SI QUELQU'UN dit, que les Sacremens de la nouvelle Loy n'ont pas esté tous instituez par nostre Seigneur Jesus-Christ ; Ou qu'il y en a plus ou moins de sept, sçavoir, LE BAPTESME, LA CONFIRMATION, L'EUCHARISTIE, LA PENITENCE, L'EXTREME-ONCTION, L'ORDRE, & LE MARIAGE ; Ou que quelqu'un de ces sept, n'est pas proprement, & véritablement un Sacrement : Qu'il soit Anathême.
C A N O N I.
SI QUELQU'UN nie, que le Corps & le Sang de Nostre Seigneur Jesus-Christ, avec son Ame, & la Divinité, & par consequent Jesus-Christ tout entier, soit contenu véritablement, réellement, & substantiellement au Sacrement de la Tres-Sainte Eucharistie ; mais dit, qu'il y est seulement comme dans un signe, ou bien en figure, ou en vertu : Qu'il soit Anathême.
C A N O N I I.
SI QUELQU'UN dit, que la substance du pain, & du vin, reste au Tres-Saint Sacrement de l'Eucharistie, ensemble avec le Corps, & le Sang de Nostre Seigneur Jesus-Christ ; Et nie cette conversion admirable, & singuliere de toute la substance du pain au Corps, & de toute la substance du vin au Sang de Jesus-Christ ; ne restant seulement que les especes du pain, & du vin ; laquelle conversion est appellée par l'Eglise Catholique, du nom tres-propre de Transsubstantiation : Qu'il soit Anathême.
C A N O N I I I.
SI QUELQU'UN nie, que dans le vénérable Sacrement de l'Eucharistie, Jesus-Christ tout entier soit contenu sous chaque espece ; & sous chacune des parties de chaque espece, aprés la séparation : Qu'il soit Anathême.
C A N O N I V.
SI QUELQU'UN dit, qu'aprés que la Consécration est faite, le Corps, & le Sang de nostre Seigneur Jesus-Christ n'est pas dans l'admirable Sacrement de l'Eucharistie ; mais qu'il y est seulement dans l'usage, pendant qu'on le reçoit, & non auparavant, ni aprés ; & que dans les Hosties, ou parcelles consacrées, que l'on réserve, ou qui restent aprés la Communion, le vray Corps de nostre Seigneur ne demeure pas : Qu'il soit Anathême.
C A N O N V.
SI QUELQU'UN dit, que le principal fruit de la Tres-Sainte Eucharistie, est la rémission des péchez, ou qu'elle ne produit point d'autres effets : Qu'il soit Anathême.
C A N O N V I.
SI QUELQU'UN dit, que Jesus-Christ Fils unique de Dieu, ne doit pas estre adoré au Saint Sacrement de l'Eucharistie, du culte de Latrie, mesme extérieur ; & que par conséquent il ne faut pas non plus l'honorer d'une Feste solennelle, & particuliere, ni le porter avec pompe & appareil aux Processions, selon la loûable coustume, & l'usage universel de la Sainte Eglise ; ou qu'il ne faut pas l'exposer publiquement au peuple, pour estre adoré ; & que ceux qui l'adorent, sont idolâtres : Qu'il soit Anathême.
C A N O N V I I.
SI QUELQU'UN dit, qu'il n'est pas permis de conserver la sainte Eucharistie dans un Vase sacré ; mais qu'incontinent aprés la consécration, il la faut nécessairement distribuer aux assistans ; Ou qu'il n'est pas permis de la porter avec honneur & respect aux malades : Qu'il soit Anathême.
C A N O N V I I I.
SI QUELQU'UN dit, que Jesus-Christ présenté dans l'Eucharistie, est mangé seulement spirituellement, & non pas aussi sacramentellement, & réellement : Qu'il soit Anathême.
"Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l'Eglise l'appelle d'une manière très appropriée transsubstantiation."
Malgré le poids des affrontements passés, il apparaît qu'aujourd'hui la plupart des grandes Eglises accordent à l'Eucharistie ou Sainte Cène ou Divine Liturgie (à l'origine : le Repas du Seigneur) beaucoup plus qu'une valeur de simple commémoration.
...la théologie catholique traditionnelle a voulu penser l'eucharistie en proposant une sorte d'explication conforme aux catégories de la philosophie médiévale (théorie dite de la transsubstantiation). Outre le fait que cette théorie n'est plus acceptable, dans l'état actuel des connaissances philosophiques et scientifiques, il lui a été reproché, tant chez les Protestants que chez les Orthodoxes, de constituer une sorte de prise de pouvoir exercée sur le mystère, c'est-à-dire le don de Dieu, sans commune mesure avec les capacités de la raison humaine.
Si aujourd'hui encore les Eglises ne parviennent pas à célébrer ensemble l'eucharistie, c'est donc moins en raison de compréhensions différentes de la présence réelle, que parce que de graves désaccords subsistent sur la question des ministères, le problème de la succession apostolique, et plus largement, la nature et la fonction de l'Eglise.
La position catholique, entre autres, considère que la communion au même corps eucharistique suppose une communion déjà établie entre les Eglises, quel que soit le modèle envisagé - ce qui est encore loin d'être réalisé. Toutefois, à titre exceptionnel, certains groupes peuvent recevoir l'autorisation de pratiquer l'intercommunion, dans la mesure où leur engagement commun les place déjà, à titre prophétique, dans une situation de réelle unité.
Au titre des difficultés renaissantes, figure l'ensemble des pratiques catholiques relatives à la dévotion eucharistique en dehors de la messe. Non seulement celles-ci ne sauraient être imposées aux autres Eglises, mais à l'intérieur même du catholicisme une certaine modération est requise.
Pour être anathème, il faut en effet avoir une intelligence différente à la fois de l’intelligence que l’Eglise en a eu et en a. Sous-entendu, l’intelligence qu'elle en a peut même être différente ce qu’elle en a eu.
Des maux nés de la confusion pernicieuse des rapports légitimes entre la science et la foi, l’un des plus graves est celui-ci : des hommes téméraires osent expliquer à leur guise les mystères mêmes et le sens de la révélation, et détourner ces dogmes très saints à une signification que repoussent la foi universelle et la doctrine ecclésiastique, pour l’accommoder à la mesure trompeuse de l’esprit humain. Ainsi, en mettant sous les mots de l’Église, qui sont conservés, un sens différent, on semble dire la même chose : en réalité, l’on dit autre chose.
Ces novateurs ne craignent pas d’affirmer qu’à cause des déficits de la philosophie, qui n’ont pas permis de la parfaire, l’intelligence du dogme est restée jusqu’à présent imparfaite dans l’Église ; mais que maintenant la raison cultivée par la science voit jour à une intelligence véritable et propre de toutes les vérités révélées.
Mais le fondement divin restera ferme, car la doctrine de foi, enseignée par Dieu aux hommes pour qu’ils la croient sur l’autorité du Révélateur, n’est pas un système de philosophie que puisse parfaire l’esprit humain. C’est un dépôt, dont la garde, l’explication, la définition, ont été confiées par Dieu à l’Église infaillible assistée du Saint-Esprit. On doit donc retenir inviolablement le sens du dogme tel que l’Église le proclame : changer ce sens ne serait pas un progrès scientifique, mais une perversion hérétique.
Ainsi, en mettant sous les mots de l’Église, qui sont conservés, un sens différent, on semble dire la même chose : en réalité, l’on dit autre chose.
Sous-entendu, l’intelligence qu'elle en a peut même être différente ce qu’elle en a eu.
Rien ne peut m’être imposé qui soit d’une nature différente de ce que je crois déjà, ni rien, à plus forte raison, qui soit d’une nature opposée. La nouvelle vérité qui est promulguée, si on peut l’appeler nouvelle, doit du moins, considérée dans ses rapports avec l’ancienne vérité, être une vérité homogène, parente, contenue implicitement en celle-ci. Elle doit être telle que j’aie toujours pu deviner qu’elle était renfermée dans la révélation apostolique, et désirer qu’elle le fût.