le mont Kailiash ; au Japon l'énorme poisson-chat, Namazue, responsable des séismes, maîtrisé par le dieu Kashima au moyen d'un imposant rocher. Enfin, l'Épître de saint Jude, qui se réfère expressément au livre d'Énoch, rappelle que les anges déchus sont tenus enchaînés dans l'obscurité, en l'attente du Jour du Jugement.

Cet épisode mythique place la naissance de 1'Athos dans un ample récit, ou plutôt dans une succession de récits qui ne nous sont parvenus que de façon assez fragmentaire et auxquels diverses traditions sont venues se superposer. La Gigantomachie réunirait donc tout un ensemble de guerres et de catastrophes liées à l'une des plus vastes révolutions du ciel et de la terre que notre humanité ait connues, une crise qui, vraisemblablement, s'acheva par le Déluge.(*)

(*) Le but de la présente étude n'est pas de s'essayer à la tâche ingrate de dater les événements décrits par le mythe, non plus - à plus forte raison - que de les systématiser dans un ensemble ordonné, puisque chacun de ces mythes peut fort bien se prêter à symboliser, outre des faits d'un autre ordre et d'une façon qui concorde avec leur nature symbolique, bien d'autres événements survenus à d'autres époques. Nous sommes cependant persuadé que le Déluge (le quatrième selon Platon) doit se situer à la fin de la dernière période glaciaire, au Xe millénaire avant notre ère, conformément à ce qu'affirment Platon et Guénon qui le place au terme d'une grande année, intervalle de temps qui, dans l'inexorable horloge de la précession, scande les grandes crises. Cela n'empêche que, même les traditions relatives à des catastrophes mineures, antérieures ou postérieures, comme celle liée à l'explosion du Santorin (datable, en termes astronomiques, au moment du passage de l'ère du Taureau à celle du Bélier), peuvent d'une certaine manière être superposées au récit originel (même si, en termes bibliques, l'énorme explosion du Santorin peut être rattachée à l'obscurcissement des cieux en Égypte dont parle l'Exode. Cf. M. Bernal, op. cit.) Dans la version classique du mythe de Deucalion, c'est une perversion spirituelle du règne de Lycaon (Lycaon : I'homme-loup-lumière) qui se matérialise dans le sacrifice humain et dans le cannibalisme, déchaînant la colère de Zeus qui "renversa la table", où Lycaon venait de lui servir de la chair humaine, sans par ailleurs réussir à extirper le mal de la terre.

Ce qu'il nous importe de souligner ici, c'est que, tout comme le Noé biblique aborda sur l'Ararat, dans la tradition classique l'arche de Deucalion (*) alla se poser sur un mont qui, suivant les versions, fut le Parnasse (**), le mont Otri en Thessalie, l'Etna, ou, précisément, 1'Athos. Cela signifie que l'Athos (tout comme d'autres monts ***) est ici identifié à un nouveau paradis terrestre, point de jonction du ciel et de la terre, non soumis aux vicissitudes du devenir cosmique. (****)

(*) Deucalion et son épouse Pyrrha sont d'origine titanide, l'un étant le fils de Prométhée (Deucalion est donc un neveu d'Atlas) et l'autre la fille d'Épiméthée et de Pandore ; ils représentent ce qui allait être sauvé des cycles antérieurs. Le plus grand des fils de Deucalion fut Hellèn, père de tous les Grecs, mais ce fut un autre fils, Amphictyon, qui, le premier, accueillit Dionysos. En outre, pour les anciens (parmi lesquels Hellanicus), Deucalion fut aussi le premier à avoir érigé un autel aux 12 Olympiens, et fut le père d'une caste sacerdotale qui conservait encore, à l'époque de Plutarque, un rôle dans les rites delphiques. Cf. Nuccio D'Anna, Il Gioco cosmico, tempo e eternità nell'antica Grecia [Le Jeu cosmique, temps et éternité dans la Grèce antique], Rusconi.

(**) En vérité le Parnasse nous semble déjà assez peuplé. Cérambos, transformé en scarabée par les nymphes, y trouva refuge. Sur les cimes du mont se sauvèrent aussi tous les habitants de Parnasse, cité fondée par Poséidon, quand ils furent réveillés par les loups. Ensuite, certains Parnassiens émigrèrent en Arcadie où (raconte Pausanias) ils firent revivre les rites hideux de Lycaon et se vouèrent à la lycanthropie. Notons en passant que le sacrifice humain est, dans presque toutes les civilisations où il apparaît, typiquement lié au culte du roi. Cf. A. Brelich, Presupposti del sacrificio humano [Fondements du sacrifice humain], Editori Riuniti, Rome, 2006.

(***) Dans l'épopée de Gilgamesch, Untnapishtim trouva refuge sur le mont Nisir. Parfois, c'est de la terre que vient le salut : Lucien de Samosate, dans le De Syria dea raconte que les habitants d'Hiérapolis se sauvèrent grâce à l'ouverture d'un grand gouffre qui engloutit les eaux. Là, Deucalion érigea un temple dédié à Héra où se rendaient, dans l'Antiquité, les pèlerins, depuis la Syrie et l'Arabie. Cf. C. Peri, La Roccia e il Diluvio : considerazioni sul tempio palestinese [Le Rocher et le Déluge : considérations sur le temple palestinien], in Actes du Ve Congrès International d'Études Phéniciennes et Puniques, Palerme-Marsala, 2-8 octobre 2000.

(****) Il est significatif que Dante qui, au Chant XXVIII du Purgatoire (139-141), rappelle l'âge d'or "rêvé" sur le Parnasse, fasse allusion à la réponse obscure que fit Thémis à Deucalion et Pyrrha, leur conseillant de jeter derrière eux les os de leur mère (entendre : les pierres de la terre, Géa), précisément dans le Chant XXXIII, au paradis terrestre, où Béatrice prophétise de nouvelles confrontations avec les forces de la contre-tradition.

... Il ne sera pas toujours sans héritier l'aigle qui a laissé ses plumes sur le char et qui en a fait un monstre, puis une proie ;

car je vois avec certitude, et pour cela je l'annonce, des étoiles qui s'approchent déjà et qui, exerçant librement leur influence, nous donneront un temps,

Cinq cent dix et cinq, envoyé de Dieu, tuera l'usurpatrice et le géant qui pèche avec elle.

Peut-être mon récit, obscur comme Thémis et le Sphinx, ne te persuadera-t-il point parce que c'est à leur manière qu'il obscurcit ton esprit ... (Purg. XXXIII, 37-48).

L'épisode des pierres qui se transforment en hommes semble être cité par saint Jean-Baptiste, le Précurseur, et se rapporte du reste à une époque antérieure à la chute de la Tour de Babel et où les diverses traditions parlaient encore la même "langue".


En tout cas, ces récits nous inclinent à penser que la péninsule dut avoir une localisation bien précise dans la géographie sacrée du monde antique. De ce point de vue, on s'étonne que Jean Richer ne se soit pas rendu compte que l'Athos entrait parfaitement dans certains de ses alignements, par exemple dans l'un de ceux du mystérieux Lion d'Ioulis situé dans l'île de Céos (ou Kéa), à propos duquel Goethe écrivit dans son Journal : "le Lion de Kéa est la seule trace préhistorique d'une civilisation disparue, [...] celle de 1'Atlantide", mais qui, pour J. Richer, est plutôt d'origine boréenne et contemporain des premières dynasties égyptiennes. (*)

(*) Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec, Hachette 1967, Ier éd., pp. 134-136. J. Richer considère spécialement ici la division dodécagésimale de la Grèce antique à partir de centres par excellence comme Delphes. Cette division de la terre était assez répandue dans l'Antiquité : il suffit de penser aux dodécapoles étrusques, qui renforcent l'idée que la terre (la maison, le temple, la ville et l'ensemble de la cité y compris l'individu) devait être à l'image du ciel.

Si l'on prolonge l'axe solsticial de ce Lion tel que défini par J. Richer, on constate que la Montagne sacrée se situe exactement sur cet alignement. Sans entrer dans de plus amples développements sur ce point, nous nous bornerons à signaler que, pour le christianisme, le lion est à la fois un symbole du Christ et l'Adversaire, et que, antérieurement, il fut lié au dieu solaire par excellence : Apollon. Et cela nous amène au troisième mythe relatif à la Montagne sacrée.

Dans l'hymne homérique consacré à Apollon, le poète mentionne également "thrace Athos" (Hymne, III, 33), lorsqu'il décrit le "pèlerinage" (*) de Léto qui, dans les douleurs d'enfanter, cherche un endroit où faire grandir le fils Soleil qui effrayait Zeus lui-même. Pour quelque raison obscure, la Montagne sacrée restera inaccessible au dieu.

(*) Le parcours de Léto qui, depuis la Crète et Athènes, remonte en sens solaire vers l'Athos, le Pélion, la Samothrace, pour redescendre par Lemnos et Lesbos, Milet et Cos, et remonter de Naxos à Délos, dessine une spirale qui mériterait une étude à part.


En effet, d'après l'une des nombreuses variantes de l'histoire d'Apollon (fils de Zeus et de Léto, et donc neveu des Titans Coéos et Phoebé) et Daphné, Apollon, après avoir vaincu le serpent Python (*) (sorti des boues du Déluge - l'épisode représente donc peut-être une sorte de prologue à la Gigantomachie -), pour s'être trop vanté de cet exploit fut victime des flèches de Cupidon et s'éprit de la belle nymphe de la montagne.

(*) Comme le fait remarquer R. Guénon, "le nom grec Typhon est anagrammatiquement formé des mêmes éléments que Python".(Le serpent)

Daphné, voulant préserver sa virginité, se réfugia dans un port de la Montagne sacrée, aux alentours de Simonos Petra, qui conserve son nom encore aujourd'hui. Ce mythe anticipe ainsi parfaitement le récit chrétien suivant lequel cette Terre sacrée, avec ses jardins et ses plantes rares, fut donnée par le Fils à la Vierge-Mère. Un royaume de paix, contre la corruption de la chair qui infeste le monde

Eschyle (Éleusis, v. 525 - Géla, 456 av. J.-C.), dans l'Agamemnon, fait dire à Clytemnestre (sœur d'Hélène et demi-sœur des Dioscures) que le sommet sacré de l'Athos est le domaine de Zeus, et avant lui Homère écrit que Héra veillait du haut de ses cimes. Pensant peut-être à ces sources autorisées, Alain Daniélou définit l'Athos comme "le premier Olympe" et imagine que ses cavernes étaient anciennement habitées par des ascètes dionysiaques.

Dans son autobiographie (*), il raconte que, sous la conduite d'un moine, il a pu visiter avec Jacques Cloarec, aux environs de la Grande Lavra, un autel où la tauroctonie était pratiquée dans l'Antiquité, peut-être en l'honneur de Poséidon. (**)

Quoi qu'il en soit, la préhistoire de l'Athos reste entourée de mystère. Dans l'antiquité historique, jusqu'au IIIe siècle av. J.-C, se trouvaient, sur la péninsule de l'Athos, des populations hellènes qui, pour des raisons qu'on ignore, connurent une période de déclin.
D'après Hérodote, ils habitaient la péninsule appelée Acte ou Akte par les Pélasges de Lemnos, alors que Strabon (Géographie VII, 33) énumère cinq centres habités : Dion, Kleonai, Thysos, Olophyxos et Acrothoï, aux abords du sommet, mais les archéologues n'en ont pas trouvé la localisation exacte.

A la période classique, il y eut deux autres centres : Akanthos et Sanê. Certains de ces habitants connurent un développement important et frappèrent leur propre monnaie. Dans son ouvrage Luci del Monte Athos [Lumières du mont Athos], Renato D'Antiga (***) rappelle entre autres que l'architecte Deinocratès envisagea de sculpter entièrement la montagne sacrée suivant les traits du visage d'Alexandre, mais que l'empereur rejeta sagement ce projet titanesque.

(*) Alain Daniélou, Le Chemin du labyrinthe, Éditions du Rocher,1993, pp. 300- 302.

(**) Il est curieux de noter que, dans le Critias, Platon décrit le sacrifice du taureau comme un usage originairement typique des Atlantes.

(***) Renato D'Antiga, Luci del Monte Athos, Éditions CasadeiLibri 2004.

Normalement on considère que 1'Athos devait être désert, ou presque, lorsque les premiers anachorètes y arrivèrent. Toutefois, comme le relate Vlasis Rasias dans sa Chronique de l'avènement du christianisme (*), dès que l'empereur Constantin eut autorisé le culte chrétien en l'an 315, le mont Athos fut l'un des premiers lieux où, d'après les chroniques, les temples païens furent détruits.

Réactualisation du mythe antique : la nouvelle Révélation se substitue à l'ancienne, désormais dégénérée (**). Aujourd'hui, on interprète trop souvent ces faits de façon hâtive en y voyant une domination de la religion, mais ne serait-ce pas là le signe d'un nouveau triomphe de la lumière sur les forces du mal, et un véritable indice de continuité de la Tradition ?

(*) V. Rasias, La demolizione dei templi [La Destruction des temples], Atene, 1994. Diipetes Éditions.


(**) Quand une civilisation ne comprend plus ses propres mythes elle tombe dans la superstition, quand elle les oublie elle est condamnée, dans le meilleur des cas, à en importer en provenance d'autres civilisations. La propagation des livres et des écoles, le développement matériel, technologique et celui des capacités d'organisation, aujourd'hui comme dans l'Antiquité, ne doivent pas induire en erreur : ils peuvent coïncider avec un véritable déclin intellectuel. Avant d'être niés les dieux subissent, dans le cœur et donc dans l'esprit des hommes, une inexorable chute parallèle à celle des capacités intellectuelles, c'est-à-dire spirituelles, des êtres humains, prenant des formes toujours plus grossières et matérielles, et la religion elle-même tombe dans l'idolâtrie.

Lorenzo Casadei

(2009)

Primitivement paru en liminaire de l'ouvrage Storia e spiritualità del Monte Athos [Histoire et spiritualité du mont Athos] de Renato D'Antiga publié aux Éditions CasadeiLibri, Padoue, 2007.

Cordialement à tous

Origenius
images/icones/1a.gif  ( 630255 )décryptage et participatio actuosa par Brutus (2012-04-16 13:08:01) 
[en réponse à 630242]

pourriez vous nous livrer de ce texte?
Manifestement les discussions doctrinales ont toujours eu le don de tourner court et de laisser place aux armes.
S'il faut tenir langue avec ces antiquités, quel serait leur enseignement pour notre temps?