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Hiéromoine Isaac par origenius (2012-04-13 10:26:32)
L'ancien Païssios de la Sainte Montagne.
Éd. L'âge d'homme
Les éditions L'âge d'homme ont eu la bonne idée de créer une collection sur les grands spirituels orthodoxes du XXème siècle. Beaucoup de ces "Anciens" vivaient retirés sur la Sainte Montagne de l'Athos en pratiquant la prière du cœur selon la tradition de la Philocalie. Ils sont presque tous parfaitement inconnus en France et il est surprenant de voir qu'il existait encore récemment des personnages d'une telle profondeur, d'une telle spiritualité, ce qui montre que le fil de la tradition hésychaste est demeuré bien vivant malgré l'emprise de la modernité.
L'un des plus extraordinaires de ces Anciens est le père Païssios qui est d'ailleurs très connu en Grèce et dans tout le monde orthodoxe. Il vécut la plus grande partie de sa vie au Mont Athos. C'était un homme simple et humble. Avant de devenir moine, il était artisan menuisier et il avait la réputation d'être très doué de ses mains.
Une fois arrivé à l'Athos, comme tout ceux qui sont portés par le feu spirituel, il chercha un Ancien, un maître qui lui ouvrirait le chemin. Il rencontra beaucoup de moines. Certains décevants, d'autres lumineux, rayonnants, comme le père Augustin le Russe qui "voyait la lumière incréée".
Finalement, ce fut le père Cyrille qui l'accepta comme novice. Le père Cyrille avait "le charisme de la clairvoyance et ses larmes coulaient à flot lorsqu'il lisait l'évangile".
À ses côtés, le père Païssios menait une vie ascétique. Il se nourrissait de quelques légumes, dormait peu et supportait le froid de l'hiver. "Son combat intérieur invisible, consistait en ceci : un peu de lecture des textes ascétiques, beaucoup d'attention, une prière permanente et un effort obstiné pour se purifier des passions et acquérir la grâce divine" (p.55) L'obéissance à l'ancien était aussi un élément essentiel de l'ascèse.
Il fut confronté à des tentations, des illusions spirituelles, notamment des visions que le père Païssios compare, dans son langage imagé, à "un show télévisé du Malin". Mais il vécut aussi des moments d'absorption intérieure intense, des illuminations divines. Il désirait plus que tout demeurer dans la "douceur de l'hésychia", et rester "obscur", loin du monde. Mais sa réputation s'étendait et des visiteurs de plus en plus nombreux venaient le voir, attirés par son charisme.
Selon de nombreux témoignages, il voyait le secret des êtres, leurs problèmes cachés, leur destinée. Il guérissait par sa simple présence ou ses prières. Il parlait aux animaux sauvages : ours, serpents, oiseaux qui lui obéissaient. "Les animaux sauvages ressentaient son grand amour et voyaient dans l'Ancien la pureté de l'homme d'avant la chute." (p.324) Il faut souligner aussi son caractère toujours gai et son sens de l'humour. Un jour, à un visiteur qui lui demandait ce qu'il faisait ici, il répondit : "Je veille à ce que les fourmis ne se disputent pas."
C'était un homme de tradition et il était très hostile à tous les visages de la modernité : la télévision, l'Europe de Bruxelles, des moines qui voulaient construire des routes sur l'Athos, et toute sa vie il lutta avec virulence contre l'athéisme et le matérialisme.
"Le monachisme est avant tout une tradition. Le jeune moine est instruit auprès d'un ancien, afin d'apprendre le mode de vie et d'ascèse que son guide spirituel a lui-même reçu des Pères antérieurs, et ainsi, en remontant d'un ancien à un autre, le courant de la tradition arrive jusqu'aux premiers Pères du désert" (p. 395)
Le père Païssios est aussi un des rares moines à parler explicitement des sept sages du Mont Athos. Certains ont cru que c'était une légende, une des histoires merveilleuses qui se racontent sur la Sainte Montagne. D'après ce que l'on dit, ces sept sages ne dépendraient d'aucun monastère et vivraient complètement libres sans rien demander à personne. Ils auraient réalisé le plus haut état spirituel et veilleraient à ce que la tradition athonite demeure intacte. Lorsque l'un d'eux meurt, un autre viendrait le remplacer, de sorte que leur nombre resterait le même.
Curieusement, c'est aussi ce qui se passait chez les "Chevaliers du Paraclet" ou les membres de "L'Estoile internelle", ces sociétés secrètes dont Charbonneau-Lassay révéla l'existence, et qui se composaient respectivement de douze et de sept initiés. À un moine qui l'interrogeait au sujet de ces sept sages, le père Païssios répondit :
" ... oui, ils existent, ... ils vivent sur les pentes de l'Athos et personne ne peut les voir sauf s'ils veulent bien t'apparaître."
Et il précisa qu'il connaissait quatre d'entre eux (sur ce sujet on peut consulter le livre de Fabian Da Costa sur le Mont Athos aux Presses de la Renaissance).
Le père Païssios mourut en juillet 1994 à l'âge de 70 ans d'un cancer de l'intestin. La maladie de ces êtres spirituels reste mystérieuse. Un grand saint comme Ramakhrisna ou un "libéré vivant" comme Ramana Maharishi sont morts eux aussi d'un cancer. Et nous pouvons nous demander pourquoi ? Sans doute que ces êtres sans ego, ouverts, prennent sur eux la maladie du monde, la souffrance de l'humanité.
Tout ce flot de visiteurs qui viennent les voir se décharge de leurs problèmes, de leurs angoisses, de leurs maladies, qui finalement se cristallisent sur le corps du saint. Même si ce dernier est bien au-delà de son corps. Certains guérisseurs connaissent ce phénomène. Ils ont le pouvoir de transférer une maladie sur un arbre, qui meurt peu après. Ces saints sont peut-être semblables à ces arbres sacrifiés.
Recension d'Erik Sablé
Cordialement à tous
Origenius