Le Forum Catholique

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images/icones/croix.gif  ( 629796 )In memoriam . François Brigneau .... par Anne Charlotte Lundi (2012-04-10 22:08:54) 

FRANÇOIS BRIGNEAU, UN HOMME LIBRE
Né le 30 avril 1919 à Concarneau, le Breton Emmanuel Allot, alias Julien Guernec et surtout François Brigneau, s’est éteint le 9 avril près de Paris.Grand admirateur de Robert Brasillach bien qu’issu d’une famille de gauche ,il le côtoya fin 1944 à la prison de Fresnes (où lui-même était incarcérédepuis la Libération pour “faits de collaboration”) jusqu’à l’exécution dujeune écrivain le 6 février 1945. Journaliste talentueux, polémiste redoutable, féru d’histoire, François Brigneau fut d'abord grand reporter dans la grande presse parisienne puis fit une très grande carrière dans lapresse anticonformiste ("Rivarol", "Minute", "Présent"...), d’où de nombreux procès en vertu des lois Pleven et Gayssot, notamment pour avoir traité AnneSinclair, actuelle épouse de Dominique Strauss-Kahn, de “pulpeuse charcutière casher”.
Cet homme libre et de grand courage était aussi l’auteur de nombreux livres et pamphlets (dont "Terreur, mode d’emploi",contre la Révolution française). Dans le domaine qui nous occupe, on lui doit un chaleureux portrait-enquête de Robert Faurisson paru en 1992 dans “Les Derniers Cahiers” sous le titre "Mais qui est donc le professeur Faurisson?"
L'Anti 89, ce journal de toute une année contre la Révolution fut aussi son oeuvre !
L’inhumation aura lieu le vendredi 13 avril à 14h 15 au cimetière de Saint-Cloud.
Source

Prions pour lui !
images/icones/neutre.gif  ( 629800 )passage du cahier anniversaire, 75 ans, réponses à Anne le Pape, publié en 1994. par Anne Charlotte Lundi (2012-04-10 22:25:53) 
[en réponse à 629796]

Je me permets de publier ce texte...

N’avez-vous jamais senti l’intervention de la Providence dans votre vie ?

- Comment répondre qui ne soit pas à la fois oui et non ? Les hommes de ma génération, engagés comme je l’ai été, qui arrivent à mon âge avec deux bras, deux jambes et la tête encore pas trop fêlée, on peut croire en effet qu’ils ont bénéficié, à certains moments, d’une certaine protection. J’ai fait un bout de guerre ; j’ai subi des bombardements ; j’ai échappé à deux attentats, l’un au pistolet, l’autre à la bombe, sans parler des roustes ; je me suis sorti, sans de trop graves blessures, de plusieurs accidents, en automobile et à vélo ; j’ai connu, en mer, à la voile, des moments difficiles qui auraient pu avoir des conclusions dramatiques.
Au cinquième étage, après une nuit que je n’avais pas passée à déguster du tilleul-menthe, j’ai franchi l’angle droit qui séparait la dernière fenêtre du couloir de la première de l’appartement dont j’avais égaré les clefs. Quarante-cinq ans après, quand j’y pense, j’ai les jambes molles ... Après coup il m’arrive donc de remercier mon ange gardien. Puis le doute revient aussitôt. Pourquoi s’intéresserait-on à moi ? D’autant que je n’appartiens pas à ceux qui pourraient être sauvés, puisque je n’ai pas reçu le baptême ...

- En mai 1989, dans Choc, vous avez pourtant écrit une lettre au Bon Dieu pour le remercier de tout ce qu’il vous avait donné. Ne s’agissait-il que d’un artifice ? Une figure de style ?

- Non. Je ne crois pas ... Dans ce domaine, il y a une partie logique, une longue réflexion raisonnée, un dialogue avec soi-même où l’on s’oppose des arguments, une construction que l’on voudrait rationnelle et en béton ... et puis il y a des moments de sentiments et de pulsions, où viennent au cœur des mots qu’on ne vous avait pas appris. Mes parents, nés catholiques - mon père fut enfant de chœur - étaient devenus hostiles au catholicisme. Peu à peu cette hostilité s’était transformée en méfiance - la peur de la récupération - puis en indifférence. Je ne crois pas qu’ils fussent athées. Ma mère en tout cas ne l’était pas. Si laïque que ma famille se voulait être, elle baignait dans une Bretagne catholique ...
Quand j’allais me promener avec ma grand-mère, elle se signait en passant devant un calvaire. Les logements de mes oncles et tantes étaient tapissés d’images pieuses. Chez ma tante Emma, la sœur aînée de mon père, sous un, globe en verre de près d’un mètre de haut, il y avait une statue enluminée de sainte Anne tenant dans ses bras Marie ... N’oubliez pas les cloches qui rythmaient la vie de l’angélus à l’angélus ; disaient l’heure, la demie et le quart ; annonçaient la mort et chantaient l’amour le jour des épousailles ...
N’oubliez pas non plus les saints, si nombreux et si familiers en Bretagne. On avait cru ne pas devoir me baptiser, mais si je connaissais l’histoire de saint Corentin, qui avait donné son nom à Quimper et à sa cathédrale, et celle de saint Michel archange, le patron de Concarneau, celui qui avait affronté Lucifer, c’est que quelqu’un me les avait enseignées ... Il n’est donc pas surprenant que le nom de Dieu vienne sous ma plume et que je ne le biffe pas ... Il n’est pas surprenant non plus que je lui écrive, au soir de ma vie, même si ce n’est pas logique, pas rationnel, même si ça fait rire les gros malins, pour le remercier des bienfaits dont il m’a comblé et d’abord de m’avoir fait naître Français au beau pays de France, et, en France, au beau pays de Cornouaille.


(…)


- Puis-je vous présenter une requête ?

- Bien sûr.

- Je voudrais que vous me disiez le poème de Charles Maurras.

- Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.
Ce vieux cœur de soldat n’a point connu la haine,
Et pour vos seuls vrais biens a battu sans retour.

Le combat qu’il soutint fut pour une Patrie,
Pour un Roi, les plus beaux qu’on ait vu sous le ciel,
La France des Bourbons, de Mesdames Marie,
Jeanne d’Arc et Thérèse et Monsieur Saint Michel...
Source
images/icones/coeurbrise.gif  ( 629805 )“Arraché à la tradition et d’abord à la tradition catholique” par Vianney (2012-04-10 22:58:16) 
[en réponse à 629796]

“C’est la grand victoire de Jules Ferry, l’imposteur.”

En union de prières !

V.
 
images/icones/coeurbrise.gif  ( 629806 )Triste... par Sic transit (2012-04-10 23:00:30) 
[en réponse à 629796]

Ces derniers temps je suivais moins ce qu'il faisait, mais à le lire depuis si longtemps j'en arrivais à le croire immortel...
images/icones/coeurbrise.gif  ( 629807 )RIP par jejomau (2012-04-10 23:11:37) 
[en réponse à 629796]

Je suis triste. C'est dans Minute que je l'avais découvert dans les années 80... En Union de prières avec toute sa famille. Que Notre-Dame l'accueille enfin
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 629814 )[réponse] par MG (2012-04-11 01:52:32) 
[en réponse à 629796]

Comment ne pas prier pour lui !


Un grand et honnête homme.

Un bel esprit !

Souvenons nous de ce qu'il avait écrit au moment de la mort de Mgr Lefebvre : admirable!

Qu'il repose en Paix : Notre Dame de la Sainte Espérance aura su l'accueillir près de Son Fils.
images/icones/croix.gif  ( 629823 )Un grand et courageux journaliste ! par Jean-Paul PARFU (2012-04-11 08:21:41) 
[en réponse à 629814]

Mes condoléances à sa famille !

RIP
images/icones/croix.gif  ( 629837 )il n'est pas parti tout seul par blamont (2012-04-11 11:30:13) 
[en réponse à 629823]

M. Aubrac est décédé à quelques heures.

Les ennemis d'autrefois et les adversaires d'hier se retrouvent devant le même tribunal d'en-haut.

A relire le texte de M.Brigneau à propos d'Arletty, on saisit la finesse gouailleuse française bien de chez nous (comme disait Jean Nohain) qui fut la sienne et le reflet de l'esprit français au service de l'Occident.

Il était un Cadoudal de la plume.
images/icones/ancre2.gif  ( 629834 )Emmanuel ... par Chataigne (2012-04-11 11:19:04) 
[en réponse à 629796]

... il s'appelait Emmanuel : Dieu avec nous !
Même s'il ne fut pas baptisé (hélas !) nos prières, qui lui ont tjrs été acquises, ne sont certainement pas inutiles !

Que la petite fille Espérance "petite fille de rien du tout, qui traversera les mondes révolus... vers le berceau de Mon Fils" * le guide vers le Père.

R.I.P.

* (Ch. Péguy)
images/icones/neutre.gif  ( 629852 )Sur Radio Courtoisie, avec Jean Madiran par Henry (2012-04-11 14:08:07) 
[en réponse à 629796]

un très bel hommage à François Brigneau, en ce moment !
Ecoutez Radio Courtoisie, la radio du pays réel et de la Francophonie
images/icones/neutre.gif  ( 629868 )Hommage de Jean Madiran dans Présent par Via Romana (2012-04-11 16:38:28) 
[en réponse à 629852]

Article extrait de Présent n° 7580 du jeudi 12 avril 2012 (en libre accès ce mercredi 11) :



Il était le meilleur

Notre presse de réfractaires et de contre-révolutionnaires vient de perdre son doyen. Parmi nous, depuis plus d’un demi-siècle, il était le meilleur. Il était aussi romancier, historien, et orateur de meetings. Mais c’est dans le journalisme, je crois, qu’il avait davantage le don, l’imagination, le mot juste et la formule qui frappe. Aucune rubrique, de l’éditorial politique au reportage du Tour de France, ne lui était étrangère, et dans chacune, il inventait une manière, un style inédit. Pour faire la chronique de la télévision, il avait créé le commentaire anticipé des programmes annoncés, afin de n’être jamais en retard auprès des téléspectateurs, c’est une invention qui a été beaucoup imitée. Il aimait l’écriture, il aimait la mise en pages, il aimait l’esprit d’équipe et l’improvisation, il aimait ce métier, il l’avait appris sur le tas, il savait qu’il y excellait. Brasillach avait distingué son talent et pressenti la puissance de feu de sa forte personnalité, il lui avait donné cette sorte d’encouragement qui peut être décisif dans une destinée. Il l’avait retrouvé voisin de prison et avait consacré à « l’ami têtu » une strophe dans Le Testament d’un condamné qu’il écrivait à Fresnes après sa condamnation à mort. C’est une strophe dont le murmure à mi-voix vient accompagner aujourd’hui le départ de François Brigneau :

Cher Well, notre sainte colline,

Le petit peuple du marché,

La rue grouillante où l’on chemine,

Les charrettes des maraîchers,

Ils sont à toi, ami têtu,

Qui dans l’ombre toujours devines

Ce que l’espoir jamais battu

Malgré l’apparence dessine


La sainte colline est la colline Sainte-Geneviève, « Well » est l’abréviation d’Emanuel (Allot), les charrettes des maraîchers et la rue grouillante, quelques-uns peut-être s’en souviennent, était la rue Mouffetard. L’âme de François Brigneau fut marquée pour toujours par le souvenir de Robert Brasillach, et par l’atmosphère de ces temps-là.

La génération de François Brigneau a eu vingt ans pour l’entrée dans la Seconde Guerre mondiale, suivie en 1940 par le désastre militaire le plus grand de l’histoire de France. Et puis il y eut la divine surprise du maréchal Pétain, « travail-famille-patrie », le pays réel de la France française. Ce fut la génération des « quarante millions de pétainistes », bientôt submergés, disséminés, voire exécutés avec ou sans jugement. François Brigneau, longuement emprisonné sans motif et sans preuve, fut libéré après avoir été torturé d’une manière particulièrement immonde et cruelle. A vingt-six, à trente ans, il avait le sentiment d’avoir complètement fait l’expérience de la vie. Elle ne faisait que commencer, mais toute sa vie, malgré l’extrême diversité de ses œuvres littéraires et politiques, il a gardé en lui quelque chose de « l’homme qui a connu tout cela ». Son admiration filiale pour le Maréchal, sa ferveur pour Brasillach, son horreur du gaullo-communisme, sa méditation sur Israël, – vieilles histoires, diront peut-être quelques étourdis, – ont constitué une grande part de son enracinement personnel.

Ecrivain, journaliste, polémiste, il ne fut pas un homme de cabinet. Je le vois du côté de Montaigne (frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui) plutôt que de Pascal (demeurer en repos dans une chambre). Il était un cycliste homologué. Il fut un marin breton naviguant à la voile d’un bout à l’autre de la Méditerranée. Il était un fin cuisinier pour ses amis, – et un franc buveur, un gai luron, plein de farces et de drôleries, pas au point cependant d’effacer un mince filet persistant de mélancolie. J’essaie de me répéter ce qu’il écrivait en 1992 à la mort d’Arletty : « Elle vient de nous quitter, discrètement, pour ne pas nous faire de chagrin. » J’essaie… Eh bien, ça ne marche pas.

JEAN MADIRAN



L'émission de Benoît Mancheron sera rediffusée jeudi 12 avril de 6h à 7h et samedi 14 avril de 18h à 19h.

images/icones/1n.gif  ( 629859 )Dans l'annonce passée dans le carnet du jour par Sénéchal (2012-04-11 14:54:59) 
[en réponse à 629796]

du Figaro de ce matin, la famille n'annonce pas de cérémonie religieuse.
Quid?
images/icones/fleche2.gif  ( 629866 )peut être parce qu'il n'était pas baptisé ! par M. Tumnus (2012-04-11 16:20:16) 
[en réponse à 629859]


D’autant que je n’appartiens pas à ceux qui pourraient être sauvés, puisque je n’ai pas reçu le baptême ...



source
images/icones/croix.gif  ( 629893 )Que Mgr Lefebvre et les martyrs de la Révolution par Chouan (2012-04-11 23:02:46) 
[en réponse à 629796]

qu'il a défendus et dont il a honoré la mémoire avec tant de talent intercèdent pour le repos de son âme... Adieu Monsieur Brigneau ! RIP
images/icones/neutre.gif  ( 629894 )lectures d'été : par paradisi gloria (2012-04-11 23:09:00) 
[en réponse à 629796]

Condamnation de l'AF par Saint Pie X et Pie XI, 1914 et 1926
Encyclique Mit brennender Sorge Pie XI, 1937
Humani generis unitas Pie XI, inachevé en 1939
Encyclique Summi Pontificatus Pie XII, 1939
Nostra Ætate, Paul VI, 1965 (bon celui la je sais que vous ne le relirez pas !)
images/icones/neutre.gif  ( 629905 )François Brigneau, la fin d'un monde sur Présent. par Henry (2012-04-12 11:48:36) 
[en réponse à 629796]

J’ai rencontré pour la première fois François Brigneau à la fin des années 1970, lors d’une interview qu’il m’avait accordée pour Aspects de la France. Bien sûr je le lisais déjà depuis longtemps, et avec quelle admiration. En fait depuis mon adolescence, qui coïncidait avec ses premiers papiers dans Minute. Au moment de la création de Présent, quand celui-ci était encore en gestation, il m’offrit au cours d’un déjeuner avec l’ami Pierre Durand de rejoindre la rédaction naissante, encore embryonnaire. J’acceptai évidemment avec beaucoup de joie cette opportunité inespérée.

Trente ans après je lui en suis toujours reconnaissant. Comme j’éprouve à son égard la même gratitude pour m’avoir permis de travailler au côté d’un journaliste de son tempérament, de son caractère et de son envergure. Un journaliste au talent exceptionnel et multiforme, et qui représentait déjà en 1982 l’un des derniers corsaires de l’aventure journalistique dans ce qu’elle avait, pour moi, de plus emballant et de plus existant : le combat des idées. Ce polémiste né poussa ses dons d’escrimeur du verbe contre les puissants, – sociétés d’influence, mastodontes médiatiques, détenteurs de l’autorité régalienne ou chiens de garde des idéologies dominantes, – jusqu’à l’extrême témérité. Des luttes qui exposent le cas échéant leur auteur à la répression judiciaire et le mettent, encore plus sournoisement, le conformisme intellectuel aidant, au banc de la profession alors qu’il en était l’une des étoiles les plus brillantes…

Né en 1919 François Brigneau eut la malchance d’avoir vingt ans au moment où l’Europe, déjà exténuée par une Première Guerre mondiale, s’embrasait de nouveau sous le soufflet infernal de deux idéologies extrêmes : le communisme d’un côté et l’hitlérisme de l’autre. Une tragédie occidentale dans laquelle, comme d’autres jeunes gens de sa génération, François Brigneau se trouva emporté, noyé dans des flots de passions, vite teintés de sang. Celui dont Michel Debré nous disait qu’il séchait vite en entrant dans l’Histoire.

Projeté parmi les décombres de l’effondrement militaire de la France et des sombres conséquences qui en découlèrent : la Collaboration et ses ambiguïtés, l’Epuration et sa terreur révolutionnaire, il connaîtra l’arbitraire des règlements de compte du résistantialisme et les duretés de la prison. Il sortira de ces années tumultueuses avec beaucoup de cicatrices et quelques blessures inguérissables à l’âme.

Le reporter, le portraitiste, le styliste, le militant, le pamphlétaire

Ses engagements de jeunesse, François Brigneau les évoqua notamment, avec beaucoup d’acuité et une sensibilité toujours à vif, dans un de ses Cahiers, « A Fresnes au temps de Robert Brasillach ». Le temps m’étant compté – je reviendrai bien sûr plus longuement sur François Brigneau et ses écrits dans un prochain numéro du Supplément littéraire – je me permets, en attendant, et en m’en excusant auprès des lecteurs, de reprendre le passage d’un article que j’écrivis au moment de cette parution. Ces lignes contiennent à peu près, à gros traits, les grandes caractéristiques de l’auteur de Mon après-Guerre.

« Dans ces pages crépitantes d’émotion, toutes résonnantes du grand chambardement de la Seconde Guerre mondiale et des convulsions de notre guerre civile franco-française, nous retrouvons toutes les facettes de l’immense talent de François Brigneau. Le reporter qui raconte les choses vues, telles qu’elles sont (la messe à Fresnes constitue un morceau d’anthologie). Le portraitiste qui croque ses compagnons d’infortune sur le vif, d’un trait agile et précis, avec une sympathie qui n’exclut ni l’impertinence ni la drôlerie. Le polémiste à la verve incandescente… Le styliste dont les mots épousent tour à tour toutes les nuances de la parlure française, passant de la trivialité rabelaisienne à une clarté et une pureté toutes classiques. Le militant passionné et incorruptible de la cause nationale. Le révolté, en insurrection permanente contre les impostures de l’idéologie contemporaine et ses légendes dorées. Un rebelle dont la jeunesse a été gravement brûlée et peut-être défigurée par les terribles incendies de l’histoire contemporaine. »

Sa vivacité de polémiste accompagnera et soutiendra fidèlement ses engagements de jeunesse auxquels, durant toute son existence, il restera fidèle. Une jeunesse marquée à jamais par ses idéaux perdus dans le volcan en irruption de la Seconde Guerre mondiale, et plus encore par son amitié avec Robert Brasillach, dont la mort tragique et injuste demeurera comme le symbole brûlant du drame de cette guerre civile absurde qui, à la sortie du conflit mondial, ensanglanta la France et pervertit durablement ses institutions.

Les combats sans merci que menait le militant nationaliste et anticommuniste, ceux aussi du contempteur sarcastique de notre époque frivole et marxolâtre où triomphent tant d’imbéciles et d’escrocs, se confondaient évidemment avec la virulence du pamphlétaire. Ce dernier conduisit contre les gouvernements des quatrième et cinquième Républiques, notamment les gaullistes et tous les bradeurs de notre empire colonial, puis plus tard contre la subversion soixante-huitarde des années giscardo-mitterrandiennes, de violentes charges, où, au grand ravissement de ses lecteurs, le stylo remplaçait le sabre. A moins que ce ne soit la torche et le glaive. Ses phrases, remplies de toutes les indignations qui alimentaient sa fureur, devenaient alors autant de brûlots bourrés de combustibles inflammables qu’il lançait contre les flancs des grands navires du mensonge et du conformisme.

Le journaliste le plus poursuivi et le plus condamné de sa génération

Il fut, dans sa génération, sans doute le journaliste qui déchaîna le plus souvent contre lui l’ire de nos maîtres censeurs et la rage accusatrice des Fouquier-Tinville miniaturisés du politiquement correct. Avec toujours à la clé les mêmes chefs d’accusation : racisme, antisémitisme, xénophobie, discrimination… Outrages répétés aux flics de la pensée !

Dans ses pamphlets – mais aussi dans ses romans noirs dont il fut en France l’un des précurseurs brillants et désinvoltes, comme nous l’a récemment rappelé la réédition de Faut toutes les butter – François Brigneau maniait la langue verte avec une truculente virtuosité. Langue imagée du petit peuple parisien, avant que celui-ci ne soit lobotomisé par la télévision et dont il exploitait toutes les nuances pittoresques et colorées. Langue juteuse, riche, rugueuse, rebelle et gouailleuse, qui appelait un chat un chat et les politiciens des gougnafiers. Tout le contraire du langage robotisé et formaté qui a cours aujourd’hui. « Il est sain d’écrire dans sa langue maternelle et complice. » Hélas ! A l’heure uniforme et univoque de la globalisation, la langue française, qu’elle soit verte ou académique, se délite en même temps que l’identité nationale. François Brigneau, jusqu’au bout, aura été l’un des mainteneurs les plus têtus de l’une et de l’autre. Le défenseur cerné dans son camp retranché d’une civilisation française en voie d’extinction et dont il fustigera jusqu’à son dernier souffle les fossoyeurs.

François Brigneau excellait, à l’instar d’un Léon Daudet, dans l’art du portrait vitriolique et réjouissant, trouvant toujours, avec une imagination inépuisable, les qualificatifs originaux et les images saugrenues susceptibles de ridiculiser ses victimes. Ses deux Cahiers sur les vedettes boursouflées de la télévision en contiennent d’excellents exemples. Cruelle ironie du destin : ce passionné de politique nous aura quittés à dix jours d’une élection présidentielle dont il aurait sans doute aimé connaître le dénouement. Sans aucune illusion sur les protagonistes, mais par simple curiosité professionnelle.

Ami, je sens venir la fin…

Dans une de ses chroniques de jeunesse, parue en 1947 dans La Dernière Lanterne, donc largement prémonitoire, subodorant la disparition de la France programmée par les maîtres des temps nouveaux, François Brigneau écrivait : « Ami, je sens venir la fin. La fin du pays gaulois. » Ce pays englouti dans les eaux froides et électriques de la mondialisation, dont il était, dans le monde des lettres et des médias, l’un des rares spécimens survivants. Un pays disparu qu’il conservait vivant dans son cœur et dont jusqu’à son dernier souffle il en aura maintenu la fiction, au milieu de ce nulle part que devient de plus en plus notre Bel Aujourd’hui. Un pays gaulois dont il faisait vivre, dans ses écrits et ses colères, l’évanescente tradition… Avant sans doute que celle-ci ne disparaisse avec lui.

François Brigneau est mort. En écrivant ces mots toute une bouffée de souvenirs liés aux débuts de Présent m’assaillent, me submergent et me font frissonner. « Oh ! le souvenir, le souvenir ! miroir douloureux, miroir brûlant, miroir vivant, miroir horrible qui fait souffrir toutes les tortures », écrivait Maupassant. Un miroir que je préfère, ce matin, garder secret, mais qui se rallumera, je le sais, chaque fois que j’arriverai devant l’escalier de Présent, en croyant y découvrir un vélo dans le hall… Le vélo sur lequel François Brigneau, au temps des belles années de Présent, venait de Saint-Cloud à la rue d’Amboise.

Comme on disait jadis au royaume de France : « Adieu François, jusqu’au revoir… »
Jean COchet
Présent de jeudi 12 avil